Le bal à la page

Lecture | Festival Livres en Tête 2016 | Maison des pratiques artistiques amateurs | En savoir plus


Le rendez-vous était à la Maison des Pratiques Artistiques Amateurs (MPPA) de l’Auditorium de Saint Germain, ce samedi 26 novembre. En effet, le festival du Livres en Tête, pour sa huitième édition, proposait au public trois soirées aux thèmes riches en surprise ! Soutenu par les Livreurs Lecteurs Sonores, la Sorbonne Paris IV et son atelier lecture à haute voix, le festival se déroulait du jeudi 24 novembre au dimanche 27. La programmation fut très ambitieuse et réussie : après nous avoir lu de la science avec les « Savants Fous », puis du cinéma « On a lu le film », la dernière soirée- sujet de cette chronique- fut « muy caliente » avec de l’érotisme au « Bal à la Page ».

Le concept était pour le moins original. Il reposait sur un défit : dépoussiérer la lecture à voix haute. Et leur trouvaille fut une petite pépite : allier lecture et danse !

Le temps d’une soirée, vous pouviez découvrir d’excellents nouveaux romans en plus de vous échauffez les gambettes et manier le tango comme des pro ou presque.

Libres de laisser vos affaires sur votre siège dans le théâtre, plusieurs choix s’offraient alors à vous. Vous étiez conviez par le chaleureux et tout autant talentueux orchestre MAM Musique du Mam Trio – Viviane Arnoux à l’accordéon, François Michaud au violon et Norbert Lucarain beatmaker et claviériste – à monter sur scène pour des cours de danse endiablés avec Virginie Serrano. Commencer par de la samba, cumbia y salsa vous désinhibent en moins de deux et laissent place à des pas de danses quelque fois maladroits mais toujours dans la bonne humeur.

Puis, si vous aviez un p’tit creux, le traiteur Mojita & Bob s’occupait de vous.

Bien entendu, les auteurs étaient de l’aventure prêts à dédicacer leurs ouvrages et échanger quelques mots. La sélection était variée mettant en avant de nouveaux auteurs comme notamment Elitza Gueorguieva, originaire de la Bulgarie, avec son premier roman traduit en français Les cosmonautes ne font que passer aux éditions Gallimard, 2016, racontant l’histoire de son pays soviétique puis post-soviétique par les yeux d’une enfant. Ou d’autres plus connus dans le métier comme l’émérite Hervé Le Tellier avec son dernier livre Moi et François Mitterrand aux éditions JC Lattès, 2016, qui a obtenu le grand prix de l’humour noir la même année.

Enfin, vous étiez inviter à un voyage livresque confortablement assis dans votre siège. Les lecteurs, faisant partis de l’atelier Lecture à haute voix de Paris IV, arrivaient en musique sur scène, armés de leur tablette, ils entamaient leur lecture. Au menu, le prix de la Nouvelle de l’Académie Française 2014, Romanesque de Tonino Benacquista aux éditions Gallimard, 2016 ; Denis Michelis et son deuxième roman Le bon fils aux éditions Notabilia, 2016 ; Frédérique Richaud Le coiffeur de Marie-Antoinette et autres oubliés de l’Histoire aux éditions Cherche Midi, 2016 et enfin Olivier Pourriol Une fille et un flingue aux édition Stocks, 2016.

L’association musique et lecture fut plus qu’un succès quand la musique devenait mimétique de l’action : un lecteur arrivant en retard, un violon imitant un rire incontrôlé… Le travail d’acteur des lecteurs fut formidable, on se souvient de cette lectrice qui su manier deux à trois tons différents de lecture puis revenir à son timbre naturel pour nous présenter l’extrait lu. Les rires dans l’assemblée répondirent présent, baignant cette soirée dans une euphorie communicative.

Un deuxième bal fut offert au public, proposant dans un rythme effréné le fameux french-cancan,  du swing,  de la pop, du tango argentin et sans oublier le rock’n’roll.

Une bande copains déjantés mettant le feu au dance floor,  un couple amoureux dansant comme s’ils étaient seuls sur scène, pari gagner, chapeau bas au Bal à la Page pour cette évasion humaine et romanesque !

Amandine Cheval

“Si vous aimez lire et danser, ces soirées sont de vrais spectacles vivants destinés aux amoureux de la lecture”. Ainsi a été présentée, dans le programme du festival “livres en tête”, la soirée “Bal à la page” qui a eu lieu la semaine dernière à l’auditorium Saint-Germain. Ce festival de lecture à haute voix, le premier en France à célébrer cette pratique artistique, est co-organisé par Les Livreurs, groupe de professionnels de la lecture à voix haute, et le Service Culturel de l’Université Paris-Sorbonne depuis 2009. Ses manifestations ayant eu lieu à des endroits d’un grand prestige culturel tels que l’auditorium Saint-Germain, la Maison de la Radio et la Sorbonne, cette huitième édition a été réalisée du 21 à 27 novembre.

Comme le marque le titre de la soirée, « bal à la page », l’idée principale de cet événement était la combinaison de la lecture et de la danse en une soirée, ce qui a été mis en place de façon agréable grâce à une division du temps très équilibrée,   consistant à une alternance entre les lectures et les pauses-danse-musique tout au long de la soirée. Si le “bal à la page” a vraiment satisfait les amateurs de la littérature aussi bien que ceux de la danse, ou, pour mieux dire, l’envie des participants d’écouter des lectures littéraires ainsi que de danser, c’est parce que tous les quatre éléments de la soirée, c’est-à-dire les textes lus, la lecture, la musique et la danse ont été mise en place par des personnes non seulement professionnelles et talentueuses mais surtout ayant envie de partager et mélanger leur travail dans cette bonne ambiance.

Tout d’abord, du côté des textes, six romains  de six écrivains différents, tous publiés en 2016, ont été choisis pour cette soirée. La “fraicheur” de ces œuvres très récemment apparues, la variété du style, du langage et du profil des auteurs ainsi que leur présence dans la salle ont  stimulé l’intérêt des spectateurs, qui étaient nombreux à acheter quelques-uns des livres présentés, en vente à a sortie du théâtre et avec la signature de l’auteur.

Mais s’il existe quelque chose de meilleur qu’un bon texte littéraire, c’est un bon texte littéraire interprété à voix haute par un lecteur talentueux ! Grâce aux Livreurs, dont la passion pour la lecture était transmise par leur voix et leurs expressions en lisant, notre attention est resté capturée par leur présence et leurs lectures vives à partir de la première majuscule jusqu’à le dernier point final des textes lus.

En outre, l’initiation à la danse animée par une professeur de danse au commencement de la soirée non seulement a donné envie de continuer à danser à chaque pause, mais a aussi crée dès le début du spectacle une ambiance très chaleureuse entre les participants. Quant aux « MAM musique », les trois musiciens qui, restant sur la scène pendant tout l’événement, ont accompagné les pauses-danse ainsi que tous les entrées des lecteurs, il s’agissait d’une présence et d’une musique toute alternative, vivante et donnant envie de se trouver sur scène pour danser toute suite ! La seule chose que l’on pourrait regretter, c’est le fait que la soirée se soit terminée par des lectures et non pas avec de la musique, ce qui nous a fait partir ayant toujours envie de bouger un peu plus.

Enfin, tout en renversant le cliché que la littérature est réservé aux fauteuils solitaires, le « bal à la page » a célébré l’art de la lecture au sein de la famille des arts d’une façon bien simple et directe, qui n’a fait qu’augmenter son originalité et sa réussite.

Maria Constantinou

Qu’ont en commun danse et lecture? Telle est la question que l’on peut se poser quand on est invité à un évènement comme le “bal à la page”, à la Maison des pratiques artistiques amateurs de Saint-Germain-des-Prés. “Un bal entrecoupé de lectures” lit-on sur le programme; voilà de quoi laisser songeur. Ce rapprochement a-t-il vraiment un sens ou n’est-il que fortuit, aussi hasardeux que cette rencontre géographique qui rapproche “Réaumur” et “Sébastopol” pour créer une station de métro? Replaçons-nous dans le contexte. Car cette question, personne ne l’aurait posée il y a quelques siècles.

La lecture apparaît aujourd’hui comme une activité solitaire, individuelle, intime. Une sorte de repli intérieur, dans l’immobilité. La danse, notamment au sein d’un bal, est fondamentalement sociale: on danse à deux, à trois, à dix; en couple, en cercle, en Rueda. On est tourné vers l’extérieur. Notre corps bouge au rythme de la musique.

Rien à voir alors avec la lecture? Mais celle-ci n’a pas toujours été cette activité solitaire et individuelle que nous avons décrite. Elle était partage dans les cercles de lecture, dans les salons littéraires. La lecture à haute voix et en groupe précède la lecture individuelle, on a tendance à l’oublier. Et c’est cette pratique que les “livreurs”, les lecteurs à haute voix, remettent au goût du jour lors de ce bal à la page.

