Clip and Clap

Concert | Auditorium du Musée du Louvre | Learn More


Cycle CLIP&CLAP : Une exploration de la musique en images
Les ambiguïtés de la voix, 30 mars à 20h30 à l’Auditorium du Musée du Louvre

Dis-moi comment tu chantes, je te dirai qui tu es !

Nous voici encore une fois réunis à l’auditorium du Louvre pour assister à la dernière séance de la série « Clip & Clap » de cette saison 2011-2012. A travers des extraits de film provenant des archives de l’INA, présentés par Edouard Fouré Caul-Futy et Christian Labrande et ponctués par  des intervalles de musique live fournie par Caroline Rose (guitare et chant) accompagnée de Bassem Ajaltouni (batterie et chant), nous explorons ce soir le thème des ambiguïtés de la voix. Un thème inspiré en partie par une œuvre littéraire : le poème Contralto de Théophile Gaulthier, extrait de Emaux et carnées, dans lequel le poète se fascine du charme ambigu de cette voix : « Que tu me plais, ô timbre étrange ! Son double, homme et femme à la fois / Contralto, bizarre mélange / Hermaphrodite de la voix ! » Ce poème aurait été à son tour été inspiré par un modèle artistique très proche de nous ce soir : la sculpture Hermaphrodite endormi de l’époque romaine impériale (IIe siècle après J.-C.), qui fait partie de la collection du musée du Louvre.

Alors qu’en est-il des ambiguïtés de la voix ?  Ce phénomène humain représente très souvent pour nous un moyen d’identifier ou de classifier une personne selon leur genre, leur sexualité, ou leurs origines. Comme les animateurs ont souligné au début du spectacle, les débats du gender studies– filière d’études qui est depuis plusieurs années intégrée dans la discipline de la musicologie, et qui figure sur le curriculum des cursus universitaires dans le domaine des arts et des lettres- s’articulent justement autour de cette question. Dans la musique, le rôle de la voix a toujours été très complexe, parce qu’il n’est pas toujours si évident de situer une voix chantée (ou bien parlée) en termes de l’identité du locuteur ; par exemple, on peut penser à la première fois que nous avons entendu la voix de Tracy Chapman : Est-ce un homme ? Est-ce une femme ? Au cours de l’histoire et dans tous les genres musicaux, des compositeurs et des interprètes ont diversement exploité cette ambiguïté, action qui remet constamment en question nos habitudes d’écoute, nos attentes, et nos préjugés. Ainsi, face à l’expérience bouleversante d’entendre une personne chanter sans savoir s’il s’agit réellement d’un homme ou d’une femme, la puissance de la musique se détourne sur nous : désormais, c’est l’interprète qui nous interpelle et qui nous interroge directement.

Dans la classification des voix en musique, nous retrouvons certaines catégories, qui sont déterminées par la notion du registre : la basse, le ténor, l’alto et la soprane sont les plus communs.  Toutefois il existe d’autres registres moins communs, qui détiennent souvent une certaine fascination dû à leur rareté : le contre-ténor (un ténor qui chante effectivement dans le même registre qu’un alto) ; le falsetto (une voix d’homme très aigu, qui se sert notamment de la voix de tête) ; et finalement, les voix d’enfants : ce sont surtout celles des garçons qui sont célébrées, grâce à leur qualité temporaire et délicate! Ces dernières voix ont joué un grand rôle dans la musique religieuse, où, jusqu’à la fin du 18e siècle, les femmes n’avaient pas le droit de chanter dans l’église. Ainsi est née la tradition, en Angleterre notamment, de former des hommes à chanter dans un registre aigu développé. De nombreux clips ce soir ont illustré les effets curieux créés par de telles voix : le chanteur Alain Vanzo utilisant sa voix ‘mixte’ (entre la voix de tête et la voix de poitrine) lors de son interprétation des Pêcheurs de perles de Bizet ; les étranges timbres des contre-ténors tels que Alfred Deller et Klaus Nomi, chantant des airs de Dowland et Purcell.

