Je crois en un seul Dieu

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Trois femmes que tout oppose mais que le destin va réunir : c’est l’intrigue de la pièce Je crois en un seul Dieu de Stefano Massini, qu’Arnaud Meunier a choisi de mettre en scène. Elle est actuellement jouée au théâtre du Rond-Point jusqu’au 9 avril, après sa création à la Comédie de Saint-Étienne le 10 janvier dernier.

Qui sont ces trois femmes ? Eden Golan est une israélienne, professeure d’histoire juive, pacifiste, proche de la gauche israélienne. Shirin est une palestinienne, étudiante de l’université islamique de Gaza, candidate au martyre. Mina est une militaire américaine en poste en Israël en mission anti-terroriste.

Le texte est un compte à rebours : dès le début du spectacle, on sait que la pièce se terminera avec un attentat à Tel Aviv, qui réunira les trois femmes. Rachida Brakni interprète brillamment les trois femmes à la fois, changeant subtilement sa voix, sa gestuelle et sa posture : main sur la hanche opposée et avant-bras sur le ventre avec une voix douce pour montrer l’humanité d’Eden, bras le long du corps avec les poings serrés dans le rôle de la déterminée Shirin, mains sur les hanches, posture masculine et voix grave dans la peau de la soldate Mina. Le spectateur assiste à ces trois récits de femmes, sous forme de fragments de monologues, qui tendent vers le même drame, un attentat à Tel Aviv, le 8 avril 2003 à 22h04, sur fond de conflit israélo-palestinien. L’universitaire juive, rescapée d’un attentat, est troublée dans ses convictions tandis que l’étudiante palestinienne poursuit les étapes de son projet fanatique en tremblant et que la militaire américaine obéit aux ordres avec cynisme. Il n’y jamais de jugement, mais on voit que le terrorisme suscite des sentiments contraires chez les personnages. Dans un contexte d’attentats terroristes en France, le texte a un écho particulier qui fait trembler la salle. Le spectateur, impuissant, est plongé dans la vie quotidienne, des femmes et des hommes, rythmée par les attentats. La mise en scène de Nicolas Marie, sobre et minimaliste, associée à une musique inquiétante, est au service de cette atmosphère de violence contenue. Le décor correspond à une pièce aux murs dégradés du gris foncé au plafond au blanc vers le sol, avec trois ouvertures – ou plutôt des creux dans le mur qui ouvrent sur nulle part – et une grande lumière blanche et froide au plafond : le lieu est clos, c’est un lieu sans ciel. À la fin de la pièce, une fumée blanche descend du plafond : c’est la fumée de l’attentat, qui fait disparaître le visage de la comédienne, mais aussi le visage de ces femmes tuées lors de l’attentat, que l’on retrouve toutes les trois, malgré leurs différences, derrière ce même Je qui croit en seul Dieu.

Margaux Alexandre

La dernière fois que j’avais été au théâtre du Rond-point, c’était pour y voir Patrick Robine, dans un climat de fantaisie et de rire. Ce coup-ci, l’ambiance était différente, car Je crois en un seul Dieu, qui s’y joue du 14 mars au 9 avril 2017, est une pièce qui se passe à Tel Aviv… Le registre est donc plutôt sérieux, et même dramatique, car dès le début, nous savons comment cela finira : par un attentat qui ôtera la vie aux trois personnages féminins, l’historienne israélienne, la soldate américaine, et la jeune kamikaze elle-même, qui a rejoint une faction terroriste. La pièce se présente donc comme un compte à rebours qui nous emmène vers cette date fatidique. Du côté de la jeune palestinienne, nous suivons son parcours pour devenir une « martyre », une « candidate ». Quant à l’historienne, nous l’observons survivre à un premier attentat, qui bouleverse ses convictions pacifiques et anti-intégristes puisqu’elle est ensuite forcée de faire face à ses sentiments incontrôlés de peur voire de haine qui naissent de l’épisode traumatique qu’elle a vécu. La soldate enfin jette un regard cynique et désabusé sur le conflit, et son point de vue, pragmatique et dénué d’empathie, fait saillir l’absurdité d’une situation qui semble bien sans issue. C’est paradoxalement celle qui fait peut-être un peu sourire…

