42nd street

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« Voyagez de Paris à New York en quelques coup de claquettes ! », « Broadway et les Champs Élysées n’ont jamais été aussi proches ! ». À un spectacle qui joue volontiers – et délicieusement – avec les clichés, on est vite tentés de se lancer dans une critique faite de tout autant de lieux communs. Que les réfractaires et les avant-gardistes s’éloignent du théâtre du Châtelet : 42nd Street est là, et l’évidence aussi. Montée à New York en 1980, cette comédie musicale semble sortie des décennies précédentes, quand Gene Kelly, Fred Astaire et autres Leslie Caron tapait généreusement de la claquette dans les films musicaux. Tout est réuni pour vous transporter dans la magie des musicals : claquettes, bien sûr, mais aussi paillettes, plumes, chorus de jambes démesurément longues, rivalités, amour, humour.

Les clins d’œil aux grandes productions sont légion. Peggy Sawyer, l’héroïne naïve venue de sa campagne de Pennsylvanie pour devenir une star, ressemble à la jeune Kathy Selden de Singing in the rain. Peggy rêve de strass mais est trop humble pour espérer briller sur scène. Lorsqu’elle se présente aux auditions de Pretty Lady, le nouveau spectacle de Julian Marsh, le producteur vedette ruiné par la crise de 1929, elle est paralysée par la peur et n’ose même pas entrer dans la salle. Heureusement pour elle, la chance place sur son chemin le beau Billy Lawlor, étoile montante et tête d’affiche du nouveau show, qui tombe immédiatement sous son charme. Peggy entre dans la compagnie, où elle croise le chemin de Dorothy Brock, starlette au cœur brisé qui n’apprécie pas sa concurrence, de Bert Barry et Maggie Jones, les auteurs tout en couleurs, et des autres danseurs et danseuses.

Nous n’en dirons pas plus sur l’intrigue, mais comme toute comédie musicale « à l’américaine », le happy ending n’est jamais bien loin. Peu de surprises ou de rebondissements dans cette histoire qui répond à tous les impératifs du genre. A la fin du premier acte, difficile de savoir où l’on est emmené tant il y a d’éléments. Mais pendant 2h30, le spectateur rit, tape du pied en rythme, est hypnotisé par les décors et les costumes majestueux, se penche au balcon pour détailler les expressions des acteurs.

Au final, un spectacle réussi, qui manie l’ironie en forme d’hommage aux musicals, sans jamais enfreindre les règles. Tout est fait pour faire voyager le public dans les coulisses du show. Sur scène, un mur de briques nous transporte de la salle d’audition à la scène, de Philadelphie à New York en passant par la gare et les grands restaurants qui ont fait les nuits de l’âge d’or. La troupe composée d’une quarantaine de danseurs, est homogène, avec des costumes et des perruques qui floutent l’identité de chacun pour créer un effet d’ensemble réussi. Broadway est bel et bien à Paris, au théâtre du Châtelet jusqu’au 8 janvier.

Marie Boscher

L’adaptation de 42nd Street de 1933 par le Châtelet est selon moi une véritable réussite. Le metteur en scène et chorégraphe Stephen Mear a relevé le défi d’adapter un film à la scène. 42nd Street s’inscrit dans une série de musical dont l’intrigue se fonde sur l’enjeu du spectacle. L’histoire de ce spectacle n’est autre que l’aventure d’une jeune femme — Peggy Sawyer — qui gravit les échelons dans le milieu de la comédie musicale et qui devient le personnage principal du spectacle grâce aux personnes autour d’elle qui lui font confiance et qui lui trouvent un talent particulier.

Ce backstage musical est une célébration du spectacle, de la fête. La dynamique interne rejaillit à l’extérieur, entraînant ainsi un certain engouement chez le spectateur, embarqué dans cette aventure de couleurs, de musiques et de numéros merveilleux, fins et pleins d’humour.

Comme dans la version de 1933, 42nd Street met en œuvre une esthétique de l’excès, de l’abondance. Cela se retrouve dans le mouvement incessant des événements, mais aussi dans la foule de danseuses présentes sur scène. On peut même parler d’une sorte d’exhibition de femmes ; Peggy Sawyer étant à la croisée de la jeune femme naïve et persévérante, réaliste et enthousiaste. L’aspect kaléidoscopique (particularité du chorégraphe Busby Berkeley du film de 1933) est parfois repris, notamment à travers la scène du train lors de la lune de miel. L’humour et le comique des gestes s’allient très bien avec ce style kaléidoscopique, le rendant plus fort.

