Couple

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Scène de la tristesse conjugale

Au théâtre du Rond-Point, Couple de Gilles Gaston-Dreyfus, pièce en demi-teinte dans laquelle il ne fait pas bon vivre marié(e).

A l’image de Scène de la vie conjugale d’Ingmar Bergman, Gilles Gaston-Dreyfus tente avec Couple de dresser le portrait de deux époux qui malgré les prises de bec s’aiment toujours autant. Comme le dit si bien l’auteur dans un entretien avec Pierre Notte (feuillet distribué), « Couple est l’histoire d’un couple ». Un couple qui dès le début nous tape sur les nerfs.

Rien de bien compliqué à l’horizon : deux personnes, un homme et une femme, sont assis sur un canapé jaune canari au milieu d’un décor vide. Débute un dialogue d’environ sept minutes. Sans grande conviction, les époux discutent d’un procès sinistre qui aura lieu le lendemain. Ils sont grinçants, amers l’un envers l’autre, mais malheureusement, pas de manière très convaincante. Se chamailler est une chose, se chamailler avec finesse et répartie devant un public en est une autre. Imaginez maintenant que ce dialogue – sans grande variété textuelle ou d’interprétation – se répète trois fois… Le ton ne change pas, les paroles à peine, seule l’hystérie prend de l’importance. Si seulement il y avait eu un semblant de recherche stylistique et un jeu d’acteur plus recherché, pourquoi pas. Ici, le spectateur assiste au rythme mou d’un échange sans convictions.

Après cette triple narration identique, place au soulagement : l’ensemble de la salle se réconforte voyant la lumière s’allumer sur les deux personnages en mouvement. Enfin du mouvement !

On comprend rapidement que cette première demi-heure d’ennui n’a pas seulement touché le public mais aussi les personnages : c’était en fait du théâtre dans le théâtre ! La mise en abyme surprend et surtout soulage : comme l’explique le personnage, le spectateur déplore le manque d’originalité et le fait d’avoir été pris pour un « gland ».

Malgré un certain « effort » de l’auteur pour se mettre dans la peau d’une femme, la caricature est tout de même au rendez-vous. Une nouvelle fois, on déplore le cliché systématique de l’hystérie féminine face au calme masculin : la femme crie tandis que l’homme reste impassible, préférant la danse à l’insulte, le sexe à la confrontation, réduisant à cette occasion le mari à une condition primaire. Un passage marquant : une courte dispute éclate, elle crie et blâme son mari. Au bord de la crise de nerfs, ce dernier s’emporte et hurle. Que se passe-t-il ? L’épouse se fait toute petite et s’excuse de mille façons.
Pourquoi nous montrer cela ? Que tente de nous exposer Gilles Gaston-Dreyfus ? S’aimer c’est savoir qu’une part de nous déteste l’autre ? La haine et le dégout de l’autre sont caractéristiques d’un mariage réussi ? 1 heure 30 de discours encolérés et bruyants au sein d’un couple qui se dit pourtant « je t’aime », un bonheur dont on aurait pu se passer.

Cécile Antoine-Meyzonnade

Couple est une pièce de théâtre de et avec Gilles Gaston-Dreyfus, avec comme partenaire sur scène Anne Benoit. Produit par la compagnie dramatique Barimer, le spectacle se déroule au Théâtre du Rond-Point du 3 au 28 février 2016 ; le texte de la pièce est disponible aux éditions Naïve.

Comme son nom l’indique, l’histoire est centrée sur le couple formé par Jean (Gilles Gaston-Dreyfus) et Clémence (Anne Benoit). Situés entre deux âges, les deux protagonistes semblent visiblement à un carrefour de leur relation, balloté entre la routine et un avenir incertain. Durant une heure et dix minutes, l’histoire de ce duo détonant se déroule sans temps faible, oscillant de façon insaisissable entre amour viscéral et haine exacerbée.

