Flexible Silence

Danse / Musique | Théâtre national de Chaillot | Learn More


C’est au Théâtre national de Chaillot que le Japonais Saburo Teshigawara (chorégraphie, décor, lumières, costumes) choisit de présenter Flexible Silence en ce dimanche 26 février 2017 à 15h30, pièce pour laquelle il convoque l’œuvre de Toru Takemitsu et celle d’Olivier Messiaen, deux compositeurs du XXe siècle. Sur ces musiques interprétées par le sextuor d’ondes Martenot du Conservatoire national supérieur de musique et de danse de Paris se produisent six danseurs solistes de l’Ensemble intercontemporain.

Dès les premières notes jouées, le ton est donné, et le temps s’en voit suspendu : la danse des artistes est légère et souple, d’une simplicité presque naturelle. Les corps se détendent et se recroquevillent avec une facilité déconcertante, mais surtout si prestement que le lien avec la musique est toujours maintenu. Le dénuement du décor de scène accentue d’ailleurs cette étroite complicité entre son et chorégraphie, matérialisant ce dialogue privilégié par la suppression de tout autre élément susceptible de le perturber. La notion d’équilibre en devient alors essentielle, dans la mesure où les silhouettes en perpétuel mouvement s’évertuent à exprimer au mieux les divers mouvements musicaux, de l’élasticité à la raideur saccadée, de l’accélération à la stagnation, de l’amplitude à la minutie. En ce sens, chaque danseur apporte sa singularité technique et rythmique, infléchissant ainsi la perception sonore du spectateur en lui suggérant une interprétation unique et insoupçonnée. La variété des ambiances et des morceaux permet une alternance entre gravité et instants plus légers, voire cocasses, montrant aussi une grande proximité entre les différents performeurs.

Dès lors, une magie presque magnétique s’opère entre les deux sphères, celles de la danse et de la musique, jusqu’à créer une atmosphère à part entière d’où semble émaner une véritable spiritualité, une communion par l’art qui témoignerait de la transcription d’un écoulement du temps sonore dans l’espace chorégraphique de réflexivité.

Marianne Bouyssarie

La musique est composée de sons audibles et inaudibles. Le son qui ne s’entend pas c’est-à-dire le silence, coule dans la musique. Saburo Teshigawara.

Cette représentation du chorégraphe et danseur Saburo Teshigawara, habitué du théâtre Chaillot, place la danse au service des compositions musicales de Toru Takemitsu et Olivier Messiaen. Leurs œuvres sont interprétées par les musiciens sur scène et guident, sur la corde sensible d’un temps suspendu, les danseurs tour à tour.

La mise en scène est forte de ses lumières qui font apparaître dans un jeu d’ombres subtil, les mouvements distendus en parfaite harmonie avec les notes qui semblent ne jamais retomber.

Les interventions diffèrent, mais à l’excepté d’une accélération au début de la performance par une danse rapide symétrique des deux danseuses, les harmonies sont extensibles et linéaires.

« Flexible silence » prend tout son sens dans ce choix musical qui traduit paradoxalement l’image du silence que les musiciens étendent et font durer jusqu’à ce que, progressivement, le son disparaisse, comme englouti par le silence.
Dans l’obscurité, seul le danseur demeure éclairé et continu d’exprimer une mélodie par la danse, comme si le corps se faisait transmetteur de la suite de la partition muette. Les solos de danse forment la personnification de chaque composition. La musique prend une forme humaine et le chorégraphe donne à voir l’image de chaque mouvement musical à travers les corps.

L’idée et la volonté du chorégraphe de transporter le spectateur dans la musique, par la danse est parfaitement réussie. Il se laisse flotter au milieu de cette salle plongée dans l’obscurité où le silence est si précieux que le moindre bruit extérieur au spectacle, si discret soit-il d’un autre spectateur, parait brutal et agressif.

Ode à la musique des deux compositeurs contemporains, la danse hypnotise. L’assistance est envoûtée et absorbée par ce flot de musique et danse distendu, flottant et poétique. L’un est devenu la muse de l’autre.

