Debussy et ses amis

Spectacle musical | Espace Léopold Bellan | En savoir plus


Dans le quartier de Saint-Lazare, la rue du Rocher s’élève au-dessus de l’agitation. Entre les théâtres et instituts privés qui se partagent la voie suspendue, l’Espace Léopold Bellan se fait discret. Ce mercredi 27 février y est programmé « Debussy et ses amis », un spectacle du Théâtre de l’Impossible.
La salle est aimablement désuète ; le public clairsemé ne jure pas avec les chapiteaux de colonnes Belle-Epoque. On peut craindre ce soir que Debussy ne nous soit peint dans des tons passés, qui vraiment ne siéent pas au compositeur de Pelléas et Mélisande. Nos craintes ne sont pas déçues, Robert Bensimon, initiateur du projet, se révèle assez fastidieux. On l’écoute avec le sourire de complaisance ennuyée réservé d’ordinaire au professeur emporté par son enthousiasme. Le public ne peut qu’acquiescer mollement à la passion manifeste, mais peu communicative, que les acteurs mettent à dire leurs textes. Réservons tout de même une mention spéciale à Claude Bornerie, qui incarne de manière très convaincante Monsieur Croche, l’alter-ego « antidilettante » que s’est créé le compositeur en 1901 dans un article fameux de La Revue blanche – Debussy, comme Berlioz, s’il n’avait pas été compositeur, aurait tout de même mérité de passer à la postérité pour ses talents d’écrivain.

Pour ce qui est de la musique, elle est confiée à une flûte traversière et une harpe, instruments qui correspondent à la délicatesse vaporeuse que l’imaginaire collectif attribue à Debussy. Bien entendu, son oeuvre ne peut se réduire à cela : que l’on pense seulement aux « Rondes de printemps » endiablées des Images pour orchestre. La harpe toutefois fait belle figure ; et le flûtiste a son instant de grâce lorsque, la scène plongée dans le noir, il entonne le solo de flûte de Syrinx, tel Pan appelant à lui sylphes et dryades.
Cet instant d’émotion unique n’est en rien dû au hasard. C’est qu’alors, pour la première fois dans le spectacle, la musique rencontre le jeu des acteurs. Le musicien se fait comédien, la musique devient parole. N’oublions pas que le discours musical, s’il est en partie occulte, n’en constitue pas moins un langage porteur de sens ; il fait appel à la raison et à la sensibilité. Le théâtre musical doit prendre en compte cette donnée et ne pas reléguer la musique à un rôle d’apparat. La musique, qui a une existence à la fois spatiale et temporelle, comble le vide subsistant entre les mots et les gestes.
Le son est une entité matérielle, palpable, qui a besoin d’un espace pour prendre forme, ce que ne peut plus nier un théâtre qui se prétend musical. Selon les propres dires de Debussy, « enfin, on pourrait vérifier décidément que la musique et la poésie sont les deux seuls arts qui se meuvent dans l’espace ».

Adrien Alix

La représentation Debussy et ses amis a eu lieu le Mercredi 27 février à 19h au Théâtre de l’impossible de l’espace Leopold Bellan dans le huitième arrondissement de Paris. Robert Bensimon est le metteur en scène et joue également sur scène. Corine Thézier, Claude Bornerie, Emily Jokiel sont les acteurs. Jean-Philippe Grometto et Lise Taupinard-Przybylski sont les musiciens.
Cette représentation est un spectacle musical et théâtral. Les acteurs interprètent des personnages réels ou fictifs. Robert Bensimon joue le metteur en scène de la pièce. Il arrive sur scène avec son téléphone portable et une oreillette. Il est en pleine conversation téléphonique. Et dans ce début de représentation assez déroutant, le spectateur comprend le travail accompli pour mettre en scène la vie de Debussy, les enjeux, les problématiques car comment représenter une vie ? Comment raconter la vie de Debussy ? Robert Bensimon montre au spectateur la façon dont il a entrepris son travail et les questions qu’il s’est posé. Il règle l’éclairage de la scène : une lumière vive, une lumière plus intime et légère, et pas de lumière. Il rend vivant également le compositeur Debussy en l’incarnant et dialoguant avec un élève sur son art, sa musique, son inspiration. Il lève le voile sur le « mystère Debussy » et tente de saisir l’insaisissable car Debussy veut ne pas se connaître et veut se découvrir une part d’infini. La musique de Debussy a changé les mentalités, nous change nous même et permet de redécouvrir notre infini, l’infini en chacun de nous.

