[CLUB DE LECTURE] Le Parfum / Patrick Süskind / 1985

Afin de maintenir le lien social malgré le contexte sanitaire, le Service culturel de Sorbonne Université a mis en place un nouveau rendez-vous culturel : la Sorbonne se livre, un club de lecture destiné aux étudiant·e·s et personnels de Sorbonne Université ! 

Les rencontres se tiennent sur Zoom tous les premiers jeudis du mois de 18h30 à 20h.

En mars 2021, le groupe 2 a eu le plaisir de lire Le Parfum, histoire d’un meurtrier, un roman de l’écrivain allemand Patrick Süskind paru en 1985, adapté au cinéma par Tom Tykwer (2006) et en série par Eva Kranenburg (2018). 

Ce compte rendu de lecture est le fruit de nos échanges. 

Le Parfum est un roman de contrastes, à la puanteur exquise et persistante. Un roman grotesque, aussi, inégal mais familier, et plutôt finement écrit avec une mise en images et en mots intéressante des odeurs. L’esthétique à la fois glauque et ravissante du roman rappelle les tableaux timburtoniens, notamment Sweeney Todd – le diabolique barbier. Le beau et le laid se mélangent comme dans le célèbre portrait de Dorian Grey par Oscar Wilde. En même temps, Le Parfum se laisse difficilement lire de jour, à la lumière, comme si le roman avait besoin d’un espace sombre pour se dévoiler tout à fait, à l’image de son personnage-star : Jean-Baptiste Grenouille, un orphelin de la Place des Grèves à Paris, lequel n’a pas d’odeur mais s’avère doté d’un nez d’une finesse et d’une mémoire des senteurs sans pareilles. 

Au cours de nos échanges, nous sommes souvent revenues sur l’importance du travail sur les odeurs dans le roman de Patrick Süskind. Fort d’un lexique particulièrement riche et de descriptions fines, Süskind donne à s’imaginer très précisément les odeurs. En lisant Le Parfum, on fait fonctionner son nez, comme si de la page émanait l’odeur décrite. Comme si le roman fleurait le Paris puant du XVIIIème siècle, la mousse et la pierre auvergnates ou encore les narcisses de Grasse. L’entrée dans le roman par les odeurs a quelque chose de très original, d’autant que ce thème récurrent, central, s’accompagne d’un intéressant travail de contrastes, comme un clair-obscur olfactif : le texte oscille sans cesse entre la puanteur de poisson des hommes et la senteur exquise et délicate des fleurs… jusqu’à, semble-t-il, illustrer la complexité du monde dans tous ses aspects, formant un ensemble fascinant, un mélange de tableaux poétiques. Même les scènes de meurtre, charriant pourtant la turpitude, avaient l’air de peintures baroques. Nous avons apprécié le grand soin apporté au processus de mise à mort, décrit de façon extrêmement poétique : c’est répugnant et pourtant, c’est beau. Peu à peu, le lecteur s’inscrit dans la pensée un peu maladive du personnage, appréciant dans un mélange ambigu de sensations le calme et l’aspect factuel des meurtres. A nouveau, l’opposition (ou la complémentarité ?) des fleurs à la puanteur des cadavres est prégnant. Les fleurs vidées de leur essence sont comparées à des corps morts. 

Jean-Baptiste Grenouille, le héros, anti-héros ? du roman est difficile à absorber. A la fois, son enfance et sa construction sont admirablement rapportées, justifiant son incapacité à ressentir un certain nombre de sentiments – comme l’amour. Grenouille est un personnage à part, d’une complexité insaisissable et parfois un peu artificielle. C’est particulièrement palpable dans la partie consacrée à l’épisode du mont de Plomb en Auvergne, où Grenouille se retire pour fuir la société des hommes. Le narrateur explicite peut-être trop les pensées du personnage, rendant ses réflexions indigestes, difficiles à croire. C’est également en Auvergne que Grenouille cesse de recueillir des odeurs : c’est dommage, parce que c’est l’une des plus grandes qualité du livre. 

Le maître-parfumeur Baldini est un personnage comique qui apporte beaucoup de légèreté juste après un premier meurtre brutal. On lui consacre beaucoup plus de place qu’à d’autres personnages secondaires, suscitant la curiosité du lecteur. Son passé en Italie, tout comme le simulacre de lien qu’il entretient avec Grenouille (un genre de relation mentor-apprenant qui sort totalement des carcans traditionnels, gangrénée par l’appât du gain et par la personnalité-même de Jean-Baptiste) et sa fascination pour le parfum sont autant d’éléments qui viennent enrichir l’histoire. C’est un personnage contrasté, captivant parfois, qui mêle le comique et le tragique en appelant à la fois à l’agacement (Baldini est conservateur) et à la compassion (mais c’est aussi un rêveur). Nous avons particulièrement apprécié la description très détaillée de son magasin, un véritable fourbi qui décrit assez bien ce personnage excentrique, faux-dévot par intérêt et passionné. Finalement, Baldini laisse une grande impression sur le lecteur. 

La conclusion est unanime dans le groupe : Le Parfum est une balade olfactive, aussi merveilleuse qu’exécrable, où le dialogue a beaucoup moins sa place que l’enfleurage et la puanteur des hommes. 

Alexandra BUHA | Eveline SU | Aleksandra MATYNIA | Neila ATTBA | Clémence DHEILLY | Agnès LEGAY | Valentine BRULARD | Camille LACORNE

Categories: Littérature