Isolons-nous Gustave / Ubu roi

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Le solo théâtre qui a eu place aux déchargeurs le jeudi 26 Mai à 19:30 une reformulation de deux pièces de théâtre Isolons-nous Gustave par André Mouëzy-Éon, refaite en 30 min et Ubu roi par Alfred Jarry refaite en 40 min. Ce solo théâtre permettait à deux débutants de recréer des pièces et de les présenter devant une audience de vingtaine de personnes, dans une salle de sous-sol d’un théâtre dans le premier arrondissement. Rien que quelques chaises et un microphone, pas de décors, ni des effets, les spectateurs étaient menés à réagir uniquement selon la voix d’un acteur.

La mise en scène était la même pour les deux pièces. Pour la première, le rythme était plutôt stable avec le seul bouleversement étant les orages que l’acteur représentait très bien. La progression de l’histoire était chronologique et l’histoire n’avançait pas rapidement. Pour la deuxième pièce, il y avait plus de bouleversement, au niveau de l’histoire et de la représentation. L’histoire avait aussi une progression chronologique mais avançait plus rapidement que la première.

Étant un solo théâtre avec une personne sur scène imitant les différents caractères et les effets sonores, il n’y avait pas de décor. C’était une petite salle de sous-sol. La pièce aurait pu être jouée ailleurs avec le même effet. Pareillement, il n’y avait pas d’effet visuel non plus. Aucune technique ou media n’étaient utilisées.

La seule variable qui différenciait cette pièce d’une simple lecture était les tons de la voix des acteurs. Le manque de décors, de caractères, et des effets sonores et visuels étaient compensés par la manière avec laquelle les acteurs présentaient les caractères et le contexte. C’était plus évident dans la première pièce en particulier ou l’acteur imitait l’orage et changeait de ton entre les trois caractères qui dialoguaient. Pour Ubu Roi, la tâche était plus compliquée pour l’acteur qui devrait imiter plusieurs caractères, dans de différents contextes. Cela demandait plus d’attention de la part de l’audience.

Solo théâtre était une recréation d’autres pièces de théâtre plus ou moins connues. La présentation étant aussi simple avait pour but d’interagir avec l’audience. Il n’y avait pas d’effet qui aidait les acteurs; ils avaient toutes la responsabilité que l’audience soit satisfaite. Le fait que les pièces soient des comédies était pour leurs avantages. La réaction des spectateurs était très positive et il y avait un sentiment d’appréciation envers cet effort.

Crystel Hajjar

Le solo théâtre du 26 mai 2016 était une lecture à haute voix de pièces de théâtre.

La première œuvre était Isolons-nous Gustave d’André Mouëzy-Éon, écrivain du XIXème siècle, aujourd’hui oublié. La seconde œuvre était Ubu roi d’Alfred Jarry. Certains passages avaient été coupés pour un souci de temps. Les lecteurs étaient des étudiants de la Sorbonne, formés à la lecture à voix haute par les Livreurs. Cette lecture était une première sur scène pour eux.

Les lectures se sont déroulées dans une petite salle souterraine du théâtre Les Déchargeurs qui peut accueillir une vingtaine de personnes. L’éclairage tamisé sur la pierre brute donnait vraiment une impression de proximité et de convivialité. Le principe d’une lecture à haute voix est de simplement lire le texte pour que la voix rende toutes les impressions que pourrait donner le théâtre. Seule la voix du lecteur peut rendre le texte vivant. L’ambiance de la salle était en adéquation avec l’objectif recherché. Il n’y avait pas de décors, seulement un pupitre au centre de la scène avec un projecteur qui l’éclairait. Aucun des gestes du lecteur ne compte, seule sa voix est importante pour rendre son texte vivant.

La première lecture fut hésitante. C’était la première fois que le lecteur donnait une représentation et sa voix fit transparaître une certaine angoisse, ce qui nuisit beaucoup à la lecture. Le texte était comique et les quelques tremblements de la voix, bien que rares, cassèrent l’ambiance du texte. Le récit portait sur une scène de ménage dans une famille bourgeoise du XIXème siècle, lors d’une nuit d’orage. Le lecteur fit toutefois une belle performance en transformant alternativement sa voix pour la faire correspondre à chacun des personnages.

La deuxième lecture, faite par un lecteur différent, fut plus assurée. Le lecteur d’Ubu roi changeait sa voix pour chacun des personnages. Les choix de ton étaient judicieux. Au début, entendre un homme faire des voix grotesques, parfois des voix de femme, était comique en soi, puis l’impression d’entendre des personnages différents est arrivée et ce sont les personnages et l’histoire qui ont véritablement créé le comique. L’esprit d’Ubu roi était vraiment là. Même sans décors ni acteurs, les spectateurs étaient plongés dans l’histoire.

Léna Piveteau

Dans une salle au sous-sol, aux murs de pierre et au plafond voûté, une vingtaine de chaises devant une petite scène. Il n’y a de place que pour un acteur, et cela tombe bien ! Dans cette originale ambiance informelle, chaleureuse, voire familiale, c’est un véritable solo de théâtre qui se prépare. Une pièce et un acteur, une pièce pour un acteur, une pièce par un acteur.

Seul sur scène, tout près et au même niveau que le public, le comédien interprète une pièce : répliques, bruits, caractères, émotions, rythmes, humour, tout est là ; tout est offert au public, qui alors ne peut que se laisser emporter par l’enchaînement des événements et des sensations, par cette voix capable à elle seule de créer tout un monde.

Le concept du Solo Drama est proposé et diffusé par Les Livreurs, Lecteurs Sonores. Il s’agit d’un collectif parisien promouvant la diffusion de la littérature à travers la lecture à voix haute et organisant des laboratoires de formation et des événements littéraires.

Le spectacle du 26 mai consistait en deux pièces en raison de leur brièveté, mais l’esprit et la méthode étaient les mêmes : pas de scénographie, pas de costumes, pas de rapports entre comédiens. Étudiants, les deux acteurs qui ont respectivement interprété Isolons-nous, Gustave ! (1917) et Ubu roi (1896)* avaient approfondi, dans le cadre d’un des laboratoires des Livreurs, les enjeux de cette nouvelle typologie de travail, entrecoupant arts vivants, littérature, lecture à voix haute, étude sonore et musicale.

Les deux comédies, très différentes du point de vue du sujet et donc du type de comique, ont été admirablement interprétées par deux acteurs apparemment tout aussi différents. Le comique de parole et de situation d’un vieux couple bouleversé par un orage était suivi par les aventures satiriques d’un prétendu roi lâche et peureux. De la même manière, le dialogue – comique justement parce que décalé – entre femme et mari laissait la place dans la deuxième moitié du spectacle à une suite d’aventures d’un personnage absolument ridicule.

Les deux pièces ont sans aucun doute eu en commun l’irrépressible rire du spectateur, n’ayant même pas besoin de fermer les yeux pour imaginer les scènes. En effet, la maîtrise mimique, tonale et rythmique des acteurs rendait la pièce vivante, prenante, présente : chez le public, alors, aucune autre envie que celle de continuer d’écouter.

* Les dates font référence à la première représentation des deux pièces.

Silvia Giudice
Illustration : Alfred Jarry