Double vision

Danse | Théâtre national de Chaillot | En savoir plus


Ce jeudi 11 février 2016, au théâtre de Chaillot, Carolyn Carlson présente une chorégraphie de danse : ELECTRONIC SHADOW ou DOUBLE VISION.

Si le titre anglais correspond davantage à son œuvre, les deux dénominations se complètent ou plus exactement complètent les sens de ce spectacle.

Les décors, les projections, la gestuelle, la musique et les bruitages déconcertants imitant la respiration humaine, la psalmodie de quelque parole fondue dans la surprise du spectateur, les jeux de mots entre nowhere et now here ! Tous ces éléments participent à happer le spectateur dans ce monde que Carolyn Carlson imagine. « The world I imagine » achève la représentation et délivre la clef de cette danse en solo. S’y glisse aussi une critique du train de vie effréné et aliénant du monde citadin où l’être humain se réifie pour devenir une ombre de jeux vidéo et la marionnette de ses tentations. Le costume noir du danseur traduit bien cette image d’une silhouette sans visage. La personne ne peut s’accomplir que dévoilée dans un monde où les repères se fondent dans la danse des couleurs et des paysages, symboles de voyage…dans ce monde où l’imagination est le maître et l’être humain son associé…

Mêlant absurde et charme, le spectacle n’est pas sans séduction…n’eût été la référence sempiternelle à la vie et culture new-yorkaises qui réduit un peu la portée de ce message dansé en renvoyant toujours à la puissance américaine.

Néanmoins DOUBLE VISION s’adresse à toute personne de toutes villes et à son imagination.

Camille Maleval

On fait une représentation bientôt ce 11 février dans le grand espace du Théâtre de Chaillot.

Elle aura lieu à 19h30. La salle est noire, simple et pratique. La pente des sièges, qui mène à la scène, est raide. Le spectateur surplombe le tout : une danseuse — Carolyn Carlson — est empêtrée dans un drap de la taille d’un appartement : à la fois tissu qui continue la robe qu’elle porte et écran mouvant d’un cinéma horizontal. Cette surface mouvante creuse l’espace d’une nature harmonieuse. Plusieurs miroirs déformants sont installés au-dessus de la scène, ce qui crée la « Double Vision », mais grossissante, onirique, comme un rêve d’opium. La danseuse, solitaire, est lovée dans l’image qui la baigne ainsi que dans celle qui la réfléchit, toujours en osmose avec les saisons, caressée par le soleil et la neige. Son corps est un corps naturel. Il est bouture.

L’installation scénique explique le titre de « Double Vision », mais aussi le récit. Car l’osmose avec la nature est remplacée par le chaos de la ville, où l’homme — on a changé Carolyn Carlson par Juha Marsalo, en résidence en France — n’est plus qu’une ombre chinoise, silhouette masquée, vêtue de noire, qui répète jusqu’à épuisement les mêmes gestes saccadés, comme le mythique ouvrier de la machine-horloge dans Métropolis. Une tension tragi-comique s’installe pendant ce chapitre, que l’on sent de transition. C’est là que l’installation d’Electric Shadow — Naziha Mestaoui et Yacine Aït Kaci —, qui était poétique dans la première partie, flanche un peu dans le conventionnel, voire le cliché. Les lumières hallucinées, censées représenter la ville oppressante, défilent sur quatre panneaux entre lesquels le danseur funambule, image fantôme d’un homme asservi, titube, s’agite frénétiquement, s’affale, se relève d’une détente, jusqu’au malaise, jusqu’à l’absurde. On attend une chute, comme dans une dissertation de lycéen : thèse-antithèse-synthèse…

Et effectivement le spectacle se termine en apothéose, vision tierce et optimiste d’une femme — de nouveau Carolyn Carlson — dans un environnement futuriste, comme l’intérieur Louis XV rétroéclairé à la fin de 2001, L’Odyssée de l’espace. Les mouvements sont fluides, l’espace est tel les courbures de votre MacBook, lisses et minérales ; la musique s’adoucit, s’estompe, comme la lumière, crépuscule d’un règne humain harmonieux.

