Le Bal des Intouchables

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La première du spectacle Le Bal des intouchables mis en scène par Antoine Rigot avait lieu le 7 novembre 2013. La pièce était présentée par le cirque Les Colporteurs au Parc de la Villette à Paris. Cette représentation acrobatique a traité des histoires humaines et du rôle de chacun entre nous dans le monde en focalisant le mouvement corporel. Les douze artistes ont dansé soit en groupe soit en couple ou seuls. En plus ils ont présenté des tours d’adresse sur le trapèze, à la corde, à la perche ou en se tenant en équilibre sur la corde.
Le chapiteau rond avec la scène au milieu et les spectateurs tout autour était utilisé traditionnellement : les artistes ont utilisé toute l’amplitude et toute la hauteur de la structure. Le décor était simple et il a servi toujours aux tours d’adresse des acteurs. Ces derniers étaient accompagnés d’une musique instrumentale. Elle était réalisée à la marge de la scène par des musiciens qui font partie intégrante du spectacle en se mettant en hauteur ou en équilibre sur une corde. Parallèlement aux instruments, ils ont aussi utilisé un pupitre de mixage pour enregistrer et modifier le son. Le genre de la musique variait du classique à électronique en passant par des percussions.
La lumière accompagnait la tension pendant les acrobaties sur la corde. Elle était faible et en même temps chaleureuse. En revanche, pour les scènes au sol, les projecteurs se concentraient sur les acrobates, ce qui permettait de focaliser sur le mouvement corporel en soi.

Le personnage le plus singulier du spectacle était représenté par le clown maladroit. Il tombe en arrière avec un fauteuil roulant puis il essaie de se suicider avec une corde. Mais une funambule arrive pour le sauver. L’image du manque d’assurance du clown est recurrente durant la pièce et les autres personnages l’aident ou l’excluent, à tour de rôle. Mais à la fin, il parvient également à réussir ses acrobaties. Le clown est le seul personnage doté de parole et avec lequel les autres communiquent. Il représente la trajectoire de n’importe qui. Les autres artistes en costumes, soit élégants soit légers, représentent la société et sa versalité : elle peut nous apprécier et nous rejetter le lendemain.
En conclusion le spectacle sensibilise aux possibilités d’expression des problèmes de notre société au travers des corps. Bien que le spectateur n’ait pas été inclus aux actions artistiques, la tension de la mise en œuvre des tours d’adresse lui est transmise. Après ces moments de tension, il est calmé par des séquences moins épuisantes, comme une intervention du clown ou d’un personnage joyeux qui grimpe vaillament à la corde. Ce système était utilisé aussi pendant les scènes. Il y avait souvent une opposition représentée par les artistes mais au final chacun fini par trouver sa place et par triompher avec sa spécialité acrobatique.

Marie Baron

Les intouchables, ou un optimisme désespéré

Dans une espace du parc de la Villette la compagnie Les Colporteurs vient nous présenter leur nouvelle création intitulée Le Bal des intouchables. Ce collectif artistique existe depuis 1996 et travaille dans le genre du cirque contemporain en France et à l’étranger. En effet, ce qu’on a vu le 7 novembre à la Villette est un show multicolore et interdisciplinaire situé entre plusieurs genres. Ce n’est pas un simple cirque mais une proposition mixte qui renferme de nombreuses formes – le spectacle, le pantomime, le concert musical, la danse.
Au début, la scène est vide. Tout à coup, elle commence à se remplir de grands sacs, lourds et massifs, qui bougent et commencent, en un instant, à « éclore » en se transformant petit à petit en sept hommes. Cette apparition inattendue fait rire. Ce rire présent tout au long du spectacle prend souvent une forme d’angoisse en se mélangeant avec la peur. La peur pour le corps des acteurs, nous la ressentons dès le début et tout au long des tours acrobatiques, le procédé le plus connu du genre de cirque. Cependant, l’acrobatie de douze acteurs sur la scène met l’accent sur la fragilité du corps, sur le caractère flou et instable de toute la condition humaine.

