Le bac 68

Théâtre | Athénée Théâtre Louis-Jouvet | Learn More


La pièce présente les personnages de Ferdinand, jeune de dix-sept ans, et de Claudine, sa mère, en 1968. Adaptation de La Danse du Diable (1981), les personnages sont déjà bien connus du public : un fils qui vogue sur la liberté accordée par mai 68 en exprimant ses rêves de comédie et une mère qui tente d’empêcher son fils de devenir comédien en le forçant à passer le bac.

Le décor se résume à une chaise en bois, investie chacun leur tour par Claudine, Ferdinand, le professeur d’histoire-géographie, l’examinateur du bac… conférant une idée d’intimité entre les personnages et le public. Philippe Caubère apparait sans artifice, jouant à la fois la mère qui s’adresse à un fils invisible puis le fils lui-même et finalement ses professeurs.

Au début, Philippe Caubère, affublé d’un châle à carreaux rouge joue à merveille la mère dépassée par les événements de 68, rappelant à son fils les difficultés rencontrées par ses grands-parents lors des deux Grandes Guerres. Claudine saute du coq à l’âne, tous y passent : De Gaulle puis Ariane Mnouchkine (ou « Mnouchkinie » selon Claudine), Johnny Halliday, les ouvriers de la CGT, les communistes, la voisine, la sœur de Ferdinand, et autres références moins accessibles à la jeunesse d’aujourd’hui. Au fur et à mesure, Claudine se libère, jure, fait des bras d’honneur, parle de drogue, de sexe, d’alcool, rit de son fils et de son « poignet droit disproportionné à force de se masturber » et de sa petite taille. Elle prend le public à partie, parfois lourdement, leur pose des questions, joue avec eux. Le quatrième mur tombe avec une grande facilité, le public s’enthousiasme et répond aux questions, Philippe Caubère a parfois du mal à contenir son sourire. Et le fils, pourtant non-représenté, apparait sous nos yeux, avec ses longs cheveux sales et ses vêtements dépareillés.

Le rythme s’accélère au milieu de la pièce, après avoir discuté plus de vingt-quatre heures avec son fils, la mère, vêtue d’une longue jupe à carreaux multicolore et de son fameux fichu, s’occupe d’assurer les arrières de son fils. Tout s’accélère, les rires fusent, Philippe Caubère investit la scène, se déplace sans cesse, comme s’il voulait combler le grand plateau de sa présence, mais peut-être que ses déambulations n’étaient pas toujours justifiées, donnant un sentiment de trop. La mère aussi suit le rythme, butant sur les mots, utilisant un mot à la place d’un autre, s’énervant sur ses erreurs. Puis vient l’oral du bac, où Philippe Caubère revêt le costume gris de Ferdinand, impressionné et mal-à-l’aise devant un professeur sévère et droit sur sa chaise. L’incarnation des personnages est totale et réaliste, une vraie partie de ping-pong prend place sur scène. Philippe Caubère s’amuse à renvoyer la balle à Ferdinand puis au professeur à travers une joute verbale et intellectuelle. Il change de personnage comme de chemise, le spectateur n’est jamais perdu ; l’interprétation est claire et précise.

Philippe Caubère prouve à nouveau qu’il est un grand comédien, développant à travers cette pièce dynamique, amusante et engagée l’idée que les problèmes de société en 68 sont les mêmes qu’aujourd’hui : violences policières, troubles politiques, crises financières… tout comme les issues familiales: peur des parents que leur enfant échoue, importance des études, rejet du choix d’une carrière artistique…

Léa Archimbaud

Salle de spectacle parisienne, le théâtre de l’Athénée-Louis-Jouvet est la plus juste illustration de l’expression beauté architecturale. À l’italienne, les spectateurs sont assis face à la scène et c’est ainsi que je prends timidement place dans la fosse orchestre de ce lieu magistral. Ce soir là j’assiste à une comédie française, Le Bac 68. À la fois écrite, mise en scène et jouée par seul homme : Philippe Caubère. L’auteur-acteur revient sur un certain mois de Mai 68, celui d’une contestation politique et sociale de toute une jeunesse. Il y dépeint son destin singulier, celui de l’adolescent qu’il était parfois nommé par le pseudonyme de Ferdinand Faure.

