Yann Tiersen solo

Concert | Philharmonie de Paris | En savoir plus


Sur le programme reçu à l’entrée de la salle, il est écrit que Yann Tiersen va jouer « Eusa », son nouvel album, enregistré il y a quelques temps dans le studio d’Abbey Road. Les morceaux ont été composés suite à son voyage dans le parc californien de Sinkyone Wilderness.

Pourtant, dès les premières notes, on comprend qu’il n’est pas nécessaire de connaître les paysages de ce parc pour se sentir touché par la musique. D’abord hésitantes, quelques notes de piano et une voix enregistrée nous préparent à la traversée musicale qui suit, et qui coule subitement des doigts du pianiste. Un à un, les morceaux s’enchaînent. Les notes au piano apaisent, transportent.

Il est toujours très délicat de faire la critique d’un spectacle musical. Il n’y a pas d’intrigue comme une pièce de théâtre et tout se joue sur les sentiments, sur les sensations que ressent l’auditeur. Impossible de décrire la mélodie, et de nommer un par un les morceaux. C’est en effet une des caractéristiques de ce spectacle : on entend des variations, qui indiquent les différents décors qu’a traversés Yann Tiersen, mais les morceaux offrent une incroyable continuité : on ne peut pas imaginer couper le spectacle en plein milieu, car chaque note en appelle une autre, chaque morceau trouve sa résonance dans le précédent et semble annoncer le suivant.

Les mélodies sont tour à tour joyeuses, entraînantes, mélancoliques. Mais ce qui est sur, c’est que le son laisse entrevoir une palette musicale incroyablement riche, qui invite chacun à se replonger dans ses propres voyages.

Au cours du spectacle, Yann Tiersen alterne le piano avec le violon, pour des mélodies plus saccadées et plus intenses ; il joue aussi d’un piano jouet, dont le son rappelle celui du xylophone : les morceaux se teintent alors d’une dimension presque féerique : il est étonnant de voir de pareilles mélodies sortir d’un instrument aux sons aussi légers.

Mais le piano reste tout de même dominant ; on sent que Yann Tiersen excelle à composer des mélodies harmonieuses sur cet instrument.

Il faut aussi parler de Yann Tiersen lui-même. Il arrive, discret, salue rapidement, puis commence à jouer. Très vite, l’homme s’efface et se confond avec sa musique. Sa discrétion permet de se concentrer plus intensément aux notes qui s’échappent des différents instruments.

Enfin, un dernier mot pour la salle : on ne peut pas aller à la Philharmonie sans être impressionné par l’architecture, extérieure tout d’abord, puis intérieure, lorsqu’on pénètre dans une salle arrondie, à l’acoustique agréable.

Ce qui ressort de ce spectacle, c’est l’apaisement qu’il procure : les mélodies sont hors du temps, et touchent chacun des auditeurs : le caractère intimiste de la scène plongée dans le noir, avec un simple projecteur braqué sur le piano fait oublier la grandeur imposante de la salle.

Pour finir, ce spectacle fut incroyable : une heure et demie qui était bien trop courte : on aurait voulu que les mélodies apaisantes ne s’arrêtent jamais et que Yann Tiersen continue encore longtemps à nous faire voyager aux confins de nos souvenirs. Il n’y a qu’à entendre le tonnerre d’applaudissement qui salue la prestation de l’artiste, pour comprendre que Yann Tiersen est devenu l’un des musiciens les plus appréciés et talentueux de notre époque.

Clarisse Benoît

Connu pour ses compositions dans Le Fabuleux destin d’Amélie Poulain, c’est devant un public parisien déjà conquis que Yann Tiersen jouait ce lundi 10 octobre. La récente structure de la Philharmonie de Paris promettait une acoustique parfaite pour le concert d’un musicien polyvalent classique. On ne fait plus la présentation de Yann Tiersen, à la fois pianiste mais également violoniste. Ce soir-là, il nous interprétait aussi bien des compositions issues de son dernier album EUSA sorti une semaine avant que des compositions mythiques.

