La dégustation littéraire

Lecture | Festival Livres en Tête 2016 | Sorbonne | Learn More


Le mercredi 23 novembre, la salle des Actes de la Sorbonne accueillit le troisième événement du festival de lecture à haute voix Livres en tête. Celle ci vit Félix Libris, célébrité dans ce domaine, diffuser anonymement des extraits sonores de livres audios publiés en France ou à l’étranger, et les soumettre à l’analyse d’un jury spécialisé. C’est en effet Laetitia Le Guay, normalienne, docteure en littérature, musicologue, productrice à France Musique et France Culture, Daniel Mesguich, écrivain, metteur en scène, comédien et président de l’édition 2016 du festival, Serge Schick, directeur délégué au marketing stratégique et au développement de Radio France et Jérôme Serri, journaliste littéraire de la rubrique «livres audios » du magazine Lire, qui donnèrent tour à tour leurs avis sur les extraits entendus, et expliquèrent leur préférence pour la lecture par tel ou tel comédien d’un certain passage. C’est ainsi que nous pûmes entendre des lectures d’auteurs tels que Proust, St Exupéry ou Baudelaire, et éduquer notre oreille à reconnaître les différents critères qui font d’une personne un bon lecteur : rythme, timbre de voix, nuances, émotions transmises, variations du ton, accentuations des mots… De plus, les conversations entre Félix Libris et les membres du jury permirent de soulever de nombreuses questions autour de cette discipline (différence entre le jeu et la lecture, difficultés d’interprétation, possibilité d’une lecture parfaire, différences générationnelles entre autres). Les participants ont toujours su argumenter leur point de vue sans pour autant se répéter ou faire dans la langue de bois. J’ai particulièrement apprécié le choix de confronter plusieurs lectures d’un même texte ou auteur, et l’introduction musicale montrant qu’une même œuvre peut être sujette à des interprétations très différentes. J’ai cependant regretté le manque d’interaction avec le public et aurait souhaité qu’un créneau soit dédié aux questions du public. Cette soirée fut tout de même non seulement l’occasion de découvrir une discipline souvent méconnue, mais aussi d’apprendre à l’apprécier comme un art à part entière.

Anna Duday

C’est dans la salle des actes, ils sont quatre.

Avec son air imperturbable, Daniel Mesguisch a revêtu sa veste chinoise ; son contraste de rigueur et de légèreté est à l’image de ce jury : à sa droite se trouve Jérôme Serri à l’œil sévère mais à l’humour pince sans rire, et à sa gauche Laetitia Le Gay ravie d’être là bien que consciente d’être sous les projecteurs et Serge Schick dans une attitude très détendue.  Ils se sont réunis pour une expérience peu fréquente dans le milieu littéraire : déguster et critiquer des lectures enregistrées.  De Proust à Baudelaire en passant par Diderot, Félix Libris les confronte à autant d’interprètes et donc à autant d’interprétations possibles : casser le vers, musicaliser la langue, attacher une sensualité suave à la voix au détriment du texte, autant de risques et de choix à assumer pour le lecteur. Sur enregistrement, seule l’ouïe peut donner une épaisseur charnelle à l’étoffe littéraire. C’est un défi dont l’auditoire prend conscience petit à petit : pour des littéraires dont la tendance est de s’accrocher au corps visuel et sémantique du texte, cette approche montre combien nos ressentis dépendent de mille facteurs dont le lecteur visuel est innocemment inconscient ou du moins préservé. Jérôme Serri fait remarquer qu’il attend d’un extrait sonore qu’il « le débarrasse de sa voix intérieure » ; tout est là. Le lecteur visuel ne se détache pas de sa propre voix. Son rythme de lecture, le tempo, la banalisation ou l’accentuation sur les mots recherchés, découlent de la culture du lecteur et de sa sensibilité. Combien il m’a paru étrange et décalé le fait d’entendre le narrateur de Proust avec une voix féminine, simplement parce que le narrateur que je lis a toujours été un homme à la voix posée et lente. Cette expérience nous a montré que la saveur du texte ressort de son approche, et qu’elle se goûte sur différents espaces significatifs et qualitatifs. Si la distinction déjà connue entre la lecture et le jeu dramatique a été évoquée par Daniel Mesguish, le lecteur visuel ne va pourtant pas jusqu’à considérer sa propre expérience comme dépendante de facteurs que nous n’entendons pas. C’est notre propre voix à laquelle nous sommes sourds. A la qualité du texte s’ajoute, notre état ; loin de découvrir un texte, nous préférons par paresse le familiariser, le faire nôtre. L’acte de lecture comme réécriture s’attache à une empathie voire à une communion. C’est ce phénomène qui a emporté les critiques et l’auditoire sur certains interprètes de Proust tandis que les bruitages rajoutés n’ont provoqué que des avis hétérogènes, preuve d’une dissonance subjective.

