[INTERVIEW] Rencontrez Léa Gheerbrant, en Licence 3 de Musicologie !

RENCONTRONS NOUS ! Malgré le contexte sanitaire inédit, la Direction de l’Action Culturelle continue de promouvoir la culture au sein de Sorbonne Université. Car c’est auprès de vous, étudiant·e·s, personnels et enseignant·e·s, que nous trouvons les trajectoires et les liens les plus inspirants, nous avons décidé de vous donner la parole ! Vous avez été nombreux·ses à vous mobiliser en répondant à ce questionnaire. Aujourd’hui, rencontrons Léa Gheerbrant, étudiante en L3 Musicologie !

Bonjour Léa ! Tu es étudiante à Sorbonne Université, peux-tu te présenter brièvement ?

Salut ! Je m’appelle Léa Gheerbrant et j’ai 20 ans. Je suis en L3 Musicologie. Mais je suis surtout comédienne, chanteuse et metteuse en scène. Je dirige la compagnie de théâtre Le Libre Alcyon avec mon frère Antoine, et j’écris la musique de nos spectacles.

Crédit photo : François le Nouëne.

Quelle est ton implication dans la vie culturelle, en particulier celle de l’université ?

Avec Le Libre Alcyon, nous avons eu la chance de nous représenter (Richard III de Shakespeare, puis Ruy Blas de Victor Hugo) dans l’amphithéâtre Richelieu de la Sorbonne mère. Autrement, depuis l’an passé, je suis active en tant que comédienne au sein du Théâtre Molière Sorbonne. Il s’agit d’une association qui forme à la pratique du théâtre du XVIIème siècle selon les sources historiques. J’ai intégré l’UE du TMS dès 2019, puis la troupe la même année. J’y ai interprété le rôle d’Andromaque, que j’ai eu la chance de jouer pour la première fois lors de notre voyage à Florence ! C’est un souvenir magique, inoubliable. La troupe du TMS se représente régulièrement, avec un répertoire qui se perpétue depuis deux-trois ans. Ainsi, nous jouons : Le Cocu Imaginaire de Molière, Les Fâcheux de Molière également, et Andromaque de Racine. Je suis très investie dans cette asso, dont le travail est génial et dont j’adore l’équipe.

Richard III (Shakespeare), par la Cie Le Libre Alcyon.

Depuis combien de temps te consacres-tu à ce projet ?

A 9 ans, la vocation m’a frappée. J’ai commencé le chant et le théâtre en même temps – même si je chantais déjà dans une chorale, et j’ai tout de suite su que je voulais faire ça. Pour la mise en scène et la musique, celles-ci ont découlé du reste, tout naturellement. C’est pourquoi mon frère et moi avons créé Le Libre Alcyon en 2017. Le théâtre nous a frappés tous les deux très jeunes, différemment, mais irrémédiablement ! Créer cette compagnie s’est fait dans la dynamique de notre passion commune. Nous avons toujours eu chacun une vision très concrète de ce que nous voulions, en termes de jeu mais aussi de mise en scène. Pour ma part, c’est aussi l’occasion de créer mes propres compositions, et de chanter. C’est aussi le moment d’exprimer mon amour de l’esthétique à travers le maquillage. 

Le croisement de différentes pratiques artistiques est un pilier essentiel de nos travaux. De mon côté, le travail de la voix et de la gestuelle me tient particulièrement à cœur, tandis qu’Antoine régit beaucoup le travail de la diction. Après, on se partage les échauffements, mais quand l’un de nous met en scène, il dirige sa barque seul. Nous tendons toujours à offrir au public le travail le plus complet et le plus abouti possible, dans tout ce que nous présentons.   

Comment t’es venu l’envie de monter ce projet ?