Ce qui est intéressant, c’est que le texte de Stefano Massini parvient à adopter un point de vue tout à fait impartial, tout en mettant en scène des héroïnes de chaque côté de la barrière. La lutte contre la haine que mène l’historienne contre elle-même est touchante, et même si la détermination de la Palestinienne fait presque froid dans le dos, on arrive à ressentir de l’empathie pour ce personnage prêt à tout perdre et à vivre de terribles épreuves. Ce n’est pas une pièce engagée, plutôt une pièce qui veut faire prendre conscience de la situation et de son horreur, pour tous. Mais elle n’offre pas de clef, pas de solution, comme le montre le personnage de la soldate, qui affirme que tout ça l’ennuie…

Ce qui est précieux, ce sont les émotions dégagées par la pièce, que la mise en scène d’Arnaud Meunier souligne avec sobriété. Le décor figure des murs de béton nu, avec trois ouvertures noires. Il donne une impression d’enfermement et d’oppression, et la couleur plus claire de la partie supérieure semble figurer la lumière brumeuse d’une explosion… L’éclairage arrive à lui seul à installer le décor, et à suggérer l’éclatante lumière de l’explosion. La musique joue aussi un rôle dans la création d’une tension.

Mais surtout, j’ai été impressionnée par le jeu de Rachida Brakni. Sa capacité à incarner les trois personnages féminins, et à passer de l’une à l’autre (en changeant de voix, d’intonation, de posture…) est en elle-même une performance digne d’intérêt, mais elle arrive également à donner un souffle et une puissance au texte qu’elle interprète… et sublime.

Mathilde Bernardot

Mise en scène par Arnaud Meunier, les trois personnages féminins présents dans l’intrigue se voient incarnés par la seule Rachida Brakni. Elle interprète ainsi tour à tour une jeune étudiante palestinienne qui s’enrôle dans une faction terroriste, une Israélienne enseignant l’histoire juive et une militaire américaine et chrétienne. L’intrigue consiste ainsi en un récit à trois voix des mêmes événements, c’est-à-dire l’effroyable et dangereux quotidien de la ville de Tel-Aviv, qui débouche in fine sur un attentat. L’intérêt immédiat d’une telle histoire de destins croisés réside en la confrontation de points de vue extrêmement différents, qui s’opposent les uns aux autres et présentent chacun une vérité en soi, sans jamais privilégier aucune vision de la situation. Cette absence de hiérarchie ou de parti pris est d’ailleurs garantie par l’incarnation de ces trois femmes par la même actrice, à travers laquelle prennent pareillement chair ces focalisations variées.

Malgré la présence d’une seule interprète sur scène, c’est bien trois personnages qui s’expriment au public, développant à tour de rôle leurs idées et impressions, convictions et émotions personnelles. Le décor, inexistant, relève d’une nudité absolue, tandis que les trois murs empreints de suie noire reflètent l’insécurité de chacune des femmes en évoquant les dégâts des attaques explosives et le chaos qui s’ensuit. L’attention est concentrée sur les paroles prononcées, les échos d’un témoignage à l’autre et les écarts d’interprétation entre eux. C’est ainsi que la complexité du propos rompt abruptement avec l’environnement brut qui l’accueille.

Or cette complexité est rendue merveilleusement par le jeu varié et convaincant de Rachida Brakni, qui transcrit avec vivacité les pensées de celles qu’elle interprète. L’attente, le doute, la peur, la détermination envahissent le spectateur tandis que ces sentiments contraires traversent l’esprit des personnages au gré des péripéties, selon que les femmes soient actrices ou victimes de leur sort. Tantôt dans la réflexion, tantôt dans l’initiative, toutes investissent à leur manière l’espace scénique qui matérialise dès lors leur état d’esprit, en particulier leur détresse ou leur fermeté.