Un autre aspect de la voix ambigüe est la flirtation avec l’androgynie, et la manipulation subtile des notions de masculinité et féminité, ce qui peut aussi être renforcé visuellement par l’ambigüité évoquée par les habilles des interprètes. Voici une notion exploitée dans sa plénitude par des artistes pop tels que Prince, chantant dans une voix efféminée aigue et portant une moustache, tout en émettant un sex appeal indéniable ; et aussi par ces femmes chanteuses de blues, par exemple Big Mama Thornton, qui puise dans un registre bas tout en s’habillant de façon presque masculine. Cette même idée est évoquée par la voix seule du chanteur flamenco Pepe Marchena, qui joue savamment avec la zone médiane entre voix basse et voix aigüe, sans pour autant renoncer à sa forte masculinité, qui est confirmée par son apparence.  De fait, dans cette tradition espagnole, le mot macho signifie la cadence vocale virtuose !

Le rapport des ambigüités de la voix avec les aspects visuels et auditifs de l’interprétation est d’importance centrale, ce qui a été très bien illustré au cours de la soirée où notre perception de l’identité d’un chanteur est renforcée par l’appui visuel fourni par la présence de l’écran. Par contre, une fois que cet appui nous est enlevé et que nous faisons face à la musique seulement, nous sommes souvent confrontés à une expérience d’écoute troublante qui provoque un certain malaise. Ainsi, le moment du spectacle où les présentateurs ont passé des extraits de musique et ont invité à l’assistance de lever les mains s’ils considéraient que la voix appartenait à un homme ou à une femme, était une expérience très révélatrice. Dans la plupart des cas, l’audience était divisée largement en deux, ce qui dit long sur nos vraies capacités de jugement quand on s’appuie uniquement sur l’écoute !

Cependant, les belles découvertes de cette soirée intéressante n’ont pas été malheureusement menées à une fin tout à fait satisfaisante : en effet, le dernier clip qui semblait aborder le thème des ambiguïtés du langage des signes- de ceux qui ne se relient pas sur la ‘voix’ vocale- était incongru dans le contexte de ce qui précédait et inutilement grossier dans son contenu, ce qui n’est pas grave en soi, mais cette vidéo ne semblait pas compléter le reste du spectacle et elle n’a pas terminé la soirée sur une bonne note. On s’est même demandé si les créateurs n’avaient pas ajouté ce clip au programme à la dernière minute, faute de mieux ! De la même façon, le concert live de Caroline Rose était réussi, mais sa musique n’avait rien de vraiment original et on n’a pas pu s’empêcher de se demander si un autre artiste, d’un style plus insolite peut-être, aurait pu mieux illustrer l’idée centrale de ce sujet captivant, celle des ambiguïtés de la voix. –
Delphine Evans


«Les ambiguïtés de la voix : pépites visuelles, interviews, clips et un concert live présentés par Christian Labrande et Edouard Fouré Caul-Futy. Dis-moi comment tu chantes, je te dirai qui tu es ! Théophile Gautier se disait fasciné par le charme ambigu des voix d’alto. Ce pouvoir si particulier de la voix, romantisé jusqu’aux nombreux évanouissements qui sont légion dans le film Farinelli, ne permettrait-il pas de toucher au sublime en repoussant ses propres limites…physiques ? Questions de genres, oui. Mais surtout de cultures….du genre. »
Cette introduction, présentée dans le programme du concert et sur le site du Louvre, peut nous donner une idée de ce concert. On dit concert, mais c’est plutôt un concert organisé sur un sujet de recherche ”Les ambiguïté de la voix”, c’est un concert animé par deux animateurs, c’est un moment de partage sur leur recherche, c’est des moments de partage et souvenir sur les grands chanteur(se)s qui ont la voix ambigue (c’est-à-dire la voix des hommes comme la voix des femmes, ou à l’inverse), et qui chantent bien, et qui ont eu grand succès dans leurs carrières. Ils ont une grande influence dans leur époque. D’abord, je trouve que ce sujet est très intéressant, c’est un phénomène courant qu’on peut sentir, mais ce sujet a peu été traité par les spécialistes ou les musicologues.

