Variations Goldberg de J-S. Bach / Centre de musique de chambre de Paris / Janvier 2020

Image d’entête : site du Centre de musique de chambre de Paris

Difficile de vous parler de ce soir-là comme on parle d’un film, d’une pièce de théâtre ou d’une exposition. Parce qu’il n’y avait pas de mise en scène, pas de jeux de lumière, pas d’histoire ni de personnage principal : l’espace a été entièrement vidé pour une seule œuvre, les Variations Goldberg. Pas d’artifices, pas de décors superflus, pas de vains additifs : rien d’autre que la pure et immense immensité du génie de Bach (pour remplir la si petite salle Cortot) ; que la merveilleuse interprétation de trois talents du Centre de musique de chambre de Paris : Léa Hennino (alto), Guillaume Chilemme (violon) et Adrien Bellom (violoncelle) ; ainsi – enfin, que la bonne idée de Dmitri Sitkovetsky de faire jouer ce chef d’œuvre par des instruments à corde.

J’essaye donc d’écrire le plaisir de la musique et de vous dire très égoïstement ce que j’ai ressenti ce soir-là, parce que c’est la seule chose qu’on peut raconter de cette intraduisible langue et que c’est, en fait, le but de l’exercice. Mais tout n’est pas là, beaucoup a été laissé là-bas sur le moment, et beaucoup ne peut être reproduit ici par faute de vocabulaire : Pourrai-je trouver les mots justes ? C’est comme raconter le sentiment amoureux : c’est possible, mais on perd alors tout de suite la puissance de ce sentiment – et il devient simple et commun comme la parole.

Ou alors, c’était comme un rêve : essayez de vous souvenir d’un rêve, c’est impossible ! Comme un secret qu’on ne peut pas répéter. Au réveil, les détails se sont perdus et ne reste que la certitude que c’était beau. Voilà, il suffit peut-être de dire que c’était beau, mais un beau sincère, le vrai beau, celui que vous n’avez presque jamais dit – pas celui qu’on sort sans inspiration, devant n’importe quoi, et qu’on lâche sans effort : « c’est beau… », sans en être non plus convaincu. Mais évitons de réduire cette soirée à un mot, rien que par respect pour Bach.

Un autre mot me vient : nouveau. C’était nouveau, comme ces expériences qui rentrent dans la catégorie des choses qui restent nouvelles, comme l’éternel sentiment amoureux qui nous surprend quand il nous prend – éternel exemple. Quelqu’un disait que « la nouveauté constitue toujours la condition de la jouissance », et à juste titre. Avant les premières notes, figé dans le fauteuil comme sur un lit la nuit en attendant le rêve, j’avais ces questions : les Variations peuvent-elles être jouées par un autre instrument que le piano ? par quelqu’un d’autre que Gould ?

Les réponses à ces questions sont ce modeste texte, qui vous invite avec les meilleures intentions à écouter cette adaptation : car c’est beau et nouveau.

— Simon LEFEBVRE