And so you see…

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And so you see… Un spectacle anglophone à Bastille questionnant les biens matériels dont s’entoure l’homme à travers la danse contemporaine.  Les deux personnages présents sur la scène sont le danseur contemporain Albert Silindokuhle IBOKWE Khoza et le projectionniste Lais Foulc.Cette représentation est pour moi à l’image des spectacles donnes dans l’antiquité par le pouvoir romain afin de se faire aimer du public, ce qui me fait de la peine pour la condition de l’humanité.
En effet, le début du spectacle commence par ce que serait la mort de l’homme, dépourvu de tout, nu, et commence donc avec une impression de pathétique. Tout en comédie afin de faire rire le spectateur, la représentation retrace la vie d’un homme androgyne, de l’Afrique du Sud, ayant un pouvoir militaire et donc des liaisons avec des figures d’hommes politiques blancs, tel que Poutine : une histoire triste, difficile a envier et beaucoup trop facile a juger. On finit enfin par comprendre que toute son enfance était baignée dans la violence des guerres.L’action se déroule dans le noir, avec pour seule lumière un projecteur grossissant le danseur afin qu’il soit vu par tous les spectateurs. Cela ajoute  un effet de voyeurisme, ou même le sujet concerne se complaît.
L’acteur, ayant tout l’espace a sa disposition, utilise d’abord le milieu de la scène qui est noire, donnant l’impression qu’il l’envahit complètement.  Puis lorsqu’il perd de sa puissance (c’est à dire plus il retourne en adolescence, avec le sentiment qu’il est envahit par son ambition et par les vices du monde) et plus il se restreint a une petite place, au fond de la scène a gauche.Les spectateurs occupent la même place que les élèves dans un amphithéâtre, ils dominent la scène en nombre et en hauteur. Les médias utilisés sont deux projecteurs : un, en grand, qui donne vue sur un tableau blanc et un deuxième, plus petit, qui n’est utilise qu’une fois c’est à dire à la fin pour faire comprendre au spectateur l’enfance du personnage en affichant l’image d’un enfant soldat sur le corps du danseur. C’est à mon avis le moment de le plus intense de la scène, ou l’on entend pas un bruit, ni de la part de l’acteur ni de celle des spectateurs.Le personnage, étant danseur, ne prend la parole que pour sortir des sons gutturaux sans sens particulier mais avec la logique de son caractère, afin de faire réagir le spectateur. Cela fait également office de son sur la scène car il n’y en a pas d’autre.
Les spectateurs avaient l’air enchante de se moquer ainsi et réagissaient au moindre mouvement coups de fouets, crachats, rejets…Bien qu’il m’était difficile de rentrer dans l’humour noir illustre par ce spectacle de danse, il est toutefois a mon avis réussi dans la mesure ou il contraint le spectateur a réfléchir sur des thèmes aussi bien historiques qu’actuels, humains ou politiques.Les costumes de Marianne Fassler  sont magnifiques et innovants, esthétiques et techniques a la fois, ayant souvent une double utilité. Par exemple, le drap de plumes qui recouvre le fauteuil dans lequel on voit au début un cadavre emballe dans du plastique devient une jupe colore, puis des ailes de paon. Des capteurs de mouvements et des mini-micros y sont cousus également afin de suivre le danseur sur l’écran projeté.

A un moment donne, lorsque le danseur imite un personnage tyrannique et puissant, il fait appel aux spectateurs pour venir le laver, ce qui nous oblige a rentrer dans la réalité du personnage qui semble pourtant loin par la distance théorique de la scène, le costume et le maquillage surréalistes du personnage. Il s’agit d’un moment intéressant où l’acteur prend le pouvoir de modifier les prénoms des spectateurs et ou il peut directement rentrer en contact avec eux ; il en invite deux sur la scène. Le but du spectacle est de faire sourire tout en abordant des questions difficiles et considérée comme taboues, surtout dans les sociétés sud africaines : l’homosexualité, les dictatures, la corruption, la place de l’homme dominant et de l’homme domine.

Adélaïde d’Huart

La chorégraphe sud-africaine Robyn Orlin dépeint un état politique du monde. Elle met en scène cette pièce avec le danseur sud-africain Albert Ibokwe Khoza.