Les acteurs lisent à voix haute les lettres écrites par Debussy à sa femme, Lily. Ses lettres, lu par Corine Thézier, sont tissées d’émotion. Il écrit « une vie, c’est mille mondes à la minute », « le bonheur n’est pas dans le but du voyage mais dans la manière dont on voyage », « l’âme d’autrui est une forêt obscure dont il faut marcher avec précaution »,« l’Art est partout dans la vie ». Dans une lettre à Messager, il dit « un petit chemin où personne ne passe plus », « tel mot dépend de la bouche qui le prononce ». Dans La Revue Blanche, il écrit « restez unique », « le vent nous raconte l’histoire du monde ». Debussy s’adresse à ses lecteurs dans un article de février 1913 et écrit « une musique que tout être porte en soi », « la beauté vivante des sons ». Il écrit à Esnest Chausson et utilise l’expression « la gymnastique de notre sensibilité ». Toutes ces phrases sont portées d’émotion et retracent la subjectivité de Debussy.

Dans ses lettres, Debussy cite le poème Streets de Verlaine, la mélodie d’André Messager. Il a crée le personnage de Monsieur Croche dans La Revue Blanche. Monsieur Croche est joué par Claude Bornerie. Ce personnage est passionné de musique mais n’aime pas la façon dont les musiciens retranscrivent la musique, sans émotion. Il fait la critique des conservatoires de musique. Debussy, lui, compose une musique forte en émotion et s’inspirant directement de la nature. Dans ce spectacle, les musiciens, à travers la harpe et la flûte traversière, jouent la musique de Debussy comme par exemple: Syrinx, Beau soir, Passepied, Pour remercier la pluie au matin, Des pas sur la neige, Pour l’Egyptienne, de Pelléas et Mélisande, de Children’s corner, de Prélude à l’après-midi d’un faune, sonate en trio pour flûte. Le texte et la musique alternent et forment une harmonie.
Ainsi, ce spectacle nous fait découvrir Debussy à travers ses textes et sa musique. Il éveille nos sens, suscite notre imagination, et nous fait passer des émotions. Debussy est un être d’une grande sensibilité. Ce spectacle nous plonge dans l’univers de Debussy. Nous découvrons de façon original la personnalité de Debussy, son rapport à la musique, ses liens d’amitié, sa vision de l’art et de la vie.

Samantha Cauvillac

Le Théâtre de l’Impossible nous invite à découvrir l’insaisissable personnalité de Claude Debussy à travers une réalisation entre le théâtre, la lecture et le concert Debussy et ses amis, accueillie à l’Espace Léopold Bellan. Les musiciens Jean-Philippe Grometto (flûte) et Lise Taupinard-Przybylski (harpe) ensemble avec les comédiens se raccordent sous la baguette de Robert Bensimon dans une création originale basée sur la musique et les textes de ce subtil musicien français avec les intercalations des œuvres d’Erik Satie, de Paul Verlaine, de Marcel Proust, de Gabriel Mourey ainsi que des propos du metteur en scène.

La salle dans le style Louis XVI munie d’une scène avec deux colonnes de chaque côté et au milieu, dépassant le rideau, un piano à queue noir, une harpe et quelques pupitres en avant, nous introduit une ambiance da camera dans l’attente du spectacle. Comment communiquer sur la vie de Debussy, ce musicien qui sait transcrire à la fois l’histoire humaine et la vie intime dans son œuvre? Ce musicien qui sait reconnaître et apprécier le mystère enchanteur de tous les jours – « la féerie quotidienne », et qui s’inspire de l’observation scrupuleuse de la nature et déclare que « voir le soleil se lever est plus important qu’écouter la Pastorale » ou encore, qu’« il faut écouter les conseils de personne sinon du vent qui passe »? Les interprètes racontent la vie de l’artiste en images musicales et visuelles qui sont des souvenirs peints et mis en mélodies, des couleurs, des sentiments, des tableaux, et qui composent une vivante toile réunissant et harmonisant la lumière, le son, les paroles et le jeu. Dans le maniement des acteurs, la poésie de la langue de Debussy et sa musique, découle l’une de l’autre. Dans cette impulsion à un moment la phrase dite est laissée libre pour trouver son prolongement dans la pensée musicale, telle un oiseau s’envolant d’une branche et la laissant chanceler. Remarquons ici également les nuances de la diction des comédiens. Employée au début avec l’accentuation de certains mots et sons, une tendre musicalité des phrases est obtenue. Plus proche de la fin du spectacle la lecture du texte de Satie relève l’humour et ironie au moyen du travail sur le rythme et la mélodie de sa lettre.