Eric Debacq

Double vision est une chorégraphie de Carolyn Carlson qui mêle danse moderne et des créations visuels d’Electronic Shadow. Ce spectacle, présenté au théâtre national Chaillot, est produit par Carolyn Carlson Company.

La spectacle se déroule en trois parties. Dans un premier temps, la danseuse se meut en harmonie avec des effets visuels projetés sur le sol. Sol qui est d’ailleurs sa robe et qui recouvre toute la surface de la scène. Le corps de Carolyn Carlson semble n’être qu’une excroissance de la terre et son corps ne fait qu’un avec les couleurs projetées, sans cesse en mouvement, et qui sont complétées par les mouvements artificielles du drap qui recouvre le sol. La danseuse devient successivement flamme, neige, mer… et d’incroyables impressions optiques apparaissent. Une impression surréaliste s’impose, impression enrichie par le miroir au-dessus de la scène qui montre une image totalement nouvelle de ce qui se passe sur la scène.

Dans un deuxième temps, le danseur n’est plus uni à la scène, mais il est toujours en accord avec le décor. Les draps se sont levés pour former quatre pans verticaux où sont projetés des images colorées qui ne sont plus des couleurs qui rappellent la nature, mais des images, des vidéos de paysage urbain. Le danseur bouge de façon plus saccadée, il est le monde qu’il créé.

L’élément visuel est au cœur du spectacle pour presque en devenir le véritable sujet, au détriment du danseur qui ne fait que compléter un paysage de couleurs qui se suffit en lui-même. Une projection visuelle, peut-elle être un spectacle à elle toute seule ? L’envoûtement produit chez le spectateur est indéniable, mais un certain vide se créé. Le corps du danseur se fait sentir par son manque de présence. Cela s’est traduit par un nombre excessif d’écrans de téléphones qui se sont éveillés lors de séance.

Le spectacle se termine par une implication du spectateur : des phrases, en anglais, sont projetées pour inviter le spectateur à réfléchir sur le spectacle. « It is not what it seems to be ». Qu’est-ce que le spectateur a réellement vu ? « The world I make ». « The world I imagine ». Le spectateur n’est-il pas aussi créateur de l’œuvre puisse qu’il l’imagine. Cette danse n’était-elle pas une proposition pour amener le spectateur à laisser aller ses sens et son imagination et pour qu’une Double vision, celle de la réalité et celle de son imagination apparaisse ?

Léna Piveteau

Carolyn Carlson est invitée pour deux saisons en résidence d’artiste au Palais de Chaillot et y a représenté du 10 au 12 février le solo Double Vision, créé en 2006 avec l’aide du duo d’artistes Electronic Shadow. L’architecte belge Naziha Mestaoui et le réalisateur français Yacine Ait Kaci ont participé à élaborer une ambiance originale sur la scène grâce à des projections lumineuses qui tantôt décorent l’espace de couleurs abstraites, tantôt nous font voir des paysages urbains qui défilent sans jamais s’arrêter. Dans ce décor, surplombé de miroirs qui nous donnent à voir la danse à l’envers de notre point de vue habituel, Carolyn Carlson bouge avec grâce, dans des mouvements qui rappellent à la fois la pantomime et la danse joyeuse d’un enfant.

Le spectacle est construit en trois parties, dont on ne sent pas nécessairement la logique d’ensemble mais qui s’enchaînent avec fluidité.
Tout d’abord, au moment où la scène s’illumine, apparaît la danseuse prise jusqu’à la taille dans un grand tapis ressemblant à une bâche en plastique, qui se gonfle et se dégonfle poétiquement selon la musique et la danse. Les jeux de lumières mettent en valeur le corps d’une souplesse incroyable de Carolyn Carlson, qui du haut de son corps a l’air parfaitement libre, même si les jambes sont invisibles au spectateur et entravées par le revêtement de plastique.

