Cuando las piedras vuelen

Informations

Chorégraphie Rocío Molina
Musique originale Paco Cruz, Juan Antonio Suárez “Cano”
Direction musicale et arrangements pour le chant Rosario Guerrero “La Tremendita”
Direction scénique, scénographie, lumières Carlos Marquerie
Réalisation vidéo Daniel Iturbe
Assistant réalisation vidéo Tito Peraita
Réalisation scénographie Carlos Lorenzo
Direction technique Pablo Pujol

Danse Rocío Molina
Chant Rosario Guerrero “La Tremendita”, Gema Caballero
Guitares Paco Cruz, Eduardo Trassierra
Palmas Vanesa Coloma, Laura González
Actrices (vidéo) Basilisa Pellitero, Celia Rendueles, Bailarinas Parabólicas

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Chroniques des étudiants


Mohammed Chikhi

Quand les pierres voleront…
Est-ce là une métaphore habilement adaptée au spectacle de Rocio Molina et à sa mise en scène, ainsi qu’à la qualité de sa danse à faire s’envoler les pierres ? Ou bien l’état second dans lequel le spectateur s’enfonce à mesure des compas, qui pourraient presque nous faire croire que les pierres s’envolent, dans une vision presque irréelle ?
Dans un élan de provocation, bien propre au Flamenco, R. Molina pousse les limites de la tradition : presque dénudée, elle met en scène et en émotions cette nudité. Le rapport au corps, fondamental en danse, est exalté : les vides se remplissent, l’air sculpte sa silhouette. D’un rythme tantôt nonchalant, tantôt saccadé, R. Molina sait nous faire ressentir tension ou langueur, au rythme des palmas.
De même que son espace le plus proche est modelé de ses mouvements, la scénographie est tout à fait cohérente. Dans une dynamique diagonale, de l’avant vers l’arrière, on l’accompagne d’espace en espace. Commençant par un par terre de galets, elle nous emmène sur une plaque métallique ; le son rythmé de ses talons est habilement renouvelé. Puis, toujours dans cette dynamique expérimentale, une installation centrale au sol nous permet un assez large aperçu de ses prouesses techniques.
Entre le moderne et la tradition, tant au point de vue technique que matériel, R. Molina a su trouver un équilibre, qu’elle lance au spectateur qui le rattrape tel une pierre en vol…


Loïc Lesvignes

Le 25 Mai dernier, la compagnie de Rocio Molina se produisait au Théâtre National de Chaillot avec le spectacle de flamenco Cuando las piedras vuelen. N’étant pas un spectateur averti ou habituel du flamenco, je me cantonnerai au traitement des aspects esthétiques de la représentation.

Sur scène, un décor divisé en trois parties diagonalement opposées et, au fond, un écran blanc. Ce décor très sobre fait penser à un jardin japonais : la première partie, la plus proche du public, est une surface rectangulaire qui contient de gros galets ronds. Au milieu, une seconde surface carrée semble se développer sur deux niveaux de profondeur alors qu’au bout de la diagonale, la troisième et dernière surface présente un amas de rochers saillants.
Rocio Molina gît sur la première surface, sur le dos et évoluera pour finalement parvenir à la dernière surface, avant de terminer sa performance sous une pluie de lumière.
Comme je le disais, j’aurais de grandes difficultés à évaluer ce spectacle d’un point de vue technique. En revanche, sur le plan esthétique, j’ai été ébahi : certes, je n’ai pas bien saisi l’intérêt de projeter des séquences vidéo de chouettes et hiboux sur l’écran du fond, mais les deux chanteuses qui fournissaient la matière sonore étaient tout simplement fabuleuses, l’une avec une voix sibylline, l’autre avec une voix plus masculine. Dans la dernière séquence, deux guitaristes ont rejoint la scène pour rythmer les élans de l’artiste, créant un ensemble d’une méridionale et délicate  harmonie.
Rocio Molina développait donc son art dans cet intervalle, tourbillonnant dans des jeux de lumière savamment orchestrés et dans une atmosphère feutrée. D’un bout à l’autre de la représentation, jamais je n’ai été déçu par des pauses trop importantes, des mouvements répétitifs ou une mise en scène hasardeuse. Beaucoup de compétence, d’élégance et de beauté : un grand moment


Caroline Pigache

Un souffle. Un souffle qui transmet l’énergie vitale qui va animer la scène et la salle pendant 1h20, c’est ainsi que commence le dernier spectacle de la danseuse flamenco Rocio Molina, Cuando las piedras vuelen (Quand les pierres voleront), représenté au théâtre national de Chaillot le 25 mai 2011.

Tout est dans le titre, mais nul besoin de comprendre l’espagnol tant le langage de la danse est universel. Rocio Molina transforme cette force terrestre dont elle est le vecteur en vibrations, en cri du cœur, en cri du corps, en cri de vie. Avec quelques éléments de décors et un accompagnement musical simple qui ne font plus qu’un avec la danseuse, c’est quelque chose de cette expression primitive qu’est la danse qu’il nous est donné de toucher du doigt.

Seule danseuse sur scène, Rocio Molina se donne au public qui croit faire l’expérience avec elle de ce rythme envoûtant du flamenco qui dépasse les frontières. Le public ne peut que saluer la performance physique et artistique de la danseuse, tout en ayant partagé l’espace d’un instant ce qu’était la vie vécue dans l’intensité de la danse. Un retour aux sources de l’expression corporelle.


Claire Savina

Imposant un flamenco résolument contemporain, Rocio Molina ne se laisse pas encombrer de froufrous…Et si la scène est presque exclusivement féminine, elle l’est en force et en technique. Seuls les jeux de lumière viennent habiller ce spectacle, en plusieurs tableaux, où les pierres tendent à devenir oiseaux, incarnant ainsi la double postulation flamenca : d’un ancrage solide dans la terre à une élévation aérienne. La petite pierre qui vole, c’est bien Rocio, qui nous offre ici toute l’étendue d’une maîtrise très personnelle du flamenco dont les chaussures mêmes sont ornées d’un nouvel attribut: une espèce de toqueador, sur le côté, permettant à la danseuse de multiplier les plans et de mettre en abîme la verticalité au sein du travail chtonique, lui-même.
Le chant est a capella, fort, simple, beau. La guitare, seul élément incarné par le masculin sur la scène, met en beauté.
Les lumières -le final, surtout- sont justes… Cependant, on ne comprend pas bien les vidéos qui défilent au fond, ou plutôt, faibles en comparaison du spectacle qui est en train d’être donné, elles ne semblent pas trouver leur place…trop explicites, superflues…Dommage! Cependant, sans participer de l’excellence de la mise en scène, elles ne parviennent pas à la gâcher et laissent un flamenco épuré pénétrer le cœur des spectateurs, curieux ou initiés.


Pauline Sauve

C’est au milieu d’un lit de pierre, en simple sous-vêtements, que naît Rocío Molina, oiseau parmi les pierres. La scène se divise en trois plus petites plates-formes alignées en sa diagonale, comme trois espaces de vie distincts. Alors que les voix des chanteuses s’élèvent et font vibrer tout le corps, Rocío Molina s’éveille peu à peu de sa léthargie de pierre, et va danser sur la première scène. Puis, grandissant, s’élevant, comme les oiseaux que l’on voit à l’écran placé au fond de la scène, elle s’en va sur la scénette du fond pour vibrer au son de la guitare. Puis elle occupe enfin la scène centrale, trouée au milieu, où ses pieds, plus rapides que jamais frappent le sol, si bien que l’on ne distingue même pas à quel moment elle passe dans l’ouverture centrale.

Après ces trois actes, comme on pourrait les appeler, Rocío Molina déploie ses ailes, et occupe enfin l’ensemble de la scène, où l’on pourra la voir s’envoler littéralement, lorsqu’elle danse assise sur une chaise, puisque ses mouvements sont alors aériens. Puis, allumant une cigarette, elle transforme le flamenco en un film digne de Audrey Hepburn.

Rocío Molina réinvente vraiment le flamenco. Ici pas de robe traditionnelle, mais de simples vêtements : cela commence par des sous-vêtements noirs, pour finir en simple voile en guise de robe. Sa grande précision en même temps que sa fantaisie, sa fragilité et sa force rendent le spectacle magique et donnent l’impression que les pierres vont vraiment s’animer. Le final magnifique, où des dizaines de petites lampes descendent du ciel, pendant que Rocío se déplace lentement mais sûrement entre elles, sans les effleurer, dessine cet oiseau de pierre qui touche enfin aux sommets.

L’histoire est d’une grande simplicité, d’une grande douceur. On peut dire que Rocío Molina s’y met à nu en dévoilant sa vision du flamenco, et l’effet qu’il a sur elle. L’idée des petites scènes fait penser à la philosophie de Leibniz, qui disait que vivre s’était « passer sur un plus grand théâtre ». Et c’est ce que fait Rocío, qui s’agrandit et s’envole au travers de la musique et des pieds qui battent le plancher. Le théâtre Chaillot se transforme pour une soirée en ode à la vie et à l’art.