On ne peut enfin pas faire l’impasse sur la dimension réflexive de ce spectacle : cette dimension de théâtre dans le théâtre permet d’approfondir la réflexion et de produire un comique plus appuyé, plus fin aussi.

Pour conclure, je dirais que ce spectacle est un plaisir pour les yeux : les costumes des années cinquante et les couleurs sont somptueux. Les comédiens réalisent avec brio les numéros complexes et soutenus. Je peux affirmer que l’on y trouve une véritable bouffée d’oxygène, un souffle de vie. Nous sortons inévitablement heureux de ce spectacle.

Cécile Brondex

La nouvelle production du Théâtre du Châtelet, 42nd Street, adaptée du roman de Bradford Ropes, mise en scène et chorégraphie de Stephen sur une musique de Harry Warren interprétée par l’Orchestre du Châtelet. Nous avons pu applaudir Alexander Hanson dans le rôle de Julian Marsh, Ria Jones / Dorothy Brock, Monique Young / Peggy Sawyer, Dan Burton / Billy Lawlor, Jennie Date / Maggie Jones, Emma Kate Nelson / Ann Reilly (Annie), Matthew McKenna / Pat Denning, Chantel Bellew / Phyllis Dale,  Emily Goodenough / Diane Lorimer, Jessica Keable / Ethel, Barnaby Thompson / Oscar, Scott Emerson / Mac, Doctor, Thug 1, Carl Scanderson / Bert Barry, Stephan Anelli / Andy Lee, Teddy Kempner /Abner Dillon et Charlie Allen / Lorraine Flemming.

Les lumières ne sont pas encore éteintes que déjà l’orchestre commence à jouer. Immédiatement je souris ainsi que les spectateurs autour de moi. Cette musique, si connoté, nous suggère des images pleines de gloire, de claquettes, d’énergie et de couleurs.

Et quand le rideau se lève, la réalité dépasse la suggestion. C’est plus de 40 danseurs, tout sourire, déployant une formidable énergie, qui dansent à un rythme soutenu. J’ai beaucoup apprécié la levée de rideau : progressive, elle dévoile d’abord les pieds, puis les genoux, les hanches et enfin les visages, éclatants. La musique, les claquettes, la chorégraphie : tout est fait pour époustoufler dès les premières secondes du show.

Je venais voir de la joie de vivre, une aventure merveilleuse et de l’impossible devenu possible : c’est ce que j’ai vu. Les décors et les costumes (de Peter McKintosh) montrent bien un travail colossal et le résultat est à la hauteur. Tout est à base de paillettes et d’ampoules sur un fond de villes de légendes.

Tout est réuni pour mettre des étoiles dans les yeux du public : une héroïne attachante, des rebondissements et un récit initiatique.

La mise en abyme permet une distanciation et le public en vient à rire de lui même. Le mépris du metteur en scène Julian Marsh (Alexander Hanson) pour le public de la fiction se répercute sur le public réel, mais ce n’est qu’un énième ressort comique. Sûrement un des plus efficaces.

42nd Street est une véritable comédie, mais les procédés comiques employés étant vus et revus, j’ai moins ris que je ne l’espérais. En effet, les comédies musicales américaines sont courantes de nos jours. On rit moins quand on sait que tel bousculade avec tel personnage va provoqué une gêne. On pourrait se demander comment renouveler ce répertoire comique que public connaît trop bien.

Mais cela ne m’a pas empêché de me laisser emporter par l’histoire. Même si le public devine dès le début que Peggy Sawyer ((Monique Young) sauvera Pretty Lady, chaque rebondissement était inattendu pour moi.

Je pense que c’est la raison pour laquelle il faut aller voir ces comédies musicales : on connaît la fin mais il est impossible de deviner les moyens. Et c’est précisément cela qui nous donne une crédulité enfantine face à ces show.

Nora Calderon

Juste avant les fêtes de la fin d’année, le service culturel de paris La Sorbonne et le théâtre musical de Paris (théâtre du châtelet) ont décidé de nous offrir un cadeau de noël parmi les meilleurs qu’on puisse recevoir, une comédie musicale hors normes.

42nd street « 42eme rue » est une comédie musicale d’origine américaine représentée pour la première fois au Foxwoods théâtre le25 aout 1980 d’après un roman de Bradford Ropes. Cette comédie trace le parcours d’une jeune choriste débutante, par un effet de chance s’approprie le rôle principal de la comédie, car la vedette s’est blessée la jambe. Elle réussit dans sa représentation jusqu’à la gloire, jusqu’à éblouir l’actrice qui était sensée joué le rôle le plus important.

Les acteurs ont embarqué les spectateurs dans leur univers notamment Alexandre Hanson, Ria Jones, et Monique Young. Le monde des états unis d’après la crise, une représentation  à couper le souffle ou le public souhaite que le temps s’arrête pour qu’il reste plongé dans cet univers de rêves.

Les acteurs changent leurs costumes  originaux dont la couleur est identique entre hommes, femmes et la vedette (Ria Jones) avec la rapidité d’un éclair. Le décor majestueux choisi et édifié avec finesse  vient et s’en va naturellement. La musique est en parfait accord avec les répliques des acteurs et leurs mouvements. La gestuelle des acteurs et la réparation du temps de la prise de parole entre acteurs principaux et choristes étaient étudiées et révisées jusqu’à le moindre détail. L’éclairage était vraiment travaillé et efficace. Il y avait même un tableau au-dessus de la scène et deux autres moins grands sur les côtés qui affichent la traduction des répliques et des chansons récitées en anglais, la langue du spectacle. Bien que le texte du spectacle soit en anglais, les paroles étaient simples et comprises, d’autant plus qu’il y a des répliques qui restent coincées dans la mémoire des spectateurs comme : « ça serait très chic si vous veniez ». Le spectacle est riche en moments forts d’émotions notamment quand la vedette (Ria Jones) va voir l’actrice débutante (Peggy Sawyer) qui lui a pris son propre rôle et lui dit qu’elle était formidable même mieux qu’elle. Le spectateur à ce moment-là s’attend à une querelle, cependant le contraire se passe.  Alexandre Hanson a joué le rôle du Julian Marsh avec brio, un producteur qui avait décidé d’entreprendre les répétitions de sa nouvelle comédie musicale Pretty Lady en dépit de sa déception afin de trouver sa place à Broadway.

Une troupe de plus de quarantaine personnes a offert au public deux heures trente-cinq minutes de divertissement et de plaisir.

Asma Hadjali

42nd Street, au théâtre du Châtelet, mis en scène et chorégraphie de Gower Champion et production originale à Broadway par David Merrick. Livret de Michael Stewart et Mark Bramble d’après le roman de Bradford Ropes. Mise en scène et chorégraphie dans la nouvelle production du Théâtre du Châtelet de Stephen Mear, avec une direction musicale de Gareth Valentine, les décors et costumes de Peter McKintosh. Avec la participation de l’orchestre du Châtelet.

Les musiciens vérifient une dernière fois leurs instruments, ils sont détendus et souriants. Enfin à notre place, nos yeux se baladent dans cette salle du milieu du XIXème siècle. Je suis au troisième balcon de ce prestigieux théâtre et en me penchant un peu j’aperçois le parterre où chacun cherche son numéro de siège et s’y installe tranquillement, l’orchestre et si je lève la tête : le dernier balcon.

Quel charme est-ce de se retrouver plongé dans les années 30, suspendu à ces balcons pourtant d’une toute autre époque avec ses dorures et ce velours, partout, des rideaux aux sièges, et surtout sur ses accoudoirs de bordure de balcon. Mais dès que les lumières s’éteignent et que les décors s’imposent nous pouvons vite nous imaginer suspendus à des balcons new-yorkais, happés instantanément par le rythme effréné et puissant de 60 chaussures ferrées qui tapent le sol de manière à produire des sonorités musicales, 30 paires de claquettes pour 30 danseurs! La parité est nette : 15 femmes, aux coiffures à crans des années 30, et 15 hommes, cheveux gominés, vont nous jouer, pour le plus grand plaisir de nos yeux et de nos oreilles, une comédie-musicale américaine haute en couleur dans des habits d’époque.