La simplicité est le maître-mot de cette pièce et ce n’est pas plus mal : Une chaise en bois pour seul élément de décor et quelques accessoires. Sans être exhaustive, on peut le contempler brandir un grand drapeau rouge, porter une jupe à carreaux ou encore jouer avec un câble électrique… Le reste se laisser voir par le pouvoir de l’imagination, entre imitations et descriptions. La simplicité caractérise la mise en scène, mais est loin de qualifier les nombreux personnages joués par un unique comédien. Il incarne à la fois sa mère, ses sœurs, son professeur d’histoire et même son examinateur du baccalauréat, que l’on a le plaisir de découvrir quand arrive la clé du spectacle : Le jeunot passe l’épreuve de géographie. Après avoir secoué de toutes les manières possibles une boite imaginaire, le sujet est tiré : La Sibérie. Un florilège de réponses insolites qui rivalisent avec les plus belles perles du Bac. En plus d’être impressionné par son éventail de jeu, on est frappé par son énergie. Sa gestuelle très vivante est agrémentée de cabrioles au sol et de sauts dans l’ensemble de l’espace scénique. Deux heures, seul sur scène, cela tient au final d’une épreuve sportive longue et éprouvante. Parfois, j’avais envie de lui suggérer une pause, en lui promettant qu’on ne lui en voudra pas.

Pendant ce temps, les rires s’enchainent allons même jusqu’aux applaudissements, comme un accord collectif d’une même salle de la puissance comique de ses dires. Et c’est avec joie que parfois nous sommes des personnages de son histoire ou encore des confidents de ses anecdotes. Certains d’entre nous finissent même par répondre aux interpellations, brisant définitivement le quatrième mur théâtral. Puis arrive ce moment unique qu’est la révérence finale. Le public se lève et des bravos s’entendent. Pour ma part, bien qu’une contrainte réside dans les allusions concernant les personnages et références d’une époque, difficiles à saisir en raison de mon jeune âge, je ne peux qu’applaudir très fort.

Nadia Baccar

Le bac – en 68 et jusqu’à aujourd’hui.

Nous assistons au déroulement du drame personnel de l’adolescent Ferdinand Faure. Son envie de devenir comédien se heurte à la terreur de sa mère et à son idée fixe de lui donner une instruction traditionnelle, à son avis assurant la vie stable dans la classe moyenne. Mais son bac est au bord de l’échec. La situation parait tragique, pourtant le spectacle n’est pas du tout sombre. En effet, Philippe Caubère, auteur et seul comédien du spectacle Le bac 68, présenté cet automne au Théâtre de l’Athénée Louis Jouvet, fait rire le public dès les premiers instants jusqu’au dénouement.

Nous faisons d’abord la connaissance avec Claudine, la mère du personnage principal, une femme bourgeoise et ordinaire, qui fait partie de la « cohorte des français moyens ». Hystérique et survoltée, elle parle un langage extrêmement familier et vulgaire. Son châle écossais sur les épaules, une jupe à carreaux de toutes les couleurs et un béret ridicule à pompon rouge sont aperçus comme clichés vestimentaires, mélangés au mauvais goût. De plus, elle véhicule des opinions de son époque et de sa classe sociale et donne à travers son regard fixé un « registre » des métiers : les prêtres, les fonctionnaires, les coiffeurs en font partie. C’est le sort de devenir coiffeur qu’elle envisage à son fils au cas où il ne passe pas son bac. On devient coiffeur quand on n’a pas d’autres cordes à son arc, selon Claudine.

Caricaturale et parodique, elle a néanmoins une autorité qui ne permet pas à son fils de lui répondre. Le seul acteur incarne tous les personnages, mais les deux premières scènes nous n’entendons et ne voyons que la mère, à une rare exeption: Ferdinand n’ouvre la bouche pour la première fois qu’à la fin de la première scène. La dernière, troisième scène est son « heure de gloire » – c’est l’examen oral de baccalauréat. Mais Ferdinand n’a rien à dire. Ridicule et pitoyable, surpris de ne pas avoir retrouvé l’examinateur avec lequel sa mère avait arrangé l’affaire, il se retrouve à se communiquer avec elle à travers la fenêtre. L’interprête continue à exploiter des gestes et des mimiques illustratifs et outrés et accentue la bouffonnerie. En pleine confusion, son personnage dit des absurdités, se met à fumer devant  le professeur et finit par le supplier de lui donner son bac, car autrement il ne pourrait pas devenir comédien. Malheureux est l’étudiant qui ne connait rien du programme d’études et malheureux est le professeur qui découvre le résultat angoissant de son travail.

« Le bac, cette espèce d’abcès de fixation de la société française tout entière, ce but absurde que les parents donnent à leurs enfants à travers cette injonction fatale, comme si leur vie entière en dépendait, leur bonheur : passe ton bac ! »  –  exprime Philippe Caubère dans le communiqué de presse pour ce spectacle. « … et après c’est terminé ! » – ajoute son héroïne Claudine, tandis que à dix-huit ans un homme est encore au début et a la vie à découvrir. Ainsi, en rappelant que le spectacle nous emporte en 1968, il se transforme en un moment révolutionnaire. Pourtant, ce tableau passionnant arrive de manière inattendue  après presque deux heures de rire: l’acteur agitant le drapeau rouge et renversant la chaise, sur un fond musical magnétique qui reprend le rythme du slogan scandé juste avant « Ce n’est qu’un début, continuons le combat ! ».

Mariia Buloshnikova

Le bac 68 est une pièce écrite par Philippe Caubère joué au théâtre de l’Athénée. Seul sur scène, Philippe Caubère nous enchante et rend vie à ses souvenirs et rêves, comme Shakespeare et Hamlet dans l’essence même du théâtre: (re)donner de la vie là où tout meurt. Texte écrit après une improvisation devant Pierre Tailhade et Clémence Massart, la précision, rigueur et liberté du spectacle frappent à nos yeux. C’est une véritable création personnelle et qui à la fois cherche à analyser et à parler à la société. Malgré le fait qu’on dise que mai 68 fait partie du passé, Philippe Caubère montre à quel point l’histoire persiste et combien il n’est pas anachronique de se souvenir. De fait, en endossant plusieurs personnages (Claudine, Ferdinand, le professeur du Bac), le comédien met en scène les enjeux autour de l’examen fatidique qu’est le bac. Avec cette pièce il remet en cause la sacralisation et les enjeux qui se créent autour du bac, en rappelant précisément comment le bac se passait en 68. A la fois drôle et magique, Le bac 68 nous plonge dans le souvenir qui nous rappelle le présent.

Mise en scène

Pendant 1h50 de rire, de réflexion et de détente, l’acteur suit le fil de son improvisation écrite. L’originalité chronologique ne réside pas tant dans la mise en scène mais plutôt dans le discours, qui lui traverse les âges. Dans sa progression logique, Claudine, la mère, essaye de faire comprendre à son fils Ferdinand l’importance du bac, tout en corrompant l’un des professeurs. L’intrigue est traversée par des discours bien différents, qui font de la scène une mise en abyme théâtrale (en revenant sur un temps réel notamment lorsque l’acteur se demande ce qu’il fait en train d’imiter sa mère) et une cristallisation du temps (en mélangeant le passé du souvenir, le présent du bac 68 et une forme de futur de la scène qui serait notre temps à nous, notamment par la référence à Nuit Debout en parlant du fait qu’en 1968 ils se sont « levés »). C’est là où le théâtre endosse un rôle important, c’est un véritable jeu avec le temps qui permet de captiver à la fois ceux qui comprennent cette période (c’est-à-dire ceux qui ont vécu 68), mais aussi les jeunes, tel que nous spectateurs du XXIe siècle, car il a adapté 68 à 2016.

Scénographie

La scène est dépouillée de tout objet, sauf une chaise qui sert comme plaque tournante et repère central de la scène. De fait, l’acteur tourne toujours autour de cet objet qui est pratiquement son seul compagnon de route, car s’adressant à des personnages inexistants, l’acteur s’appuie sur cet objet qui rend à la scène une part de réalité. De plus, les costumes et le jeu de la mère donnent place à la fois à une simplicité mais aussi à une extravagance bourgeoise. Lorsque Caubère se déguise pour aller voir le professeur de Ferdinand, on sent l’exagération et une touche critique des déguisements sociaux que l’on peut parfois prendre et l’importance qu’on peut accorder au baccalauréat. L’absence des autres personnages vient justement créer le côté fantasmatique d’une société qui se crée des contraintes et des problèmes face à des choses qui n’ont parfois pas lieu d’être. Par ailleurs, le jeu d’acteur de Philippe Caubère est remarquable, car jouer seul est très difficile. De fait, sur scène, c’est l’adresse qui parfois peut être compliquée. Tout en jonglant entre les différents personnages et le spectateur lui-même qui devient témoin et complice, l’acteur nous fait vivre le kairos grec.

Dramaturgie

En donnant vit aux fantasmes, il donne voix aux souvenirs, il nous rend témoins de la cristallisation du temps. C’est là où l’on voit l’importance de la voix théâtrale qui fait sens et qui donne sens aussi au monde qui nous entoure, qui essaye à la fois de divertir le spectateur, et dans une démarche très brechtienne, de le rendre acteur lui-même, complice, actif dans le monde réel. La proposition artistique de l’absence d’autres acteurs nous invite d’ailleurs à les créer en nous et en ce sens cela développe l’imagination et l’imaginaire des spectateurs.

Enjeux

La représentation semble vouloir divertir, émouvoir et sensibiliser le spectateur. A la fois raconter un passé connu pour les plus âgés et un présent en écho flagrant pour les plus jeunes. Pas de trois fois au théâtre, il fut invité 4 fois à se représenter sous les applaudissements des spectateurs à la fois touchés par cette pièce qui détend et transporte dans les souvenirs et qui nous fait aussi réaliser que l’on s’endort en sachant un peu plus sur la société qui nous a fait et en étant peut-être un peu plus attentifs aux logiques sociales qui nous entourent.

Solène Crépin

Au théâtre de l’Athénée ce 26 Octobre, Philippe Caubère s’est présenté, seul au plateau, portant un texte qu’il a écrit et mis en scène, « Le Bac 68 ». Cette ”comédie française”, comme il la désigne, est un monologue qui donne la vie à de nombreux personnages de la vie de l’auteur, puisqu’il s’agit de sa mère, de son professeur, et de lui-même étant jeune, entre autres. L’acteur s’amuse en effet à interpréter les personnages de sa jeunesse, ou du moins ce qu’il en a choisi, à savoir le fameux passage du baccalauréat, dans le contexte qui fut celui de sa vie, les révoltes de mai 68.

Je m’attendais, sachant que ce texte fut joué et interprété il y a de nombreuses années, à me trouver confrontée à une sorte de panorama socio-politique de cette période historique, et j’ai découvert sur le plateau une histoire tout à fait contemporaine, et même criante d’actualité dans notre époque de désarroi social et de joyeuses et / ou violentes retrouvailles sur la place de la République.

Pour la scénographie, Caubère la joue sobre. Une chaise, une corde et un drapeau rouge. C’est de son imagination et par son corps que l’acteur fait évoluer le décor, de la maison de petit-bourgeois parisien à la salle d’examen du bac. Et l’acteur y excelle, faisant naître dans les esprits des images poétiques et burlesques. On est agacé et attendri par Claudine, la mère, le personnage principal, notoirement burlesque et représentatif de la « bourgeoise-qui-lit-le-Figaro ». Son débit particulièrement véloce et ses « paraphasies », comme elle le répète, la rendent poétique malgré elle, et l’auteur en profite pour jouer avec le langage. Les allitérations foisonnent, toujours avec une grande finesse de sens, et son amour des mots nous offre des moments gracieux et drôles, notamment dans le passage où Claudine parle des ouvrières. Elle cherche ses mots et énumère : « Les ouvrières qui picolent… Non !  qui picorent ! … Non ! qui racolent ! ». Mais ce phrasé qui débite à toute allure, hésite et se reprend est parfois lourd : Caubère va très vite, sans doute trop, et je me suis perdue quelque fois dans la surcharge d’énergie.

Il se fait un peu mielleux avec son public d’habitués, les « intellos de gauche » comme il dit, ce qui n’est sans doute pas faux.  Il oscille entre impertinence et flatterie envers les spectateurs, qui ont pour la plupart connaissance des références intellectuelles, et qui adhèrent à la satire du ”petit-bourgeois-qui-lit-le-Figaro”.  On parle de quelque chose de très actuel, et j’ai pourtant eu la sensation d’une vieille génération qui parle d’une vieille révolte en faisant un clin d’œil aux jeunes, mais ce n’est qu’un clin d’œil. On sait qu’ « ils se sont levés tôt pendant trois semaines », comme dit Claudine, ce qui n’indique pas comment nous nous lèverions, nous, la génération d’aujourd’hui, qui n’est pas aussi unie que l’autre.