Carole Bresson

Saburo Teshigawara vient pour la sixième fois au Théâtre National de Chaillot. Cette fois, il y présente une pièce chorégraphique guidée par la musique de deux grands compositeurs : Toru Takemistu et Olivier Messaien. Le premier, décédé depuis 1996, est japonais. Il emprunte à la fois à la musique française et aux airs traditionnels du Japon pour créer des environnement sonores atypiques. Sa musique a quelque chose de naturel, de presque organique. Le second, décédé en 1992, est français, organiste et pianiste. Inspiré par sa ferveur catholique, mais aussi par l’Inde antique et  par les chants d’oiseaux, sa musique est « un perpétuel dialogue entre l’espace et le temps, entre le son et la couleur ». Pour honorer ces deux grandes figures, Saburo Teshigawara fait appel à l’Ensemble intercontemporain et à la classe d’Ondes Martenot du Conservatoire de Paris. Deux ensembles de six musiciens, donc, pour accompagner les danseurs. Ces derniers, dont Saburo Teshigawar lui-même fait partie, sont également au nombre de six. Ces talents réunis nous entraînent dans 1h40 de spectacle.

Flexible Silence se présente comme une succession de tableaux, séparés chaque fois par un instant de noir et de silence. Ce rythme fractionné, qui donne une impression de panorama muséographique, révèle la sensibilité du chorégraphe aux arts plastiques. Ce type d’enchaînement est visuellement intéressant mais il brise un peu le rythme du spectacle.

Teshigawara travaille la lumière à la manière d’un peintre et l’espace à la manière d’un sculpteur. Les cercles viennent éclairer les danseurs, qui apparaissent d’abord un à un, puis qui évoluent à plusieurs sur la scène. Le spectre clair évolue, tantôt enveloppant les corps avec délicatesse et retenue, tantôt tombant crûment sur le front des danseurs. Deux espaces distincts occupent le lieu : au fond, les musiciens et devant, les corps en mouvements. Le décor est minimaliste mais il ne manque pas, puisque les jeux de lumière structurent parfaitement l’espace.

Dans la chorégraphie, tout semble à la fois maîtrisé et incroyablement naturel. Les danseurs enchaînent des mouvements inhabituels qui semblent portés par la profondeur de la musique, parfois par la force du silence. Leurs membres se désarticulent avec une harmonie et une fluidité quasiment végétale. Les danseurs sont très gracieux, mais d’une grâce inhabituelle. Pas celle des cambrures ou des pointes de pieds : celle de la retenue et de la justesse.

Leurs corps ondulent, même lorsque la musique s’arrête. Ils incarnent le silence, cette chose mystérieuse qui n’existe pas dans notre monde. Là où nous vivons, le vrai silence n’existe pas. Il y aura toujours un battement de cœur, un souffle, un bruit au loin. Il faut le chercher, le créer, le provoquer. Avec Flexible Silence, Teshigawara fait du silence une donnée hors du temps et élastique dans l’espace, comme s’il appartenait à une dimension indéfinissable et hors de notre portée.

Le spectacle dans son ensemble est d’une grande beauté, tant grâce à la musique qu’à la scénographie et à la chorégraphie. Il nous fait voyager dans une autre dimension, de laquelle on sort apaisés. L’enchaînement entre les « tableaux » n’est malheureusement pas aussi fluide que les mouvements des danseurs, ce qui fait apparaître quelques longueurs. En tout cas, le travail de Saburo Teshigawara est un indispensable de la danse contemporaine. Espérons que son histoire d’amour avec le Théâtre National de Chaillot dure encore quelques temps.

Gaëlle Hubert

Flexible Silence est une performance artistique de danse et de musique créée par le célèbre choré- graphe Saburo Teshigawara, exécutée par lui-même et cinq autres danseurs et accompagnée par les musiciens de l’Ensemble Intercontemporain et un sextuor d’ondes Martenot (!). Les choix de Toru Takemitsu et Olivier Messiaen traduisent la volonté d’une expression pure et proche de la nature. Ce parti pris est d’autant plus fort que cette musique est déroutante à qui ne la connait pas ; autant le dire tout de suite, j’ai décroché pendant une grosse dernière demie-heure et ai poussé un soupir de soulagement à la fin. Je suis cependant convaincu qu’il faut rendre justice au travail profond que nous propose le maître japonais, et que c’est aussi à notre intellect que s’adressait cette œuvre plutôt qu’à nos sens et uniquement nos sens.