C’est l’histoire d’un metteur en scène Julian Marsh qui crée un nouveau spectacle à New-York en 1933 juste après la crise de 1929 qui a fortement touché le milieu des arts. Il espère retrouver une place à Broadway grâce à sa nouvelle comédie musicale qu’il intitule Pretty Lady. Cette mise en abîme de la comédie musicale dans la comédie musicale nous partage toutes les joies et les difficultés que sont de mener à bien un tel projet avec des rebondissements, des problématiques à résoudre et un producteur décisif qu’il faut ménager.

Les décors avec la structure métallique rouge d’échafaudage new-yorkais, le wagon d’époque, et surtout les costumes époustouflants de scène et de jeu avec ses robes, ses jolies combi-shorts apportent de l’authenticité. Ils nous entraînent dans ces années folles où le succès est dans les yeux de toutes les danseuses et de tous les chanteurs tandis que chaque chorégraphie est le fruit d’un travail acharné et joyeux.

Très beau spectacle musical dont je pourrais vous parler davantage mais que je vous conseil surtout de courir voir au plus vite !

Chloé Hoarau

Dernier spectacle proposé par le Théâtre du Châtelet avant sa fermeture pour travaux, 42nd street est un rayon de gaieté dans la nuit parisienne. Il faut dire que Stephen Mear a tout fait pour offrir une mise en scène éclatante de la comédie musicale jouée pour la première fois en 1980.

Ce n’est pas l’intrigue elle-même, plus que convenue, qui rend cette production brillante –on en connait l’issue avant même le début de la pièce : Julian Marsh, un metteur en scène confirmé, monte un nouveau show dans le Broadway d’après le krach boursier de 1929. Il doit composer avec la diva sur le déclin imposée par le producteur et la jeune première qui devra la remplacer au pied levé et qui bien-sûr se révélera être une star. Non, ce qui fait rayonner ce spectacle, c’est la bonne humeur ambiante qui l’accompagne. Les difficultés successives à la grave crise économique des années 1930 ne semblent pas altérer la gaieté des personnages. La dépression est certes souvent rappelée, soit par le texte et la mention des files d’attente à la soupe populaire, soit par les chansons (comme « We’re in the money », cri de joie de petites filles ravies d’avoir trouvé dix centimes) ; pourtant chacun semble évoluer avec une certaine insouciance et un optimisme inaltérable, et c’est précisément cela qui séduit. La troupe du nouveau spectacle de Marsh, menacée de perdre son emploi, se remonte le moral –et nous remonte le nôtre- en chantant qu’il faut voir le bon côté des choses (« Sunny side to every situation »), et Jennie Dale, parfaite dans le rôle de Maggie Jones, l’assistante de Julian Marsh, arracherait un sourire à un croquemort tant elle met d’engagement et de conviction dans son jeu. Même Julian Marsh, joué par un Alexander Hanson droit dans ses bottes juste comme il faut, succombe à l’enthousiasme de sa compagnie.

Les acteurs évoluent au milieu d’un décor flamboyant qui nous transporte au cœur des buildings Newyorkais, au milieu des briques des lofts et des immeubles de style art déco, dont Broadway devient le point de convergence. Dans un des derniers tableaux, le décor de gratte-ciels disposés en arc-de-cercle et l’aiguille de l’Empire State Building pointent vers le centre de la scène, comme pour montrer que la 42e rue devient chaque soir une synthèse de la vie Newyorkaise et le symbole du refus de la tristesse et du découragement. Costumes étincelants, plumes et paillettes : tout invite à la fête.

A saluer la superbe performance des musiciens dirigés par Gareth Valentine, dont les incroyables saxophonistes et trompettistes forment un jazz band fabuleux et entrainant dont la musique contribue magnifiquement aux numéros de claquettes vertigineux qui s’enchainent pendant plus de deux heures. Si le reste des performances n’est pas franchement éblouissant –Monique Young ne séduit pas vraiment dans le rôle de l’héroïne, Peggy Sawyer-, Monsieur le Directeur, Jean-Luc Joplin, nous offre des adieux colorés dont on ressort le cœur sautillant et avec l’envie de danser.

Gabrielle Legourd

42nd Street: un show à l’américaine.

Jusqu’au 8 janvier 2017 se joue au théâtre du Châtelet la fameuse comédie musicale 42nd Street, portée par la mise en scène de Stephen Mear. Durant 2h35 (avec entracte) les comédiens alternent entre numéros de claquette à couper le souffle et mise en scène glamour de la création d’une comédie musicale en backstage.