Alors quel est le message politique ? Parce que tout cela semble bien politique : il y a une satire qui est faite d’une partie de la population embourgeoisée, toujours la même, celle à laquelle la révolution française a coupé la tête, celle à laquelle Mai 68 a fait un pied-de-nez, celle qu’aujourd’hui encore la jeunesse, qu’on a vu dans la rue chanter au printemps dernier, veut destituer. Il donne de l’espoir sur la légitimité des combats qu’ont à mener les étudiants d’aujourd’hui, mais de loin, en faisant la peinture d’une autre révolte, active et déterminée, qui ne ressemble pas à la nôtre, hésitante et cacophonique.

Mirabelle Kalfon

La nuit tombe sur le théâtre de L’Athénée ce soir du 26 Octobre. La grande salle nous accueille chaleureusement sous ses élégantes moulures dorées et lumières finement éclairées. Les yeux suspendus à la beauté de ce lieu jusqu’à lors étranger, mes oreilles se perdent à leur tour à travers les chuchotements d’un public fidèle à Philippe Caubère. Le Bac 68 n’a pas encore commencé que chacun ou presque, sait d’ores et déjà qu’il n’en sortira que sous le bruit de l’ovation. Episode adapté de l’Homme qui danse, et représenté en alternance avec La Danse du diable, Caubère fait son retour tant attendu et personne ne s’en lasse.

 Cette comédie française est mise en scène et jouée par l’acteur, fidèle à lui-même et à son jeu. Seul sur scène depuis toujours, il est ce soir Ferdinand Faure son alter-égo, châle sur le dos Claudine Gauthier sa mère mais également  son examinateur de bac d’histoire-géographie. Fruit d’une improvisation, ce spectacle familial confronte plusieurs générations ou plutôt celle d’une période troublée par les contestations et grèves générales, que Caubère s’implique à reconstituer à travers le récit de sa jeunesse. Il fait si bon respirer son air léger ; l’homme s’amuse avec son auditoire et nous offre sa vie avec une tendre ironie.

Face à un public de tout âge, il est intéressant de voir comment l’acteur parvient à investir ses avatars en racontant aux plus jeunes comment se passait le bac pour nos parents ou grands-parents avec un envoutement remarquable. L’interaction avec le spectateur, ce va et vient entre les variations du temps nous font les plus fidèles témoins des bouleversements sociétaux de l’époque, jusqu’à devenir les camarades de classe du bachelier qu’il était.

La scène est nue et pourtant l’espace est comblé d’énergie. Le comédien-auteur-metteur en scène à lui seul, nous fait sentir toute la puissance scénique : sa présence, à l’abri de tout artifice. Très admiré pour son transformisme rigoureux depuis plus de trente-cinq ans, Philippe Caubère nous surprend par la régularité de son jeu ou place est donnée à la parole théâtralisée. Ce n’est qu’en suivant les  lignes de son regard, que s’enchainement très clairement les évènements. Dans une jubilation contagieuse, l’acteur mène une véritable chorégraphie en passant par le souvenir glacial de la Sibérie et sa paraphasie débordante. Loin d’une banalité ennuyeuse, l’acteur ose s’amuser de sa paralysie ironique du savoir lors de l’épreuve orale.

Les anecdotes de son adolescence sillonnent le spectacle et le rire ne fait que renforcer le degré de sincérité de l’acteur. Le bac ne serait-il qu’une carte de visite ? En tous cas ce n’est pas l’avis de Claudine, bourgeoise provinciale,  soucieuse quant à l’avenir de son fils entrainé dans les mouvances révolutionnaires. La question de l’examen ou plutôt de cet « orgasme des parents » mène à une réflexion d’une heure cinquante, ravivant l’actualité du débat en ces temps de révisionnisme général.

« Ce n’est qu’un début continuons le combat » ce refrain s’étend du début jusqu’à la dernière scène ou Caubère, agitant l’objet révolutionnaire insuffle dans la salle son plus bel hymne à l’espoir et à la liberté.

Elisaveta Loulelis
Photo : Athénée Louis-Jouvet