Cette forte dimension politique est déployée grâce au corps du danseur qui crée en somme une autre réalité. Le corps constitue ainsi le cœur de la performance, il est au centre de la pièce, c’est le nerf de la guerre. Donc, le corps fait lieu. Il est utilisé comme outil de résistance par cette performance.  La réflexion autour des interactions entre le Tiers-monde et le premier monde est intéressant. En effet, le Tiers-monde est une notion relative. Il est différent selon qu’on se place d’un point de vue économique, démographique, géographique ou politique. On peut alors s’interroger sur l’exactitude de l’emploi du terme Tiers-monde pour l’Afrique du Sud. Cependant, l’Afrique du Sud étant un pays émergent, il connaît un développement économique mais le progrès social stagne à cause, notamment de la pensée dominante conservatrice. Cette société a été marquée par la violence de la colonisation. Les esprits et les corps sont empreints de cette violence. Plusieurs thèmes se recoupent, sont entrelacés : la mémoire, l’identité africaine, la race, la classe, le genre. Le corps n’est plus seulement acteur de sa propre résistance, il est aussi témoin de son oppression et de son intersectionnalité face à une société répressive.

L’héritage coloniale est questionné mais également la vision de l’altérité radicale et du contrôle des corps. Il y a alors une volonté forte de renverser la perspective, spectateur-performer. La chorégraphe et le danseur tendent alors un miroir à chaque spectateur, à travers cette performance ils interrogent les représentations des spectateurs formées selon leurs propres expériences.

Une pièce indéniablement déconstructiviste et militante.

France Kanaan

Pluridisciplinaire, international et nomade, le Festival d’Automne à Paris accompagne la chorégraphe Robyn Orlin sur les planches du Théâtre de la Bastille jusqu’au 12 Novembre 2016. Dans un esprit d’inlassable découverte et d’ouverture, la 45ème édition du festival est l’occasion de se laisser transporter jusqu’en Afrique du Sud qui commémore ses vingt années de démocratie. Agitée par l’actualité politique et cristallisant les désordres du monde, la création de Robyn Orlin est une arme de mémoire et de combat où place est faite à la différence de tout un chacun.

And so you see(..) est un jeu de miroir entre le public et le danseur. Une caméra fixe filme le public depuis la scène, de sorte que celui-ci se voit projeté sur un grand écran en train de regarder le danseur légèrement détaché de nous. Chacun trouve ici une place essentielle. La compassion se dégage du regard du spectateur et des liens nous rassemblent à la douleur d’un homme invoquant la solidarité humaine.

A travers le solo flamboyant du danseur sud-africain Albert Ibokwe Khoza, figure de la nouvelle génération, la chorégraphe nous offre un splendide « requiem pour l’humanité ». Ce corps tiraillé dans son mal-être, brise les tabous du chômage, de l’homophobie et du racisme. L’aire de jeu devient le champ des transformations, du questionnement quant à l’avenir de l’humanité où le performer se livre à des chants lyriques poignants, cris de terreur bouleversants de sincérité.

Nous ne pouvons rester indifférents à la scénographie qui nous fait entrer dans la danse, ces incontrôlables mouvements qui purgent l’artiste de ses troubles. C’est non sans évoquer la bestialité de ce corps éprit à de nombreuses reprises d’une sauvagerie effrayante, que Robyn Orlin brise les représentations occidentales et africaines.  D’un singulier aux multiples visages, le danseur dépasse l’esprit traditionnel de son pays en osant l’extravagance de la Nubian Queen, orgasme éphémère d’un homme incompris des siens.

And so you see…our honorable blue sky and ever enduring sun…can only be consumed slice by slice est une œuvre d’art à part entière qui fait coexister théâtre et danse sur les planches usées par le passage d’une tornade, qui emporte avec elle le cœur du public.

Incontestablement existentialiste, ce spectacle aux  dimensions absurdes où règne le silence du mépris et les souffles saccadés, tend à la renaissance d’une Humanité perdue dans l’ombre des grands meurtriers.  Eclaboussures humoristiques nous rappellent la beauté d’un monde habité de fraternité où il est préférable de danser avec les armes que de tuer avec.

Le ciel bleu coule sur Albert Ibokwe mais ne le consume pas.

