Bédérama 2019, le festival cinébédé / Forum des Images / 27, 28 et 29 septembre 2019

Macadam Popcorn

 À l’occasion du festival Bédérama, qui pour la première fois célébrait les affinités entre le cinéma et la bande-dessinée, le forum des images nous invitait à découvrir Macadam Popcorn, le documentaire poétique de Jean-Pierre Pozzi animé par les dessins de Mathieu Sapin, dessinateur-reporter et invité d’honneur de l’évènement. Réalisé en 2017, ce road-movie nous dévoile les coulisses du cinéma même si le 9ème art n’est jamais bien loin.

C’est accompagné de son ami Gary Candan, que Mathieu Sapin s’embarque sur les routes de France à la rencontre des exploitants de salles de cinéma. Crayon en main, ce dernier, attentif, relève leur conception de la profession, souvent méconnue du grand public. Qui sont les administrateurs discrets des salles obscures? Des programmateurs, des gérants ou des projectionnistes ? Macadam Popcorn esquisse un premier élément de réponse en attirant notre attention sur la dernière prouesse technique qui a révolutionné la métier : l’avènement du format numérique.
C’est dans ce contexte qu’une quinzaine exploitants prennent la parole au nom d’une génération d’artisans qui ayant bâtis le patrimoine culturel français à la force de leur bras, se retournent pour observer les legs du 35mm. Autrefois mécaniciens, ils occupent désormais des responsabilités intermédiaires dévolues à la diffusion de produits culturels à part entière.
Au travers des expériences de chacun, se profile un panorama plutôt contrasté de la profession à l’image des diverses réalités que recouvre le terme opaque d’exploitant.

La rencontre d’un projectionniste itinérant en Auvergne est exemplaire de cette diversité.  Avec les moyens du bord, son équipe investit les salles des fêtes de villages reculés afin de permettre aux habitants de visionner des films. Si les conditions matérielles ne sont pas aussi optimales que dans un cinéma traditionnel, ici des chaises et vidéo-projecteur suffisent, leur démarche s’inscrit aussi dans une logique de transmission de la culture.
En effet, la cinéphilie constitue le fil rouge de la carte interactive qu’imagine Jean-Pierre Pozzi pour réanimer ce réseau de passionnés. L’enjeu est de taille : face au succès du streaming et à la baisse du nombre de spectateurs, promouvoir la dimension culturelle et communautaire du cinéma devient une priorité. Que ce soit dans les multiplexes, à la programmation diversifiée à destination du grand public, ou dans des salles d’art et essai, consacrées à la promotion du cinéma indépendant, ces professionnels luttent pour faire vivre ces lieux d’expérimentation du 7ème art, et ce malgré une concurrence accrue.

Macadam Popcorn propose ainsi un état des lieux de la profession que Jean-Pierre Pozzi veut à la fois didactique et ludique : en juxtaposant des séquences d’interviews à des plans inspirés de l’Ouest américain, notamment d’hôtels de fortune et de paysages désertiques, celui-ci réalise une œuvre hybride à la frontière entre la fiction et le documentaire.
Reste que cette esthétique originale rend obscure la destination de ce road-movie : la tonalité poétique de la bande-son et du scénario ne converge pas toujours avec le discours engagé tenu par les principaux concernés. Là où Macadam Popcorn aurait pu performer en se donnant comme médiateur privilégié entre professionnels du cinéma et spectateurs, la mise en scène narrative asphyxie l’appel des indépendants, toujours plus menacés par la précarité. Si Jean-Pierre Pozzi et Mathieu Sapin rendent un bel hommage à ces « passeurs de rêve », la défense plus ferme de leurs aspirations aurait aussi été salutaire.

Pauline SAINT

Source de l’image d’entête: Forum des Images

Categories: Cinéma, reportage