VANAVARA

Cirque | La Villette – espace chapiteaux | En savoir plus


Ce sont les yeux pétillants, le souffle coupé, que nous sommes tous ressortis du spectacle, avec un seul mot à la bouche : Encore ! On ressentait le besoin d’en parler, de partager la magie à laquelle on venait d’assister. Nos mains nous faisaient mal à force d’applaudir, de faire revenir, les élèves de la 28ème promotion du Centre national des arts du cirque. Ils nous ont présenté leur spectacle de fin d’études dans lequel ils ont mêlé danse, acrobatie, musique et dessin ; le tout mis en scène par Gaétan Levêque.

C’est sous un véritable chapiteau que le spectacle s’est déroulé, avec un décor plutôt épuré, que les élèves venaient compléter au fur et à mesure. La scène était en cercle, ce qui nous permettait de les voir sous tous leurs aspects ; de face, de dos et de profil. C’était impressionnant, leurs corps glissaient sur le sol, interagissaient les uns avec les autres avec une maîtrise absolue. De plus, ce n’est pas seulement par leurs acrobaties qu’ils se sont illustrés, mais aussi par la musique, le chant et le dessin ; ils ont tout fait ! C’était beau, c’était magique, c’était pour moi quelque chose de nouveau. La scène était simplement composée de quelques faux rochers et d’un trampoline dans le fond. Les élèves bougeaient ces cailloux au fur et à mesure, le tout en l’intégrant au spectacle. Il n’y avait pas de pause, pas de changement radical de décors, non, tout fonctionnait en symbiose. Les élèves naviguaient entre éléments du décor et protagonistes du spectacle avec une telle légèreté que dans leur individualité ils semblaient parfois former un tout indissociable. Cette impression de tout, de cohésion s’est vue renforcée par la confiance qu’ils avaient les uns en les autres – ils se sont laissés portés, tombés en arrière, sans hésiter, en sachant pertinemment que leurs camarades seraient là pour les rattraper, c’était beau, émouvant, touchant.

Nous avons ri en retrouvant le personnage du clown qui en empilant des cailloux permettait de faire diversion. De cette manière, la trapéziste est apparue comme par miracle en haut du chapiteau et nous avons frémi en la voyant se balancer, de peur de la voir tomber. Ils étaient tellement près de nous, on pouvait lire sur leur visage la concentration, la fierté et la joie d’y parvenir. Ils nous ont transportés, ils nous ont fait rêver pendant une heure ce mercredi et pour nous cela aurait pu durer encore toute la nuit.

Thelma Dassesse

Vanavara est le spectacle de fin d’année réalisé par les élèves du prestigieux Centre national des arts du cirque, monté avec Gaétan Levêque du collectif AOC.

Un énorme cerceau lumineux surplombe la scène et empreint la scène de son atmosphère bleue et étrange.  Le décor hostile à toute vie humaine est fait de gros rochers gris et d’arbustes sans feuilles. C’est dans cette ambiance désertique, à demi rêvée qu’apparaissent les acrobates.

La scène est apocalyptique et semble être celle d’un passé lointain ou d’un futur proche. Les artistes se contorsionnent au rythme lancinant de la musique et rampent sur le sol tel des pantins disloqués mais d’une extrême souplesse ; et c’est le corps enduit d’une poussière blanche qu’ils entament leur chorégraphie sauvagement  automatisée.

Tandis que l’une, perchée au-dessus de la scène, se contorsionne avec arrogance dans son cerceau, les autres restés à terre tentent en vain de trouver un sens à leur vie. L’homme araignée se démarque de la foule et ses contorsions font frissonner les spectateurs. Les éléments du décor se transforment en instruments de musique. Tout concourt à cette atmosphère étrange gaieté.

Survient une jeune femme en imper jaune qui s’assomme euphoriquement sur les pierres, une danse naît entre elle et l’homme araignée. Un espoir d’amour dans ce monde apocalyptique? Puis la dernière scène : une jeune femme montée sur son trapèze se balance, se balance jusqu’à toucher le chapiteau. Avide de liberté elle finira par sauter.

Ovation des spectateurs et roulements de tambours,

Je recommande chaudement.

Clémentine Lebedinsky

Le Mercredi 8 Février 2017, je me suis rendue au spectacle « Vanavara » à 20h mis en scène par Gaétan Levêque et crée par le collectif AOC au Centre National des arts du cirque à l’espace chapiteaux du parc de la Villette.

Ce spectacle mêlant danse, gestuelle, musique et acrobatie invoquait une ambiance à la fois angoissante et magique où les corps se confondaient puis se déliaient dans une harmonie de groupe et un talent unique et original.

En entrant dans l’espace chapiteaux du parc de la villette, je découvris un petit espace aménagé d’une tente servant sûrement à d’autres représentations, d’un barnum pour se restaurer (« à la bonne franquette ») et d’un petit chapiteau dans lequel se déroulait le spectacle. En entrant dans le chapiteau je fus frappée par l’aspect intime de l’espace. La piste était habillée d’un décor étrange. De fausses roches étaient posées sur le sol ainsi que des branchages. Un mur de pierres surplombait un trampoline, une barre et une corde se trouvaient à la limite entre la fin de la piste et les spectateurs, un trapèze était suspendu dans les airs et un imposant cercle lumineux au dessus de la piste.

Le spectacle s’ouvrit sur une musique formée de sons inquiétants et même dérangeants, la lumière fut éteinte pour quelques instants nous plongeant dans une ambiance vraiment angoissante. Quand on ralluma l’éclairage, une jeune femme au manteau long et aux vêtements sombres et urbains fit un premier numéro munie d’un grand cerceau et toujours accompagné de ces sons indescriptibles. