Bleu

Danse | Maison des Pratiques Artistiques Amateurs | En savoir plus


La Maison des Pratiques Artistiques Amateurs de Saint-Germain accueillait ce vendredi 1er décembre 2017 la compagnie Yvann Alexandre pour la représentation de  “Bleu.”, leur dernière création en date.

Bleu. est censé représenter l’épiderme et l’ecchymose qui parfois vient s’y nicher. Toutefois, le propos dansé n’est pas clair. Il est vrai que quelques mouvements d’écho entre les danseurs sont repérables tout au long du spectacle, comme annoncé dans la brochure. Sinon, la poésie de la danse contemporaine et abstraite n’est ici pas utilisée à bon escient. La chorégraphie et les choix esthétiques proposent des pistes qui ne sont cependant pas suivies.

A titre d’exemple, les danseurs entrent en scène, portant chacun sur la tête une énorme perruque noire. Ils s’en défont rapidement, avant même d’avoir exploité réellement cet élément, ou encore avant d’avoir laissé le temps au spectateur de se faire sa propre considération sur la chose. De même, à peu près au milieu du spectacle, le chorégraphe choisit de débarrasser ses danseurs et danseuses du haut de leur tenue de scène pour laisser place à leurs torses nus. Cette piste est intéressante étant donné que le spectacle est supposé évoquer la fragilité de la peau. Cependant, mal-à-l’aises, les danseuses tentent alors, tant bien que mal, de se mouvoir de façon plus ou moins dansée, un bras cachant leur poitrine. On aurait pu croire à un choix chorégraphique si cela avait été partagé par les danseurs. Ce n’est pas le cas. Les hommes déambulent le torse totalement dénudé, alors que les femmes sont bloquées dans leurs mouvement par une pseudo-pudeur, qui casse le mouvement proposé. La nudité non-assumée brise l’horizon d’attente et place le spectateur dans un rôle de voyeur mal venu.

De même, musicalement, la pièce est instable, balançant entre musique classique et chant lyrique au rythme lent, et musique électronique qui, en comparaison, semble très agressive. On a du mal à voir la progression. En définitive, le spectateur ne peut espérer se raccrocher à l’auditif, lorsque le visuel le perd.

Alice Clabaut

Une expérience frustrante

La compagnie montpelliéraine d’Yvan Alexandre se propose depuis sa création en 1993 de faciliter l’accès à la chorégraphie contemporaine.

Pour autant, bien que représentatif des tendances actuelles en jouant sur la chute (Pina Bausch) et la mécanique des corps (Preljocaj), la composition de “Bleu.” laisse sur sa faim.

Après une introduction plutôt réussie plongeant tour à tour les spectateurs et la scène dans le noir, ne laissant qu’une lueur bleue comme point de repère et utilisant une musique entrainante qui permet au spectateur de sentir toute la tension du programme qui va suivre; la suite n’est pas du même acabit.

Si l’on comprend très vite que le jeu se situe entre la répulsion et l’attraction, la chute et la tension des corps, la chorégraphie se fait rapidement répétitive et l’on attend un dénouement qui ne viendra jamais. De plus, les musiques très variées ne correspondent jamais avec le rythme des membres qui reste stable tout le long de la représentation. Cet assemblage donne presque l’impression d’assister à une compilation d’extraits d’une représentation plus longue, bref, il possède un aspect décousu.

Si quelques artistes sortent du lot, la plupart du temps ils semblent ne pas aller jusqu’au bout de leur mouvement, se retenir alors que le but même de l’exercice semble être de se laisser guider par une force supérieure. De plus, le jeu frappe par l’absence de regards entre ses acteurs, dans les mouvements de douceur, comme de violence, les regards ne se croisent presque jamais. Les danseurs ne donnent pas vie à leurs personnages, comme s’ils étaient encore en train de répéter. Autre point, la nudité est utilisée de manière quelque peu décevante puisque les femmes se cachent la poitrine d’une main ce qui déséquilibre les grands mouvements de bras qu’elles effectuent en parallèle, alors que les hommes semblent entièrement libres de leurs mouvements. Cette différence entre les sexes parait d’autant plus déplacée qu’elle est le seul moment de la représentation où les danseurs sont distingués selon leur genre.

En clair, il y a de très bons éléments sur le plan technique comme physique, mais l’ensemble provoque une frustration qui ne disparaît jamais.

Cassandre Lyotie

Bleu, monté par Yvan Alexandre à la Maison des Pratiques Artistiques Amateurs, s’ouvre sur une musique hybride qui mêle sifflements électriques et fourmillements de sous-bois, plantant d’emblée le décor : nous nous trouvons à l’intersection entre animalité et technicité, c’est-à-dire dans un espace du choc, de la confrontation entre deux pôles pensés comme constitutifs de l’humanité.