Les questions soulevées sont profondes et paraissent insolubles, sans que l’une ou l’autre des femmes n’offre de prise à la stigmatisation ni non plus n’emporte l’adhésion univoque. Il y a donc matière à méditer, loin de tout manichéisme qui donnerait raison à l’un ou à l’autre des camps. Cette belle représentation nous invite à réfléchir sur l’existence quotidienne de la population au Proche-Orient, sur leurs motivations à s’engager dans une guerre sans fin avec l’autre ou au contraire à essayer de le comprendre ainsi que ses intentions. La pièce acquiert une importance actuelle et capitale dans son objectif de proposer plusieurs subjectivités a priori incompatibles entre elles, mais qui pourtant rendent compte chacune d’une même humanité, d’un espoir indéfectible et d’une semblable volonté d’améliorer les circonstances, selon des modalités diverses certes. C’est la monstration de la complexité de cette problématique ardue, servie par une Rachida Brakni étonnante de sincérité, qui rend nécessaire cette pièce et sa représentation sur scène.

Marianne Bouyssarie

À peine les lumières de la salle éteintes, les projecteurs illuminant l’actrice démarrés, les premiers mots prononcées par cette dernière, le spectateur connaît déjà la fin de la pièce. Frustré ? Le spectateur n’a pas le temps de l’être, car une fois rentré dans l’histoire que Rachida Brakni lui raconte presque à l’oreille, il lui est impossible de quitter la salle sans en connaître le déroulement. Rachida Brakni époustouflante, nous raconte par trois voix trois histoires. Cependant, si l’actrice incarne effectivement le rôle de trois personnages qui nous racontent chacun leur vie, il s’avère que ces trois récits racontent en fait une seule et même histoire ; celle du conflit Israélo-Palestinien, ou plutôt l’Histoire de la vie de ceux qui le vivent.

C’est donc sur les planches du Théâtre du Rond-Point qu’est jouée depuis le 14 Mars et jusqu’au 9 avril 2017 la pièce Je crois en un seul Dieu écrite par Stefano Massini et mise en scène par Arnaud Meunier.

Dans une mise en scène épurée au possible, prennent place les trois vies qu’incarne Rachida Brakni, au cœur d’un décor aussi délabré que lumineux, un puis de lumière au plafond comme un outils multitâche, servant aussi bien de veilleuse que de flashlight. De la pureté de la mise en scène découle une simplicité sans tâche dans le déroulement de l’action qui ne  semble ne durer qu’un instant, et voilà qu’une heure et demi de représentation nous frappe aussi vivement que le souffle de l’explosion d’une bombe palestinienne.

Rachida Brakni est le cœur de ce spectacle, et pourtant, la pudeur est le maître mot de son jeu. Alliant émotion et gravité, tristesse et légèreté, elle conserve une certaine distance qui permet au spectateur d’avoir en elle une confiance aveugle, quelque soit le personnage qu’elle incarne.

Trois personnages, trois vies, trois points de vue ; voilà ce qui ressort de cette représentation, néanmoins, la pièce semble poser une question bien plus vaste ; la question d’une rivalité semblant presque incurable entre juifs et palestiniens. La pièce apporte des éléments de réponses, mais ne répond certainement pas elle-même à la question qu’elle pose, et s’évanouit dans un dernier nuage de poussière humaine.

Grégoire Caron

Nous sommes à Tel-Aviv, des populations se mêlent, celles d’Israël, de Palestine et d’Amérique. C’est ces trois figures que prend, tour à tour, Rachida Brakni. Elle est une professeure d’histoire, juive, qui se bat pour une paix entre les deux peuples. Elle est une jeune étudiante palestinienne qui veut devenir une martyre de la cause palestinienne. Elle est une soldate américaine qui sert d’intermédiaire entre juifs et musulmans.  La distinction entre ces femmes se fait par l’attitude que prend la comédienne toutefois elle est ténue entre l’israélienne et la palestinienne. Souvent, il faut attendre quelques minutes et la parole nous fait comprendre qui elle est. L’américaine se détache plus franchement, le ton de la voix est beaucoup moins hésitant, elle met ses mains sur les hanches et marche de façon assurée.