Première conception (certes simpliste) du silence développée par Teshigawara : le silence est le fait d’écouter ce qui est absent. Il se trouve dans et autour de la musique comme un espace-temps malléable mais présuppose la vie pour exister ; c’est un état humain. La performance s’adresse tant à l’intellect qu’au sensible : on sent bien que chaque geste, chaque pas, chaque coordination avec la lumière est le fruit d’une longue réflexion pour servir une thèse. Si Teshigawara est assez génial pour dépasser sa création et ne faire plus que corps avec lui même, les membres de sa troupe qui s’alternaient sur la scène n’atteignent pas son niveau d’abstraction. Seul lui nous montrait quelque chose de nouveau à chaque mouvement et nous faisait ressentir les variations les plus infimes de ses gestes. Il était possible de s’identifier à lui bien plus facilement qu’aux autres. Teshigawara semblait un fou, un oiseau malade privé de ses sens quand, pénétrant enfin le cercle de lumière projeté sur la scène, il se relevait en pleine conscience de son être. Ainsi son silence est-il bien plus qu’une absence, c’est une élévation spirituelle qui s’est émancipée du corps et des sens, un état contemplatif d’une rare et puissante intensité.

Cézanne disait que “Toute la volonté du peintre doit être de silence. Il doit faire taire en lui toutes les voix des préjugés, oublier, oublier, faire silence, être un écho parfait. Alors, sur sa plaque sensible, tout le paysage s’inscrira.”. Le propos de Flexible Silence est en réalité de nous inciter à chercher ce silence, celui qui nous tombe dessus comme une inexplicable plume lourde. Quand le silence est fait, l’artiste n’est plus qu’un instrument de quelque chose de supérieur qui s’est profondément enracinée dans les spectateurs. Le dépassement de l’artiste est effectivement quelque chose qui dépasse le champ d’action d’un humain. Ici, la précision chirurgicale de la chorégraphie et des jeux de lumière sont tout un travail qui a pour but de nous faire concevoir et ressentir cet état secondaire et miraculeux. Le comprendre n’est certes pas aisé ; il s’agit là d’un phénomène purement (et heureusement) transcendantal.

Antoine Hugounet

Le spectacle nommé « Flexible Silence », eut lieu au Théâtre de Chaillot, le dimanche 26 Février à 15h30. La mise en scène et chorégraphie avait été planifiée  par Saburo Teshigawa.

Le spectacle était basé sur la cohabitation de deux arts : celui de la musique et celui de la danse.

Les morceaux interprétés relevaient de la musique contemporaine, incluant une pièce de Messiaen  et six autres d’un compositeur japonais, Toru Takemitsu. Chacune des pièces était caractérisée par une formation instrumentale différente . L’œuvre de Messiaen rassemblait six ondes martenot ; tandis que les autres pièces de Takemitsu mettaient en scène des instruments plus classiques comme la guitare, la harpe, la clarinette, le piano, la flûte, le violon…

Chaque pièce possédait une couleur et une ambiance différente, ceci étant du d’une part à l’assemblage des timbres, mais aussi à l’écriture stylistique.

La vraie beauté de ce spectacle résidait à mon avis, sur la capacité du chorégraphe à rendre compte de chacune des atmosphères différentes par la gestuelle des danseurs. Différentes formations de danseurs étaient présentés : des solos, des duos, ou des danses de groupe.

Le langage corporel était clairement de la danse contemporaine. Pourtant différents caractères s’en dégageaient proposant des aspects méditatifs, humoristiques, ou frénétiques.

Chaque danseur de la troupe, tous des asiatiques, semblait avoir sa personnification. Deux jeunes filles aux cheveux lâchés personnifiaient l’hystérie de la jeunesse tandis que le couple principal de danseurs imposait l’élégance et la beauté de la sagesse mature.

Un côté très intéressant de ce spectacle était l’utilisation du silence. En effet, même après la fin des différents morceaux, les danseurs continuaient leur chorégraphie, comme si la musique n’était pas finie. L’un des danseurs fit même une chorégraphie entière sans musique, dans le silence perturbé seulement par le bruit de ses pas glissés sur le sol et les toussotements discrets des spectateurs.

