Delikatessen

Concert – Orchestre national d’Île-de-France | Salle Gaveau | En savoir plus


Les rêveries de l’auditeur mondain

On arrive tôt à la Salle Gaveau pour découvrir ce lieu assez singulier : datant du début du XXème siècle, la salle semble a une disposition renctangulère très agréable – la scène est visible de partout – et une acoustique impressionnante.
Mais déjà les choses commencent : dans le livret, il est question d’un récital mêlant Mozart, Schubert et Micahel Tippett, le tout sous-titré « Flânerie à Vienne ». Peu d’explications sont données, et la plupart concernent les musiciens. On se concentre donc rapidement sur ce qui se passe sur scène – et effectivement cela vaut le coup.
La splendide ouverture des Noces de Figaro est immédiatement suivie par un Concerto pour Haubois (en ut majeur, K314) où le soliste s’en donne à cœur joie. Son interprétation ne se contente pas d’être vivante, élevée, elle est aussi complètement physique : l’artiste sautille, fait de grands mouvements de son instrument, fait quelques pas en avant, recule… C’est une pile électrique qui envahit la scène. Ce prodigieux énergumène se nomme Alexeï Ogrintchouk – nous apprend le livret – et c’est un russe surrécompensé. Avec le petit chef d’orchestre, un certain Nicholas Collon, ils forment un duo étonnant, puisque le second n’a pas l’air d’avoir plus de 20 ans (on apprendra par la suite qu’il a cependant de beaux antécédents).
Ainsi donc, on a quelque chose à voir à un récital de musique classique et pas une seconde pour s’ennuyer – c’est déjà beaucoup. Mais viennent rapidement – après une entracte – les composition de Tipett. Plus expérimentales, plus travaillées, elles parviennent l’effort immense de tenir tout à fait la route face à Mozart. On achève le tout en douceur avec une passionnante symphonie de Schubert, énergique et maîtrisée.

La question qui reste en suspend demeure celle du choix de réunir ces trois artistes, pourtant très différents. On l’avait un peu perdue de vue pendant la représentation, passionnés que nous étions par la tension sur la scène, mais en sortant, on cherche à creuser la question : effectivement, l’orchestre était réduit, sur le modèle des orchestres viennois. Les compositions de Schubert et Mozart ont effectivement bien des points communs – avec celle de Tippett un peu moins.
C’est cette dernière, surtout, qui aura retenu notre attention : malgré son usage abusif du pizzicato et son rythme particulièrement déconstruit, ce Divertimento a parfaitement intégré l’esprit des musiques viennoises et le restitue avec une force impressionnante. D’où l’impression de cohérence de l’ensemble. Il nous a suffit de nous laisser porter – on a désormais l’impression de sortir d’Amadeus, l’amertume en moins.

Gauthier Nabavian

Il est 20h, le public de la salle Gaveau est confortablement installé dans les fauteuils de velours jaunes et tous attendent sagement l’arrivée de l’orchestre et plus particulièrement celle du premier hautbois Alexei Ogrintchouk . Ce soir, Mozart, Schubert et Michael Tippett sont à l’honneur. Ce programme musicale « Delikatessen » nous fait voyager à travers le XVIIIème et XXème siècle.

Le concert commence doucement avec l’ouverture des Noces de Figaro de Mozart puis quelques minutes plus tard le soliste fait son entrée sur scène pour interpréter Concerto pour hautbois en ut majeur K314. Il se tient debout, droit, rigide, il est impassible mais dès lors qu’il joue les premières notes c’est un autre homme qui nous fait face : un homme emporté par le mouvement de sa musique.
Il se laisse envoûter par le son de son instrument et cet envoûtement est un véritable plaisir pour les yeux. Le public regarde le soliste tout autant qu’il l’écoute. Tout son corps est en éveil ; il ne fait plus qu’un avec son instrument ; la symbiose est parfaite. Le concert se transforme en une scène de théâtre où le soliste valse littéralement avec son hautbois.
Cette énergie qui se dégage du soliste est toute aussi intense que le son est radieux, léger, volatile. La facilité avec laquelle il crée le son est fascinante, pour reprendre les termes exacts de l’un des plus grands journaux néerlandais De Telegraaf : «Son son a exactement la qualité qu’un hautbois mérite mais possède rarement : il est circulaire, ouvert, stable, coloré, agile et il peut être utilisé pour exprimer la plus grande palette des émotions ».