Après un cours de danse, où nous avons appris des rudiments de salsa et de chacha, nous voilà envoûtés par la voix du livreur, comme les indigènes suspendus aux lèvres du conteur, qui de prisonnier est devenu geôlier dans le texte Romanesque de Tonino Benacquista. On redevient enfant le temps d’une lecture, on crache sur les gens qui font la queue pour acheter un pain et une brique de lait, là, en bas de chez nous, quitte à nous faire disputer par maman; on se déguise en cosmonaute, grâce à Elitza Gueorguieva. On rit et tout le public avec nous des lettres à François Mitterrand d’Hervé Le Tellier. A cet instant, je fais partie de ce public d’auditeurs qui frissonne et frémit au son de la lecture.

Puis de nouveau une danse, rock, french cancan, les rythmes s’enchaînent. Vous aviez toujours secrètement espéré vous dandiner sur Funky town joué par un accordéon, un clavier et un violon? Voilà votre rêve exaucé.

Danse et lecture s’entrelacent: à égalité, ce sont deux pratiques corporelles. On retrouve le corporel des mots, comme ce début de Lolita de Nabokov: “Lo-li-ta: le bout de la langue fait trois petits bonds le long du palais pour venir, à trois, cogner contre les dents. Lo.Li.Ta”. La lecture s’incarne dans une voix et danse et lecture nous confrontent à des rythmes différents. Ce n’est plus le rythme de notre voix intérieure, la cadence de notre marche. Le rythme de cette autre voix, de cet autre pas, rencontre notre rythme personnel. On sort de notre zone de confort pour vivre une expérience corporelle.

Le lien entre danse et lecture prend tout son sens dans cette musique qui englobe les deux activités; les chansons du trio MAM Musique “Human swing box” ponctuent chaque lecture et se font ainsi fil rouge de toute la soirée.

Mais je craindrais en m’en tenant là de laisser de côté la dimension la plus importante de cette soirée, celle qui rassemble ce public du bal à la page: le plaisir d’entendre, d’imaginer, de danser, de rire. Bref de vivre la lecture par la danse et la danse par la lecture grâce à la musique. Et sans considérations historiques ou philosophiques s’il vous plaît ! Donc si l’on me demande ce que j’ai pensé du “bal à la page”, ce qu’il faut retenir, c’est ça: je suis venue, j’ai dansé et j’ai bien rigolé.

Marlène Lafont

A l’occasion du 8e Festival de Lecture à Haute voix du 21 au 26 novembre, était réalisée la soirée intitulée le « Bal à la page » où se mêlent les arts de la danse et de la littérature.

Une soirée pas très comparable à tout ce que l’on s’attend puisque c’est nous, spectateur, qui avons rythmés le début de l’évènement. Tandis que les plus timides restent assis confortablement dans leur siège, les plus courageux des spectateurs rejoignent la professeure de danse Virginie Serrano sur scène, qui a pour défit, en une heure, de nous apprendre quelques bases de danse. Accompagnés par le groupe de musique MAM, nos pas commencent alors à s’associer au rire, et à un sentiment de joie et de bien-être. Seul ou accompagné, chacun d’entre nous répètent les pas montrés, sur des notes de rock, de salsa et autres danses latines.

Tranquillement les spectateurs sont invités à rejoindre leur place dans une ambiance générale détendue, voire intime, comme si en une heure, chacun d’entre nous avait appris à se connaitre par le biais de la danse. C’est alors en échangeant quelques derniers sourires avec nos partenaires de danse que débute ce pour quoi la soirée fut créée : la lecture. C’est à tour de rôle, que des hommes et des femmes, jeunes et âgés, rentrent seul sur scène, respirent un coup, ouvrent une petite tablette numérique, et alors, se lancent dans la lecture sous le regard attentif des écrivains, d’un extrait du livre d’un des auteurs présents, consciencieusement lu et relu, répété à la perfection à tel point que leur regard se détache quasiment du texte, pour n’en faire ressortir seulement l’interprétation des paroles sous leurs yeux.

Certaines interprétations sont impressionnantes : sous le regard admiratif des spectateurs, le livreur se transforme en une autre personne, en un acteur, afin d’interpréter tantôt un souverain, tantôt un adolescent de 16 ans, ou encore une petite fille. Les textes présentés sont touchants chacun à leur manière, relevant à la fois de la sensualité, du comique, ou d’un registre plus triste. Chaque lecture est entrecoupée de notes de musique au style si particulier et délirant du groupe MAM. Tandis que le projecteur se focalise sur la personne au centre de la scène, chaque passage de lecture suscite le rire, le sourire, un regard d’effroi, ou un silence imposant. L’ambiance se révèle être particulièrement plaisante.