L’histoire se déroule après la crise financière de 1929 qui a considérablement freiné les productions théâtrales américaines. En 1933, Julian Marsh, un producteur à succès ruiné, décide de monter Pretty Lady; pour ce faire, il engage une troupe de danseurs et chanteurs jeunes et enthousiastes à laquelle se joint Peggy Sawyer, candide jeune femme originaire d’Allentown (Philadelphie). La troupe accueille également Dorothy Brock, une idole vieillissante du music-hall dont l’amant s’engage à financer la pièce si Julian Marsh garantit à Dorothy le premier rôle féminin. Blessée lors de la première de Pretty Lady,  Dorothy Brock laisse la place à Peggy Sawyer, transfigurée lors du dernier tableau en cygne sublime.

42nd Street accomplit le tour de force de proposer un vaudeville jalonné de performances chantées et dansées sous-tendu par les réalités du contexte financier et des réflexions sur le genre du music-hall. Les situations comiques s’enchaînent, les décors se succèdent et les tableaux s’alternent dans un rythme parfait. La représentation des coulisses d’une création de music-hall des années 30 aux États-Unis transporte le spectateur au beau milieu du « mythe Broadway ». Tout y est: les paillettes, les strass, le jazz, les loges aux miroirs cerclé d’ampoules, et surtout les répétitions harassantes imposées par un producteur passionné. Les acteurs, drapés dans leurs costumes renversants, incarnent la générosité propre au genre de la comédie-musicale (américaine ?), et entrainent durant presque trois heures une salle comble en interprétant leurs numéros dans une intensité constante jusqu’au baisser de rideau.

Les musiciens orchestrent depuis la fosse ce florilège de gaité, et dès le morceau d’ouverture enveloppent les spectateurs; il n’en fallut pas davantage pour que la salle tape du pied à l’unisson et chaloupe des épaules durant près de trois heures.

Inès Riera

Bienvenue à Times Square avec la Tour Eiffel en prime !

Le néon brillant de mille feux sur la façade du théâtre du Châtelet nous transporte à Times Square et sur cette fameuse 42nd Street.

La comédie musicale des années 80 est au répertoire du théâtre du Châtelet cette saison après avoir accueilli un autre grand classique de la comédie musicale américaine Singin’ in The Rain l’année passée. Pas d’inquiétude si la langue de Shakespeare n’est pas votre amie. Les sous-titres projetés en temps réel permettent de suivre le spectacle sans aucune difficulté.

Ce n’est pas l’intrigue, plutôt attendue, de 42nd Street qui pousse les Parisiens à se presser au Châtelet mais bien l’impression de toucher du bout des yeux le rêve américain.

42nd Street suit la destinée d’une jeune femme, Peggy Sawyer, interprétée par Monique Young, prête à croquer la Grosse Pomme à pleines dents. Après une audition ratée pour rejoindre le corps de ballet de la nouvelle production de Julian Marsh (Alexander Hamson) elle compte repartir à Allentown avec seuls dans ses bagages ses rêves déchus. Mais coup de théâtre ! La vedette de Pretty Lady, Dorothy Brock (Ria Jones) se tord la cheville pendant une répétition. La compagnie est au bord du désastre. Peggy semble être la seule à pouvoir sauver le spectacle…

42nd Street est une expérience unique pour les amateurs de comédie musicale. Il permet aux spectateurs de vivre deux spectacles pour le prix d’un. 42nd Street est un backstage musical, qui laisse le spectateur se glisser derrière le rideau pour assister aux préparatifs, aux séances d’étirements, aux problèmes financiers, aux doutes des vedettes mais aussi aux aléas du spectacle vivant ! Une connivence entre le public et le maître de cérémonie/metteur en scène, Julian Marsh, se tisse. Des jeux de panneaux transparents, d’ombres chinoises, de lumières nous offrent une double focalisation de deux mondes cohabitant sur la scène.

