Dominique A

Concert | Théâtre du Châtelet | Learn More


Le Théâtre impérial du Châtelet est une salle de la diversité. S’y sont produits, depuis son ouverture en 1862, des artistes de tous les genres, ce qui transmet inévitablement les vibrations de l’hétéroclisme et de la qualité d’un lieu mythique.

Le théâtre s’est rapidement ouvert à la production musicale en devenant une des scènes majeures de la vie musicale parisienne, avec des productions de facture classique, interprétant aussi bien des compositeurs français de l’époque, comme Ravel ou Lalo, que des compositeurs déjà consacrés comme Berlioz, Wagner ou Brahms, mais aussi populaire avec des opérettes, afin d’élargir le public du théâtre. Bref, une histoire riche en artistes talentueux et publics comblés. Tous les grands y sont passés et y passent, comme Dominique A le 14 décembre dernier.

Cet artiste français, auteur-compositeur-interprète de ses musiques, s’y est en effet produit, et doit sans doute ce privilège à son statut de pionnier de la nouvelle scène française. Aujourd’hui figure incontournable du paysage artistique musical français, Dominique A a sorti son premier album dans le début des années 1990 et ne cesse depuis de créer, dans une veine qui évolue.

Sur scène avec tous ses musiciens, guitare, basse, synthé et batterie, les sonorités sont baignées d’un rectangle de lumière qui multiplie les emphases, et produit souvent des effets de pluie. Tout au long du concert, la lumière accompagne la musique pour donner un ancrage autre aux évocations de Dominique Ané.

Sa voix est sèche et suave en même temps, elle s’impose presque avec insolence, collant à la peau, s’accrochant aux oreilles, décidée à sortir et à faire exister ce qu’elle invoque. La poésie de ce dernier album, Eléor, ici mis en exergue, s’ancre solidement dans le motif maritime, déjà suggéré par les titres  : «  L’Océan  », «  Nouvelles vagues  » ou «  Cap Farvel  ». L’élément géographique est central dans les productions de Dominique A. Il met en scène et en voix une topographie réelle et imaginaire, du Canada à Eléor, proposant des paysages comme lieux de retour, d’arrivée, et d’échappée. Chanteur du voyage, Dominique A semble être à la perpétuelle recherche d’un refuge (les premières paroles de la première chanson de ce dernier disque étant « Quand de tout vous serez lassé / rejoignez-moi / à Eleor  »). Mais ce refuge est utopique, et il ne peut exister que grâce à une voix, sincère et suave, à l’humble manière d’un Léo Ferré, faiblarde mais qui transmet une énergie fine et troublante, d’essence minimaliste, celle de Dominique A. Cette même voix convie de nombreuses figures féminines, mystérieuses et mythiques dans «  Central Otago  », avec une sensualité posée sur une tonalité du chuchotement, touchant les âmes du public, la mienne en tout cas.

Artiste original, du paradoxal, comme en témoigne le titre oxymorique de son premier album, Disque sourd, Dominique A nous invite à un riche voyage, bercé par sa voix qui a donné des idées à bons nombres des artistes plus récents de la scène musicale française.

Ce lundi 14 décembre donc, monsieur Ané a interprété son dernier album, Eléor  ; puis, après quelques tonnerres d’applaudissements, cinq chansons plus connues comme « Au revoir mon amour  » ou «  Rendez-nous la lumière  ». Dominique A s’est montré très généreux et le concert s’est passé dans une douce euphorie générale. Un bon moment pour ceux qui en sont amis, mais aussi pour ceux qui le découvrent, comme ce fut mon cas, qui sont pris par la main et peuvent ainsi entrer sans difficulté dans un univers bien marqué, entre la force exclamative et le cri d’appel des textes, et l’intime et le modeste de la voix d’A.

Roxane Lechevalier
Photo : Dominique A