Mais avant la musique, on entend : le bruit sourd des pieds nus qui s’avancent. La danseuse joue de l’harmonie et de la saccade de ses mouvements, se recroquevillant brusquement après s’être étirée à s’en faire craquer les os, et puis elle recommence.

Très vite elle est rejointe par ses compagnons de danse, qui jouent de la même oscillation entre douceur et brutalité. Elle était le premier coup, ils sont l’expansion du bleu qui se diffuse dans la chair.

 Les coiffes qu’ils portent en forme de turbans hypertrophiés les fait appartenir à la même espèce d’insectes anthropomorphes. Les turbans les changent en mantes religieuses, et c’est une jolie trouvaille. Agents de l’expansion du bleu, ils ne sont ni tout à fait humain ni tout à fait animaux, mais seulement les vecteurs d’une énergie commune.

On regrettera que cette jolie idée de départ s’épuise dans la dispersion. Sans être obsessionnel de la symétrie -même si l’on sait que l’oeil aime l’harmonie des formes- le spectateur peut légitimement être déboussolé devant le désordre des corps.

Il n’y a pas de transfert d’énergie entre les danseurs , qui semblent suivre leur propre rythme sans s’accorder à celui des autres corps, si bien que la danse se mue en dépense d’énergie sans objet. Dans Bleu, l’audace chorégraphique rend le geste illisible, ce qui n’est pas dommage en soi, mais qui l’est lorsque le titre de la pièce laisse présager un impact visuel, qui ne vient jamais.

Le pari du titre, pourtant bien trouvé, ne tient pas jusqu’au bout. On ne voit que la dispersion là où on aurait voulu voir l’expansion du Bleu. Pas de choc donc, mais un joli moment tout de même, passé en compagnie des danseurs de la Maison des Pratiques Artistiques Amateurs.

Nathanaelle Fulleringer

Bleu, le spectacle de danse du chorégraphe Yvann Alexandre, a eu lieu le 30 novembre et le 1 décembre, à la Maison des pratiques artistiques amateurs. Le chorégraphe se définit lui-même comme un romantique, qui ne ferait que mettre en scène des « chimères ». Et pourtant, l’extrême précision du mouvement des interprètes ferait plutôt penser à un projet bien médité, précis, qui voudrait nous confier quelque chose. Mais ce n’est rien. Le spectacle ne veut pas nous communiquer quelque chose, mais tout simplement communiquer avec nous et même avec la partie la plus profonde de nous-même : notre âme.  C’est à notre intimité qu’Yvann Alexandre s’adresse en mettant en scène ces corps nus, élégants, aux mouvements très délicats mais passionnées à la fois. Les corps se rapprochent, se touchent à peine, mettent en scène des combats, des dialogues dont on n’arrive pas à saisir les mots. On comprend que quelque chose se passe sur la scène, mais on ne sait pas trop quoi.

Finalement, c’est qu’il n’y a pas de vérité à saisir ni quelque chose à comprendre. Le spectacle semble nous vouloir fournir l’ébauche d’une communication possible qui se fait à travers de moments forts où il y a presque de la violence, quelque chose de viril qui apparait dans la danse (bien que la plupart des interprètes soient des femmes) et d’autres, en revanche, où tout devient extrêmement doux et sensuel. C’est une communication qui s’adresse au plus profond de nous-même, à notre instinct, à une idée d’humanité originaire, sans filtre.

Il y a une force qui se dégage de ce spectacle et se propage jusqu’à englober le spectateur.  Comme le bleu, l’ecchymose justement, qui revient à la surface de la profondeur et qui se montre d’un coup pour prendre sa place, affirmer son existence. Que nous voulions ou pas.

Consuelo Ricci

Bleu. : libre violence.

Bleu. Avec un point final. Tel est le nom de la nouvelle création artistique de Yvann Alexandre, prestigieux chorégraphe français de danse contemporaine. À la recherche perpétuelle du mouvement parfait, du mouvement juste, du mouvement insaisissable, Bleu. s’inscrit dans ces instants figés, dans ces scènes de luttes intérieure et extérieur qui peuplent le quotidien.

Car le spectacle est bleu, bleu comme la couleur froide, bleu comme l’impact d’un coup sur la peau frêle, bleu comme le blues qui envahit de lassitude un et chacun. En cela, Bleu. est puissant, Bleu. est fort, il confronte ecchymoses et caresses.