Le comble est ressenti à la pause où certains se retrouvent sur scène pour danser la Macarena, ou bien au bar pour échanger leur point de vue autour d’un verre de vin. Ceux étant séduit, se dirigent directement après des caisses pour acheter le livre, dont la seule lecture d’un extrait a suscité leur curiosité. L’achat était qui plus est récompensé par la dédicace de l’auteur, avec qui on pouvait avoir le privilège d’échanger quelques mots. La soirée se rythma ainsi autour de trois entractes.

Ce qui ressort de la soirée est l’enthousiasme général : la façon dont les mots se sont mêlés à la danse triomphe et suscite la satisfaction de chacun d’entre nous. En regagnant sa voiture ou le métro l’idée partagée est unanime : à l’année prochaine pour la nouvelle édition du Festival !

Orlane Lefeuvre

Dans le cadre du huitième festival de lecture à voix haute « Livres en Tête » organisé par l’association Les Livreurs (Directeur : Jean-Paul CARMINATI) a eu lieu le 26 novembre dernier un « bal littéraire » à la Maison des Pratiques Artistiques Amateurs de Saint-Germain des Prés.

Après avoir récupéré nos billets, nous arrivons dans la salle de la MPAA, choisissons nos places et nous installons. Nous sommes accueillis en musique par le groupe MAM Musique « Human Swing Box » (une accordéoniste, un violoniste et un beat boxer-pianiste). Huit auteurs sont représentés ce soir-là, et six sont présents dans la salle, pour la lecture d’extraits de leur dernière œuvre : Tonino BENACQUISTA pour Romanesque, Elitza GUEORGUIEVA pour Les Cosmonautes ne font que passer, Denis MICHELIS pour Le Bon Fils, Frédéric RICHAUD pour Le Coiffeur de Marie-Antoinette et autres oubliés de l’histoire, Ollivier POURRIOL pour Une fille et un flingue, Jaime MONTESTRELA (traduite par Hervé Letellier) pour Contes liquides, Hervé LE TELLIER pour Moi et François Mitterrand ainsi que le vainqueur du concours Short Edition Jérôme PITRIOL pour la nouvelle Flexibilité administrative. Six acteurs/lecteurs se succèdent sur scène pour la lecture de ces textes.

La soirée se découpe en trois parties : Pendant une demi-heure, Virginie SERRANO, danseuse, enseigne au public (environ quatre-vingt personnes volontaires) quelques pas de danses (rock à six temps, cha-cha-cha,…), puis nous sommes invités à rejoindre nos places, et laissons place à la mise en voix de quatre extraits. Pendant un premier entracte, nous sommes invités à danser de nouveau avec la professeure. Un stand à l’extérieur vend encas et boissons pour les petites faims, les livres lus sont vendus et les demandes de dédicace, possibles. La soirée reprend son cours et quatre autres extraits sont lus. Un second entracte interrompt la lecture et là, un bal « libre » c’est-à-dire sans professeur se lance. La dernière partie enfin propose la lecture de cinq extraits dont un pour lequel tous les lecteurs sont sur scène (Les Contes Liquides). La soirée se clôt en musique, sur un remerciement très vif à l’ensemble de l’équipe du festival.

Les lectures se déroulent comme suit : un projecteur éclaire la scène en diagonale depuis  le fond de la scène côté Cour, le (a) lecteur (trice) s’avance alors que les musiciens accompagnent son pas, il (elle) se place derrière le micro à l’avant-scène, ouvre sa liseuse et propose une mise en voix très théâtrale (et souvent drôle) de l’extrait. Ce format est très agréable car il permet une interaction entre musiciens et lecteurs. Les extraits sont suffisamment longs pour que l’on ait la possibilité de se plonger dans l’histoire.

Pouvoir danser entre les lectures est agréable. Néanmoins, ce soir-là, bal et lectures s’entremêlaient assez mal au niveau des thèmes et/ou époques abordés.