Quant au personnage délaissé, le piano au milieu de la scène, il est abandonné durant presque toute la durée du spectacle et reste un simple meuble d’où ne sortent si éphémères, mais présents les airs des Images ou des Préludes… Il serait également possible d’utiliser davantage l’espace, la lumière et le jeu scénique avec plus de légèreté par moments, comme le souffle la musique de Debussy. Il manque justement parfois cette liberté et cette spontanéité si transparentes dans l’œuvre du musicien. Pour atteindre cela il faut se laisser guider encore par ses intuitions, quitter l’académisme et se sentir plus humain, c’est-à-dire plus simple dans ce cas.
Une séquence particulièrement réussite de tous les points de vue montre bien la capacité de la troupe d’introduire cela dans le jeu. Durant l’accompagnement musical sur le Syrinx, deux femmes en pèlerines entrent sur le plateau dans une ambiance de pénombre et de chuchotement. Le bruit des pèlerines fait naître une musicalité séduisante de la scène. Une atmosphère chargée se crée en faisant vibrer la sensibilité des spectateurs. Ainsi l’ensemble des composantes se mettent en avant dans un accord harmonieux.
Avant de quitter la salle le regard se pose sur le pupitre du piano – la reproduction de Joseph Mallord William Turner Rain, Steam and Speed où le réel fait naître le rêve, comme une mélodie d’un après-midi d’un faune…

Irena Derzhko

En entrant dans le théâtre, j’étais frappée par le caractère petit et intime de l’Espace Leopold Bellan. Un sentiment renforcé par le fait qu’il n’y avait qu’une douzaine de spectateurs dans la petite salle grise avec ses colonnes et son stuc blancs ; sur scène, on voyait un piano et une harpe.

Les lumières furent tamisées et on entendait une voix au fond de la salle qui s’avançait vers la scène. Inattendument, l’homme que j’avais cru placeur se montrait comédien (Robert Bensimon, qui était également l’auteur et le metteur en scène de la pièce) ; d’abord dans le rôle d’un admirateur de Debussy (quand il téléphonait avec un interlocuteur non-présent sur scène) et ensuite comme Debussy lui-même. Lui – comme les autres comédiens et comédiennes (Corine Thézier, Claude Bornerie, Emily Jokiel) – il fixait toujours un point sur les têtes du public et le regardait attentivement comme s’il y avait quelqu’un en haut du public avec qui il parlait. Cette pratique aurait été justifiée s’il y avait eu un balcon ou une galerie Mais notre petit groupe de spectateurs se trouvait à un niveau inférieur à celui de la scène. Cependant, ils ne regardaient pas toujours en haut car ils tenaient des feuilles entre leurs mains.

Dans ce contexte, j’ai deux remarques : premièrement, je suis d’accord la lecture que peut effectuer un comédien s’il s’agit d’une lettre et la plupart de la pièce « Debussy et ses amis » pourrait être appelée (par analogie) une pièce épistolaire vu que les comédiens et comédiennes lisaient souvent à voix haute les correspondances entre Debussy et ses amis. Par contre je trouve la lecture moins acceptable pour les parties où il n’y avait pas de lettres et où il s’agissait tout simplement de personnages qui parlaient l’un avec l’autre.