Ensuite, des panneaux blancs se déroulent du plafond et permettent la projection d’images d’une mégalopole dans laquelle on a l’impression de se déplacer, en voiture ou en train, sans jamais s’arrêter. Pendant que défile devant nous ce court-métrage contemplatif, vient sur scène un danseur, ou une danseuse (comment savoir, puisque la personne est habillée de noir des pieds à la tête, avec une cagoule qui évoque, au choix, un cambrioleur ou un ninja ?). La danse contemporaine n’exclut pas nécessairement l’humour, comme nous le montrent les jeux de ce personnage qui se cache derrière les panneaux, fait des gestes qui nous invitent à sourire, et, au fond, se comporte avec légèreté et liberté. Cette légèreté n’empêche pas les créateurs du spectacle de nous inviter à réfléchir, avec les mots et la chorégraphie. En particulier lorsque, après les images de la ville, est projeté le mot Nowhere : le paysage de ce que Saskia Sassen appelle la « global city » n’est en fait nulle part, quoique la coupure du mot, projeté sur deux panneaux différents, nous fait aussi lire Now Here ; la danse a lieu ici et maintenant.

Enfin revient Carolyn Carlson, changée à la fois dans sa tenue et sa coiffure, qui nous donne une performance où l’on sent tout le plaisir qu’il y a à danser librement seul en scène. Le décor se fait plus sobre, moins scintillant, et laisse de plus en plus de place aux mots choisis par la danseuse et poétesse, aphorismes projetés à l’envers sur le sol et à lisibles à l’endroit dans le miroir, en anglais, puis lus par la danseuse elle-même en français.

En ressortant de la salle, on se demande un peu ce qui s’est passé pendant cette heure qui a paru à la fois très longue et a pourtant filé sans qu’on s’en rende compte. Voir une danseuse mythique aussi souriante et heureuse sous les applaudissements nous fait quitter les lieux le cœur léger et satisfait, même si de ce spectacle ce n’est pas forcément la performance chorégraphique que l’on attendait.

Marie Huber

Carolyn Carlson, dont les chanceux auront suivi un cycle ambitieux cet hiver (de Seeds à Pneuma), au théâtre national de Chaillot, exauce le rêve d’une alliance entre les plus anciennes quêtes de la danse humaine (ne faire qu’un avec les forces du monde, du cosmos, danser au rythme des éléments, des puissances souterraines ou volatiles) et des recherches visuelles on ne peut plus innovantes. Le résultat est proprement hypnotique, comme nous aurons l’occasion de le montrer dans cet article.

Régnant sur la scène qu’elle partage avec un homme tout de noir vêtu jusqu’aux applaudissements finaux, elle évolue sur une scène relativement étroite, articulée à un miroir très légèrement déformant, le tout formant un écrin ou une coquille où, tableau après tableau, sont projetés des environnements fluctuants, erratiques, jamais complètement réalistes, jamais tout à fait délirants, un métro dont le décor se dissipe, devient virtuel, se reconstitue, un arbre parcouru par d’énormes fourmis rouges semblables parfois à des globules rouges. On doit reconnaître l’exceptionnel parti-pris de ne jamais décoller du sol, de toujours représenter au contraire, si libre que soit l’évolution de la danseuse (ou du danseur) son incrustation, son enracinement dans chaque décor, qui est à la vérité bien plus qu’un décor. La musique, qui combine une oppressante répétitivité des motifs et une certaine légèreté de ton, entre en harmonie subtile avec ces décors à plusieurs dimensions, comme différents plans mentaux de l’existence, suggérant les coïncidences riches de sens de notre quotidien (tableau remarquable, où sur une musique aux accents de photocopieuse sans répit, des écrans verticaux, noirs et blancs descendent verticalement vers la scène, créant un troisième plan, entre lesquels se faufile le danseur en noir et sur lesquelles sont projetées… des passages cloutés, dans un entremêlement de dimensions et d’univers banals et surréalistes à la fois), et tout particulièrement les résonances entre les gestes et rythmes humains, et ceux du monde (le premier tableau débute par une projection informe, rouge sang, avec une sorte de respirateur artificiel à la fois inquiétant et étourdissant).