Le soliste est au centre de l’attention mais il ne faut pas en oublier le chef d’orchestre Nicholas Collon qui dirige à perfection l’orchestre national d’île-de-France. Un sourire aux  lèvres, des boucles qui se déchaînent, il nous entraîne dans son extase et c’est un véritable plaisir de l’y suivre. L’extrême joie qu’il a à guider les musiciens est perceptible et donne à ce concert beaucoup de fraîcheur.

Ariane Pasquet

La salle Gaveau est d’un luxe, mais l’Orchestre national d’île de France ? Peut-être pas, et heureusement. Pour la première, ça se voit dès que l’on est entré, salle intime et d’une taille convenant à la musique de chambre. Pour le second, je le suppose car j’ai payé seulement 5 euro pour ma place – même pas, c’est la Sorbonne qui a payé, et il y a un rang entier d’ enfants assis juste devant moi. Ces deux petits détails, j’interprète, signifient que l’orchestre est véritablement « national », c’est-à-dire accessible à tous.
Le programme est extraordinaire – je veux dire du programme que j’avais à la main. Bien sûr, les quatre morceaux du programme sont très bien choisis aussi : Mozart parce qu’il nous plait toujours ; Michael Tippett parce qu’il est Britannique, tout comme le directeur et chef de l’orchestre, Nicholas Collon ; et Schubert, parce qu’il fait le pont entre l’époque de Mozart et celle de Tippett. Mais, le programme imprimé est exceptionnel parce qu’il a un vrai sens pédagogique, ce qui est rare et tout à fait approprié à un orchestre public. D’une manière concise, il donne pour chaque l’œuvre un véritable éclairage sur le contexte historique aussi bien que la référence biographique du compositeur lorsque l’œuvre a été créée.

Pour la musique, le Figaro fut joué fougueusement, et peut-être encore plus par le chef Nicholas Collon que par l’orchestre. Et je me demandais s’il n’y avait pas quelque auditeur distrait par la figure ou l’expression vive et toujours souriante, de ce jeune homme – pour ma part en général, je préférai une place obscure de la vue d’orchestre pour éviter la distraction de mes yeux sur mes oreilles.
Le concerto de hautbois fut la merveille de la soirée. Alexeï Ogrintchouk, le soliste, gagna tellement son public que les enfants devant moi étaient enfin calmés – auparavant ils s’étaient trompés deux ou trois fois par le silence dans la partition à vouloir être chacun d’entre eux le premier à applaudir. Le deuxième mouvement andante ma non troppo est presque un solo pour Ogrintchouk, et il le joua avec une finesse majestueuse. Il semblerait que le morceau rappelle une revisite de rêve à notre enfance.
Tippett, je ne le connaissais pas, et comme Proust disait, on comprend rarement une pièce musicale à la première écoute, mon indifférence à son divertimento on ‘Selinger’s Round’ pouvait donc être perçue comme un compliment à la complexité de l’œuvre ! Seulement, s’il est vrai que le deuxième mouvement A lament est une variation de la mort de Didon de Purcell, je soutiendrai que l’original est mieux, tout simplement parce que je pense que ni le style ni le thème de ce morceau ne conviennent au violon comme ils conviennent au chant.

Au final, que peut-on dire de la superbe symphonie du superbe Schubert ? Bah, véritablement superbe ! Un concert qui finit sur une note majeure comme celle-là est toujours un bonheur pour les auditeurs, nos esprits s’élevèrent, nous applaudîmes les musiciens chaleureusement et ce fût une belle soirée qui s’acheva.

Han Zhong
Categories: Concert, Salle Gaveau