Le casino de Namur

Théâtre | Athénée Théâtre Louis-Jouvet | En savoir plus


Jusqu’au 14 janvier 2018 se jouent à l’Athénée Théâtre Louis Jouvet (Paris 9) trois contes en alternance réunis sous le titre de Adieu Ferdinand ! : Clémence (La Baleine et Le Camp naturiste) et Le Casino de Namur (Les Pétrieux). Nous avons pu assister au troisième conte.

Quel talent. C’est ce qui nous vient le plus en tête quand nous repensons à cette pièce. Un seul-en-scène d’une heure trente qui fonctionne à merveille. Pourtant, à première vue, rien d’extravagant.

Une pièce simple…

Le rideau de lève. Philippe Caubère est assis sur une chaise de bureau à roulettes. Il incarne Bruno et conduit sa voiture. A côté de lui, toujours interprété par lui, Ferdinand. Tous deux (lui seul) discutent du théâtre et de leur jeunesse. Ils sont en route pour rendre visite à un jeune ami, Jean-Marie, 30 ans, toujours Philippe Caubère. Ils sont tous les trois comédiens, joués par un seul comédien. Jean-Marie expérimente le théâtre à l’université. Il fait partie d’une famille de cultivateurs belges de betteraves qui ne comprend pas son métier.

Commence alors une longue scène de déjeuner de familles et des querelles attendues. Tout cela est joué uniquement par Philippe Caubère.

… Et pourtant d’une immense virtuosité

Le rythme de la pièce est incroyable. Philippe Caubère tient tous ses personnages de A à Z et l’énergie est toujours à son maximum. Pourtant face à un seul comédien qui ne change jamais de costume, face à une scène vide de tout décor, on voit l’action et les personnages. On y croit.

L’histoire est simple, mais efficace. Les dialogues sont grinçants. Les personnages, très stéréotypés, sont drôles. Philippe Caubère les interprète comme un enfant : au milieu de ses phrases interviennent des bruitages (« crac crac » pour le changement de vitesses de sa voiture, « pan » pour une baffe). On se retrouve face à une farce ou aux guignols.

Tout cela est assumé. Cette pièce est un miroir du théâtre avec ses artifices, ses vedettes, son public. Public que Philippe Caubère retrouve ici et avec qui on sent une grande complicité.

D’ailleurs, c’est debout et en liesse que les spectateurs ont applaudi le dramaturge, metteur en scène et comédien à la fin de la pièce. Et c’est mérité.

Marion Mayer

Voir Philippe Caubère pour la première fois au début de sa vie de spectatrice, c’est comme se tromper de salle des fêtes et aller au mariage de la cousine d’un autre où on ne connaît personne. On reconnaît que le marié est élégant sans pour autant partager la fierté et la joie des parents.

Je savais que Caubère était considéré comme l’un des grands comédiens français d’aujourd’hui et je reconnais son talent étonnant qui le fait passer d’un personnage à un autre sans même qu’on s’en rende compte et sans jamais nous perdre dans la danse des personnages. Il incarne une troupe d’acteurs à lui tout seul, avec pour seul décor une chaise de bureau qui lui sert tour à tour de siège de voiture et de canapé belge. C’est en effet en Belgique qu’il nous emmène, dans la famille d’un ami comédien, dans un esprit Deschiens ni vraiment glauque ni vraiment drôle. C’est du théâtre qui parle de théâtre et qui ne parle que de ça, et qui ne s’adresse qu’à ceux qui font déjà partie de ce monde-là. Les textes et les situations ne sont pas à la hauteur de son talent et de ses possibilités de jeu. J’ai l’impression d’avoir vu un film dont le mauvais scénario ne donne rien à jouer à de bons acteurs.

Ce qui prend toute la place sur la scène nue, c’est l’égo d’un comédien vieillissant qui ressasse les moments forts de sa carrière. Philippe Caubère fait des références constantes à sa vie d’acteur passée et ses auto-citations provoquent un fort sentiment d’exclusion, de même que l’hilarité de spectateurs fidèles. C’est une expérience étrange et finalement drôle que de constater qu’un même épisode provoque le fou-rire du monsieur devant soi quand on y reste complètement impassible et hermétique. J’aurais aimé voir le même spectacle que ce monsieur-là ! Lorsque j’aurai oublié mon agacement face à cet acteur auto-centré et ses histoires de théâtreux qui ne m’ont pas intéressée, je « creuserai » sans aucun doute le « cas Caubère » et je tenterai de combler ces lacunes qui m’ont empêchée de prendre part à la fête. Je verrai alors au présent ses faits d’armes des années 70 et 80 qui semblent si fondateurs dans sa vie d’homme et sa carrière d’acteur et qu’il ne peut se résoudre à oublier.

Mathilde Gie

Le casino de Namur Philippe Caubère

Seul sur scène, Philippe Caubère joue Le casino de Namur à l’Athénée, une création 2017 entre autobiographie et fiction. Ferdinand est, dans cette pièce, un jeune comédien de 30 ans en apprentissage en Belgique qui va rentre visite, avec l’un de ses amis, à un camarade de jeu dans sa maison au coeur d’un ensemble agricole betteravier.