Il faut avouer que l’hypnose procurée par l’atmosphère de chaque tableau, qui est un succès total, a un revers. On perd parfois de vue la danseuse et le danseur, mais il serait faux d’en tirer l’idée d’un échec. Au contraire, ce n’est jamais qu’un effacement, temporaire, alternatif, qui renforce cette hypnose, cette possibilité d’incursion et d’incorporation du spectateur dans ces tableaux absorbants. Remarquable est la facilité d’harmonie, souvent touchante de simplicité, des danseurs avec leur fragment d’univers (mental, mais toujours plus ou moins dérivé, rappelons-le, d’éléments concrets du quotidien, buildings, vent agitant une nappe d’eau, etc.), poignante est aussi leur tentative de se débattre avec ces univers parfois effrayants (comme l’errance du danseur, trébuchant et s’effondrant sans cesse, tombant sur la tête dans de troublantes contorsions).

Mais le plus beau succès de ce court spectacle est à coup sûr l’extraordinaire plasticité d’un décor d’une nudité pourtant confondante. Nul instrument : tout est mû par les danseurs, comme une magnifique robe reliant Carolyn Carlson au sol, qui la retient comme si elle évoluait entièrement en-dessous. Le tableau volcanique effare par un magma plus vrai que nature, comme le premier tableau, organique, où l’on a l’impression que le sol tout entier n’est qu’un grouillement de danseurs allongés et gesticulant. Quant au seul point un tantinet plus faible du spectacle – le regard un peu conventionnel sur la ville, empire de la précipitation et de la vitesse éclipsant l’humanité des gestes et des rythmes – il est largement compensé par une reconfiguration du décor, parfaitement orthogonal, et surtout, par un passage splendide où le danseur en noir, dont l’ombre est projetée sur des écrans derrière lui, est comme décalqué par un double qui suivrait chacun de ses mouvements, dans une coordination absolue.

On ne saurait donc trop louer le résultat d’une brillante collaboration entre arts visuels, plastiques, sonores, et saluer la performance envoûtante de Carolyn Carlson dans cet épatante “Double vision”, vision à laquelle on peine à s’arracher au terme du spectacle, quand revient la vision “simple” du quotidien. Reste toujours à méditer les derniers mots projetés sur scène pour rejouer encore ce grand jeu de l’existence et décloisonner nos univers familiers : “The world I see / the world I make / the world I imagine“.

Martin Chevallier

Double Vision est un solo de danse chorégraphié et réalisé par Carolyn Carlson. Cette dernière est assistée du danseur Juha Marsalo. Le duo Electronic Shadows (composé de l’architecte Naziha Mestaoui et du réalisateur Yacine Ait Kaci) est à l’origine de la scénographie et des projections.

Trois grands moments rythment la chorégraphie, comme l’a elle-même affirmé la danseuse : « Double vision […] rassemble la nature, la ville et l’imaginaire. ». Le premier temps est donc celui des éléments primordiaux. Grâce aux projections lumineuses, la scène est successivement envahie par la terre, le feu, l’eau, puis l’air. Dans une robe immense aux dimensions de la scène, Carolyn Carlson se fond dans cette nature dont elle semble issue.

Le second moment est celui de la ville. La verticalité urbaine est suggérée par cinq panneaux étroits sur lesquels sont projetées des images d’immeubles, de passages piétons, de routes. C’est ici Juha Marsalo qui danse, revêtu de noir de la tête aux pieds, tel une ombre aveugle. La double vision peut bien avoir lieu : les yeux sont clos et l’on entre dans un univers parallèle. Ce temps du spectacle est cependant le moins onirique. Une voix métallique énonce des successions de nombres, reflétant la foule des silhouettes blanches qui se déplace en ville. On sent peut-être poindre ici une critique du mode de vie et de l’individualisme citadin (le danseur fait plusieurs fois le geste de quelqu’un qui se tirerait une balle dans la tête). Le troisième temps pénètre au cœur de l’inspiration de Clara Carlson. Sa voix est très présente, racontant les infinies possibilités de la création. La danseuse tournoie au milieu d’une spirale de mots puis elle semble écrire à l’encre de son sang le mot « réflection » (dont l’équivocité est d’ailleurs signifiante).

