Die Nibelungen

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Au summum de la virtuosité, au comble de l’art, le ciné-concert Die Nibelungun n’a pas laissé quiconque indifférent. Dimanche 30 octobre, les spectateurs s’étaient donné rendez-vous à 16 heures au Théâtre du Châtelet pour visionner ce film muet allemand réalisé par Fritz Lang et sorti en 1924. Ce ciné-concert était orchestré par le compositeur et pianiste improvisateur Jean-François Zygel, qui a mené la danse pendant pas moins de quatre heures ! La salle, presque comble, s’est tue lorsque les projecteurs ont tournoyé à la levée du rideau, pour laisser place au pianiste. Costume noir et micro en main, il a présenté le film, divisé en deux parties. La première, d’une durée de 2h25, raconte La Mort de Siegfried. Siegfried est le fils du roi Siegmund de Xanten et vainqueur d’un puissant dragon lors de son trajet pour Worms, la capitale des Burgondes, où il souhaite conquérir Kriemhild, sœur du roi Gunther. A la fin de cette première partie, il est tué par Hagen de Tronje, l’un des vassaux du roi. La seconde partie, intitulée La vengeance de Kriemhild et longue de deux heures, retrace la vengeance de Kriemhild, l’épouse de Siegmung. Elle finira par tuer Gunther et par elle-même rendre son dernier souffle.

Le film, en lui-même, a montré quelques longueurs. Il est difficile, en effet, de rester d’une grande attention durant l’entière première partie, où parfois l’action s’est fait désirer. A noter cependant que pour les deux parties, la progression de l’intrigue, linéaire, était claire et sans difficulté de compréhension pour les spectateurs. Les costumes des acteurs étaient simples et originaux à la fois, sans tomber dans l’extravagance. On peut également signifier l’effort de mise en scène du réalisateur, avec l’utilisation d’effets visuels réussis, comme lorsque Siegmund prend l’apparence de Gunther dans la première partie ou encore lorsqu’il devient subitement invisible. En revanche, et cela est aussi dû aux moyens de l’époque, d’autres réalisations sont plus grossières, comme le faux œil aveugle d’Hagen de Tronje. Le jeu des acteurs, du fait de leur participation à un film muet, donnaient une grande importance aux expressions du visage, les yeux écarquillés, l’air joyeux ou apeuré, en ajoutant à cela une riche mimique gestuelle.

S’il faut retenir quelque chose de ce spectacle, ce n’est pas tant le film en lui-même, bien réalisé et qui nous emmène dans un monde parallèle, mais bien la performance du pianiste. En effet, Jean-François Zygel a fait preuve d’une étonnante endurance pendant ces quatre heures de visionnage. Une impression de facilité, de tranquillité se lisait sur son visage, alors que l’exercice est pour le moins difficile. Le pianiste a su donner de la voix à ce film muet, accélérant ou décélérant le rythme de sa musique au grès des rebondissements, mimant les sons de cloches, les courses de chevaux, les cris de panique ou les éclats de joie. Une réussite.

Liane Courté

Die Nibelungen est un diptyque muet réalisé par Fritz Lang, la réinterprétation du mythe fondateur germanique qu’est la Chanson des Nibelungen, le premier texte attesté en langue allemande. Les deux films qui composent ce dytique forment une œuvre de grande unité, bien que contrastants l’un par rapport à l’autre. Siegfried est réflexion, La revanche de Krimhield est passion. L’or est ténébreux, le noir est lumineux et c’est ce vaste tout qui a inspiré Jean-François Zygel : ce dernier a improvisé au piano pendant cinq heures pour créer une bande originale, comme s’il s’était chargé de nous faire vivre le film à sa façon et de nous faire comprendre cette œuvre extraordinaire.

