7 pleasures

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7 pleasures est représenté au Centre Pompidou à Paris dans le cadre de la 44ème édition du Festival d’Automne. Le spectacle dure environ 1h30. C’est une création de la chorégraphe danoise Mette Ingvarsten. Le groupe de 12 interprètes est à parité égale entre femmes et hommes : ils sont d’origines diverses et tous jeunes, mis à part une femme qui semble plus âgée que les autres. Aucun n’a de rôle défini pendant tout le spectacle. Ils se trouvent sur scène, s’agglomèrent et parfois se dispersent pour céder à l’attraction sexuelle d’un objet. Avec pour décor un salon (table, chaises, canapé, fauteuil, lampes, un rideau de franges). Les éléments scéniques sont comme des accessoires qui ne font qu’attirer sexuellement tels des sex toys. Concernant le monde sonore, il est très développé car il y a un jeu entre le son techno et le silence soudain et prolongé.

C’est à travers une danse contemporaine marquée de secousses répétitives des corps que la chorégraphe place le corps dans un contexte politique et social. Elle nous confronte également au terme polysémique de la sexualité. Le jeu des interprètes n’est perceptible qu’à travers leurs gestuelles puisqu’il n’y a aucun mot prononcé. La musique et les râles sont les seuls sons. Les mots ne comptent pas, le corps est littéralement au centre de la pièce. La mise en scène est marquée de nombreux bouleversements et de tensions. Le déroulement de la pièce suit un procédé psychologique. Au début les corps forment une masse, puis ils se déplacent ensemble, se palpent, se découvrent. Ce besoin de fantasmer permet d’aboutir au désir sexuel. Le désir se renforce de plus en plus, et l’orgie chorégraphique se déchaîne sous nos yeux dégageant une énergie incroyable.

Quand ils éprouvent une satisfaction la tension baisse, certains se rhabillent d’autres regardent du coin de l’œil ceux qui copulent, d’autres se mettent en position de voyeur. Cette asymétrie expose les divergences de sexualité sans qu’elles soient repoussées.

Chaque objet du décor vont être utilisé, ils attirent sexuellement comme quelque chose d’irrésistible. Plusieurs chaises, un canapé, un rideau de frange, un tapis, une table, deux longs tuyaux jaunes, une plante d’intérieure vont servir de support pour la chorégraphie. L’ensemble des éléments scéniques sont de couleur sobres mais la couleur orange prédomine avec sa symbolique de la jouissance, l’énergie et la luxure voire la sexualité ludique.

En somme, c’est une pièce éminemment politique. Cependant, elle est dépourvue d’amour et de poésie, peut-être pour nous confronter au désir brut, un désir qui peut s’assouvir avec les objets. Mais le désir apparaît avec des sentiments plus complexes qu’une attirance sexuelle. Il ne s’agit pas d’une incitation à forniquer avec n’importe quel individu mais bien d’une émancipation d’un certain carcan social, d’une libération des mœurs pour pouvoir exprimer ses désirs sexuels comme chacun l’entend.

Après les attentats du 13 novembre, c’est un acte de résistance de maintenir la représentation, un doigt levé face à la guerre psychologique dans laquelle nous vivions aujourd’hui.

France Kanaan

7 Pleasures mis en scène par Mette Ingvartsen au Centre George Pompidou.

Mette Ingvarster nous présente les 7 notions du plaisir à travers danse et nudité allant au delà des frontières. En effet, il cherche à explorer toutes formes du plaisir mais aussi bouleverser les images attachées à la sexualité et à la nudité. C’est par l’expression de la danse et de mouvements sensuels, doux, expressifs et gracieux que le metteur en scène pose différentes questions liés à la sexualité. 7 Pleasures assume un caractère polymorphe et équivoque. Cette création fait suite à 69 positions, solo qui lance un chantier de recherche autour de la sexualité.

Heureusement la constitution de 7 Pleasures assume la suite de 69 positions dans toute sa splendeur. Avec très peu de décors, le spectateur est obnubilé par les corps dénudés présents sur scène. Les corps se touchent, se testent, perdent leurs frontières. Par une multitude de danseur, les corps se mêlent entre eux, mais aussi avec les objets qui les entourent, formant des constellations désirantes inattendues. Sans décors, sans costumes, avec une pureté incroyable de la mise en scène aucun artifice n’est rendu. Une certaine beauté se dégage autour du naturel et de la simplicité. Les danseurs, bien que recroquevillés, la plupart du temps sur eux-mêmes, utilisent l’espace à bon escient. Les gestes sont exagérés mais expriment la sensualité et l’expression des sens de façon théâtralisée. Le spectateur comprend l’expression de ces sens, si bien qu’il les perçoit. Par paliers se dévoile chaque aspect du plaisir. En effet, sept cercles se succèdent, entremêlent leurs questions respectives jusqu’à dresser une cartographie du plaisir à éprouver tout autant qu’à déchiffrer. Mette Ingvarsten, par cette représentation, cherche à démontrer que les corps sont en perpétuelles évolutions et expriment de plus en plus leurs désirs.

En somme, 7 Pleasures cherche à représenter la nature et à la mettre en avant. Dans le monde contemporain, le “potentiel sexuel” est présent à chaque coin de rue. Ce potentiel est exprimé et démontré dans la représentation de façon tout à fait naturelle. La tension que met en scène Mette Ingvarsten se fait ressentir tout autour des spectateurs, qu’eux même ressentent dans leur vie quotidienne, par l’utilisation des objets, ou d’un regard. Les danseurs représentent, par la grâce de leurs gestes, la tension sexuelle présente en chaque individu, et donc en chaque spectateurs.

Lucie Farand

7 Pleasures est une oeuvre de résistance. Sa qualité et sa force résident dans le fait qu’elle ne sombre dans aucun des trois dangereux écueils propres à tout art abordant directement la question du corps dans sa dimension collective : l’exhibitionnisme vulgaire, le plaisir de la destruction, et l’uniformisation du groupe résultant d’une pensée unique.

Contre un quotidien désincarné

Il n’est pas contradictoire de qualifier une performance comme 7 Pleasures de « pudique ». Un tel jugement pourrait certes paraitre provocateur, dans le sens où la nudité et le rapport collectif au corps se trouvent au centre de la nouvelle œuvre de Mette Ingvartsen, présentée au Centre Pompidou du 18 au 21 novembre dans le cadre du Festival d’Automne. Ce rapport est d’ailleurs évoqué de manière explicite : des femmes et hommes nus interagissent, s’attroupent, se séparent, se rejoignent, dans une sorte de mouvement organique proche de la danse qui donne l’impression d’assister à une « coulée de corps ». Pour autant, explicite ne veut pas dire exhibitionniste, et l’on est soulagé de voir l’effort mobilisé par chaque acteur pour ne pas sombrer dans la vulgarité morbide de l’orgie.

Car s’il y a bien contact entre ces êtres, qui s’imbriquent les uns aux autres pour former une étrange masse mouvante, ce contact est étrangement dénué de toute connotation sexuelle. Pas de désir pour ce mollusque humanoïde étonnamment silencieux, qui engloutit les objets quotidiens mobilisés sur scène sous les yeux sidérés du spectateur. Si une telle créature est montrée sur le plateau, c’est pour exprimer un manque de rapports humains et corporels dont souffrirait un quotidien fade et aseptisé (symbolisé sur scène par du mobilier design froid et impersonnel, type Ikea). 7 Pleasures traite donc moins du plaisir sexuel en lui-même, que de la frustration née de son éviction du réel : en témoignent les séquences d’excitation individuelles durant lesquelles chaque acteur s’agite frénétiquement, ou simule mécaniquement un orgasme, désespérément seul, et sans aucune sensualité.

Contre une pornographie de la destruction

De son côté, le spectateur éprouve un certain plaisir à voir ces corps recouvrir entièrement les objets d’un quotidien déshabitué au contact charnel. Est-ce à dire que la masse corporelle convoquée dans 7 Pleasures est toute entière orientée vers la disparition, voire la destruction de notre mode de vie ? Non. Cette performance est empreinte d’une sorte de douce violence, qui investit sans détruire, occupe sans détériorer, englobe sans engloutir. Il est triste de devoir préciser que cet effort relève aujourd’hui de l’exploit : l’art contemporain a une fâcheuse tendance à se proclamer contestataire sous prétexte qu’elle détruit un ordre qu’elle abhorre et se délecte des ruines qui en résultent. Faut-il rappeler que la poésie est par définition créatrice ? La destruction érigée en œuvre d’art n’est en réalité qu’un vulgaire art de la destruction, nommé assez justement ruin porn par les critiques les plus éclairés – ou du moins, les moins hypnotisés par ces actes de dé-création. 7 Pleasures se détache donc de ce lot, puisqu’il injecte un organisme vivant dans une réalité désignée comme étant figée et mortifère. Ce qui aurait pu être un énième acte contestataire puéril est en réalité une véritable proposition politique née d’un dégagement poétique.

Il y a une cerise sur le gâteau : 7 Pleasures prouve encore plus sa profonde intelligence en ne cédant pas à une uniformisation définitive des corps mis en scène, laquelle participerait dès lors à la propagation d’une action et pensée uniques. Si les corps se rejoignent, s’ils se déplacent ensemble vers un corps isolé pour l’inclure dans leur groupe, comme c’est le cas durant la première séquence de la performance, pour autant, chaque être demeure libre de sortir de cette masse afin de proposer sa propre action individuelle. Il n’y a ainsi aucune idéologie fascisante susceptible d’imprégner cette performance.

Simon Gérard
Photo : Marc Coudrais
Categories: Centre Pompidou, Danse