Philippe Caubère joue sept personnages alternativement avec pour seul accessoire une chaise. Les lumières permettent de saisir les changements de lieux, mais seul Philippe Caubère parvient à donner vie à ces personnages avec justesse et discernement. L’action se déroule chronologiquement et le rire laisse parfois place au malaise lorsque l’ami belge de Ferdinand se fait maltraiter et mépriser par sa famille avec le soutien de l’ami amené par Ferdinand. Philippe Caubère parvient à faire oublier Philippe pour devenir véritablement ses personnages. Le spectateur ne voit plus l’acteur, il se prend de compassion, de colère, d’amitié pour chaque personne jouée sur scène. C’est là le grand talent du comédien, se faire oublier pour faire voir ce qui n’est pas.

Néanmoins, l’humour de l’acteur/dramaturge demande des clés de lecture particulières et spécifiques au public présent dans la salle. Le public de Caubère aime Caubère et le comprend, les références évoquées lui sont destinées et il rit aux éclats. Jeune étudiante de La Sorbonne, cet humour, s’il m’atteint parfois, me laisse régulièrement de marbre et je m’amuse plus des rires de certains spectateurs que des calembours de Philippe Caubère.

Je ne doute pas un seul instant des qualités de ce spectacle, mais il ne m’est pas destiné et il semble malheureusement fermé à une partie du public parisien. Que les initiés s’amusent et que les ignorants se détournent.

Anahi Amine

Coproduit par le Théâtre du Chêne Noir à Avignon et produit par Véronique Coquet pour La Comédie Nouvelle avec le soutien du ministère de la culture Le Casino de Namur, Les Pétrieux est un conte écrit, mis en scène et joué par Philippe Caubère à l’Athénée Théâtre Louis-Jouvet.

Dans ce magnifique théâtre à l’italienne, les rideaux s’ouvrent sur une scène vide avec pour seul élément de décor une chaise placée au milieu sur laquelle le grand comédien Philippe Caubère est assis, vêtu de son costard et de sa cravate à motif. Un mur noir crée le contraste avec une forte lumière projetée sur ce dernier.

La pièce commence in medias res et met en scène les deux personnages, Bruno l’aixois et Ferdinand en voiture. Ils vont en direction de la Belgique pour aller rendre visite à leur ami Jean-Marie Pétrieux. Arrivés à destination chez la famille Pétrieux, de gros cultivateurs de betteraves, une lumière rouge va peu à peu apparaître sur scène, assortie à ce fameux légume qui fait la fierté de ces belges.

Dans la famille Pétrieux, je demande le fils, la mère, le père ou le frère, tous sont incarnés par Philippe Caubère. Par sa gestuelle, ses mimes, ses onomatopées, son fort accent tantôt belge tantôt du Sud, sa voix qui porte ainsi que son langage familier et grossier ; ce comédien fait hurler de rire son public tout au long de la pièce. Les scènes familières, presque vulgaires, absurdes et extravagantes contribuent à l’engouement du public. On passe d’une discussion sur les avocates sodomites à un repas de famille de fermiers belges fortement caricaturée.

En bref, une heure trente de rire, et surtout un jeu d’acteur spectaculaire qui réussit à alterner ces différents personnages, tous les uns les plus cocasses que les autres.

Olympe Dahne

Le Casino de Namur est une pièce de théâtre d’une heure et demie, écrite, mise en scène et jouée par Philippe Caubère.

Philippe Caubère est le seul comédien sur scène, et joue à lui seul tous les personnages de la pièce (qui s’élèvent jusqu’à 7 personnages !). Avec des procédés très simples, une scène très sobre, il parvient à rendre les scènes fourmillantes de vie. Le décor n’est en effet constitué que d’une chaise à roulettes, seule et ridicule au centre de la vaste scène. Mais Philippe Caubère réussit à occuper l’espace comme s’il y avait réellement 7 personnages sur scène. Pour différencier les lieux, (voiture, salon, chambre) Philippe Caubère utilise une lumière avec une couleur propre à un lieu. Cela lui permet de passer d’une scène à l’autre efficacement, et même d’alterner entre deux scènes qui se déroulent en même temps. En plus de bien fonctionner, le scénario de la pièce est plutôt drôle.

Le seul reproche que je ferais à cette pièce est la dernière scène où Philippe Caubère part dans tout les sens et rend la scène très brouillonne, ce qui avait été soigneusement évité depuis le début de la pièce. C’est en effet très facile de tomber dans un aspect « brouillon » dans une telle pièce. Mais Caubère arrivait à rendre un bouillonnement de vie partant de tous les côtés tout en étant seul sur la scène, sans pour autant tout mélanger, sauf à la dernière minute où la pièce se retrouve faite de cris hystériques qui n’apportent rien à la pièce et nous laisse sur une dernière touche étrange et décevante face à la qualité du reste de la pièce.

Romane Dietrich
Photo : Michèle Laurent