Couple est une œuvre audacieuse et grinçante, reposant de manière déterminante sur les performances remarquables d’Anne Benoit et Gilles Gaston-Freyfus. Les quelques spectateurs de la très petite salle Roland Topor du Théâtre du Rond-Point sont immédiatement plongés dans un univers à la fois réaliste et absurde. Évoluant dans un décor minimaliste composé d’un sofa et d’un mur d’appartement, Jean et Clémence sont des cinquantenaires bourgeois, à la vie professionnelle visiblement satisfaisante, ce qui ne semble pas le cas de leur vie privée. Les non-dits, la lassitude, l’énervement et le désir couvent dans les premières minutes de la pièce, pour finir par exploser dans un déferlement de règlements de comptes jusqu’au terme. Le spectateur se retrouve au milieu de considérations à la fois tout à fait banales sur le vin, les restaurants, le papier peint, mais aussi sur le sexe et le désir. Jean et Clémence laissent à cette occasion libre court à des réflexions et des envies extrêmement crûes, quitte à choquer les spectateurs les plus sensibles – l’un des buts manifestement recherché par la pièce.

Amères, le plus souvent drôles, mais aussi parfois dramatiques ou inquiétants, les deux protagonistes alternent les temps calmes et les temps forts, s’acharnant l’un contre l’autre avec des envies de meurtres sous-jacentes, sans jamais pour autant donner au spectateur l’impression de parvenir à une rupture. Au contraire, la haine rageusement déversée ne semble que le reflet d’un puissant amour, « simplement » abîmé par l’usure du temps et la routine. Une illustration de la vie de couple après cinquante ans vraisemblablement pertinente, à en juger par les réactions des spectateurs, d’une moyenne d’âge curieusement comparable…

Jean-Charles Foucrier

‘Couple’ est un spectacle de Gilles Gaston-Dreyfus, exceptionnel dans son genre pour avoir présenté une histoire créé et agit par Gilles Gaston-Dreyfus lui-même. Ce spectacle se présente en février au théâtre du Rond-Point, Paris. Dreyfus, avec l’aide du collaborateur artistique Gilles Kneuse, nous présente l’humeur noire du vieux couple, Clémence (Anne-Benoit) et Jean (Gilles Gaston-Drefus).
Ce spectacle présente une série de courtes scènes qui se passent dans le foyer d’un vieux couple. Avec ces courtes scènes Dreyfus réussit à lever la tension entre en montant les fractures dans le rapport entre Jean et Clémence ; ces fractures sont reflétées par la brusquerie de ces scènes.
L’histoire se développe pendant quelques jours ; la duréeexacte n’est pas claire mais on a l’impression de l’ambiguïté qui renforce l’idée de la nature répétitive de la vie de ce couple. Cette ambiguïté joue très bien dans cette histoire fictive ; on a l’impression que Dreyfus veut que son histoire soit universelle.

La scénographie utilisée par Dreyfus est intéressante grâce à sa simplicité ; Dreyfus emploi la même scène pour la durée du spectacle. Des décors sont contemporains et minimales, cependant les couleurs très varies des lumières ajoutent des ambiances très diverses. En plus la scène présente la possibilité pour le mouvement des personnages ; une embrasure, une fenêtre et un canapé sont les trois lieus principaux pour l’action et permette aussi l’absence des personnages pour présenter des monologues.

L’histoire lui-même est également ingénue en présentant les allusions profondes à la vie de ce couple pour expliquer leur position maintenant. Tout d’abord on peut mentionner la première scène, ce qui est un dialogue entre Jean et Clémence. Le couple discute ensemble avec assez de gêne pour rendre les spectateurs mal à l’aise, cependant Dreyfus veut ne pas y arrêter. Il continue à augmenter ce gêne en repentant la scène avec plus de tension et une fois plus avec même plus de tension. L’effet est incontournable ; les spectateurs rigolent pour évader les enjeux évident e ce couple. La tension s’enveloppe même les spectateurs qui peuvent comprendre certains aspects de ces problèmes dans le rapport entre Jean et Clémence.

Dreyfus nous révèle peu à peu les racines de ces problèmes en faisant allusion aux évènements dans la passe. Les flash-backs sont présents dans la dialogue du couple et nous font imaginer es scènes. En particulier, Dreyfus utilise les images sexuels pour démontrer les problèmes confronte par le couple. Dreyfus maitrise cette compétence de relever l’information sans les aides visuels avec l’absence des personnages aussi ; très souvent l’un des deux personnages est caché et l’autre danse dans une façon libre en imaginant, peut-être, la vie qu’il aurait pu vivre si tout était diffèrent. Il réunit ces existences séparées aussi, par exemple les deux danse ensemble pour symboliser l’amour qui existe ou qui existait entre les deux mais l’un arrêt avant l’autre pour nier la possibilité de cet amour partage maintenant.