Dans la salle de la MPAA (Maison des Pratiques Artistiques Amateurs), une lumière tamisée entoure sept jeunes danseurs, qui se déplacent majoritairement en groupe, comme un troupeau de bêtes sauvages. Ces différents protagonistes se dénudent au fur et à mesure que les tableaux s’enchainent, offrant au spectateur ses propres suppositions quant à la raison de cette décision artistique. Peut-être se dévoilent-ils, pour montrer leurs plus profondes blessures. En effet, leurs gestes sont secs, comme des déchirures dans l’air, des pas laissent à penser qu’ils se battent, dans une mise en scène musicale empreinte de violence.

Le septuor de danseurs est fluide, sans plasticité, comme s’il se mouvait de manière imprévisible, sans qu’aucun pas ne leur soit dicté. En cela, cette œuvre se distingue, car elle donne l’impression de ne rien imposer. Les danseurs sont libres de leurs divagations, mais emprisonnés dans leur douleur, et cela se voit. Quand, sur un chant d’opéra allemand qui emplit la salle, les danseurs se frappent, ont mal, sont perdus, on ne peut s’empêcher de s’interroger sur la condition et la résignation humaine.

La tension créée pendant une heure atteint son paroxysme lors des derniers instants, quand une danseuse quitte la scène dans une lueur pratiquement mystique, et qu’une autre la regarde, emplie de mélancolie et de tristesse, alors que de l’eau s’écoule du plafond. Sans véritables explications, on assiste à la déchéance de deux interprètes, alors qu’un troisième s’était écroulé quelques minutes auparavant, comme s’il rendait son dernier souffle. On comprend alors que la poésie de cette œuvre ne réside pas en sa philosophie, mais en sa force visuelle, comme si le public recevait chaque impact sur sa propre peau.

Bleu. est violent, il ne peut épargner son public. Il montre la tension élégante, la lutte gracieuse, et la tempête délicate qui règnent dans toute société. Cet aspect philosophique ne réside que dans l’interprétation, car l’œuvre ne propose malheureusement aucune piste de compréhension. Mais est-ce si problématique ? Ce choix de ne rien dire donne peut être plus à ressentir, comme si nos yeux étaient enfin aussi primordiaux que nos cerveaux.

Elisa Guidetti

Apesanteur, harmonie, impact, douleur, noir, parfum, inspiration, écho, tomber, intérioriser, eau, gouttes, soleil, pas, robot, toucher, fluidité, mouvement, austérité, élégance, tension, fragilité, humanité, avancer, reculer, pas, expressivité, esthétisme, douceur, conceptuel, impulsion, référence, volonté, refus, déni, dessin, pureté, temporalité, intimité, ubiquité, pairs, filiation, rupture, détournement, performance, fiction, Inception, indifférence, amour, haine, métaphysique, mystère, emballement, pause, deuil, violence, nuit, écouter, interruption, magie, énergie, extatisme, transe, dépassement, accumulation, création, rejet, fascination.

Tels sont les mots que m’ont inspiré le spectacle “Bleu”. Cette danse endiablée, dont une représentation d’une heure a eu lieu le 1er décembre dernier, est le fruit du chorégraphe et géni Français Yvan Alexandre.

L’étonnement a été ma première réaction, il me semble, devant une telle contemporanéité. Très attaché au mouvement pour lui-même, le créateur s’est en effet détaché des performances des autres chorégraphes de sa génération. Le mouvement libère ainsi toute son énergie, pour une extrême fluidité des pas et gestes. Bleu plonge ses spectateurs dans un dialogue de l’intime, dans un corps à corps sans merci, dont nul ne peut sortir, il me semble, à fleur de peau.

Mélanie Michou

 Une femme entre seule. Sans musique. Comblant l’espace de part sa présence. Puis très vite, six autres danseur.euses la rejoignent. Ensemble, ils vont réinventer l’espace, le redéfinir. Mêlant leur corps, sans jamais se heurter. Se séparant pour mieux se rejoindre. Pendant un peu plus d’une heure, chacun.e va se faire acteur.ice de la vie de l’autre tout en la.e laissant indépendant.e. Lui retirer son tee-shirt, son voile mais la.e laisser le remettre. La.e pousser mais la.e laissant revenir. Impressionnant.e.s de fluidité. Belleaux dans leur cohésion. C’est après, le spectacle que j’en ai lu la lettre d’intention : on y parle de coups, d’ecchymoses, de bleus qui grandissent sous la peau. Violence que je n’ai visiblement pas vue. Par contre, l’impression que quelque chose grandit, se propage, se diffuse, elle est restée. Je l’associais à l’amour. Peut-être fallait-il y voir de la haine…mais de l’un à l’autre, il n’y a qu’un pas.

Faustine Roemer
 Photo : Ragueneau