Je suis allée à ce concert, il y a aussi une autre raison, parce que j’avais assisté le concert de ”Clip & Clap” – La joute : la musique adoucit les meurtres , c’étais impressionnant pour moi, j’avais beaucoup apprécié ce concert, leur travail, et la bonne présentation de l’animateur Edouard Fouré Caul-Futy.
Ce concert intitulé La voix au masculin et au féminin – Musique filmée, est très bien organisé comme l’autre fois, la recherche est bien faite, l’ambiance est aussi bien active et dynamique. Les spectateurs écoutent d’abord l’analyse et le commentaire de l’animateur, et puis ils regardent les films du concert en live. Les extraits du film sur les musiques qu’ils exposent rappelent la souvenir du spectateur, les spectateurs réagissent très vite quand ils voient les chanteur(se) qu’ils les connaissent ou non, les apprécient ou non. Simultanément, ils donnent aussi des appréciations ou des critiques eux-même sur les concerts, sur les chanteur(se)s, ou bien sur l’analyse de l’animateur.

Sauf la musique filmée, on a vu aussi un concert en live de chanteuse française-allemande Caroline Rose, un concert de rock assez impressionant. Une voix de femme mais assez grave, et puissante, un spectacle remarquable pour les sepctateurs.
Il y a une autre partie assez intéressante, c’est un ”jeu” qui fait ensemble par l’animateur et les spectateurs : l’animateur donne des extraits des chanteur(se)s, nous devinons si ce sont des voix de femme ou homme. Ce ”jeu” a beaucoup attisé l’attention des spectateurs, y compris moi bien sûr, tout le monde participait dans ce ”jeu”. La plupart de gens ont deviné correctement, malgré la  la confusion par une grande ambiguïté de voix. C’était très amusant.

Comme l’autre fois, j’ai passé des très bon moments pendant ce concert. J’ai découvert des voix extrêmement remarquableq (par exemple : Nina Simone, Farinelli, et Big Mama Thornton) par leur film, j’ai pris des connaissances sur certains chanteur(se) que je ne connaissais pas auparavant,
j’ai bien aimé le spectacle de Caroline Rose, et j’ai participé volontairement dans le ”jeu”, etc. Mais, en comparant les analyses du film, et la présentation de Edouard Fouré, je trouve personnellement qu’il est moins remarquable que l’autre fois. En conclusion, ce fût un moment agréable ! – Luo Hua


Difficile de résumer ce long marathon d’extraits vidéos qui tenait lieu de programme à la dernière session du cycle Clip & Clap au Louvre : http://ow.ly/ak4E8. Présenté comme original et ludique, ce rendez-vous entend « dynamiter à partir de mots clés thématiques, la notion de genre musical » et « dresser des ponts à travers les siècles ». Chaque session de 90 minutes explore une série d’archives (concerts et opéras filmés, interviews, documentaires et fictions), ponctuée d’un concert live. « Les ambiguïtés de la voix » – la séance du 30 mars, promettait beaucoup. Et s’est avérée décevante.

Si l’on a eu l’occasion de lever un petit pan inconnu de musique classique et de découvrir quelques voix (le chanteur de flamenco Pepe Marchena dont le style ornementé a fait genre, donnant le marchenismo), du côté « moderne » et « pop », la surprise était mince parmi toutes ces figures archi-connues – bien qu’aimées et toujours impressionnantes : Klaus Nomi, Nina Hagen (la vraie : http://ow.ly/ak1Rt, pas la Nena de « 99 Luftballons »), Joplin, Nina Simone ou Prince. Trois « pépites visuelles » exceptées : Big Mama Thornton et son « Hound Dog » (non, Elvis n’en est pas l’auteur, à César, etc.) ; le duo comique Charpini et Brancato moquant les grands airs d’opéra ; et le blusy « Seamus » des Pink Floyd (Live at Pompeii) : http://ow.ly/al3hi sur lequel Nobes, la chienne de Madonna Bouglione, jappe en harmonie.
Le mal serait bénin, si le discours des deux intervenants, Christian Labrande et Edouard Fouré Caul-Futy, explicitait en profondeur, apportait un véritable socle théorique, situait (dans leur contexte historique-social-culturel-politique) chacun de ces extraits pour en saisir la portée – prouesse, audace, rupture de telle ou telle voix. Il ne suffit pas d’évoquer en introduction, et d’une toute petite phrase, combien les gender studies ont révolutionné la pensée du genre (sic)[1]. Il aurait fallu, précisément, donner du corps à un exposé vieux monde qui se bornait souvent à constater, réduit à une compilation d’exemples.