Au-delà de la mutation du corps et de la voix, ce qui est très marquant c’est le travail de la scénographie. Il n’y a rien sur scène, seulement deux cadres de porte sans porte. Tout le travail vient du puit de lumière et du son. Durant la majorité de la pièce c’est un bruit de fond : la pluie, la rue… La lumière varie également, rouge chaud, pâle, plus froid. Le choc vient pendant les explosions (deux), la sensation est au plus près de l’éclatement qu’une bombe peut produire, la lumière augmente jusqu’à devenir éblouissante, le son fait place à un sifflement. Nos sens sont saturés et tout déborde.

Ce n’est pas une pièce à valeur didactique, la lutte passe par l’effet que les choses ont sur le corps. La comédienne est seule sur scène, ses appuis ne sont pas matériels et pourtant nous sommes totalement immergés, nous sommes au cœur de ce conflit, sans forcément le comprendre nous le ressentons.

Pauline Gabinari

Hors du temps. C’est un véritable arrêt sur image que nous propose“Je crois en un seul dieu”, pièce mise en scène par Arnaud Meunier à partir du texte de Stéfano Massini; la possibilité d’observer du théâtre du Rond-Point en plein Paris, toute la complexité d’un conflit irrésoluble qu’oppose Israël à la Palestine. Trois femmes, de confessions, origines et milieux différents se font échos pendant toute la durée de la représentation. Toutes trois incarnées par la superbe Rachida Brakni, leurs monologues enchainés nous présentent le destin croisé, d’une professeure israélienne, d’une jeune étudiante palestinienne et d’une soldate américaine que tout oppose et qu’un évènement va pourtant rassembler.

Cet évènement, point central de l’action dramatique, le spectateur le connaît et le devine dès le début de la représentation; la préparation d’un attentat à Tel Aviv, qui réunira tragiquement ces trois personnalités, toutes victimes de leur histoire. Mais la grandeur de ce texte, réside en sa capacité à examiner les “trajectoires humaines” comme les nomme Arnaud Meunier, qui mèneront au dénouement de la pièce. L’attentat en lui-même n’intéresse pas l’auteur et son metteur en scène, il s’agit ici d’examiner les raisons et conséquences qui l’amèneront à se réaliser, le hasard qui réunira toutes ces des brisées. Les personnages ne se connaissent pas, ne se répondent pas, elles se superposent les unes aux autres et se ressemblent au milieu de toutes leurs différences. Au-delà de leurs confessions et origines elles sont trois femmes que ce conflit qui ne les concerne pas va détruire.

Le déroulement de la représentation suit un parcours bien précis, qui nous permettra de comprendre peu à peu le quotidien et le caractère des personnages interprétés par Rachida Brakni. Toutes trois se présentent, elles sont tout d’abord calmes et sereines, l’auteur ne pointe pas du doigt une victime et un bourreau. On apprend d’abord leurs activités, devinant grâce à cette première rencontre, les caractéristiques évidentes qui les construisent. La soldate, fière à la carrure plutôt masculine, sa démarche est assurée et vive. La professeure plus distinguée, au discours pacifique et réfléchi. L’étudiante la plus discrète, qui se définit immédiatement par le regard que lui impose son père, sur sa tenue ou ses attitudes. Elles pourraient être nos professeures, nos amies, un membre de notre famille. Mais ce qu’elles vont vivre pendant ces quelques mois va les changer à jamais, sans retour possible. La justesse du jeu de la comédienne est déroutante,  le changement de personnage limpide, chacune d’entre elles possèdent sa propre voix, sa gestuelle et son regard, obligeant le public à une attention de chaque instant. Au-delà d’un véritable talent dont fait preuve l’actrice seule en scène, nous pourrions même utiliser le terme de performance.

Le texte profondément ancré dans la réalité nous offre une base solide à la compréhension du déroulé de la pièce; les noms des rues, les descriptions des lieux nous permettent d’imaginer clairement l’évolution spatiale dans laquelle se mouvent les personnages. Tandis que le décor lui est complètement nu, ne s’inscrivant pas dans une démarche réaliste donc, rappelant au spectateur la dimension théâtrale de cette représentation, tout comme la superposition de discours monologués. Un cadre rectangulaire est posé sur le plateau, comme une pièce de plâtre avec pour seule ouverture, trois portes au nombre des personnages de la pièce. Au plafond, un cadre lumineux permettant de changer instantanément d’atmosphère au fil des évènements qui structurent l’intrigue. Les murs blancs, sont parsemés d’un gris à la peinture grossière sur le haut de la cage, un dégradé de lumière allant du plus sombre au plus clair.