De quoi parle d’ailleurs ce spectacle ? Pourquoi mélange-t-il l’humour avec la tristesse, sinon la grossièreté abrupte avec la poésie du mouvement dont le corps humain est capable ? Quel est le point extrême du corps physique ? Telles sont, semble-t-il, les interrogations posées par les Colporteurs. Il n’est pas facile de trouver la réponse.
Comment parler du cirque qui parle des relations humaines poussées à l’extrémité ? De plus, comment les mettre en scène en faisant rire ? Le rire, surtout quand il fait partie de la peur, est une marque de ce spectacle. Il est tantôt drôle, tantôt touchant, tantôt cynique, tantôt poétique, avare et éloquent. Les fragments se mélangent et fournissent tout le panorama de la vie : voici un clown dans un fauteuil roulant qui n’est pas Bobby mais qui devient Bobby par la volonté inexorable d’une jeune femme insouciante. Il essaie de surmonter un obstacle en amusant une femme et en provoquant le rire ou la peur chez le public. Mais attention ! Le public a toujours le choix : l’amusement peut être dangereux et peut coûter trop cher. Deux fois, trois fois, ledit Bobby échoue à son entreprise, mais finalement il en triomphe.  Dans un instant, tout disparaît, et cette fois-ci, il y a sur la scène un homme et une femme qui essaient d’avancer dans leur vie. Cela ne leur est pas aisé. Elle est en rouge, lui – en noir. C’est un discours privé de mots, une danse privée de pas, c’est un bal sous une forme d’acrobatie violente et brutale, une expiration poussée à l’extrémité. Un carnaval burlesque mis en péril.

Cette œuvre est tout à fait musicale. Et cette musicalité est incorporée dans son caractère ludique : une jeune virtuose joue au violon en se plaçant sur la construction au-dessus de la scène ; on perçoit à peine sa figure mais elle envahit la salle par des sons qui font un écho aux mouvements. Il y a, dans Le Bal des intouchables, quelque chose de l’art urbain, une frivolité et une liberté de la poésie de rue avec sa foule insomniaque et toujours chaotique.

Sofya Efimova

Le spectacle Le Bal des intouchables est un spectacle de cirque contemporain avec pour sujet la vie d’homme d’aujourd’hui et sa vulnérabilité. La compagnie se compose d’acrobates, de fildeféristes, d’un trapéziste et d’un clown. L’atmosphère dans le chapiteau était super – attachante et tendue. La musique est jouée en direct – il y a une violoniste, un pianiste, un joueur d’instrument à vent et un batteur qui jouent très bien.

Au début du spectacle un homme apporte six sacs poubelles l’un après l’autre avec un diable sur la scène. Peu à peu les sacs poubelles bougent et les artistes en sortent. Ils marchent ensemble et une fille chute. Les autres ne réagissent pas et la dépassent. Dans la scène suivante, la fille qui a chuté poursuit ses acrobaties jusqu’à l’épuisement, jusqu’à ce qu’elle se retrouve allongée par terre sans bouger. Après cela,  il y a des scènes avec des artistes impressionnants. L’artiste Gilles Charles-Messance fait preuve d’un équilibre parfait sur le trapèze volant. Puis, la violoniste joue sur le fil. Les fildeféristes montrent un numéro artistique bluffant. L’acrobate Agathe Olivier exécute une vraie danse sur le fil et plus tard même le clown s’amuse sur ce même fil. Une autre funambule effectue des figures à plus de dix mètres de hauteur. Elle fait là un grand écart et beaucoup d’autres exercices acrobatiques, tous plus impressionnants les uns que les autres, seule et accompagnée. Certains acrobates s’attaque à une corde tendue verticalement. D’autres proposent des acrobaties au sol, bientôt rejoints par la plupart des artistes pour un final entre danse et exercices de gymnastiques.