Finalement, la soirée dure plus de trois heures, pendant lesquelles nous ne nous sommes jamais ennuyés. Les lectures d’auteurs contemporains plus ou moins connus étaient captivantes tant par les textes que par les lect-acteurs et le bal, très agréable grâce au groupe et à la sympathie du public. Deux reproches seulement : la salle de théâtre bi-frontale, peu adaptée au format « bal », ainsi que l’absence de remerciements envers les lecteurs (non crédités dans le programme).

Anne Pernas

La Maison des Pratiques Artistiques Amateurs Saint-Germain a ouvert ses portes à un public des plus hétéroclites le samedi 26 novembre pour un événement des plus insolites : un bal à la page… Au rythme de diverses danses sont lues quelques chefs d’œuvre des plus récents : Romanesque de Tonio Benacquista, Les Cosmonautes ne font que passer d’Elitza Gueorguieve, Le Bon Fils de Denis Michelis, Le coiffeur de Marie-Antoinette et autres oubliés de l’Histoire de Frédéric Richaud, Une fille et un flingue d’Ollivier Pourriol, Contes liquides de Jaime Montestrela et Flexibilité administrative de Jérôme Pitriol.  Ce qui n’était-il y a quelques années qu’une petite animation de cabaret littéraire s’est mue en un véritable festival où l’on est tour à tour invité à écouter l’autre comme lecteur puis comme cavalier. Les Livreurs offrent les bourgeons littéraires récemment éclos  au rythme du jeu de MAM Musique « Human Swwing Box » tandis que Virginie Serrano pousse tout un chacun à envahir une scène pour y faire ses premiers pas.  Evénement-clé du festival « Livres en têtes », cette soirée invite tout un chacun à se mouvoir entre scène et parterre, au gré de la musique stylistique ou orchestrale.

La solennité des œuvres clamées alternent avec la fête inaugurée aux entractes par les invitations à la danse. Le rythme de ce spectacle est  en effet des plus singuliers. Billet en main, le spectateur pénètre dans une grande salle de théâtre à l’apparence classique. La scène semble nue, excepté côté cour où trônent trois musiciens qui discutent et s’accordent. Surgit alors sur scène une femme énergique qui, du haut de ses talons, invite à quitter sa place de simple spectateur pour la rejoindre et s’initier à l’art de la danse. A la polka succède la salsa puis le rock ainsi que d’autres danses à deux. Après cette initiation la scène se retrouve vide de monde, se pourvoit d’un micro et laisse succéder dans un silence respectueux diverses lectures des œuvres de talent les plus récentes. Liseuse rouge en main, chaque livreur prête sa voix à une histoire captivante, emmenant tour à tour le public dans un harem, au Nouveau Monde, à la rentrée des classes ou au temps de la Joconde. Trois séquences se succèdent ainsi, entrecoupé de danses frénétiques au rythme de l’accordéon, du violon et du clavier.

Faire de la découverte littéraire une véritable rencontre festive, tel semble être en effet le but recherché et atteint par les initiateurs de ce cabaret littéraire. La prestation des lecteurs reste surprenante ; tous se métamorphosent au travers d’une lecture qui, pendant quelques minutes, semble les embraser tout entier. Il s’agit tout d’abord du lecteur de Tonino Benacquista, qui nous emmène dans un Orient aussi proche que lointain où une nouvelle Shéhérazade tente de sauver sa vie en contant au sultan le plus rustre qui soit la plus belle des histoires, celle de son amour. L’œuvre d’Elitza Gueorguieva s’incarne ensuite en une enchanteresse lectrice se métamorphosant en une enfant qui, déguisée en cosmonaute, s’efforce de briser la monotonie de la file d’attente de devant chez l’épicier, qu’elle aperçoit depuis son balcon. La salle se transforme à nouveau avec l’œuvre de Denis Michelis, raillerie des ambitions scolaires et sociales de tout un chacun pour sa progéniture.  Enfin, le personnage de Salaï, apprenti de Léonard de Vinci, envahit la scène au fil d’une lecture captivante. La musique entraîne ensuite vers un autre monde sonore avant que deux cycles semblables ne se poursuivent.

Ce principe de « Bal à la page » peut sembler quelque peu étrange au premier regard, lectures et prestations corporelles ne semblant pas se lier explicitement. Néanmoins, cette question ne tient guère face au véritable voyage qu’il est possible d’effectuer en un peu e trois heures. S‘il est certes possible de lire et de danser sans l’aide de quiconque, cet événement est avant tout une invitation au partage des expériences : si notre lecture nous transporte, pourquoi ne pas en faire profiter autrui à l’occasion d’une fête des plus instructives ?

Thérèse Rey
Photo : Les Livreurs