Beaucoup de ceux qui ont vu les Nibelungen auront nécessairement été frappés par les ressemblances l’unissant avec l’Odyssée. Il y a Siegfried, le héros dont on suit les aventures dans le premier volet et son épouse Krimhield, qui cherchera à le venger. Les films sont eux-mêmes divisés en chants et certaines expressions ne sont pas sans rappeler les épithètes homériques… Beaucoup d’autres parallèles sont à faire, mais ainsi se construit l’identité germanique : sur les vastes et admirables traces des antiques. Le clair-obscur et la force absolue des contrastes de Lang mettent cependant en exergue ce qui est propre à la culture allemande et révèlent une tradition émancipée. Le cinéaste, ses acteurs et l’énorme production concourent à rendre une légende allemande vraisemblable, tout en étant fantastique et psychologiquement réaliste, ce qui n’est possible ni au théâtre ni à l’opéra en tant qu’il s’agit d’un film qui veut rendre la légende dans sa totalité, sans la trahir.

C’est cette recherche de vraisemblance et de vérité qui justifie le réalisme des personnages : les rois sont lâches et ce sont bien les femmes qui incarnent le plus les valeurs antiques de force, de passion et de liberté. Une courte décennie après la fin de la première guerre mondiale, le premier volet, son optimisme, sa magie et sa beauté graphique connurent un immense succès. La lumière et le cadrage sont au firmament de l’expressivité du cinéma muet qui disparaîtra cinq ans après la sortie du film et soulignent l’unité du peuple allemand qui se retrouve dans ces aventures. Là aussi est le mythe re/fondateur : dans cette ré/affirmation de modernité et de liberté. Mais ce sont les passions que joue Jean-François Zygel. Sa musique marche peu avec la fable des premières minutes mais acquiert son efficacité à mesure que Krimhield s’affirme comme le personnage-squelette des Nibelungen et que le spectateur saisit l’essence du film. Jamais cette musique n’a été descriptive et c’est sans doute ce qui fait que cette représentation a été exceptionnelle. Le pianiste a fait ressortir les contrastes en jouant sur une palette expressive restreinte, aussi restreinte que la palette technique du réalisateur.

Source d’émerveillement et de questionnements sur les racines de nos sociétés, cette représentation restera assurément en mémoire comme la rencontre de deux artistes finalement contemporains. Pour- quoi cette légende des Nibelungen est-elle un mythe fondateur ? Parce que c’est un chant du tout. Les valeurs originelles, les rites et la mythologie, la vie à plusieurs échelles y sont. L’image de Lang est intemporelle et sa vision universelle. Mais c’est Zygel qui, épousant la déraison de Krimhield, liant le fond et la forme, nous a fait saisir l’immuable sobriété de l’œuvre.

Antoine Hugounet

La représentation s’est déroulée le dimanche 30 Octobre au théâtre du châtelet. Elle commença assez tôt, à 16h, mais la durée justifiait ce choix d’horaire un peu surprenant : le spectacle devait en effet durer 4h30, avec une inter-mission d’1 heure entre les deux parties. Cette représentation était de fait un ciné-concert. Les deux films choisis étaient « La mort de Siegfried » et « La revanche de Krimhield » formant le « Die Nibelungen » de Fritz Lang. Ces deux films sont de célèbres films muets mis en musique à divers reprises par différents compositeurs et orchestres symphoniques. Ils sortirent en 1924, et sont des films en noir et blanc représentant les légendes nordiques des nibelungen et la célèbre histoire de Siegfried. Jean-François Zygel, célèbre pianiste improvisateur et compositeur, mit en musique ces films en direct lors de la représentation.

Le premier film raconte la légende de Siegfried, le grand héros légendaire, fils du roi Sigmund. Elevé par de forgerons, Siegfried les quitta après avoir forgé une lame si tranchante qu’elle découpa la plume que son maître (ou père adoptif) posa dessus. Il partit ainsi sur son cheval blanc à la recherche du château de la belle Krimhield dont les forgerons lui avaient parlé. En chemin, il se retrouve nez à nez avec un dragon qui habitait dans la forêt. Après un féroce combat, Siegfried tua le dragon et se baigna dans son sang sur la recommandation d’un oiseau qui regardait la scène. Bien lui en prit, car ce sang lui conféra l’invulnérabilité. Cependant, une feuille de tilleul se posa sur son épaule lors de son bain.