Certes, « les ambiguïtés » ce n’est pas « le genre ». Et l’objectif avéré était plutôt, semble-t-il, de donner un petit frisson d’« exotisme » et d’entertainment au grand public. (Sinon pourquoi ce terrifiant quart d’heure quizz : « À la voix, c’est une femme ou un homme d’après vous ? Levez la main… Et non, raté… ». Et ce pénible live musical ?) Mais qu’a-t-on dit, après cela ?
Montrer Farinelli sans aborder le fantasme de la castration qui pose évidemment la question du sexe (fort / faible), de la séduction et de la voix en musique ; sans souligner aussi le travail spécifique de reconstitution, pour ce film, de la voix soprano du « castrat des Lumières » par un étonnant jeu ou plutôt piège musical[2].
Faire écouter la contre-alto « de couleur » Marian Anderson sans rappeler l’Amérique ségrégationniste des années 40 qui lui refusa les salles d’Opéra prestigieuses qu’appelait son talent ni même son concert historique de 1939 devant le Lincoln Memorial. Quid de la question « pouvoir, race et voix en musique », de l’illégitimité alors des Noirs à chanter la culture « dominante », ce patrimoine européen ?
Et le « chant » de gorge des femmes inuites (des vocables gutturaux, rythmiques, déroutants), que dit-il sinon que les ambiguïtés de la voix sont culturelles ? Qu’est-ce que l’on entend par « Elle chante comme un homme » ? Quelles valeurs sexuelles véhicule la musique ?[3]
Quels glissements entre voix ambiguës, représentation et revendication ? La voix et les costumes de Klaus Nomi créent ensemble cette créature extra-terrestre, fluide; les personnages androgynes de Desireless, de Eurythmics, les voix machines des 80’s, la voix hypnose de Daho, le 3e sexe émo d’Indochine (« un garçon au féminin, une fille au masculin »)… La voix dans ses ambiguïtés raconte aussi un espace d’empowerment théâtralisé, qui questionne le genre (le désir) ou tente de le dépasser. 

Pourquoi alors ne pas ouvrir le propos sur des exemples franchement contemporains, aborder la posture des chanteurs trans- (la gagnante de l’Eurovision 98 Dana International, le rappeur Rocco Katastrophe), le processus de passing et l’importance de la voix dans l’identité et l’image sociale perçue ? Voilà un angle extrêmement intéressant du sujet, oublié ici.
Difficile donc de parler des ambiguïtés de la voix sans se pencher franchement sur les notions de masculin et de féminin, sans interroger nos préjugés mêmes ; sans convoquer ni l’histoire de la musicologie[4] et des représentations ni les sciences sociales ni les études linguistiques ni le sexe ni la politique. Difficile de parler de voix sans parler de révolutions…
Soyons honnêtes, on aurait été bien plus inspiré en restant chez soi, à (re)lire l’extraordinaire roman de Richard Powers, Le temps où nous chantions.Etaïnn Zwer


[1] Surtout que, curieusement, l’articulation genre et voix reste un objet peu étudié par les études de genre. Voir les recherches du réseau « Genre et langage » de l’université Sorbonne Nouvelle Paris 3
.[2] Il n’existe pas d’enregistrement de la voix de Farinelli, on l’imagine. Le comédien Stefano Dionisi chante réellement mais dans sa tessiture ; il est doublé par un enregistrement électroniquement rehaussé et associant la voix d’un contre-ténor et celle d’une soprano colorature.
[3] Voir l’excellent essai de Nicholas Cook, Musique, une très brève introduction, dont le chapitre 7 est consacré précisément à « la musique et le genre » : http://ow.ly/ak342 (éditions Allia, trad. Nathalie Gentili, 2006).
[4] L’idéologie romantique du génie, d’une musique abstraction avec ses canons vs son versant critique qui réinscrit la musique comme fait social et performance, une (dé)construction
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