En ce moment, mon projet principal est ma mise en scène du Songe d’une nuit d’été de Shakespeare. J’ai monté cette pièce pour la première fois en amateur au lycée à 17 ans. Grâce à mon établissement, j’ai pu mener mon projet à bien et jouer devant une salle de deux cents places. Au fur et à mesure de la pièce, les rires augmentaient et au dernier acte, la salle hurlait de rire. J’étais scotchée et ravie. C’était un jeune accomplissement, mais je voulais la remonter. Je savais que j’en ferai une version professionnelle et aboutie. Aujourd’hui, nous sommes entourés de comédiens et  comédiennes magnifiques que nous avons rencontrés en bonne partie au TMS. L’envie ne m’a pas quittée, je l’ai transmise, elle a emballée une douzaine de personnes. Avec eux, j’ai l’occasion de préparer « la version complète », du point de vue du jeu mais aussi du point de vue musical. Mon rêve était d’accompagner entièrement la pièce à la harpe. J’avais commencé à composer dans ce but, et en arrivant ici, j’ai rencontré une harpiste incroyable qui est devenue ma meilleure amie. Le projet s’élabore maintenant, pièce par pièce, dans la joie et la bonne humeur ! 

Est-ce que réaliser ce projet t’a apporté quelque chose en tant qu’étudiant ?

Ce sont plutôt mes rencontres en tant qu’étudiante à la Faculté qui ont enrichi nos projets passés et à venir !

Et dans ta vie personnelle ?

Dans ma vie personnelle, chaque avancée est énorme ! Mes performances et créations en tant qu’artiste sont mes accomplissements les plus importants. C’est dans l’art que je vibre à la meilleure fréquence. Je ne me vois pas faire autre chose.  

Est-ce que ce projet a changé ou bien précisé ton projet professionnel ? Étais-tu fier de toi ?

Chaque projet, chaque pas n’a fait que préciser mon projet professionnel. Devenir artiste, c’est quelque chose. Ça inclut la passion, mais aussi du courage, de la persévérance, de la rigueur ! Pour avancer dans le milieu, pour bien avancer, l’entourage compte énormément. J’entends par là, la famille mais aussi les rencontres que l’on fait ! Il faut bien choisir avec qui l’on avance, et toujours se rappeler de pourquoi on le fait ! 

Plus généralement, quelle est l’importance de la culture dans ta vie ?

La culture est essentielle. C’est mon centre. Mes projets artistiques, c’est ce à quoi je me consacre le plus. Chaque pas et chaque but atteint est important. Le bonheur de me produire sur scène est juste inégalable, en termes de sensation et de partage. Quand je joue, c’est toujours comme une méditation : une sorte de transe irremplaçable, tout comme chanter. C’est une vibration extrême dont je ne peux pas me passer.  

J’adore aussi me rendre aux spectacles, aux ballets, regarder des opéras, lire des partitions. Je dirais que j’y consacre tout mon temps sans le savoir. A la maison, je chante toute la journée, mon frère dit des vers, et puis on répète… c’est une façon de vivre ! 

Penses-tu que la culture et l’art sont essentiels dans une société ? Pourquoi ?

Je pense que tout le monde a besoin d’art dans sa vie. Je parle de l’art dans sa conception la plus pure et la plus belle. Les gens ont besoin de rêver, ou plus simplement de se changer les idées. Si l’artiste peut faire vibrer les gens à la mesure de ce qu’il ressent pour sa pratique, alors il a le sentiment de réussite. Là se trouve le bonheur.  

Et même quand on navigue dans le milieu, on vibre toujours en temps que spectateur. On va voir des spectacles plus implantés, et ça nous porte ! Si on peut être la parenthèse essentielle, la respiration après les cours ou le bureau pour le spectateur, c’est inestimable. Et pour l’artiste, se produire, c’est sa façon d’exister. En termes de relations sociales, je pense aussi que c’est l’un des plus grands facteurs d’interactions. Au théâtre, à l’opéra, dans les musées, on s’y rend souvent accompagnés ! Beaucoup de gens se réunissent dans ces lieux ! En termes de relations sociales et de  partage, je pense que l’art est un pôle unique et indispensable. 

Selon toi, quels sont les avantages à mener un projet culturel pendant ses études ?

Je pense que cela développe le sens des responsabilités. Si l’on est chef d’équipe, on transmet. Il faut de la patience et de la maturité. Il faut être lucide sur des questions de temps, de lieux, de conditions, de dates. S’impliquer dans une structure développe aussi les capacités d’adaptation, de gestion, d’écoute. Je pense que c’est une excellente expérience.

Quelles étaient tes attentes avant de commencer ce projet ? Est-ce que les choses se sont passées très différemment de ce que tu attendais ?