La comédienne utilisera tout l’espace, vide, qui lui est mis à disposition. Si le changement de personnage se fera dans en mouvement lors de la première partie de la pièce, changeant, de direction à mesure qu’elle change d’adresse, de lumière ou de posture, il se fera par la suite aussi naturellement qu’il est possible de le faire. L’intention seule suffira à faire transparaître la bascule d’un personnage à un autre. Son costume, un pantalon droit assorti d’une chemise de coton bleu marine, permet de confondre et de représenter justement les trois femmes de la pièce. Des chaussures de ville, plutôt masculine, silencieuse, lui donnent une démarche naturelle et posée. Cette sobriété permet au spectateur de se laisser facilement berner par les transformations de l’actrice. Une sobriété de la mise en scène, de la scénographie, permettant au texte et au talent de la comédienne de prendre toute la place qui leur est nécessaire. Tout est mis en oeuvre pour faire entendre le texte et ses enjeux. Ce dernier n’étant pas moralisateur, le spectateur est amené à réfléchir par lui même, son rôle est capital car il se doit de prendre position, l’on ne peut rester insensible devant pareille représentation. La volonté de l’auteur Stefano Massini est respectée par le metteur en scène de “Je crois en un seul dieu”, il ne s’agit pas de faire le procès de tel ou tel camp, d’acclamer les Occidentaux en héros ou de les rabaisser au rang d’incapables; de pointer du doigt la faute sioniste ou la responsabilité palestinienne. On nous donne l’occasion d’entrer en contact avec une réalité qui nous échappe, on nous conte une histoire, c’est au public d’en faire son propre usage.

Comme l’affirme Arnaud Meunier dans son entretien mené par Pierre Notte, l’on nous propose “un monde sans procès”. L’interêt n’est pas de trouver un coupable, un bourreau que l’on pourrait attaquer. Mais bien de refléter la complexité d’un monde qui ne peut trouver de solution simple à ses enchevêtrements. C’est une pièce que l’on pourrait considérer comme intensément engagé, tant par son propos que par l’investissement dont fait preuve la comédienne. C’est une problématique complexe qui y est traitée, mais elle l’est faite avec la plus grande humilité, elle permet à ses spectateurs de se l’approprier, d’envisager de se construire sa propre opinion à travers les trois portraits proposés par l’auteur.

Bien que la question de la guerre, du terrorisme, de la mort et surtout de la peur y soit abordée, l’on peut considérer cette pièce comme un hymne à la paix. Titre ambitieux certes, mais il n’est plus ici question d’incriminer un camp pour mieux crier vengeance, de perpétrer le mal par le mal jusqu’à toute la population s’épuise et que la haine se transmette de génération en génération. Il s’agit de comprendre, et non pas d’excuser, les raisons qui mènent ces hommes et ces femmes, baignés dans la souffrance et l’incompréhension à tenir de tels discours, à perpétrer de tels actes, à encourager le communautarisme et la xénophobie. Ce spectacle entre poésie et performance ne nous propose pas de solution qui mènerait à la paix, mais plutôt d’élargir notre regard, sortir de notre confort égoïste et d’envisager une réflexion constructive. Ce qui fait la force de cette pièce, résident en les similitudes des questionnements, peurs, colères des trois femmes. Elles sont les mêmes que les vôtre, que les miennes; elles rappellent que nous sommes déterminés par trop de paramètres qui nous échappent, dont il faudrait être capable de se débarrasser pour avancer. Mais surtout, que nous sommes au fond, terriblement semblable. Qu’est ce qui les différencient vraiment ? Et vous, qu’auriez-vous fait, né du mauvais côté du mur ?

Clara Woelffel
Photo : Stéphane Trapier