Quelquefois pendant le spectacle il y a seulement un ou deux acrobates sur scène et, à d’autres moments, il y en a plein en même temps et on ne sait plus qui regarder. Le suspens varie mais dans chaque scène les spectateurs sont curieux. Les scènes du clown permettent de souffler un peu et de rigoler. Comme d’habitude le public dans le chapiteau est assis en rond autour de la scène mais les acrobates utilisent tout l’espace de la scène. Toutes les places sont bonnes pour regarder le spectacle. Dans un deuxième chapiteau on peut bien manger et boire avant ou après la représentation.
En résumé Le Bal des intouchables est un spectacle très touchant, émouvant et beau. L’atmosphère dans le chapiteau est chouette, pour les adolescents comme pour les plus petits. Les artistes sont impressionnants et le concept du cirque contemporain, avec seulement des artistes et sans animaux, me plaît beaucoup. Je trouve l’intégration du sujet de l’humain aujourd’hui et de discours sur la société d’aujourd’hui très agréable et je conseille à tous qui sont intéressés par l’acrobatie et le cirque moderne d’aller voir ce spectacle.

Laura Engelhardt

Pour cette première du Bal des intouchables, l’esprit circassien était bien au rendez-vous sous le chapiteau de la Villette. La compagnie des Colporteurs – dirigée par Antoine Rigot, Agathe Olivier et Cécile Kohen – présente par le biais du cirque contemporain notre société où se mêlent à la fois cohésion et individualité.
Les roulottes et les chapiteaux nous plongent dans l’atmosphère traditionnelle du cirque, sans oublier le chapiteau-bar dans lequel il faut évidemment prendre la peine de rentrer ! Avant même de pénétrer dans le chapiteau, notre imaginaire s’ouvre petit à petit au spectacle avec l’apparition d’une funambule à 3 mètres de hauteur. Puis une fois à l’intérieur, notre marche est rythmée par plusieurs tableaux vivants.

La représentation débute de façon surprenante, drôle et sensible à la fois. Un homme dépose brusquement plusieurs sacs poubelle au centre de la scène circulaire. Le spectateur patiente en fixant ces sacs immobiles. Ils finissent par se déchirer et s’ouvrir comme des œufs qui éclosent, donnant vie à six des huit personnages.
L’histoire suit une chronologie sociale : on démarre par l’individualité et la cruauté jusqu’à la cohésion et la solidarité entre les personnages. Les artistes incarnent chacun un rôle singulier, dont le costume reflète leur position sociale, tout en coordonnant avec brio leur numéro et le message à transmettre. Notre regard se promène à l’allure des personnages, de haut en bas et de droite à gauche. On trouve des artistes polyvalents et des musiciens faisant partie intégrante du spectacle (comme une violoniste funambule !)
La fin est conviviale et joyeuse, on aurait même envie de se lever et de descendre danser avec les artistes ! Le Bal des Intouchables : spectacle intergénérationel, humoristique, beau et engagé qui dépeint avec grâce et élégance notre société.

Camille Leroy

Les Colporteurs, compagnie menée par le metteur en scène Antoine Rigot, marque depuis 1996 l’univers du cirque contemporain en France mais aussi à l’étranger. Et le Bal joué actuellement à Paris n’est que l’illustration d’un cirque réussi et accompli.
Dès débuts chaotiques avec un vieil homme enveloppé transportant des sacs poubelles gorgés de déchets, et le tout imageant le labeur exercé par un éboueur quotidiennement, on aurait pu penser que nous étions spectateur d’un simple bal dénué de sens et de symbolique. Mais ce fut bien juger trop prématurément. En effet, après quelques minutes à observer une action répétitive et inintéressante, le personnage principal disparaît et laisse place à des sacs poubelles vides. Vides ? En apparence seulement, car passent les minutes et passent les secondes, et c’est alors qu’on remarque que les sacs sont bien vivants ; ils sont habités par des êtres humains, hommes et femmes confondus.
Commence alors une auréole humaine surprenante ; les personnages tournent en rond, font parfois preuve de violence, d’égocentrisme, de solitude, de différence, le tout menant à deux pôles bien distincts : l’amour… ou la mort ! Et c’est ainsi que se construit l’œuvre. Ce bal, bien qu’au premier aspect simpliste, connote mille et une symboliques qui en font un « bal humaniste », manifeste de la condition humaine contemporaine.