Dans l’esprit fasciné par Broadway d’un Français, on s’imagine les paillettes, les claquettes, les numéros d’ensemble endiablés, l’âge d’or, le swing, les chansons où il faut tenir la note. Pas d’inquiétude, 42nd Street respecte le contrat mais sans jamais tomber dans le kitsch ! Tout en respectant les codes de la comédie musicale américaine, 42nd Street sait jouer avec ses codes. Le spectacle ne cesse de s’amuser des conventions attendues de ce type de spectacle. L’ironie est assurée par les très talentueux interprètes des personnages secondaires (Maggie Jones et Ann Reilly). Mention spéciale pour le très bel accent du sud des Etats-Unis d’Ann Reilly (qui est en réalité anglaise !). On joue l’amour sur scène à grands coups de baisers hollywoodiens mais c’est dans l’intimité de la loge que les acteurs se laissent à rechanter la chanson phare de la comédie musicale en espérant trouver « The One I Only Have Eyes For »

42nd Street est surtout une comédie musicale qui célèbre New York dans toute son extravagance hypnotisante. Le numéro final éponyme juxtapose la skyline illuminant le ciel, les gens sortant de l’opéra, les femmes des bas quartiers directement sorties d’un tableau de Reginald Marsh dans une spirale effrénée et rythmée par un tempo allant crescendo que les claquettes tentent de suivre. Et puis, la violence, un coup de feu, un malfrat abattu. Le silence, le choc et puis le pouls de New York repart porté par le swing. Alors, comme le dit la chanson :

« If you’ve got a little time to spare,

I want to take you there. »

Victoria Robert

La grande comédie musicale de Broadway 42nd Street a posé ses valises au théâtre du Châtelet, le temps d’une saison. Le spectacle, revisité par Stephen Mear se jouera du 17 novembre au 8 janvier pour la fermeture du théâtre. Nous suivons une troupe de théâtre, abritant de grands débutants comme des stars de Broadway. Nous assistons à la genèse, aux répétitions, et à la représentation du dernier spectacle du très célèbre metteur en scène Julian Marsh. Pretty Girl est son grand retour, sa dernière chance. Le spectacle propose également de suivre les premiers pas d’un star montante, Peggy Sawyer dont la maladresse et l’immense talent ravissent les spectateurs fictifs de l’histoire, comme les spectateurs dans la salle.

Le spectacle est proposé en version originale, ce qui selon moi est indispensable. En effet, 42nd Street est un véritable voyage, nous nous trouvons le temps d’une soirée dans une salle de Broadway. L’authenticité des costumes et des chorégraphies nous rappelles ces films musicaux des années 60 qui sont un véritable régal pour les yeux. Les couleurs, les paillettes, les lumières évoquent quant-à-elle l’effervescence de Time Square où brillent toutes les affiches des grandes comédies musicales.

L’action est très bien montée : nous sommes portés par cette troupe dont les membres sont tous attendrissant de vérité. Ils ne cachent ni leurs problèmes de cœur, ni leurs problèmes d’argent. On s’identifie facilement, on devient presque partie intégrante de la troupe.  Les obstacles sur le chemin de la gloire (le changement de ville pour la représentation, la blessure de la chanteuse vedette) ponctue le récit et garde le spectateur en haleine. Nous désirons voir le spectacle réussir autant que les artistes eux-mêmes, et leurs peines deviennent les nôtres.

L’artificialité des costumes nous rappelle le véritable but de la pièce : montrer au public que derrière le glamour d’une soirée au théâtre se cache une véritable mécanique. Nous sommes confrontés aux difficultés de la mise en scène et de la vie d’artiste. L’effet de mise en abyme est très bien travaillé. La fin du spectacle pousse le spectateur à se demander si le spectacle dont il vient de voir la genèse n’est pas celui même auquel il est en train d’assister. Le seul défaut que j’adresserais à cette représentation sont les transitions entre l’histoire du spectacle et les scènes de représentations parfois floues. Mais les décors aident énormément à s’y retrouver. J’ai énormément apprécier le fait que le spectateur soit constamment sollicité. La toute fin du premier acte (qui amène l’entracte) fait même de nous des personnages de l’histoire qui se joue devant nous.

C’est un spectacle que je recommande chaudement à toute personne qui s’est un jour demander à quoi pouvait bien ressembler une comédie musicale des années 60 à Broadway, à toute personne qui souhaite voyager le temps d’une soirée, à toute personne adepte de chant ou de danse. N’oublions pas en effet de préciser que des artistes incroyables (tant par leur voix que par leur capacité à danser) porte ce spectacle.

Gabrielle Soufflet
Photo : Théâtre du Châtelet