Elisaveta Loulelis

Ouvrant le spectacle par le régisseur son et lumière qui libère, sur le Requiem de Mozart, un opulent danseur noir africain de sa gangue de cellophane, la metteuse en scène Robyn Orlin cherche d’emblée dans « And so you see… our honourable blue sky and ever enduring sun… can only be consumed slice by slice… » à nous confronter à nos attentes et stéréotypes à propos de la danse, de l’art, mais aussi des questions de nationalité, de genre, de politique, et sur la vie en général.

Ce spectacle de danse en solo, au théâtre de la Bastille, mené par le jeune Sud-Africain Albert Ibokwe Khoza est en effet des plus déconcertant. Les premières gestuelles sont effectuées par le régisseur du son et lumières, Thabo Pule, qui nous accueille sur scène et y reste, face au public et au danseur, durant toute la représentation, comme s’il était danseur lui-même ; c’est la dimension toute artistique de son travail d’image et de musique, de bruitage qui est ainsi mise en avant. Il détient la place traditionnelle du protagoniste qui, pour sa part, déambulera à partir d’un siège, orienté dans le même sens que les spectateurs, leur tournant donc le dos, ou comme s’il en faisait lui aussi partie ; il brise ainsi le quatrième mur théâtral. Cette dimension fictive est néanmoins reportée face à ces deux corps en présence grâce à la caméra  de l’ingénieur qui filme en direct la représentation tout en la projetant en arrière-plan. Ce crée alors un jeu de perspectives où le spectateur acquiert une vision selon deux dimensions du danseur durant tout le spectacle, voire par le biais d’une troisième lorsque l’interprète joue avec un miroir pour imposer un nouveau reflet choisi et orienté de sa personne ainsi que celui de quelques spectateurs pris à parti, si ce n’est encore lorsqu’il invite directement quelques personnes à venir jouer avec lui sur scène.

Si les cadres formels et traditionnels de la représentation sont ainsi mis à mal, ils sont de loin les seuls. Robin Orlyn nous présente en effet un « requiem pour l’humanité » qui interroge et interloque sur la véritable nature de l’homme, sur notre évolution, nos valeurs, ce vers quoi nous tendons. De larve primaire à dieu céleste furieux et dramatique, le danseur explore par métamorphoses à l’aide de fardages, costumes et accessoires du quotidien tous les stades et aspects du genre humain -humain que nous voulons et prônons si évolué. C’est avec l’humour d’une tendre autodérision, ainsi que la stimulation de nos cinq sens, que ce stupéfiant danseur nous confronte à nos repères très occidentaux du noble art que doit être la danse, de notre idée du Beau, du bien et du mal, du rapport de domination de nos pays du « Nord » sur ceux du « Sud », etc. Rivalisant par sa voix de tête avec l’enregistrement de la soprane du Mozart, dansant langoureusement pour son ami Vladimir « Pouti », poussant des cris entre bestialité brute et criarde souffrance, le brillant performateur mêle lutte et sensibilisation pour subtilement ouvrir notre regard sur les limites de l’humain et sa déshumanisation pas si lointaine. La pièce porte à notre questionnement les définitions et délimitations, qui se révèlent finalement abstraites, du genre, de l’art en général, de ce qui fait la beauté d’un quotidien, mais aussi des différences de races, de classes, de communautés sociales et culturelles. A chacun dès lors de se laisser porter dans ce qui le touche le plus, et d’en ressortir avec un regard frais et actif porté sur le monde.

Isaline Mallet

Robyn Orlin jette un regard perçant sur tous les sujets dont elle s’empare. Politique, singulière, sa danse est un manifeste, un pamphlet, un statement.

Ce soir, c’est Albert Obokwe Khoza qui est à l’honneur. Robyn nous explique : « J’aime travailler à partir de rien, pour un solo, en face à face avec un interprète. Albert appartient à une génération très intéressante, la nouvelle génération pour moi. Il vient d’un background très traditionnel mais il ne l’est pas. Il est instruit, il vient de Soweto, il est acteur, danseur, songoma – du nom du guérisseur traditionnel capable d’invoquer les ancêtres par la danse, les chants et la musique – chrétien et homosexuel. Je veux explorer ce que sont sa réalité, son futur, ses désirs aujourd’hui. ». Le ton est donné.