Ainsi, le Bal, épris d’un esprit philosophique, est animé par ses corps qui un à un livre sa partition, bougeant et dansant selon le rythme d’un violon, d’une batterie, d’une guitare et d’un saxophone. En outre, fil, trapèze, mât chinois, corde lisse… sont autant de composants qui esquissent des traits reliant les hommes et les femmes, les jeunes et les anciens, les agiles et les fragiles, scène mondaine et scène de sous-genre aussi bien à même le sol que dans les airs…
Le Bal des intouchables semble donc être en véritable un spectacle empreint de poésie sur la fragilité de l’être humain, sur ses variations et ses débordements. Sous les traits comiques qu’il adopte parfois (cf. la scène avec le clown à l’accent anglais qui se fond en Bobby, l’homme qui marche mais qui a pour interdiction de marcher) et lyriques lorsque les personnages réalisent une valse uniforme, l’œuvre tend à nous faire entrer dans l’inconscient de l’être, être en opposition, vacillant perpétuellement entre optimisme et pessimisme.

En somme, Le Bal des intouchables,  présente une œuvre réaliste aux multiples facettes : réaliste et, à l’inverse, irréaliste, humaine et inhumaine, entre humour et insolence, théâtre et cirque… Ce bal, se déguisant en comédie mais évoquant des sujets plus que réalistes et humains, semble se réaliser sur la même vision de Nathalie Béasse avec sa pièce Tout semblait immobile : jouer le comique, mais surtout représenter le réalisme, le vrai !
Véritable révélation de 1h30, Le Bal des Intouchables peut être résumé ainsi : le corps est un cirque mais l’esprit qui l’anime est une philosophie. Réservez et courez-y… C’est déjà bientôt fini !!!

Obich Lyamani

Le spectacle commence par l’éclosion de sept êtres humains au centre de la scène, sur une musique lente et envoûtante (les quatre musiciens de la troupe, eux-mêmes équilibristes à leurs heures perdues, ne cesseront d’accompagner les acrobaties et les clowneries circassiennes). Pour cette naissance, pas d’œufs ni de cocons, seulement des sacs poubelles tout à fait ordinaires dont les artistes peinent à sortir ; déjà l’homme apparait comme cette créature à mi-chemin entre le miracle et l’abjection. Puis le plastique enfin est déchiré et jeté au loin, peut alors commencer le « bal » à proprement parler, le tourbillon de ces êtres qui doivent apprendre à vivre. Les numéros s’enchaînent, chacun explorant à travers le jeu des corps et des accessoires (corde, barre, trapèze) la condition humaine.

Depuis l’accident de son fondateur, Antoine Rigot, la compagnie Les Colporteurs a dû repenser son travail, plaçant au cœur de sa réflexion la vulnérabilité de l’être humain. Avec Le Bal des Intouchables, Antoine Rigot et Agathe Olivier, sa femme, les concepteurs du spectacle, disent vouloir « parler des relations humaines. Nous y sommes déjà plongés. Parler de celles qui poussent au suicide, inhumaines alors ; invoquer comment trouver sa place, et la prendre ; se confronter, résister ; suggérer le droit d’exister, tel qu’on est ; accepter d’autres visions du monde, d’autres chemins, se laisser guider ». C’est bien main dans la main que les artistes circassiens travaillent dans ce spectacle, où les solos ne peuvent être pensés que par rapport aux duos et aux trios, au(x) jeu(x) du groupe et aux scènes collectives. Confiance, malignité, tendresse, espièglerie, coup de main, coup de pied, sauvetage, meurtre – voici comment l’on pourrait résumer leurs échanges, dans un « bal » pris entre le burlesque et le poétique.

