Clip and clap

Concert | Auditorium du Musée du Louvre | En savoir plus


Cycle CLIP&CLAP : Une exploration de la musique en images
Protest Songs, le cri de la révolte, 16 novembre à 20h30 à l’Auditorium du Musée du Louvre

Protest songs, le cri de la révolte est l’un des thèmes du cycle CLIP & CLAP, présenté à l’auditorium du Louvre par Édouard Fouré Caul-Futy et Clément Lebrun. Il s’agit d’une réflexion appuyée par des archives filmées et un concert de l’Orchestre National de Jazz (ONJ). Eve Risser et Antonin-Tri Hoang, membres de cet orchestre créé il y a quatre ans et composés de dix musiciens sous la direction artistique de Daniel Yvinec, ont joué des créations originales inspirées du sujet. Deux interludes en live ont pris place dans le défilé des archives musicales expliquées par M. Fouré Caul-Futy et M. Lebrun.
Ce nouveau type de « conférence », ainsi que ce sujet en particulier, ont attiré beaucoup de curieux. Petits ou grands ils étaient nombreux à avoir réservé une place ou à faire la queue pour en obtenir une. L’auditorium du Louvre était plein. Même si je ne suis pas sure que Protest songs dans sa forme comme dans son contenu ait pu être complètement compris par les moins de 10 ans. La réunion d’un concert de jazz, d’une conférence, d’extraits de clips ou concerts à un prix très raisonnable (de 5 à 12 euros) a assurément attiré un nouveau public à l’Auditorium. En regardant autour de moi, j’ai constaté que la moyenne d’âge était d’environ 30 ans.

Les archives filmées étaient superbes, servies par une qualité de son magnifique. Le volume sonore était peut-être trop élevé. Mais j’ai apprécié de saisir les fluctuations des voix des artistes et des instruments. Billie Holiday chantant Strange Fruit m’a émue comme si j’étais face à elle dans cette salle en 1959. Pourtant je connaissais déjà ce poème et sa chanson. Je n’ai pas été la seule à être impressionnée par la charge émotionnelle transmise par les extraits, si je me base sur les applaudissements de la fin du programme. Les deux présentateurs ont créé une complicité avec le public, qui pouvait sembler forcée chez le plus jeune. Mais les explications claires et intéressantes ont réussi avec la musique à unir l’assemblée dans le partage des mêmes émotions, du rire aux larmes. Les concerts de l’ONJ ont été pour moi le talon d’Achille de la « conférence ». Les créations ressemblaient à des expérimentations en live et non à un travail abouti. Je pense que seuls des connaisseurs ont pu apprécier ces interludes, qui n’avaient pas d’harmonie musicale.

En résumé, la représentation de CLIP & CLAP a été agréable. On en sort avec une culture générale plus riche, ainsi que de belles chansons et histoires plein la tête. Le petit bémol a été un côté un peu scolaire dans la présentation, rattrapé par tous les éléments positifs et originaux du concept. – Céline Ahouandjinou


A l’auditorium du Louvre, l’évènement se présentait avec des clips, concerts filmés, interviews, documentaires et de fictions et deux concerts live de jazz. Une organisation scénique simple : un grand écran blanc pour les projections, et sur le côté un piano pour les performances live.

La soirée est animée par deux jeunes conférenciers qui ont préparé un parcours non chronologique, qui comprend des artistes divers du point de vue musical : aussi bien Mozart, un opéra contemporain, Rage Against the Machine, Billie Holliday, ou les Black Panthers. Le mélange culturel est donc la ligne directrice, tout en cherchant à garder l’angle fédérateur de la soirée : la protestation à travers la musique ; les artistes sont repartis dans une aire qui commence au XIXème siècle. L’opération est très bien mise en œuvre : pas de fouillis, une vraie cohérence dégagée grâce à la réflexion des deux conférenciers. De cette soirée très riche en images, on garde le bis du chœur des esclaves accompagnée du public de l’opéra de Rome,  Bob Marley en concert performant Get up, Stand up en live à Londres pour la première fois, Bernard Lavilliers parlant de sa manière de rester dans la contestation par la musique tout en vendant des disques, soit en étant intégré au système de la production.

Les performances live sont faites par deux membres de l’orchestre national de jazz : apparemment une pianiste et un clarinettiste. Mais les deux jeunes talents nous étonnent en échangeant leurs instruments, en ajoutant un trombone, une flûte traversière, un triangle, un mégaphone… cela avec un jeu scénique entre eux, avec leurs corps, avec leurs accessoires. On ne regrette qu’une chose : on aurait voulu les voir plus longtemps !
La soirée s’est finie sur cette réflexion : quelle place pour la chanson de protestation aujourd’hui ? Sur scène ? Aux marges ? Ce soir-là, devant nos yeux. – Héloïse Benoit


La conférence Protest Songs, le cri de la révolte s’inscrit dans le cycle des présentations autours de la musique « CLIP & CLAP » organisées par le Musée du Louvre. Les intervenants de plusieurs domaines de la vie musicale proposent une sélection thématique des morceaux musicaux avec leurs commentaires et arguments qui sont ponctués par les interventions des musiciens en direct. Dans ce cadre des mélomanes des goûts esthétiques divers se réunissent autours d’un sujet directif dont on trouve des exemples aux époques différentes.
Les présentateurs de la conférence, Edouard Fouré Caul-Futy et Clément Lebrun ont été accompagnés par deux musiciens de l’Orchestre National de Jazz – Eve Risser (piano) et Antonin-Tri Hoang (saxophone/clarinettes) qui présentaient leurs créations musicales inspirées par la Protest Song. A l’aide d’un mégaphone les artistes nous livrent leur questionnement sur le sujet : Qu’est-ce qu’un proteste? Y a-t-il un répertoire dans la Protest Song? La protestation a-t-elle sa place au musée, au palais?

Si les styles et les époques sont variés, il s’agit toujours d’une musique au service du message qui a pour but de changer certaines contradictions dans la société. Les exemples évoqués comprennent aussi bien l’époque classique (Mozart, Verdi) que les tendances du punk islamique (Taqwacore – Birth of punk Islam) et l’opéra sur Anne Nicole Smith, en passant par les années de combat des noires en Amérique (Strange Fruit, We Shall Overcome). Reprenant la comparaison de Bernard Lavilliers (Aujoud’hui madame, « Pour ou contre la chanson engagée »), si le publique est le courant, la chanson joue le rôle d’un interrupteur qui peut déclencher un mouvement et diriger les gens. Cette musique créant une unité avec les paroles souvent simples mais précis et l’image forte et expressive peut effectivement devenir une arme !

Les extraits des vidéos, les interventions des présentateurs et les performances des artistes ont créés une ambiance particulière en donnant plus d’ampleur à l’exploration du thème de la rencontre et en variant des appuis, des points forts de la discussion. La conférence donne une image survolée (vu le temps limité et le volume conséquent du sujet) qui tout de même permet de recevoir un aperçu élargi sur la question de la Protest Song comme une manifestation musicale d’une position militante. – Irena Derzhko