Albert, momifié dans un cocon de film plastique et de draps blancs, est déjà sur scène. Il se dégage, peu à peu, de son carcan, et, sur fond de Mozart, nous mime colère, luxure, gloutonnerie en dévorant une pleine corbeille d’oranges. C’est le « requiem pour l’humanité » sur fond de sept péchés capitaux introduit par Robyn Orlin dans la présentation du spectacle. On nous dit que ce soir, « le tiers monde occupe la scène et le premier monde paie pour participer au spectacle … »… voire même, dans mon cas, pour nettoyer soigneusement le jus des oranges du corps d’Albert, à grand renfort de boutades, gant de toilette et pschitt d’eau intempestifs !

C’est bien la nouvelle génération sud-africaine qui nous parle ce soir, à travers un personnage improbable, « au corps ludique, ironique, tiraillé entre péché, transformation, déclin et éclat », et qui dénonce le côté profondément dérangeant de la société. Mimes gênants ou grotesques, Poutine dansant, fouets traditionnels, maquillage de Nubian queen, on ne peut s’empêcher de se demander où est l’accusé, qui sont les jurés de ce procès scénique. Albert provoque, nous fait rire, sourire, frôle le ridicule voire le déplacé. Peinturluré, maquillé, vision bleue en tenue de guérisseur traditionnel, il est le véhicule qui pose les questions de Robyn Orlin à la société postapartheid : les rapports entre tradition et éducation, l’égalité des sexes dans un environnement homophobe où l’on pratique encore le viol collectif. Questions qui restent cependant un peu trop floutées tout au long de la performance, enchevêtrée dans plusieurs épisodes sans réel message, et reposent trop sur les piliers indicateurs du programme et du contexte.

On ressort étourdis, charmés, décoiffés par un danseur incroyablement attachant et profondément étonnant. Un peu déconcertés aussi, et confus par moments sur la réelle portée du spectacle.

La magie du spectacle, de cette « machine d’un soir » est cependant bien là. Le message d’espoir est passé, étourdissant dans ce kaléidoscope de couleur, de formes et de musique.

Laurie Mezeret

Ce jeudi soir au théâtre de la Bastille, c’est un « requiem pour l’humanité » que la chorégraphe sud-africaine Robyn Orlin propose au public parisien, qui s’est déplacé en nombre pour vivre cette immersion par la danse. Sur scène, un seul danseur, ou peut-être devrions-nous dire acteur, humoriste… le jeune Albert Ibokwe Khoza est un peu tout cela à la fois, et porte sur ses épaules l’entièreté d’un spectacle émouvant, drôle et paradoxal.

La danse ici se fait langage d’un pays, l’Afrique du sud, d’une génération qui repense les identités : le corps exprime toutes ses douleurs, ses évolutions et ses retours en arrière. Dans une mise en scène des sept péchés capitaux, le danseur se meut sur scène, tantôt entravé par un film transparent qui l’enserre et l’empêche d’avancer, tantôt méditatif, tantôt excessif lorsqu’il se livre à une orgie d’oranges. Ce corps est beau, inattendu, assume et magnifie sa différence face aux diktats de la beauté lisse et unique. S’il se fait parfois bestial, poussant des hurlements de bête en cage, il sait aussi se faire calme, amusant, se maquillant avec soin pour devenir selon ses mots une « Nubian Queen ». Il se veut à l’image d’une société sud-africaine qui va de l’avant, tout en combattant encore les monstres tenaces du rejet de la différence et de la codification des identités. La critique politique n’est jamais loin elle nous plus, et l’on s’amuse de voir apparaître Poutine à l’écran, prêt à danser avec Albert Ibokwe Khoza qui revêt pour l’occasion les habits d’un chef d’Etat africain. Après une petite pique lancée à ces derniers (« non je ne veux pas d’argent pour mon peuple, je le veux pour mon usage personnel »), la critique se fait plus virulente envers la Russie, terminant sur une belle sentence faisant références aux traditions africaines : « il vaut mieux danser avec ses armes, que tuer avec ».

L’équilibre entre modernité et tradition se tisse doucement, entre incantations, danses ancestrales (à la réussite desquelles les costumes colorés imaginés par la talentueuse Marianne Fassler contribuent grandement) et selfies avec le public.