Puis, Siegfried reprit son chemin et rencontra le roi des Nibelungen. Il devint, grâce à cette rencontre, le possesseur du trésor des nibelungen et prit au roi son heaume magique qui avait le pouvoir de rendre invisible et de permettre à son propriétaire toutes les métamorphoses. Devenu un prince riche et ayant une multitude de vassaux sous ses ordres, Siegfried arriva au château qu’habitait la princesse Krimhield. Cependant, lorsque le héros demanda la main de la princesse, son frère, le roi Gunther, lui posa une condition : le jeune prince devait d’abord lui permettre d’obtenir la main de la princesse Brunehild. Cette farouche princesse avait juré n’épouser que l’homme qui réussirait à la battre à trois épreuves : le lancer de pierre, le saut en longueur, et le lancer de javelot. Siegfried, grâce à son heaume d’invisibilité, permit au roi de vaincre la princesse et de l’épouser. Un double mariage fut alors célébré. Néanmoins, des disputes inspirées par la jalousie de Brunehild éclatèrent très vite entre les deux épouses, et la vérité fut dévoilée au grand jour. Furieuse d’avoir été dupée, Brunehild voulut se venger et exigea la mort de Siegfried. Sous l’ordre du roi, Hagen de Tronje, sa main droite, assassina Siegfried en lui enfonçant une lance à l’endroit où la feuille de tilleul s’était posée. Folle de désespoir, la princesse Kriemhield jura de se venger de Hagen de Tronje. Sa vengeance est présentée dans le deuxième film, faisant apparaître par ailleurs le chef des Huns, le grand Attila, mythifié de façon symblolique.

Le film de Fritz Lang s’attache surtout aux détails : il se rattache en effet plus à l’art de la photographie qu’aux films d’action. De gros plans sur les visages sont effectués mettant en valeur leurs expressions d’effroi, de surprise, de colère… Les yeux écarquillés des personnages sont frappants par les sentiments profonds et tragiques qu’ils expriment. L’absence de paroles nous permet d’accentuer notre attention sur le jeu théâtral des personnages. Pourtant, il est intéressant de noter que malgré la contrainte du son, les personnages sont tout de
même filmés en train de parler entre eux même si le spectateur n’entend rien. Ce n’est que grâce à quelques ellipses présentant les dialogues écrits que l’on peu suivre l’avancement des discours. De même, la présentation des décors est très soignée. Nous sommes en face de magnifique paysages montagneux, de châteaux imposants ou de forêts inquiétantes… Malgré l’absence d’effets spéciaux, le spectateur est plongé dans l’action et ne peut s’empêcher de se mettre à la place des personnages. L’apparition du dragon par exemple, qui est sans doute fait de paille et autres matériaux semble assez réaliste dans ses déplacements et ses crachements de flamme. De même, l’absence de couleurs ne pose pas de problèmes grâce aux nuances fines du sepia et au soin apporté à la technique de la camera. Tandis que le film se déroulait sous nos yeux de spectateurs, Jean-François Zygel était assis à son piano sur l’avant gauche de la scène. La première question que je me suis posée fut : sa mise en musique sera-t-elle une composition ou une improvisation ? A priori, la réponse est la seconde : aucune partition n’était en effet posée sur le pupitre ; chacun des films durant 2 heures, il aurait été étonnant qu’il mémorise tout le contenu, fut-il écrit de sa main. Cependant, sa performance s’accordait très précisément avec les images qui défilaient , ce qui implique une planification obligée du style abordé et de l’ambiance voulue pour chaque scène. Lors de l’apparition de l’oiseau par exemple, le style de Messiaen utilisé pour son catalogue d’oiseau fut clairement mis en évidence. Puis, lors du mariage, une écriture très verticale symbolisant le domaine du sacré fut exploitée par Zygel. Cependant, l’ambiance générale de la musique était sombre et troublée grâce à l’utilisation du registre grave du piano noyé dans la pédales, ainsi que de tremolos expressifs. Ma première pensée pour cette adaptation du film de Fritz Lang fut : Wagner sera-t-il mis à l’honneur ? En effet, pour un amateur de musique, les nibelungen rappellent immédiatement la très célèbre tetralogie de Wagner. Je connaissais Zygel pour ces émissions de vulgarisation musicale où il démontra à plus d’une occasion son talent d’improvisateur. Une de ces émissions fut, entre autres, attribuée à la musique de film. Je fus ainsi agréablement surprise de son adaptation du film : en effet, ce fut une mise en musique très personnelle et en parfaite correspondance avec ce que nous inspire les images fortes que nous présente le réalisateur.