Antoine Rigot, à qui les médecins avaient prédit qu’il ne remarcherait plus, huitième ou premier de la troupe circassienne, interprète quant à lui le rôle d’un clown soi-disant handicapé (le fauteuil roulant, de fait, s’avère être un autre accessoire, un autre support de la poésie et du jeu, plutôt qu’un équipement médical) : avec l’aide des autres artistes, représentant plusieurs générations, il réapprend la marche d’accrocs en acrobaties. C’est tout le risque qu’il y a à vivre qui se dit à travers cet univers de cirque, où le corps qui se tord menace toujours de rompre, où le corps qui s’élève menace toujours de chuter. Dès lors, la corde devient la métaphore de l’existence humaine dans tout ce qu’elle possède de divers et de contradictoire, se métamorphosant au fil du spectacle et devenant tantôt corde pour se pendre   – mourir –  corde pour se suspendre – se sauver, échapper à la chute – corde pour marcher sur, en équilibre, dans un numéro de funambule qui montre bien que « la vie ne tient qu’à un fil ».

Annabelle Marion

L’entrée dans un monde singulier. Une fois le seuil de l’espace chapiteaux du parc de la Villette franchi, nous sommes immergés dans l’atmosphère circassienne. Plusieurs tentes colorées se dressent devant nous, nous entrainant déjà dans un ailleurs, loin de notre quotidien. C’est à l’extérieur que le spectacle commence… Invités à lever nos regards à quelques mètres au dessus de nos têtes, nous apercevons un fil tendu sur lequel une funambule brave les intempéries pour nous diriger vers le lieu de la représentation. Le chapiteau, espace singulier où trapèzes, cordes, fils, et mâts chinois sont insérés dans la structure architecturale, est l’outil même de travail des artistes. Dès lors, les repères référentiels spatiaux sont troublés, pour mieux nous plonger dans le monde poétique de la troupe des colporteurs. En outre, la musique envoûtante jouée en direct crée un imaginaire merveilleux accentué par le jeu d’ombre des lumières.

Une métaphore poétique de la vie. Si au premier abord l’univers du spectacle nous paraît étranger, il nous permet en fait d’appréhender différemment le monde réel. Ainsi, le Bal des intouchables, met en scène, de manière suggestive, un groupe, l’humanité, et au sein de se groupe, des individus, représentant l’être humain dans sa singularité et dans sa fragilité. De multiples histoires se juxtaposent et se mêlent pour composer, par le prisme de l’émotion, une histoire de la vie. Cette mise en mouvement des relations humaines, balancent entre aspiration à la liberté et désespoir de la chute, dans une chorégraphie profondément touchante. Le Bal des intouchables a une dimension initiatique, il montre des personnages, confrontés à un monde normatif, qui s’en émancipent en apprenant à accepter leur différence. Cette histoire n’est pas sans rappeler celle d’Antoine Rigot, le metteur en scène devenu paraplégique. Au sein de sa création, on retrouve quelques traces autobiographiques à travers le personnage du clown en fauteuil roulant qu’il interprète.

La cruauté de l’apprentissage du monde. La première scène évoque la cruauté de la naissance. Le bal s’ouvre par une danse étrangement angoissante, où s’accouplent des sacs poubelles jetés violemment au milieu de la piste.  Puis, telle une éclosion, les personnages sortent des sacs et marchent en rythme, formant un bloc. Un seul individu est rejeté. Devenant soliste, il grimpe au mat chinois, effectuant des figures de plus en plus difficiles, entrecoupées de moments de découragement. Il continue jusqu’à l’épuisement. Ce désespoir, fait écho à d’autres scènes de la pièce, comme celle de l’évocation du suicide par pendaison… Cette performance donne le ton, par la suite, chaque personnage tente de réaliser des acrobaties afin d’apprendre à se connaître soi-même dans une quête de la hauteur, symbolisant l’élévation de l’âme. Equilibristes, funambules et acrobates rivalisent de virtuosité, tout en soulignant le péril des exercices effectués pour nous faire comprendre que la vie ne tient qu’à un fil. Dans leur rapport au corps, les artistes sont à la recherche du fragile équilibre entre soi et le monde, entre soi et autrui.

