Au bois

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Au bois d’après le texte de Claudine Galea et mis en scène par Benoît Bradel

                La forêt, on la connaît bien. On y a perdu notre enfance en contes de fée. On y a eu peur, on s’y est égaré, on a cru y voir les yeux jaunes et brillants d’un loup. Au bois nous invite à y retourner, en filant l’histoire bien connue mal connue du petit chaperon rouge. La forêt se modernise mais reste effrayante. Des préservatifs usagés,  des seringues, des balançoires cassées… Un loup… Un chasseur… Une mère… Une petite… Le conte se répète mais prend d’autres couleurs : les symboles sont modifiés, tournoyés, renouvelés. De grandes questions hantent la forêt, ombres menaçantes : la dévoration, le désir, l’enfance, l’adolescence, la mère qui veut redevenir femme, la peur, la violence, l’obscurité. Universelles. Toutefois, cette réécriture paye son originalité en un hermétisme qui nous empêche parfois d’entrer complètement au sein de son univers : si le rêve et l’absurdité prennent place avec aisance, il est parfois difficile de suivre cette pièce qui est avant tout une suite de monologues, parfois chantés, parfois dansés, parfois projetés. Le bois est bien là, évanescent, la matière à penser se répand comme les feuilles mortes, mais parfois, on regarde sa montre et on se demande où cela veut en venir, comme si l’on était face à un rêve, un fantasme, qui n’était pas vraiment le nôtre. Le sentiment d’étrangeté dépasse parfois l’agréable dépaysement pour sombrer dans le rejet d’un monde qui ne nous parle pas et qui ne fait plus sens. C’est le risque du rêve que l’on veut partager. Toutefois, les idées sont là tout comme les interrogations dans ce conte de fée au milieu d’un bois suggéré par un décor pertinent et des acteurs justes. Pourquoi alors ne pas s’y enfoncer, juste pour vérifier si un loup si cache…

Anne Fenoy

 

Photographie : Jean-Louis Fernandez