Cesena

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Cesena, un spectacle d’Anna Teresa de Keersmaeker et Björn Schmelzer, créé et interprété par la compagnie Rosas et l’ensemble Graindelavoix  au Théâtre de la Ville.

La fameuse chorégraphe Belge Anne Teresa De Keersmaeker a présenté au public parisien le 17 mai 2012 son spectacle Cesena qui avait connu son premier succès au Festival d’Avignon 2011. Cesena a été créé en collaboration avec Björn Schmelzer qui a réussi à redonner la vie aux chants religieux du XIVe siècle. En effet ce spectacle représente une merveilleuse combinaison de la danse et du chant. Treize danseurs et six chanteurs fusionnent dans un mouvement. Les danses particulières chaotiques et dynamiques se remplacent par les chants d’une pureté et douceur extraordinaire. Dans l’air on sent une tension émotionnelle permanente. L’action du spectacle nous renvoie à l’Italie du Moyen Age.

Cesena, petite ville au nord de l’Italie, était longtemps contestée par les papes et les empereurs du Saint-Empire romain Germanique. L’atroce massacre de 1377 où plus de 2500 habitants révoltés furent tués par le Cardinal de Genève, a obtenu dans l’histoire le nom « Cesena Bloodbath ». C’est cet épisode qui est au cœur du sujet du spectacle. L’action commence dans le noir et  on ne peut distinguer les artistes que par leurs voix et par les bruits de leurs courses. Peu à peu la lumière apparait et découvre une scène vide et noire avec un cercle de sable blanc au milieu. Les danseurs courent et sautent à travers ce cercle et dans leurs mouvement se révèle une douleur insoutenable…

Je pense que Cesena est un spectacle qu’il faut absolument voir. La virtuosité avec laquelle il est créé ne laissera pas indifférent. Les chants sereins a capella à six voix et les mouvements souples et en même temps brusques et très émotionnels des danseurs vous font sentir le drame historique qui a eu lieu au XIVe siècle, et s’adressent à vos sentiments. – Victoria Isaeva


Pour sa nouvelle création, la chorégraphe belge Anne Teresa De Keersmaeker renoue avec l’Ars Subtilor, mouvement musical du sud de la France apparu au XIVe siècle, déjà au centre de sa précédente création En Attendant, également présenté au Théâtre de la Ville en 2011. Evoluant autour d’un cercle parfait de sable clair, danseurs et chanteurs mêlent leur art dans un corps à corps très prenant,  mais duquel ressort également une crainte, une tension toujours palpable renvoyant sans doute à l’histoire de la ville dont la chorégraphie tire son nom, Cesena. Les habitants révoltés de cette petite ville du nord de l’Italie furent assiégés puis massacrés par Robert de Genève en 1377 quand celui-ci n’était pas encore devenu le pape avignonnais Clément VII, grand défenseur des arts à la cour pontificale.

La symbiose entre les danseurs de la compagnie Rosas et les chanteurs de l’ensemble vocal Graindelavoix est telle qu’on ne parvient pas toujours à distinguer les deux types d’artistes. Dans une polyphonie d’un autre temps, ils nous transportent dans un univers emprunt de méditation, d’une dimension spirituelle forte souvent présente dans les créations d’Anne Teresa De Keersmaeker que l’on sait versée dans les cosmogonies orientales.  Rarement au sol, le regard hargard, les danseurs dirigent leurs mouvements vers le ciel. Le décor très épuré de la scène, le jeu sur la lumière blanche – qui retranscrit le crépuscule de la cour d’Avignon où fut présenté pour la première fois le ballet – et la figure géométrique accentuent la dimension philosophique de l’ensemble.

Une extrême douceur et sérénité ressort de cette création. La virtuosité et la grâce des danseurs, la délicatesse et la pureté du chant des membres de l’ensemble vocal dirigé par Björn Schmelzer invitent de le spectateur le temps de la représentation à un voyage hors du temps. – Julie Pilorget


Dans Cesena, spectacle créé par Anne Teresa de Keersmaeker et Björn Schmelzer, chanteurs  et danseurs prennent part à une communion sacrée de chorégraphie contemporaine et de chant religieux médiéval. Anne Teresa dit dans son interview par Maxime Fleuriot pour le festival d’Avignon “Je n’avais jamais osé aborder la musique antérieure à Monteverdi. J’étais réticente parce que je pensais que cette musique était avant tout une musique sacrée et cela me faisait peur, me gênait.” Or nous ne doutons pas que l’expérience Cesena aura inverti son appréhension, car c’est précisément la sacralité qui dans ce spectacle conquiert l’attention et les sens du spectateur.

La sacralité dans Cesena, c’est la communion des participants mis en mouvement comme un seul chant animé par le corps : chanteurs dansent et danseurs chantent au sein d’une même pénombre enceintre de ténèbres, jusqu’à ce que la lumière ouvre l’espace aux dimensions entières de la scène à partir de la deuxième moitié du spectacle. C’est le chant : l’ensemble graindelavoix réunit des solistes splendides. Cette musique médiévale bourdonnante valorise la pureté des timbres cocoonés par les harmoniques et basses qui emplissent le registre medium, tout en se déroulant avec vivacité dans des figures contra-puntiques exquises, légères et hypnotisantes de régularité et de variété, véritables chants d’oiseaux à variations indéfinies et procurant une sensation de bercement constant. Là tient la sacralité du chant médiéval, dans cette régularité berçante des harmoniques cependant avivées d’ornements infinis, et soutenue par des chanteurs au sein de leur son. Ce même son mettait en vibration les corps, aux mouvements certes guères déchiffrables pour un spectateur non averti, mais non moins harmonieux et pleins de vitalité.

On regrette peut-être l’absence de récit et de sentiments de ce genre spectacle qui plonge les spectateurs dans une inertie émotionnelle vécue comme ennuyeuse par certains, et l’absence totale d’humour. Mais depuis quand le sacré a t-il de l’humour ? Cesena est une authentique expérience spirituelle et de contemplation sonore et visuelle, à voir ! – Léa Tirard