La vision double, les jeux de reflet sont en effet au cœur de la scénographie. Une estrade incurvée, ressemblant au dessin d’une paupière, occupe le côté gauche de la scène. Des jeux de lumières dessinent la partie inférieure de l’œil. Lors de l’incursion dans l’imaginaire, Carolyn Carlson danse dans la pupille brillante de cet œil semblable à un soleil. Le regard du créateur s’ouvre sur un monde second, sur une multiplicité de mondes. Cette diffraction est aussi bien symbolisée par le vaste miroir rectangulaire accroché au plafond. Composé d’une multitude de carrés distincts, légèrement déformants, ils offrent une vision plurielle de la réalité. Plus généralement cette fragmentation de la vision implique une perte des repères spatiaux, un mélange des dimensions. Ainsi les passages piétons du second moment sont-ils figurés à la fois au sol et verticalement par les panneaux blancs.

Cependant, l’aspect contemplatif et onirique de la chorégraphie est couplé avec une certaine mécanicité du geste et de la parole. Les sons électroniques, tranchés, sont très présents. La parole et les gestes de Carolyn Carlson sont hachés. Cette rencontre de l’homme et de la machine offrirait une réflexion méta-chorégraphique sur l’alliance de la danse et de la technologie.

La beauté de ce spectacle réside à mes yeux dans les magnifiques jeux sonores et lumineux. J’ai été un peu déçue par la chorégraphie. Les pas de la danseuse m’ont semblé assez répétitifs et peu fluides (ce qui est peut-être voulu). De plus les costumes (différentes robes longues) paraissent limiter les déplacements de la danseuse et centrer la technicité sur les mouvements des bras.

Morgane Schaeffer

Soli dansés et vidéos interagissent pour créer une œuvre visuelle spectaculaire dans Double Vision de Carolyn Carlson. Dès le début du spectacle, la musique expérimentale couplée avec la scénographie, nous plonge dans une atmosphère singulière, hypnotique. La vidéo est projetée sur le sol de la scène recouvert d’un immense tissu blanc, au sein duquel se meut la danseuse. Carolyn Carlson fait alors véritablement corps avec le décor, elle y semble presque incrustée notamment par ses mouvements réduits et saccadés. Elle paraît à peine humaine, sa coiffure défie les lois de l’abstraction en formant une pointe solide sur un côté de sa tête. On suppose alors que cette première partie représente la pureté de la nature par les sensations par lesquelles les projections et le jeu de lumière nous fait passer. La chaleur est rendue par la projection d’un bouillonnement de couleurs chaudes, qui n’est pas sans rappeler la lave en ébullition. Puis, progressivement, les projections nous amènent à voir le froid en suggérant une pluie de neige.

À la femme matière de la première partie, se substituent des soli dont la figure humaine est mise en exergue. Le deuxième solo montre un espace urbain caractérisé par la vitesse. Le danseur montre alors le sentiment de solitude qu’il éprouve malgré la foule qui l’entoure. Seul au milieu de ses semblables, il apparaît en décalage. Six écrans disposés en quinconce permettent des projections frontales et fragmentaires qui rompent totalement avec l’univers créé lors de la première partie. Dans la dernière Carolyn Carlson nous offre un solo où elle se désigne comme créatrice. Ses gestes évoquent les tourments de son esprit lors de la création. La fin reste très poétique, mais est beaucoup plus théâtralisée. On peut aussi entendre la voix de la danseuse donner le sens de son dernier solo.

Tout au long de la trajectoire du spectacle, le thème du double est présent grâce à la scénographie. Dans la première partie, le miroir placé au-dessus de la scène permet de donner un nouveau point de vue, qui modifie les perceptions des projections. Ici, le reflet n’est pas un double fidèle, mais une force révélatrice. Par son pouvoir d’inversion, il permet de délivrer le message projeté sur le sol lors de la dernière partie. Dans la partie médiane, le jeu avec le double est travaillé grâce à la vidéo qui projette une silhouette similaire à celle du danseur. Tous deux semblent être des ombres interchangeables.

Si les effets visuels produits par les vidéos sont magnifiques, ils écrasent un peu les danseurs. D’ailleurs, la danse est un peu en retrait et malgré la grande précision de la gestuelle, on regrette qu’il n’y ait pas de vrai moment d’emphase et de prouesses techniques.

Pascale Mercier
Photo : Electronic Shadow