Le concert était divisé en trois parties. La première partie, exclusivement consacrée au piano, pouvait paraître un peu longue. J’ai cependant beaucoup apprécié la douceur que le décor instaurait. Les bobines, représentant la bande sonore qui accompagnait Yann Tiersen, rappelaient l’univers du cinéma qui avait propulsé sa carrière. J’étais très impressionnée par Yann Tiersen, qui ne semblait faire plus qu’un avec le piano. Etant donné que le musicien alternait les instruments, il était difficile de s’ennuyer lors de la seconde partie. J’ai davantage apprécié la dernière partie, celle après le rappel de l’artiste. En effet, les musiques étaient beaucoup plus énergiques. Chaque instrument était joué avec passion. La grande salle conçue pour mettre en avant la singularité de chaque note accentuait cette ferveur. Le changement de lumière entre les deux premières parties et le fait que le musicien se déplace pour atteindre chaque instrument, créaient une sorte de rupture dans la routine instaurée lors de la première partie ce qui était plus qu’appréciable.

La seule chose négative que je pourrais trouver à cette représentation est assurément sa brièveté, à savoir 1h30. Chacun percevra ce concert différemment. Pour ma part, j’ai été très émue, jusqu’à en avoir les larmes aux yeux. Chose qui ne m’était encore jamais arrivée pour de la musique, je ne peux être qu’encore plus fascinée par Yann Tiersen. La Philharmonie de Paris est un édifice plus qu’impressionnant qui ne peut que rendre justice à l’artiste.

Julia Bos

Quand l’on arrive depuis le métro, la Philharmonie de Paris ressemble à un vaisseau étrange et prometteur. En s’acheminant vers la salle, on constate que tout est fait pour rappeler que l’on est là pour le plaisir des oreilles, pour l’harmonie de la musique. Les plafonds et les murs sont tels des vagues d’ondes sonores. L’intérieur de la salle quant à lui est surprenant, fait de grosses pièces ressemblant à des vagues. On se dit que l’acoustique doit être incroyable. Elle ne l’ai pas. C’est d’ailleurs la seule déception que j’ai par rapport à ce spectacle.

Yann Tiersen était éblouissant sur scène. C’est une personne qui n’aime pas les foules, cela se sent. Il est presque gêné par les applaudissements non-retenus de la salle, et esquisse un simple « merci » au micro. Il est monsieur tout le monde, celui qui se présente devant une salle comble avec un pull tricoté de laine. Yann Tiersen c’est la simplicité. Et sa musique s’en ressent. Elle fait parfois du beau pour le beau davantage que de la conception technique extrêmement poussée, mais cela plait toujours au spectateur. C’est une musique simple, harmonieuse en tous points, qui reste dans une certaine retenue, pour ne pas céder à cette passion qui vous appelle.

Il semble que l’on puisse distinguer deux temps durant la performance.

Dans la première partie du spectacle, Yann Tiersen interprète des morceaux de piano sur un fonds sonores de bruitages animaliers, d’enregistrements réalisés en pleine nature. La notice explicative du début du spectacle explique que ce sont des sons tirés en partie de son dernier album, enregistré en intégralité en pleine nature. Il cherche l’harmonie, la simplicité. Le piano, œuvre de l’homme, tente de se fondre dans le paysage sonore naturel. Et c’est réussi ! Ce rapprochement musical a un effet extrêmement apaisant, l’auditoire était comme bercé. Les cris d’oiseaux, le sac et ressac des vagues, toutes ces parcelles de nature étaient importées dans la salle, avec beaucoup de soin. Tant de soin d’ailleurs que lorsque le coassement d’un corbeau a retentit, ma voisine a cru qu’il y avait un vrai corbeau coincé dans les plafonds de la salle.

Dans une seconde partie, les bruits naturels se sont tus et Tiersen a interprété des morceaux plus classiques au piano, dans son style bien à lui. Cette partie est révélatrice d’une période – peut être révolue pour lui – qui plait toujours autant au public. C’est la période ‘Amélie Poulain’ la période que tout le monde a assimilé à Montmartre, à ses ruelles parisiennes. Dans ce deuxième temps, il s’emploie à varier les instruments, passant du violon, au clavecin, au piano de nouveau etc. Il faut noter qu’en jouant du violon, il s’abandonne davantage à ses mélodies, et joue à toute vitesse, tape du pied en même temps, bref, rend tout cela très vivant. Cette puissance se ressent plus au violon qu’au piano ou au clavecin.

Pour en revenir à l’acoustique de la salle, je déplore que toute la performance ait été sous micros. Lorsque Yann Tiersen jouait ‘fort’, si l’on peut dire, un écho sonore (certainement largement amoindri par l’architecture de la salle – qui était très grande) se faisait entendre et gênait quelque peu l’oreille.

Il n’empêche que Yann Tiersen est un virtuose : il joue avec passion du violon, au point de rompre quelques cordes à son archer ; fait courir ses doigts sur une sorte de clavecin, bref c’est un personnage peu commun de la musique française.

