We love Arabs

Danse | Espace 1789 | En savoir plus


We love Arabs : une satire de l’intolérance

L’espace 1789, par son nom, se veut révolutionnaire et osé. Ce nom est également une promesse pour le public, qui souhaite y découvrir des oeuvres engagées et modernes, sans filtre. Ces qualificatifs définissent bien l’unique représentation du spectacle We love Arabs. La proposition du chorégraphe israélien Hillel Kogan est audacieuse, mais risquée aussi. En décidant de traiter des préjugés issus du conflit israélo-palestinien par la danse, Kogan exprime le besoin de décrire l’absurdité qui réside dans les stéréotypes divisant les deux peuples sémitiques. Pour cela, il choisit d’interpréter (presque autobiographiquement) un chorégraphe névrosé, qui se surprend lui-même en choisissant un danseur arabe, pour lui permettre d’atteindre « un espace qui lui est fermé ». À travers l’humour et le sarcasme, le processus abstrait de création est gentiment moqué, alors que les mouvements de danse trahissent des idées de coexistence pacifique.

Kogan invite Ali Boutrous, silencieux tout le temps du spectacle, à exprimer son identité sur scène. Qu’est-ce qu’être un arabe chrétien à Tel Aviv ? Qu’est-ce qu’être un chorégraphe juif questionnant la création artistique ?

Les mouvements sont fluides, précis, pensés. Tout s’exprime par la gestuelle, les regards, les non-dits. Pourtant tout est dit au spectateur, Kogan s’exprime sur tout ce qu’il effectue, comme pour justifier son intolérance vis-à-vis d’Ali. Ali, cette présence silencieuse tout du long, qui répond par monosyllabes ou par hochements de tête, ensorcèle et permet au spectateur de comprendre toutes ses émotions par la manière dont il se déplace. Lorsque Kogan lui demande d’exprimer son identité par la danse, une chanson arabe démarre, Ali se dégage de la musique et laisse entrevoir son esprit torturé et divisé. Divisé comme le mur invisible qu’Hillel souhaite dresser entre eux, qui n’a aucune consistance et sens d’exister. Divisé également comme ce houmous brandi à la fin de l’oeuvre, en signe de conciliation entre les deux hommes, preuve ultime qu’il n’existe pas de conflit plus ridicule que celui qui divise les deux artistes.

La mise en scène dénudée, où tout est suggéré plutôt que montré, apporte un aspect minimaliste incroyable, où le moindre mouvement prend tout son sens. Derrière l’humour potache se cache un jeu de scène orchestré où se dévoilent des critiques crues du snobisme du monde artistique, de l’impossible choix de la guerre. Le constat est glaçant, percutant, impressionnant. Il laisse au public l’impression d’avoir passé un agréable moment à rire, mais avant tout, de s’être rendu compte de l’ignorance de chacun. La leçon est intransigeante, et en cela, Hillel Kogan et Ali Boutros ont trouvé leur identité commune, qu’ils cherchaient tant.

Elisa Guidetti

Je vous recommande totalement d’aller voir We love arabs : vous n’arrêterez pas de sourire. L’auteur prend une réalité comme la coexistence entre les arabes et les juifs dans la ville de Tel Aviv. C’est une satire simple et parfois irrationnelle où le chorégraphe israélien Hillel Kogan se met en scène avec le danseur Adi Boutrous. Ce duo commence à travailler sur une chorégraphie assez abstraite et compliquée à comprendre à cause des exigences du chorégraphe israélien qui joue avec la notion d’identité entre les deux artistes.

Je ne voulais pas quitter la salle quand la pièce fut finie, et cela faisait longtemps que je n’avais pas eu cette sensation. Franchement je trouve cette pièce assez ironique et vraie vu que dans le monde de la danse, parfois on se trouve avec des chorégraphes baroques et incompréhensibles.

Saioa Azpirotz Lakidain

We love Arabs, c’est un spectacle qui est né à Tel Aviv, grâce au chorégraphe et metteur en scène israélien Hillel Kogan. On a la possibilité extraordinaire de voir ce show unique à l’espace 1789, centre culturel ouvert à toutes et à toius, situé dans le nord de Paris.

Cette introduction vous semble exagérée ? Un peu trop ? Un peu osé ? Bizarre ? Voilà la pièce ! La mise en scène d’Hillel Kogan s’appuie notamment sur l’exagération, jusqu’à nous amener dans l’absurdité totale. Comment aborder le sujet des (in)égalités des hommes de façon plus appropriée ?  Reflétant le discours social autour de cette thématique, le chorégraphe réussit à démonter comment cette image de « l’autre » est construite, et il réussit encore à inciter ses spectateurs à la réflexion.

Tout d’abord en suivant la stratégie brechtienne, en mettant le spectacle en scène comme méta-spectacle, présentant la création du spectacle même. Cette façon incite doublement à penser : comment construit-il cette histoire d’inégalités, et comment est-elle représentée dans les médias ?

Réponse simplifiée : Par des préjugés et stéréotypes que l’on répète sans cesse.

Après avoir surmonté la difficulté des s’exprimer sur le sujet (danse bizarre), Hallil Kogan raconte son idée d’un spectacle qu’il aimerait faire et qui ait pour sujet l’égalité des hommes. « Je veux montrer que nous sommes tous pareils. Différents, mais pareils. Tu comprends ça, Hadi, oui ? Tu comprends ? » Hadi, c’est qui ? Hadi, c’est le danseur qu’il a engagé pour faire cela. (Magnifique : Mourad Bouyad). Un danseur qui est, comme il le découvre, « arabe ». Et voilà que le vrai jeu commence : tolérant, ouvert, intéressé comme nous le sommes tous, il ne veut que du bien, et tout d’abord rien que montrer que nous sommes tous pareils – mais différents.

En expliquant cela à Hadi, la construction de l’autre commence : chacun reçoit son symbole, son espace, sa façon de s’exprimer. Et en expliquant, Hillel Kogan se répète. Sans cesse, reprenant toujours les mêmes et mêmes clichés, les mêmes et mêmes questions, clichés et questions que nous connaissons tous. Une simple allusion suffit et tout le monde sait ce qu’il veut dire. Et il les répète jusqu’à ce qu’on en ait marre, vraiment marre – tellement, qu’on ne le trouve même plus marrant. Et on commence à s’imaginer comment cela serait si on était confronté à ces mêmes et mêmes clichés, à ces mêmes et mêmes questions pour de vrai – chaque jour – dans le monde réel, et pas pour rigoler, pas pour le théâtre.

Mais heureusement on est là, au spectacle, et on retrouve la paix dans le Hummus. Oui, le Hummus, symbole de lien entre hommes égaux, et la soirée atteint son apogée dans la distribution sacrée du Hummus, voilà l’absurdité, voilà le résultat de nos classifications quotidiennes.

Une heure de danse qui incite à remettre son comportement en question. Une heure qui incite à réfléchir sur notre tolérance. Une heure dans laquelle nos simplifications sont dévoilées avec un clin d’œil, et en rigolant, on voit que c’est bien sérieux.

Saria Maria Rammer
Photographie : Gabi Dagon
Categories: Archives, Danse, Espace 1789