La lecture à voix haute, alors qu’ancestrale, est novatrice après le culte du structuralisme et c’est une redécouverte que d’aborder une œuvre simplement en termes de réception ; c’est recentrer une familiarité intuitive que nous avions oubliée. La conviction est à l’origine de tout raisonnement critique et en prendre conscience, c’est faire l’effort de s’extérioriser et de penser la relation non plus de l’auteur à son texte mais du lecteur à l’œuvre. C’est pourquoi à l’adjectif novateur, nous pourrions qualifier cette soirée également de féconde. Un pan différent de l’interprétation s’ouvre. Il est bien étonnant que la lecture à voix haute ne soit pas encore davantage popularisée. Aux origines de la littérature, les aèdes !  Aèdes dont la performance orale constituait l’horizon d’attente du public avant le texte.

Cette expérience a été l’occasion de réaliser que ma relation au texte dépend d’une voix que jusqu’à présent je n’avais pas vraiment entendue, et que je pourrai entendre un texte différemment. C’est une invitation, par le biais d’un interprète, à découvrir et à s’aventurer à une rencontre différente à la littérature.

Nicolas Feller

Lors d’une soirée de dégustation littéraire, le festival de lecture à voix haute, Livre en Tête, a accueilli quartes invités impliqués dans la diffusion du livre audio. Laetitia LE GUAY, enseignante de littérature française à l’université de Cergy-Pontoise, Jérôme SERRI, convoqué pour ses facultés de critique de lecture à voix haute, Daniel MESGUICH, qui compte, entre autre, parmi les nombreuses voix des livres audio et Serge SCHICK, notamment chargé d’une émission de diffusion de livre audio sur radio France, se sont prêtés au jeu que leur proposait  Félix LIBRIS,  lui-même bien impliqué dans cet univers, suite à ses nombreux enregistrements de livres audio. Il s’agissait de soumettre à la critique de nos quatre invités des extraits de livres lus, dont les voix diffusées restaient anonymes.

Ce nouvel art, qui est de nos jours autant apprécié que les lectures des jongleurs au Moyen-Âge, connaît peu de critique littéraire. Cette soirée a permis à des amateurs de lecture à voix haute d’aiguiser notre oreille à la perception de la justesse et de la qualité d’une bonne lecture orale. La soirée débute par l’écoute d’un morceau de musique et au fil de la soirée nous nous apercevons que la voix de la lecture est un véritable instrument de musique ou tout est également mesuré. Le tempo, l’approche du texte, la tonalité que la voix a choisi d’interpréter, le timbre de la voix, sa sonorité, l’accent mis sur des mots choisis, les pauses, les silences, les espacements, l’accompagnement sonore de la lecture, sont autant de critères qui permettent de juger de la qualité, de la justesse et de la fidélité de l’interprète de l’œuvre dans sa lecture, à l’auteur à qui il prête sa voix.

Jérôme SERRI soutient que pour chaque texte que nous écoutons nous pouvons nous dire « cette voix là aurait pu écrire ce texte là », il qualifie le lecteur comme la « voix de l’encrier ». Cette idée est également soutenue par Daniel MESGUICH qui insiste sur l’importance de la « voix de l’écriture », il faut faire en sorte que l’écriture devienne sonore. Le lecteur ne doit pas seulement reproduire la voix d’un personnage, mais aussi la voix que l’auteur transmet dans son écriture, chaque mot est choisi, le rythme lui même est inscrit dans le texte. L’interprète oral, de cette écriture doit respecter les indications subtiles de son auteur.

Finalement, le talent du lecteur de livre audio, ne réside pas dans la qualité de son interprétation, ni seulement dans la beauté de sa voix ou dans la finesse de son jeu. Son talent est de se vouer à la fidélité de l’auteur et de l’œuvre qu’il a choisie de lire. Un livre audio justement lu est transmis à travers la voix que l’auteur a conféré à son œuvre lors de sa création.

Sindhu Mattoo

La compagnie Les Livreurs propose des spectacles et événements de lecture à voix haute de grandes œuvres littéraires, notamment dans le format Solo Drama, auquel j’ai pu assister deux fois et que j’avais beaucoup apprécié : la lecture à voix haute permet de rentrer facilement dans des œuvres même difficiles, et ces lecteurs nous entraînent d’une main de maître. Ici, le but de la soirée n’était pas la lecture à voix haute en tant que telle, mais la critique de lectures, ou plus précisément d’enregistrements de lectures par des acteurs plus ou moins connus.