Et ce qui fait la force de « And so you see… », c’est justement et surtout le dispositif immersif mis en place sur scène. Si vous êtes venus passer une heure confortablement installés dans votre fauteuil, attendant qu’un interprète vous divertisse pendant une heure, passez votre chemin. Avec Robin Orlyn, le spectateur fait partie intégrante du show. Une caméra est installée face au public, et filme ce dernier en direct, mêlant son image à celle du danseur à plusieurs reprises. Alors que ce dernier se maquille, le visage d’un spectateur apparaît à l’écran, permettant à tous de scruter ses réactions, tandis que deux personnes du public sont appelées à venir laver le corps du danseur après que celui-ci ait fait couler des oranges sur toute la scène. Albert Ibokwe Khoza se moque gentiment de notre méconnaissance de la culture sud-africaine, et nous invite à la découvrir avec lui. D’une vraie gêne dans le public, on passe à une empathie profonde et à une volonté de comprendre l’autre. Les applaudissements à la fin du spectacle le prouvent : l’immersion a fonctionné, et l’on ressort de la salle avec l’envie d’en connaître plus sur l’Afrique du Sud, dont les stigmates et les douleurs n’ont d’égal que la richesse de sa culture.

Sarah Revelen

La représentation à laquelle j’ai assistée est celle du jeudi 10 novembre 2016 au Théâtre de la Bastille à 19h30. And so you see… our honorable blue sky and ever enduring sun… can only be consumed slice by slice… est une représentation chorégraphique imaginée par la chorégraphe et danseuse sur africaine Robyn Orlin et interprétée par le danseur Albert Ibokwe Khoza de même origine.

And so you see… est une représentation totalement atypique. La masse inerte sur la scène qui, de l’entrée des spectateurs jusqu’au début de la représentation se révèle contre toute attente être le danseur, enveloppé de la tête aux pieds de tissus blancs et de film plastique. A l’issue de ce “réveil”, se délivrant de ces tissus puis plus tard, de manière émancipatrice, de son cocon de films, s’ensuit une série de gestes, de danse, de paroles, d’interjections ou de manifestations animales propres à susciter tantôt méfiance, dégoût, rire et émotions.

On a l’impression que sur scène, tout est permis : engloutir de manière tout à fait inhabituelle des oranges, se faire essuyer le corps par deux personnes membres du public après avoir pris une douche improvisée à l’aide d’un vaporisateur ou bien s’enduire le corps de liquide bleu… Le caractère sensuel peu aller jusqu’à l’érotisme explicite, il n’y a plus d’interdits. Le rapport au corps est très présent.

Bien que le décor ne semble pas extraordinaire, l’usage abondant du mur de fond blanc de diverses manières vient apporter couleurs et richesse visuelle : l’image du danseur est projetée sur le fond, de face ou de profil, en gros plan ou pas ;  son ombre tantôt projetée est entourée de couleurs suivant les jeux de lumière ; parfois est projeté une image, une animation, une photo. Le public voit le danseur en double, parfois en triple, se voit voir…

L’élément qui m’a surtout impressionnée est le langage tenu par l’interprète. Parfois un chant lyrique propre à émouvoir, parfois des cris bestiaux exprimant le désespoir ou la joie, parfois une parole intelligible en anglais adressée au public, parfois des interjections spontanées… Tour à tour les spectateurs sont méfiants, amusés, surpris, apaisés.

Le monde politique est dénoncé à travers l’image de Vladimir Poutine, mais il y a plus que cela : l’identité en particulier celle de l’Afrique du Sud, l’image de soi, sa place dans le monde, sont ici interrogés. Qu’est-ce être “Sud Africain”? Et plus généralement, comment notre nationalité est supposée nous définir? Avec le panel d’émotions suscitées, la chorégraphie est un “requiem pour l’humanité” en reprenant les mots de Robyn Orlin. Tout en s’inscrivant dans un contexte culturel africain (chants, danses, costumes..) la représentation se termine sur le danseur quittant peu à peu la scène, se dirigeant vers l’horizon représenté par une photo d’un enfant, enfant qui probablement, symbolise les générations futures.

J’ai personnellement beaucoup apprécié cette représentation car j’y ai trouvé quelque chose de vraiment original, ce constitue d’ailleurs un paradoxe avec l’idée générale que l’on se fait d’une Afrique extrêmement conservatrice ; quelque chose qui fait vivre par les sens, autant par la vue que par l’ouïe. Et les émotions ne manquent pas.

Eveline Su
Photo : Johannesburg march