La pièce suivait le parcours artistique de Debussy. Nous, le public, entendions les changements dans le ton de ses lettres mais aussi dans le ton de sa musique. Les pièces jouaient en entier de la harpe (Lise Taupinard-Przybylski) et de la flûte (Jean-Philippe Grometto) étaient : Syrinx, Beau Soir, Passepied, Pour remercier la pluie au matin et Des pas sur la neige. D’autres extraits étant des pièces de : Pour l’Egyptienne, Pelléas et Mélisande, Children’s corner, Prélude à l’après-midi d’un faune et La sonate en trio pour flûte, alto et harpe.
Globalement, la pièce était intéressante et informative mais elle aurait pu être merveilleuse s’ils les comédiens et comédiennes avaient donné plus d’importance au contact visuel avec le public et avaient moins lu.

Verena Dobretsberger

« Un peu moins qu’un spectacle ; beaucoup plus qu’un spectacle », nous annonce au sujet de la pièce que l’on va voir un de ses acteurs. Sans doute cette formule antithétique a-t-elle présidé à la création de Debussy et ses amis, qui se voulait être -et c’était une tentative louable- « beaucoup plus » qu’un simple concert de flûte et harpe, qu’une lecture de la correspondance de Debussy, ou qu’une banale biographie musicale.

Hélas, le résultat est davantage du côté du « un peu moins » que du « beaucoup plus », car la confrontation de la lecture et de la musique s’avère terriblement frustrante. Voyez un peu : quatre acteurs (leur niveau est très inégal) tentent de mettre en scène, de faire vivre des textes écrits par Debussy et ses amis. Ils occupent tout l’espace scénique et exploitent à fond les ressources de la salle (bruitages, lumières, rideaux). Pendant ce temps, deux musiciens (une harpiste, un flûtiste), attendent patiemment dans un coin de scène. A courts intervalles, ils jouent, très peu. La lente succession des textes – dont la cohérence n’apparaît pas clairement – étouffe complètement la musique : la pièce sonne faux, musique et texte ne s’accordent pas. D’ailleurs, physiquement, les musiciens semblent laissés pour compte dans leur coin de scène : pourquoi ne pas avoir joué de leur présence pour faire vivre la musique ?

Se dégage en effet de la pièce un désagréable sentiment de frustration musicale, comme face à « un peu moins qu’un concert ». Les deux musiciens eux-mêmes -de bons musiciens- s’ennuient et restent froids sur scène pendant que les acteurs s‘échauffent : leurs mains impatientes semblent les démanger de toucher les cordes et les clés de leur instrument. Les liens qui pourraient (qui devraient) se créer n’apparaissent jamais. Pire, la musique semble être un prétexte que le metteur en scène s’est donné le droit de reléguer en toile de fond, comme en témoignent les quelques mesures de Syrinx que le spectateur n’a pas même le loisir d’entendre en entier.
La musique de Debussy mérite mieux qu’un quart d’heure sur deux heures de spectacle.

Lucien Dugaz

Si riche et insolite…

Robert Bensimon ouvre la fenêtre sur une myriade d’images sonores et poétiques de Claude Debussy. Il nous fait entrer avec un enthousiasme d’enfant et de façon tout à fait insolite dans la musique et la vie du compositeur.
Richesse, surprise, émotion, plaisir, humour, sont les maîtres mots du spectacle : des lettres désopilantes de Satie, aux élans les plus intimes des lettres amoureuses de Debussy, en passant par les édifiants discours de Monsieur Croche, les sublimes vers de Mallarmé et les savoureuses chansons de Messager, on traverse avec un plaisir ininterrompu, ces heures de rencontre avec Debussy.

Concert ou pièce de théâtre ? Les deux !
On nous donne à entendre les compositions de Debussy (par les excellents Jean-Philippe Grometto à la flûte et Lise Taupinard Przybylski à la harpe), fil sur lequel apparaissent d’ingénieuses mises en scène, où nous sont aussi données à voir et à entendre ses écrits et réflexions sur la musique et quelques morceaux de vie quotidienne (correspondances jouées par les comédiens Corine Thezier, Claude Bornerie et Robert Bensimon).
Le spectacle ne saurait être plus vivant, 5 comédiens donnent vie à tous ces personnages peuplant l’imaginaire et le réel de Debussy : sous la forme très originale d’un dialogue à cœur ouvert entre amis, ils questionnent le cheminement du compositeur, les influences et inspirations des œuvres, pénètrent plus avant dans le mystère de leur création, et de leur vie publique, critiques, succès.