Les relations humaines, un remède à la solitude ? Les relations humaines sont symbolisées par de nombreux duos et trios, qui apportent une coloration optimiste et, parfois, humoristique à la pièce. On remarque ainsi, le couple comique formé par le clown et la danseuse de corde. Par ces deux personnages, les contraires se rencontrent, l’agilité et la souplesse d’un coté, la raideur et la maladresse de l’autre. Pendant le sketch, la danseuse infantilise le clown, mais la femme reste celle qui (ré)éduque, qui encourage et qui soutient. Le clown apprend alors à marcher, à exister dans le monde. Mais la femme n’est pas qu’une figure maternelle, elle est aussi un objet de désir et de séduction que l’on retrouve dans le caractère grivois de sa gestuelle expressive. C’est alors dans sa relation à l’autre que l’individu s’épanouit pleinement, trouvant enfin sa place dans le monde. Le spectacle se conclut donc, par une chorégraphie collective, où les artistes dansent en couple.

Pascale Mercier

 

Dans Le Bal des intouchables, les genres artistiques se mélangent : on y trouve la danse contemporaine, le concert populaire, voire, si on croit la parole du programmateur des spectacle, des empreints de poésie et des peintures de Francis Bacon.

“Le geste doit être simple mais ne peut être dénué de sens”, dit Antoine Rigot, le metteur en scène. Dans ce propos, le spectacle se tient fort bien.  Premier passage: un clown rentre en scène, en déposant neuf sacs poubelles – une attente – progressivement, un bras sort d’ici et une jambe de là, jusqu’à la “naissance” simultanée de neuf individuels. Ils se mettent immédiatement à marcher et à courir à la militaire. Une fillette, néanmoins, n’est pas capable de se synchroniser avec les autres, alors l’histoire de l’homme marginal commence…

Baignée dans une musique mélancolique, cette fillette danse toute seule sur un tube d’acier. Ses gestes sont libres et gracieux, mais ses expressions sont tristes et fatiguées. Chaque fois qu’elle descend du tube, quelqu’un la pousse d’y remonter: on dirait que c’est une métaphore d’une vie de travail obligé.

Ce qui est fort intéressant dans le cirque c’est l’utilisation de l’espace dans tous les sens. À la différence du théâtre ou de la danse, les mouvements verticaux sont aussi important que les mouvements horizontaux au cirque.

Les autres artistes ont chacun leur propre type de jeu. L’un vole sur une barre en bois suspendue, l’autre se traverse une file en jouent la violon. L’espace devient une espace de merveille et de rêve. C’est sans doute la raison pour laquelle ce spectacle sans lion ni fous comiques s’appelle-t-il encore “cirque”.

Or, il y a un fou qui est même la figure centrale de la pièce. Le spectacle est construit comme une succession des fantasmes de ce caractère de Buster Keaton. Il n’est ni beau ni sportif, en fait, il ne peut même pas marcher droit, encore moins danser sur une file suspendue; cependant, il joue avec les gens surhumains alentour : l’homme imparfait se tient et entre dans le bal des intouchables…

Toute cela est fort joliment réalisé. Il nous reste, néanmoins, à revenir sur la citation de Ragot: “le geste doit être simple mais ne peut être dénué de sens”. N’y a-t-il pas ici une décadence du cirque ? Le cirque est l’art du spectacle vivant le plus libre précisément parce qu’il a moins d’attachements au sens. Le non-sens y est toléré au nom de l’art populaire. Les vrais intouchables sont justement ceux de la déraison, de l’invisible et peut-être de l’innommable.

Le cirque “contemporain” risque une contamination de l’intellectualisme : pour cette raison – sans doute pas très raisonnable à vrai dire -, je regrette que les lions et le vrai fou soient absents de notre scène de merveille. Prochaine destination: le cirque d’Arlette Gruss !

Han Zhong
Categories: Cirque, La Villette