Enfin, pour parfaire l’œuvre musicale et chorégraphique, un grand jeu d’éclairage avait été mis en place. Celui-ci participait tout autant à la création des différentes ambiances des pièces, et les danseurs ne se privèrent pas de jouer avec les zones de lumières et d’ombre.

Ce fut un spectacle rempli de poésie, d’élégance subtile et de magie. Un véritable  chef d’œuvre sur des pièces musicales tout aussi sublimes.

Ophélie Lacondemine

Flexible Silence, la nouvelle pièce de Saburo Teshigawara créée spécialement pour Chaillot, Deux compositeurs accompagnent les danseurs : Toru Takemitsu et Olivier Messiaen.

Dans la première partie du spectacle, sur la large scène du théâtre de Chaillot, un petit groupe de musiciens se tient au fond, dans une lumière tamisée. Chacun tient un synthétiseur entre ses mains, et tous commencent à jouer une seule et même partition, parfois tour à tour, parfois ensemble, mais toujours dans une synchronisation parfaite. Le groupe est surplombé de tableaux accrochés au mur du fond. Puis, dans une seconde partie, de part et d’autre de la scène, des instruments destinés à un orchestre sont disposés de manière symétrique, les uns d’un côté, les mêmes de l’autre. Parfois l’orchestre joue côté cour, au fond de la scène, parfois côté jardin. Et de temps en temps, un pianiste joue sur son large piano, dans la solitude, lui aussi dans le fond de la scène.

Flexible Silence, un moment hors du temps, le décor est extrêmement minimaliste, la lumière feutrée. Les jeux de lumière se déploient dans un corps à corps avec les six danseurs. Les noirs éclatants mènent au doute et à la surprise, car les danseurs, y disparaissent subitement, puis l’instant d’après ils rejaillissent de cette pénombre pour pénétrer la lumière. La lumière démiurgique fait exister les corps des danseurs qui n’existent plus une fois replongés dans le noir. L’abstraction, puis l’apparition de leurs corps sont tributaires de cette lumière qui rend le mouvement très pur, et qui le renvoi à lui-même. Des cercles non centrés sont baignés de lumière. Amusés, les danseurs passent tour à tour dans ces cercles mouvants, dans ces noirs inquiétants, ils s’y succèdent, s’y croisent, s’y substituent. La lumière donne une consistance à leur danse, et elle aussi se substitue, se superpose, et danse…

Saburo Teshigawara semble avoir fait le choix du minimalisme, de l’épuration, il dispose quelques instruments, six danseurs, et une lumière extrêmement vivante sur scène, et qu’est-ce qu’il en ressort ? Un spectacle qui suscite la contemplation, qui ne contient pas un récit mais une multitude de micro récits incorporés çà et là, à peine perceptibles. C’est à la fois un rituel, qui se répète à l’infini, un moment de calme et d’apaisement, et une prouesse technique, de tous les éléments qui composent une scène de spectacle.

Manon Michel

 C’est dans le silence qu’on s’entend le mieux.

Je trouve, que cette citation de Paul Claudel représente parfaitement l’idée-même du spectacle Flexible Silence autour de la danse et la musique que j’ai eu la chance de découvrir au Théâtre national de la danse le 26 février.

Déjà adoubé au Japon, son pays natal et d’ailleurs un peu partout dans le monde, dont en France, le chorégraphe Saburo Teshigawara s’est installé encore une fois au Théâtre national de la danse pour nous offrir sa nouvelle pièce, créée spécialement pour Chaillot.

Flexible silence est né à partir de la musique des deux représentants de la musique dite «contemporaine»- Toru Takemitsu et Olivier Messiaen. C’est un très beau choix de faire dialoguer les corps et les esprits à travers la musique qui propose elle-même l’intensité dramatique et les mouvements parfois turbulents.

Pour Teshigawara le silence est quelque chose de vivant. Mais le silence n’existe pas en soi – le silence doit être crée. Il faut savoir se taire et la musique- le domaine où le son règne par défaut produit parfois plus de silence que les êtres humains. Le silence, au même titre que la musique, peut aussi provoquer la danse et les moments les plus forts du spectacle étaient sans aucun doute ceux, dansé sur le fond sonore du silence.