Je n’ai pas d’autre attente que de pouvoir vivre de notre profession à plein temps. Et je pense que prendre en main les choses et se frayer son chemin et une bonne manière de s’ouvrir les portes vers une professionnalisation. J’ai décidé de saisir mes propres désirs et de les transformer en chance, de les faire devenir réalité ! Je pense aussi qu’il faut être conscient que c’est un milieu difficile où on avance mieux sans illusions. Rien n’est simple, et tout demande de la patience. Mais bon, quand on aime, on ne compte pas ! Ce qui compte c’est d’être actif, solide mentalement et en bonne santé physique pour tenir la route !

Comment tes projets ont-ils été influencés par la situation sanitaire actuelle ?

Avec le second confinement, des représentations du TMS ont été annulées, et pour le Songe, je voulais que nous le jouions en mars, en ce moment-même. La mise en scène de Cyrano de Bergerac de mon frère Antoine était aussi prévue pour juin, mais nous avons décidé de reporter les représentations des deux projets à l’an prochain. Trop de paramètres ont été remis en jeu, et le but n’est pas de travailler avec acharnement dans le stress et le flou. De toute manière, les théâtres sont encore fermés, donc le calcul est « bon ». On se prépare et on attend.

As-tu pu continuer ta pratique malgré le Covid ?

J’ai suspendu les répétitions pendant quasiment la totalité du reconfinement. A cause de la distance, mais aussi de la surcharge de travail facultaire. De plus, ma mise en scène est très chorégraphiée, corporelle, donc beaucoup de choses sont impossibles à travailler en visio. Cet arrêt était mentalement très difficile, insupportable même. Dès le déconfinement, on est revenus ici et on a repris en présentiel avec masque et gel. Maintenant, hors de question de s’arrêter à nouveau, malgré le reconfinement par régions. C’est trop dur pour le moral et la dynamique, donc on va continuer, au moins pour le travail du texte, voilà tout. J’aurai juste plus de temps pour composer.

Parlons de tes futurs projets… En as-tu ? Quels sont-ils ?

Haha, mais oui toujours ! Pour l’an prochain, avec le TMS, on prépare Le Malade Imaginaire pour la grande année Molière ! Mon ravissement est extrême puisque j’y joue Angélique, et qu’elle parle ET chante. J’aurai donc le plaisir de chanter une jolie partition de Charpentier. Avec Le Libre Alcyon, pour l’an prochain, j’aimerais vraiment que nous puissions jouer le Songe and Cyrano paisiblement avec notre super équipe. Sinon, j’aimerais beaucoup passer des concours d’entrée en école supérieure de chant lyrique ! Je médite encore là-dessus, mais c’est prévu ! 

Y a-t-il un artiste ou un événement que tu aimerais partager / recommander ? Un dernier mot ?

J’aimerais recommander le festival de l’Oghmac. Oghma est une super compagnie professionnelle de théâtre baroque dans laquelle j’ai été engagée pour jouer Thisbé dans le spectacle Les Amours tragiques de Pyrame et Thisbé de Théophile de Viau. Le festival se déroulera fin juillet, dans le Périgord noir !  

J’aimerais aussi recommander le festival Embaroquement immédiat qui propose une super programmation, et qui  accueille le Théâtre Molière Sorbonne chaque année. Nous y jouerons Andromaque en mai ! Si tout va bien ! 

Je joins aussi le lien vers la page Facebook de notre compagnie à Antoine et moi, Le Libre Alcyon : https://www.facebook.com/CompagnieLeLibreAlcyon – nous y postons toutes nos avancées, les annonces des spectacles, les nouveautés… J’espère vous voir nombreux à nos spectacle l’an prochain ! 

Un très grand merci à l’équipe du Service culturel de Sorbonne Université pour avoir sélectionné notre projet pour cette interview ! « All the world’s a stage, and all the men and women are merely players .» Ça, c’est le grand  Shakespeare qui l’a dit. Moi, je vous souhaite force et courage ! L’année est difficile mais il faut tenir le choc. Tout  bouleversement est passager. L’équilibre se rétablit toujours. Accrochez-vous à vos rêves plus que jamais ! 

Un grand merci à Léa pour son témoignage et ses mots. Suivez la dès maintenant sur Facebook aux adresses citées ci-avant, et sur la chaîne Youtube du Libre Alcyon ici : https://www.youtube.com/channel/UCsVpyZm_ZtkQXHtaOPjYrew