Ophélie Lacondemine

Je suis allé voir Die Nibelungen, un film allemand datant de 1924 par Fritz Lang. Ce spectacle est spécial car il s’agit là d’un ciné concert dans le Théâtre du Châtelet, la musique est interprétée par le célèbre Jean – François Zygel, un pianiste de talent. Pourquoi vouloir réinterpréter un tel chef d’œuvre qui n’a plus ses preuves à faire ? Zygel l’explique lui même dès le début du spectacle : 20 ans plus tôt il est allé voir lui même Die Nibelungen, et bien qu’il ai beaucoup aimé le film, la musique beaucoup moins à son grand étonnement. Ce qui est dommage, car dans un film muet la musique à d’autant plus d’importance. Il décide donc de composer lui même la musique, en fonction de ce qu’il ressent à chaque passage, et le moins que l’on puisse dire, c’est que c’est une réussite.

Die Nibelungen est une tétralogie de films allemand, mais ce dimanche seuls deux étaient présentés : La mort de Siegfried et La vengeance de Kriemhild. Siegfried et le fils du roi Siegmund, l’histoire pour nous commence à la fin de son apprentissage avec des êtres de petites tailles, il y forgent une épée fort coupante, lui permettant par conséquent de rentrer chez lui. Cependant, Siegfried est bien plus ambitieux et il décide de se rendre à Worms ou réside le roi Gunther afin d’y épouser la sœur de ce dernier, Kriemhild. Sur le chemin de Worms il tue un dragon et se baigne dans la rivière maculée du sang de la mythique créature, le rendant invulnérable excepté sur une partie de son dos, car l’eau ne l’a pas touché à cet endroit en raison d’une feuille de tilleul qui se pose sur son dos, ce qui n’est pas sans rappeler la légende d’Achille. Toujours sur le chemin, il croise un Nibelungen qui tente de le tuer, il le vainc et ce dernier l’emmène auprès du trésor des Nibelungen, mais il tente à nouveau de le tuer, Siegfried l’achève donc et s’empare du trésor faisant de lui un puissant roi, ayant même d’autres roi pour vassal. C’est donc plus fort que jamais qu’il se retrouve à Worms, mais Gunther refuse de céder sa sœur sans contrepartie et passe un marché avec Siegfried : S’il l’aide à séduire la Reine D’Islande, Brunhild, il aura sa sœur. Après y être parvenu, il épouse Kriemhild, et Gunther épouse Brunhild. Gunther fini par trahir Siegfried et l’assassine par l’intermédiaire de son vassal Hagen de Tronje, Kriemhild jure de se venger.

Pour se faire, et là commence le deuxième volet, elle épouse le roi des Huns, donnent naissance à leur enfant et fait venir son frère ainsi qu’Hagen pour fêter l’événement et fera tout pour retrouver le trésor des Nibelung, et tuer celui qui lui enleva son mari.

Pour ce qui est de la représentation en elle même, Zygel s’installe sur un très beau piano à queue et nous régale d’une interprétation de grande qualité et très personnelle, ce à quoi on pouvait forcément s’attendre de sa part. Je ne suis personnellement pas musicien, et je ne connaissait pas les Nibelungen, mais j’ai réellement adoré cet interprétation : Zygel pince ses cordes, étouffe les sons, imite le chant des oiseaux, augmente et abaisse le rythme à volonté … on en oublie presque qu’il est là tant c’est bien fait.

En bref, qui que vous soyez, n’hésitez pas à regarder les Nibelungen, c’est un magnifique chef d’œuvre et intemporel qui plus est, j’étais pas spécialement convaincu et finalement j’ai beaucoup aimé, l’interprétation au piano est un plus forcément, mais cela n’en reste pas moins du grand cinéma.

Merci à la Sorbonne et tout particulièrement au service culturel pour cet instant.

Axel Ranger
Photo : Fritz Lang