Même si l’on pense Tiersen comme le compositeur des musiques de films très connus comme Good Bye Lenin ! ou Amélie Poulain, ce spectacle a montré une nouvelle facette de son art. Il retourne davantage à ses origines, à la côte bretonne, sauvage et indomptée ; et s’éloigne petit à petit de cette excellence qui le caractérise pour se laisser aller à de nouvelles expériences, innovantes, plus proches de la nature.

Il semblerait assez peu compréhensible que Yann Tiersen ne passe dans la postérité : personne ne peut être indifférent aux mélodies qu’il compose.

Eléonore Bosse

En ce lundi 10 octobre 2016 au soir, pendant que certains se remettaient du WEI, je suis allée voir Yann Tiersen à la Philharmonie de Paris. Il fait parti de ces artistes à « étiquette » : beaucoup de mes amis ne connaissaient pas son nom, mais dès que je leur ai parlé du film Le Fabuleux Destin d’Amélie Poulain de Jean-Pierre Jeunet, là, ils ont rapidement identifié la musique.

Le concert était à 20h30, mais je suis arrivée plus tôt pour découvrir ce lieu si futuriste. Le spectacle se tenait dans la grande salle, et j’étais plutôt bien située car j’étais dans le parterre. J’étais ni trop près, ni trop loin, l’idéal pour pouvoir profiter pleinement de la musique. Sur scène, le piano à queue dominait. A sa droite il y avait un ancien magnétophone, et dispersé un peu de partout sur scène, des ampoules à filament et deux lampes style « bateau ».

Les lumières s’abaissent, l’homme tant attendu arrive. Il s’installe à son piano, dos à nous, et dis doucement dans le micro « En fait tout est enregistré », puis va allumer le magnétophone. Petit trait d’humour qui a bien fait glousser la salle.

Le fond sonore en marche, il retourne s’installer derrière son piano et commence à jouer. Pendant les cinq premières minutes environ, le décor s’installe : une voix de femme qui semble parler breton, avec, des sons de nature, principalement des bruits de la mer, qui l’accompagnent. Yann Tiersen enrichit cet enregistrement de notes de piano. La voix s’arrête. L’artiste nous montre enfin tout son potentiel, et juste waouh ! Que c’était beau, que c’était intense ! Je ne connaissais pas les airs des morceaux, mais on reconnait toujours très bien les sonorités qui lui sont si particulières. La bande son en arrière-plan rajoute vraiment quelque chose de fantastique qui permet de nous transporter dans un autre monde. Ces mélodies font parties de son nouvel album, EUSA, qui est sorti que très récemment (le 30 septembre 2016 ). Le magnétophone s’arrête.

A partir de ce moment, il alternera entre violon, xylophone et piano. C’est ce que j’appellerai la deuxième partie de son concert. Il interpréta des morceaux de ses précédents albums, dont ceux du film d’Amélie Poulain (ce qui provoquait systématiquement des gémissements chez ma voisine de derrière dès qu’elle reconnaissait la musique…). Je dois bien avouer que je n’ai pas été fan d’un morceau au xylophone, car trop strident à mes oreilles. Mis à part cela, ce fut très plaisant de pouvoir fredonner (dans ma tête) en même temps qu’il jouait. Enfin, Yann Tiersen termine son concert avec le morceau « Sur un fil » pour finir en apothéose !

J’ai trouvé que cet artiste était une personne assez réservée, mais que finalement, c’était peut-être ça la clef de son succès musical.

Charlotte Dutron

Venu interpréter son nouvel album sur scène, on ne présente plus Yann Tiersen, auteur-compositeur et interprète français. Multi-instrumentiste et musicien clairvoyant, poète et aventurier, il nous révèle sa nouvelle création, façonnée atours d’un élément dans lequel il se retrouve: la nature. L’artiste dissémine dans Eusa, ce véritable recueil musical et poétique un leitmotiv lancinant et émouvant, et nous invite sans détour à découvrir l’île d’Ouessant, dont il nous présente la beauté.

Alors que l’épaisse brume suspendue au-dessus des spectateurs se dissipe, les lumières se tamisent peu à peu dans la salle. La mise en scène est modeste. Un piano à queue noir se dresse au centre, éclairé par un seul projecteur et trois grandes ampoules dirait-on volées à la chambre d’un enfant. Près de l’instrument une dernière lanterne est suspendue à un lampadaire, apportant un effet intime et pictural à l’atmosphère. Enfin, un imposant magnétophone trône au milieu de l’espace, prêt à démarrer.