Vous vous demandiez quels liens avait tissé Debussy avec cette pléiade d’artistes de la Belle Epoque ? Eh bien c’est par ces liens du cœur que vous entrerez dans son univers : par les amitiés (Messager, Satie) par les amours (Lili Texier en première ligne), par les inspirations poétiques (Verlaine, Mallarmé, Char, Proust). Voilà une multitude de textes, de visages, de scènes aux décors changeants, qui défilent sous nos yeux.
Comment l’esprit grave et caustique de Monsieur Croche a-t-il vu le jour ? Quel visage avait l’amour naissant de Claude pour lili ? Puis ce sont les premiers échos d’un Passepied, les reflets poétiques et mystérieux de Syrinx ou du Prélude à l’après-midi d’un Faune, le dépouillement d’une Gymnopédie de Satie, le vacillement cotonneux des Pas sur la neige. Tout est esquissé seulement, mais l’impression est profonde, et la palette généreuse.
Traversant ces apparitions, on rencontre en chemin une perle qui pourrait tout résumer : « l’âme d’autrui est une forêt obscure où il faut marcher avec précaution. » (Debussy)

Gabrielle Jeanselme

Debussy et ses amis : le nom est accrocheur, plein de promesses. Le spectateur a hâte d’être intégré parmi ce cercle restreint de mélomanes. La petite salle de l’espace Leopold Belland, très intimiste, rappelant un salon, paraît parfaite pour l’occasion. Une harpe, une flûte, un piano : pas de doute, le public va régaler ses oreilles ce soir. Mais l’initiation tant attendue n’a pas lieu.
Lorsque Robert Bensimon se met à parler, on se dit qu’on ne le suit pas parce qu’on a pas l’habitude de ce genre de spectacle, mais que ça va sans doute venir… Son discours étant entrecoupé de petits intermèdes musicaux, on se console un peu de l’ennui naissant grâce aux douces mélodies. Mais au fil du spectacle, les morceaux se font rares, pour ne laisser place qu’à la déclamation de l’acteur, et on finit par s’impatienter. On se lasse car on ne parvient pas à rentrer dans la dynamique de la pièce qui ne semble pas en être une.

Les fragments de textes auraient eu besoin d’un fil rouge plus saillant pour ne pas perdre notre attention. Ce qui nous empêche de nous immerger dans ce monde, c’est aussi l’absence d’interaction entre les musiciens et les acteurs (sauf pendant de rares moments, sans raison). La scène jouée devant nous manque de cohésion, le déroulement de la pièce manque de cohérence, et on reste sur la touche. Quant aux personnages, ils sont parfois surjoués, avec des costumes dépassés. L’accent anglais surfait a tellement était vu et revu qu’il ne nous fait plus rire. On a alors d’avantage l’impression de contempler une caricature de Debussy et son milieu plutôt que de côtoyer sa réalité.
Et si la lecture du texte est justifiée quand les acteurs souhaitent nous présenter des lettres, lorsqu’il y a dialogue, elle ne fonctionne plus.

Pourtant, on ne peut enlever au metteur en scène la qualité du choix de ses textes : Debussy le père, l’amant, l’ami, l’artiste, etc constituent autant de figures intéressantes à étudier. Les personnages tels que Monsieur Croche, sont également surprenants. Mettre la vie de l’auteur en parallèle avec son œuvre semble également être une approche pertinente pour Debussy, mais le spectacle n’a pas su l’illustrer. Le florilège d’extraits n’est pas assez orchestré, pas harmonieux. Finalement l’écoute des textes eux-mêmes est comme gênée par les accessoires qui paraphrasent le ton de la lettre, ou encore les clin d’œil de l’acteur qui semble parfois nous demander de rire à un moment précis, enlevant ainsi tout le charme.
Le public paraît oublié devant ce beau monde qui s’amuse, malgré les tentatives d’interactions, lorsque Monsieur Croche critique un public dans sa lettre, et lorsque vers la fin, quand on se demande pourquoi on est là, l’acteur principal tente d’y répondre avec nous, nous servant des grandes réponses spirituelles à nos questions, une réflexion sur l’art transcendant la vie, et cetera. Cela semble superficiel. Tout comme le piano qui n’était là que pour décorer.

Elodie Marchand-Fallot