Le but de ce spectacle est ambiguë mais semble d’être d’émouvoir l’audience et pour la fait réfléchir sur leurs rapports ; il est comme un coup d’œil sur une futur possible.

Jessica Emsley

Couple. Ce titre m’avait intriguée. Écrite par Gilles Gaston-Dreyfus, cette pièce est la combinaison imprévue (pour la spectatrice que je fus l’instant d’une heure et quart environ) d’humour, de grotesque, de matière à réflexion sans aucun doute, de pensées confuses, d’amour et de haine. Ces émotions et sentiments qui font vraisemblablement de nous des humains.

La pièce, aux attraits comiques et cruels de l’absurde contemporain, est jouée par son auteur, accompagné sur scène d’Anne Benoit. Les deux personnages incarnés par ces derniers forment un couple, qui existe déjà au début du spectacle. On n’assiste pas à la naissance d’un couple. Oui, celui-ci a déjà un passé. Un vécu qui se ressent par la présence d’émotions, de paroles et d’intentions constamment en contradiction. Plutôt qu’une histoire, ce sont des extraits dont il s’agit – précautionneusement choisis – de la vie d’un couple entre déchirure, pérennité improbable et attachement malgré tout. Le fil très fin entre l’amour et la haine est on ne peut plus tendu, et on s’attend à tout moment à ce que le binôme s’entretue – motivé par des pulsions de haine quasi-meurtrières, cultivées et usées par le temps -, et dont l’amour épris et passionnel se trouve pris au piège par les différences et différends de ce couple au final pas si anormal.

Un duo de personnages aux multiples facettes, duquel jaillit un humour dans lequel s’est reconnu le public – j’étais entourée de part et d’autre de couples qui ont ri, parfois aux éclats – et un duo d’acteurs dont la singularité et l’authenticité de jeu sont remarquables. À ce jeu de comédiens très juste, s’ajoutent un texte et une mise en scène à la fois cousus et décousus, ficelés comme un montage de plusieurs gros plans sur le couple en tant que tel ainsi que sur les deux personnages respectifs. C’est aussi ce qui fait la particularité de la pièce : on lit l’extérieur et l’intérieur des personnages, et l’éclairage ainsi que le son font figure d’une sorte de narrateur qui choisirait de mettre en lumière tel ou tel aspect du personnage, sur lequel se focalise ensuite le spectateur, nous permettant de réaliser le décalage entre ce qui est dit et ce qui est pensé, et toutes les fissures de l’expression et de la communication dans un couple qui se connaît trop ou trop peu. Les extrêmes sont au rendez-vous, et lorsque vous riez de leurs intempéries vous n’êtes pas à l’abri d’un sursaut.

La scène se fait le témoin de moments représentant l’intimité du couple dans un rythme parfois accéléré, très condensé, et à l’opposé d’autres passages qui s’imposent comme des pauses, très répétitifs, pleins de sens, et on sent que l’écriture ainsi que l’occupation de l’espace, la mise en valeur de chacun et la progression de l’action ont assurément été recherchées. En effet, la mise en scène, absolument pas linéaire, comprend un dialogue qui se présente souvent sous la forme de monologues cachés et dont les apartés à la fois personnels et adressés au public ne manquent pas, tout en tirant son action de bouleversements, de tensions, un climax qui atteint des pulsions criminelles, et des retournements qui m’ont menée par le bout du nez.

D’ailleurs, j’ai été surprise de me rendre compte qu’il s’agissait de théâtre dans le théâtre, et c’est un atout véritable de la pièce. Primo, la surprise, et secundo la forme, qui inclut une technique théâtrale et une imagination dans l’écriture indéniables.

Enfin, je n’ai pas adoré la pièce. J’y ai vu beaucoup de choses justes, bien trouvées, des acteurs très bons, une forme théâtrale intéressante, mais elle m’a semblé plus accessible aux personnes plus âgées qu’à moi-même. J’ai néanmoins beaucoup souri. Une réalité certaine dans la fiction théâtrale et une écriture de jeu et de scène produites grâce à un regard affiné et ironique et une expérience qui ont donné de la texture au corps de la représentation et matière à penser.

Rita El Hajjouji
Photo : Giovanni Cittadini Cesi