C’est un exercice difficile de critiquer une séance de critiques. Dans un format « jury », style émission télévisée, les quatre jurés, Laetitia LE GUAY, Daniel MESGUICH, Serge SCHICK et Jérôme SERRI, un joli panel, bien qualifié pour le job, chacun dans son domaine, critiquent chacun leur tour des extraits d’enregistrements audios de lectures. Les lecteurs, si certains sont facilement reconnaissables, ne sont à aucun moment identifiés.

La soirée pâtit un peu d’un manque de rythme ou de minutage de l’organisation. Le temps passe vite, et le choix de passer plusieurs lectures de même œuvres (par des lecteurs différents), fait que nous n’écoutons en fait que peu d’auteurs… dans des versions un peu éclectiques (dont un extrait parodique). Tout n’est pas très agréable à écouter, et les jurés sont critiques − Félix Libris, star des Livreurs et maître de la soirée, leur a donné la consigne d’être honnêtes quitte à être durs, et ils le sont. Je ressors cependant avec un goût de trop peu, et l’impression d’avoir surtout entendu des lectures de niveau peu élevé… Mais j’y ai appris à mieux distinguer ce qui fait une bonne lecture d’une mauvaise, dans toutes ses subtilités. Ce qui est certain, c’est que j’en apprécie bien mieux mes audiobooks !

Flore Picard

Du 21 au 27 novembre 2016, la huitième édition du festival « Livres en Tête » organisée par « Les Livreurs, lecteurs sonores » et le Service culturel de l’Université Paris-IV Sorbonne célébrait la lecture à voix haute, au travers d’événements mêlant artistes, écrivains et personnalités médiatiques. Choisir Daniel Mesguich comme président d’honneur était significatif : écrivain, metteur en scène et comédien, il est lui-même un lecteur à voix haute.

Le collectif des « Livreurs, lecteurs sonores » rassemble des professionnels de la lecture à voix haute, défenseurs engagés de leur art. Mercredi 23 novembre 2016, ils investissaient la Salle des Actes de la Sorbonne pour une soirée dédiée à la critique de livres audio et dirigée par Félix Libris, lecteur à voix haute internationalement reconnu. Ce dernier a soumis une sélection d’extraits de livres audio à l’appréciation d’un jury soigneusement choisi. Autour de Mesguich, trois acteurs du monde culturel étaient invités, afin d’établir les critères qui font d’une lecture à voix haute une bonne lecture. Laetitia Le Guay, productrice à France Musique et France Culture, est normalienne, docteur en littérature et musicologue. Serge Schick, délégué au marketing stratégique et au développement de Radio France. Pour finir, Jérôme Serri, journaliste littéraire au magazine Read.

Deux interprétations d’un morceau de Schubert ouvrent la séance. D’après Félix Libris, critiquer une lecture équivaut à critiquer une musique. La soirée se poursuit par l’écoute de lectures de textes d’auteurs divers par différents interprètes. Saint-Exupéry et son Petit Prince précèdent Diderot et son Neveu de Rameau, suivis par Christine Angot, Baudelaire et Proust. Après chaque écoute, les jurés sont invités à émettre leurs avis et commentaires sur l’extrait entendu.

Un déséquilibre se fait jour entre Serri et Mesguich d’une part, et Le Guay et Schick d’autre part. En effet, Serri, journaliste littéraire habitué à critiquer des livres audio, et Mesguich, lui-même lecteur à voix haute, étaient vraisemblablement plus qualifiés pour juger les extraits littéraires sonores. Par ailleurs, il est regrettable que le temps ait manqué pour permettre au public de participer au débat.

Des diverses critiques émises par le juré, il ressort quelques réflexions pertinentes à propos de ce qui fait d’une lecture à voix haute une œuvre de qualité. En général, les montages sonores (musique, bruitage) gênent l’écoute du texte.  Selon Mesguich, il est essentiel de laisser l’auditeur imaginer et de « ne pas abîmer le fait que c’était écrit », tout en goûtant les mots inattendus au fil du texte et en donnant l’impression que la voix qui lit aurait pu écrire ces derniers. Cette soirée était donc une entrée intéressante dans le monde de la lecture à voix haute, pratique stimulante qui enrichit la littérature de nouvelles possibilités, et l’occasion d’amorcer une réflexion autour de la pratique de la lecture, aujourd’hui multiple.

Ambre Tahon Franquesa
Photo : Les Livreurs