Tiersen, tout au long de son interprétation dresse un équilibre entre fragilité et prise de position. Pour l’ouverture, une voix de femme déclamant un poème en breton émane du magnétophone qui joue un rôle d’acteur à part entière. Tantôt légers et frais, tantôt sombres et tortueux, les tons des ballades résonnent dans un silence presque religieux. L’artiste nous ouvre avec sincérité les portes du monde qui l’habite. Des chants d’oiseaux, le bruit des vagues, la pluie, autant de touches sonores qui viennent se mêler à la composition musicale formant un tout, un témoignage vivant et sensoriel.

Alternant piano, violon puis piano-jouet, Tiersen livre une prouesse fine et délicate en toute simplicité. Au violon, l’artiste est méconnaissable, une pointe d’acharnement presque violente s’échappe des notes, marquant une coupure brève avec la douceur du piano. Ces allers- retours incessants entre violon et piano témoignent ainsi de la dualité des sentiments de l’artiste et de la complexité de ceux-ci. Comme un témoignage sensible de ses craintes,  souvenirs, joies et tristesses. C’est enfin un dialogue qu’il noue avec le spectateur, jouant des lignes mélodiques oniriques et profondes, fragments de beauté pure qui égrènent en chacun de nous, spectateur, notre passé enfui, nos images propres.

Au fur et à mesure que la lumière décline en un violet presque bleu, nous sentons que l’artiste est sur le point de tirer sa révérence. Mais c’est alors qu’il nous plonge une dernière fois dans un dédale de souvenirs. Un parfum d’enfance ressurgit lorsque, assis sur le devant de la scène, il entonne au piano-jouet les premières notes de La dispute d’Amélie Poulain. Morceau emblématique de sa carrière et qu’il choisira pour clôturer son concert,  comme un clin d’œil touchant à son propre passé.

Estelle Magnieux

Lundi 10 Octobre 2016, Yann Tiersen présentait ses dernières compositions, issues de son nouvel album EUSA, à la philharmonie de Paris. Connu du grand public pour la composition de la bande originale d’Amélie Poulain, film réalisé par Jean-Pierre Jeunet, ce grand mélomane nous transporte ici dans un autre univers, proche de ses origines, et nous montre l’étendue de ses compétences musicales. Yann Tiersen ouvre ainsi le spectacle par plusieurs morceaux au piano et alterne ensuite avec du violon et même un piano-jouet. Le tout est accompagné d’une bande-son sur laquelle on peut entendre une voix féminine parler breton ainsi que les bruits de la nature. La spécificité de cet album consiste en effet en ce qu’il a été enregistré en extérieur, en communion même avec la nature, placée au centre de ce spectacle. Yann Tiersen nous emmène ainsi, au travers de ses diverses compositions, dans sa Bretagne originelle. Le décor choisi confirme d’ailleurs ce désir : quelques lumières de jardin, un mât auquel pend une lanterne… tout nous rappelle à la nature.

Les compositions présentées au piano sont très belles et démontrent encore une fois le génie de ce grand mélomane, capable de créer un univers propre et de nous y emmener avec lui. On remarquera d’ailleurs la patte de l’artiste dans les schémas de construction de ces nouveaux morceaux : la création d’un thème premier sur lequel se greffent des variations nombreuses allant crescendo. Les compositions au violon font moins grand effet, car souvent moins élaborées, ne laissant pas à la mélodie le temps de s’étendre et de s’approfondir. Quant au piano-jouet, Yann Tiersen manie avec brio cet instrument peu commun et sait profiter de la légère dissonnance qui en émane.

Le spectacle dans son ensemble est remarquable par sa sobriété, qui n’est pas sans rappeler la simplicité de l’homme lui-même. Celui-ci se présente à nous en tenue ordinaire pour jouer sans plus attendre. Par sa simplicité, Yann Tiersen nous dévoile une musique authentique, capable de nous faire presque oublier la grande et magistrale salle de la Philharmonie de Paris et de nous emmener en pleine nature. On regrettera cependant le manque de contact entre le compositeur, un peu taciturne, et le public, pourtant très enthousiaste. Dans l’ensemble, je recommande ce spectacle aux amateurs de piano ainsi qu’aux fidèles de Yann Tiersen, qui ne manqueront pas d’y retrouver le brio de celui-ci.

