A tea with Virginia W. / Cie Ode & Lyre / Théâtre de l’Opprimé / Mars 2020

Image d’entête : galerie du Théâtre de L’Opprimé, 2020, (c) Armel Toucour

La pièce commence par l’évocation d’un suicide, celui de Virginia Woolf, qui met devant nous des pierres dans ses poches pour aller se noyer dans l’Ouse, une rivière près de sa maison. Mais la tonalité tragique est rapidement coupée dans son élan : une présentatrice TV caricaturale débarque et nous convie ce soir à assister à son émission, A Tea with Virginia W. Tout est annoncé : une scène divisée en deux et une tonalité absurde savoureuse, aux notes parfois tragiques et révoltées. D’un côté, Virginia qui écrit, derrière un film de tulle, de l’autre un salon de thé télévisé où discutent et débattent de grandes figures de l’histoire littéraire britannique : Charlotte Brontë, Jane Austen, Vita Sackville-West, mais également l’Anonyme, personnage porte-parole des femmes écrivaines britanniques d’aujourd’hui (Warsan Shire, Ljeoma Umebinyuo).

Entre anachronismes et décalages, la magie prend le temps du spectacle. L’ensemble du dispositif proposé par la compagnie Ode & Lyre concrétise un hommage à la création féminine britannique. Le spectacle est autant théâtral que musical, ponctué de chants lyriques, oniriques et évocateurs, accompagnés au piano et au clavecin. Littéraire également, puisqu’à une écriture de plateau s’ajoute la lecture des textes fondamentaux : d’Orlando à Jane Eyre en passant par Orgueil et Préjugés, des textes parlant de femmes résonnent à nos oreilles. On apprécie tout particulièrement le passage de l’anglais au français ainsi que le jeu de projection en direct, accentuant l’effet télévisé. Les créations vidéoludiques de Zita Cochet, dans la veine de Monty Python, ajoutent du panache à l’ensemble.

Certes, le spectacle est parsemé de petits défauts, de teintes d’amateurisme – dans le jeu des actrices comme dans la façon de filmer sur scène. Il respire le bric-à-brac, semble un peu sans le sous. Mais quelque chose, indéniablement, émerge : ce spectacle donne de la force, de l’élan, la rage de créer et de vivre, en tant que femme indépendante et libre, guidée par des modèles – qu’il s’agisse des autrices évoquées ou des actrices sur scène. En effet, la compagnie conjugue au présent la création féminine dans une agréable mise en abyme : sur scène, il n’y a que des femmes, des femmes actrices, chanteuses, linguistes, musiciennes, metteuses en scène, scénographes… Au Théâtre de l’Opprimé, la parole devient libre.

— Anne FENOY

tea time affiche
(c) Armel Toucour

En venant au Théâtre de l’Opprimé pour assister à un spectacle conçu en l’hommage de Virginia Woolf, nous sentions – avant même d’en entrevoir la mise en scène, une atmosphère de bienveillance, de tolérance envers ce personnage si connu à travers le monde. Cette pièce est composée exclusivement de femmes, sensibles et puissantes. La justesse était également de mise, autant dans la manière de conter la vie de l’écrivaine que dans les voix puissantes qui chantaient tantôt les tragédies que vivaient et que vivent encore les femmes dans un monde patriarcal, tantôt l’amour libre entre deux femmes.

La réalisation et la mise en scène de cette pièce étaient riches, comme l’était la vie de Virginia Woolf. Un véritable jeu de son et lumière, ainsi que des images projetées sur un tissu mûrement choisi nous permettaient à la fois de rire, de contempler et surtout, de plonger dans l’univers de Virginia Woolf. Présenter une vie si riche par l’intermédiaire d’un talk-show télévisé, inventé, était astucieux. Cela donne une touche contemporaine, laquelle se libère des contraintes de temporalité. De plus, cela ajoute beaucoup d’humour en confondant plusieurs époques.

Mélangeant ainsi plusieurs générations pour incarner divers personnages, la pièce nous entraîne dans une grande stimulation visuelle et auditive.

Ces femmes, ces comédiennes, ces chanteuses et cette réalisatrice forment une harmonieuse sororité se réunissant pour incarner les personnages les plus importants pour comprendre l’univers de Virginia Woolf. Ce « Tea Time » nous permet d’approcher et de saisir ce qui comptait le plus pour cette célèbre penseuse : l’écriture, le droit des femmes, leur indépendance et l’amour.

— Pénélope CAZENABE—GALLARD

Un espace où les voix d’écrivaines se font entendre.

Une femme doit avoir de l’argent et une chambre à soi si elle veut écrire, déclarait l’écrivaine britannique dans son célèbre essai, A Room of One’s Own. C’est cet univers éclatant et dangereux de l’écriture féminine que la compagnie Ode & Lyre a entrepris d’explorer.

Et si l’on pouvait réunir, dans une seule pièce, les plus grandes auteures qui se sont fait écho au cours de l’histoire ? Ne serait-ce pas fascinant ? Cela est rendu possible dans la salle du Théâtre de l’Opprimé, où se rencontrent autour d’une tasse de thé des écrivaines telles que Charlotte Brontë, Jane Austen ou Vita Sackville-West, pour rendre hommage à Virginia Woolf à l’ombre de leurs propres chef-d’œuvres.

La scène est transformée en salon de thé, en train ou en jardin, et les personnages interagissent avec une étonnante fluidité entre des espaces si divers mais reliés par la parole.

Il s’agit en effet d’entendre des voix : celles des femmes qui écrivent dans un monde éminemment masculin; celles qui se cachent, celles qui se montrent. Ces voix se rencontrent à travers les siècles dans les visages souriants des actrices qui enchaînent commentaires sur l’œuvre de Woolf, lectures d’extraits de leurs propres romans et chansons.

Le talent musical de la troupe est remarquable, et rappelle le topique de l’accomplished woman, capable de jouer des instruments, de chanter, mais dont le potentiel créateur n’est toutefois pas reconnu.

Que l’on connaisse les figures historiques sur scène, ou que l’on en découvre certaines à ce moment-là, on reconnaît sans aucun doute l’aspect émouvant du fait de se souvenir de la femme et de l’artiste ; d’écouter ses paroles et de les faire entendre cent ans plus tard, et voir qu’elles résonnent toujours aujourd’hui dans chacun.ne d’entre nous.

— Julia ESCRIU