Je dois avouer que le spectacle n’était pas celui où on se perd dans la transe de la danse et où on s’extasie devant les légers mouvements des danseurs. C’était intense du début à la fin et ni la musique ni la danse ne lâchaient pas l’attention des spectateurs.

C’est une œuvre complexe et pour cela le chorégraphe n’a pas hésité de mettre le public un peu mal à l’aise devant la longueur et la difficulté psychologique de la pièce sans entracte ni relâche. Tout était radicale mais aussi minimaliste- les costumes noirs, les lumières- entre le clair-obscur et le brillant, entre le temps suspendu et l’éclatement de tous cela.

Je pense que la notion du travail de Teshigawara «à la beauté parfois radicale» vient aussi de là.

Je voudrais également saluer la maîtrise musicale impressionnante des musiciens de l’Ensemble intercontemporain et de l’ensemble d’ondes Martenot du Conservatoire de Paris.

Le spectacle Flexible silence nous a proposé un univers japonais qui concordait parfaitement bien à tout ce qu’on apprécie le mieux en France. Et bien sûr, cela nous a donné la possibilité de repenser la notion du silence.

Gabriele Slizyste

Pour sa pièce chorégraphique Flexible Silence créée pour le Théâtre national de Chaillot en février et mars 2017, Saburo Teshigawara, figure phare de la danse contemporaine japonaise,  fait le choix de mêler musique traditionnelle nippone avec des sons contemporains en ayant recours  aux compositeurs Toru Takemisu et Olivier Messaien, créant ainsi un espace sonore varié et insolite.  Réunissant six danseurs, des musiciens de l’ensemble intercontemporain ainsi que le sextuor d’onde Montenot du Conservatoire National supérieur de Paris, cette pièce nous offre un moment  fort d’une esthétique sobre, épurée et pleine de grâce.

« Je considère que le silence doit être crée ». C’est tout d’abord à l’aune de cette réflexion que Teshigawara formule dans un entretien retranscrit dans le programme, que nous pouvons apprécier le travail de ce chorégraphe, travail s’inscrivant dans le projet intitulé Silence(s) mené par Dominique Dupuy à Chaillot.  Ce projet vise notamment  à interroger la place du silence dans l’art et tout particulièrement dans la danse et la musique. Alternant séquences dansées en musique et séquences dansées en silence, la pièce de Teshigawara ne cesse d’explorer ces interrogations. Le silence est envisagé comme une matière vivante, dynamique et modulable, d’où le titre Flexible Silence tandis la musique se charge d’installer le spectateur/auditeur dans une nouvelle forme d’écoute  qui lui permettra de palper, sentir et d’écouter ce silence. Paradoxalement, la musique se fait donc non seulement  la passerelle nécessaire pour accéder au silence ;  mais elle crée et limite ce silence de la même manière que le corps des danseurs spatialisent et construisent ce silence.

Ce nouveau mode d’écoute auquel nous fait accéder ce spectacle nous fait ainsi redécouvrir la contemplation et la beauté du vide et de la suspension, beauté rendue notamment par l’usage subtil de jeux de pénombre et de clairs obscurs d’une part et par l’exploitation de notes maintenues en suspension d’autre part. La posture de contemplation permet au spectateur/auditeur de renouer avec une certaine harmonie intérieure et proprement humaine que nos sociétés contemporaines, par leurs dimensions hyper connectée sur l’extérieur, et hyper bruyante, ne cessent de brouiller et de dérégler.

L’esthétique pleine de grâce épurée et de beauté sublimant le regard du spectateur au début de la représentation peine toutefois à maintenir le spectateur dans cette posture de contemplation. La gestuelle souvent répétitive des danseurs  et les errances musicales caractérisées par une suite de notes  non liées font émerger progressivement une sensation de lassitude : la suspension et la contemplation retombent alors  pour laisser place à la mollesse de l’attention flottante.

C’est donc avec demi-succès que Teshigawara nous introduit dans une parenthèse contemplative, nous arrachant pour quelques instants à l’espace géographique et sonore hyper-saturé, hyper-bruyant, hyper-connecté de nos sociétés contemporaines et tentant par le biais de la danse de réinstaller un nouveau rapport au réel et à notre subjectivité.

Rosalie Tourteaux
Photo : Akihito Abe