Léa Paufique

A l’occasion de son passage à la cité de la musique de Paris, Yann Tiersen a choisi de jouer des morceaux extraits de son dernier album Eusa, enregistré en extérieur sur l’île d’Ouessant dont il est originaire. En dressant une carte musicale de ce lieu qui lui est cher, il décloisonne le spectateur, l’entraînant dans un voyage musical des plus émouvants. C’est une histoire d’amour en langage sonore, symbole d’une relation fusionnelle entre l’homme et son milieu d’origine.

Le décor est simple, à l’image du musicien. La scène est éclairée par un projecteur de cinéma, tourné vers le piano, et par une lanterne à hublots qui évoque l’intérieur d’un navire. L’ombre du piano qui se détache dans la lumière dessine un voilier. Tout est mis en place pour inviter le spectateur au voyage. Yann Tiersen actionne un magnétophone à bandes avant de s’asseoir à son piano. L’aventure peut enfin commencer…

La voix d’une femme, des cris d’animaux sauvages, le bruit des vagues s’écrasant sur les rochers, le chant des oiseaux, des aboiements… Ce sont autant d’éléments, associés au piano, qui nous projettent dans un univers cristallin où l’homme médite face à l’immensité de la nature. Yann Tiersen alterne entre calme, suspension, et emballement avec l’intrusion du violon et du piano-jouet. Son poème unique mélange les genres classique, folk et électronique. La musique sculpte l’air et pénètre les esprits. Chaque émotion trouve sa note sur le clavier du piano. Les cœurs vibrent sur les cordes du violon. La musique de Yann Tiersen, teinte d’une mélancolie qui lui est propre, nous conte des moments de joie, de tristesse et de solitude.

Yann Tiersen prouve bien que son talent ne s’arrête pas à Amélie Poulain.  Il transcende son public en lui procurant un sentiment de bien-être et de perdition. L’esprit virevolte dans l’air, caressant les paysages vertigineux de la Bretagne, bravant le vent et la mer déchaînée. Lorsque la musique s’arrête, il faut alors se résoudre à revenir à la réalité… Je n’ai pas pu m’empêcher de penser à Laurie Anderson, artiste expérimentale américaine, qui a réalisé une performance unique en son genre à l’occasion du Festival de Brighton intitulée Song Conversation. De la même manière,  Laurie Anderson a entrainé son public dans un voyage hors du temps en faisant intervenir les éléments naturels, domptés par les notes du piano et du violon et en jouant sur des effets de lumières. Mais à la différence de Yann Tiersen, Laurie Anderson parle à son public. Elle lui confie ses peurs, ses rêves, sa difficulté à écrire… Elle se penche sur la pensée humaine dans toute sa complexité tandis que Yann Tiersen effectue un retour aux origines, une rétrospective de sa vie que seule la musique était capable d’exprimer.

Audrey Ravet

« Yann Tiersen solo » à la philharmonie de Paris, une soirée sous le signe de la sérénité, des rêves et de la réflexion. Pendant une heure et demie, le public quitte la vie quotidienne et le stress de la ville pour faire un voyage de rêve en Bretagne et pour se relaxer profondément.

Au fil du concert Yann Tiersen, qui est à la fois le compositeur et l’interprète de ce concert, présente dix nouveaux morceaux qui présentent sa région d’origine, l’Île d’Ouessant en Bretagne. Tour à tour, il joue du piano, du violon, le jouet piano ou bien la mélodica et montre ainsi qu’il a plusieurs cordes à son arc.  En fond sonore, des bruits de la nature tels que le clapotis de la mer et le cri des mouettes émanent d’un vieux magnétophone.    .

Le bâtiment où a lieu le concert est très impressionnant et s’accorde bien avec le programme de la soirée. La mer et les vagues décrites dans la musique se retrouvent dans le décor sur scène, dans les instruments sous la lumière blême et mystique des projecteurs, et de quelques lampions vieillots.

L’artiste entre sur scène habillé d’un pull-over en laine, et un verre de l’eau à la main. Malgré la renommée qu’il a acquise en composant la bande originale du film  »Le fabuleux destin d’Amélie Poulain », il reste  modeste. Il se concentre sur la musique et renonce à toute forme de mise en scène superflue. Il salue brièvement le public qui l’applaudit entre les différents morceaux et les enchaîne  sans transition.

Le programme nous éclaire davantage sur ce qu’a voulu exprimer l’artiste par sa musique. Il permet au public d’en savoir plus sur les œuvres de Yann Tiersen et sur la philosophie générale derrière sa musique, ainsi que  sur les compositions présentées pendant le concert.

 Les morceaux se composent des séquences répétitives et peu variées à l’image du style habituel de Yann Tiersen. Cela permet de se laisser bercer par la musique et de se laisser porter. L’accessibilité de cette musique se reflète aussi dans la composition du public. Yann Tiersen attire un public jeune et parvient à les passionner de musique classique.

Bien que la constance de la musique apporte au public une certaine sérénité, cela  peut en plonger certains dans l’ennui. L’intrigue manque de suspense.  Le premier morceau ressemble beaucoup aux suivants à tel point qu’à la fin du concert on est un petit peu saturé. Malgré ce petit bémol, la visite de ce concert reste recommandable.

Johanna Rohde

Eusa, une invitation au voyage

C’est face à un Yann Tiersen seul en scène que s’est retrouvé le public de la Philharmonie de Paris ce lundi 10 octobre. Le dépouillement est total. Au centre, un piano que vient éclairer un candélabre à la lumière à la fois blafarde et apaisante. A côté, un grand magnétophone. Tout près, un violon et des carillons. Un épais brouillard a envahi la grande salle de la Philharmonie, le même que l’on voit parfois à l’approche d’Ouessant, et qui nous laisse à peine distinguer le rivage de l’île. Ouessant, Eusa en breton, le titre de l’album qu’est venu nous présenter Yann Tiersen.

« Gortosit an nos ewid lavared eo bet kàer an deiz » dit-on en Bretagne, soit «  Attendez la nuit pour dire que le jour a été beau. » La nuit se profile à l’horizon, le concert commence. Yann Tiersen entre en scène, vêtu d’un simple pull en laine. Il a l’air gêné que tant de monde se soit déplacé pour lui. Heureux mais gêné. Alors, il met en route le magnétophone puis s’assoit au piano. Un chant breton fend le silence, puis, avec lenteur, quelques notes résonnent, fragiles. Ce sont soudain des goélands qui pénètrent dans la salle, le sel de la mer, les embruns. Le vent s’engouffre et nous nous apprêtons à partir. Il y a plusieurs façons de partir en voyage, Yann Tiersen a choisi l’invitation. Il aimerait nous emmener avec lui, mais ne nous y contraindra pas. Il tend la main, mais ne nous promet rien. Son voyage n’est pas une partie de plaisir, qui a déjà fait la traversée pour aller à Ouessant le sait bien. Alors, quand on accepte de faire ce chemin avec lui, le rythme s’accélère et nous sommes partis.

Le voyage commence avec Pern, première étape d’un parcours qui en comptera dix. Le ton se veut enjoué, fluide et simple. Pourtant, c’est la mélancolie qui transpire à chaque note. Même lorsque la joie affleure, dans un emballement soudain, plein d’une beauté fugace, le piano n’oublie pas que tout cela ne durera qu’un temps. C’est ce que nous rappelle Porz Goret, le deuxième morceau, aux notes bien plus aiguës. Chaque moment musical correspond à un emplacement géographique de l’île d’Ouessant. Nous nous promenons ainsi à travers les chemins escarpés de cette île sise au bout du monde, et Yann Tiersen nous guide. Mais nous guide-t-il vraiment ? Rien n’est moins sûr. En réalité, tout cet album hésite, il tâtonne, et c’est nous qui cherchons notre chemin à travers l’île. Comme si pour trouver notre chemin nous devions d’abord nous perdre à travers les mélodies enlevées de notre barde d’un jour.

Il y a quelques années maintenant que notre compositeur est venu s’installer sur son île avec sa femme Emilie Quinquis. C’est là qu’il conserve les seuls souvenirs de son père. La vie est dure ici, mais elle peut être belle. Yann Tiersen nous le rappelle. Quelle belle métaphore que cet album. Un caillou inhospitalier balayé par les flots et le courant le plus puissant d’Europe, en proie à la fureur des éléments. Et pourtant, c’est un lieu où il fait bon vivre et où l’éclaircie n’est jamais loin, comme dans Roc’h ar Vugale. Yann Tiersen assume la mélancolie de ses airs, c’est ce qui rend cet album si grand. Lorsque le voyage prend fin, avant qu’il ne nous rappelle quelques-uns de ses fameux morceaux qui l’ont rendu célèbre, il remercie le public, gêné à nouveau. La nuit est déjà bien entamée, Yann Tiersen en a rehaussé l’éclat.

Hugo Toudic
Photo : G. Evelin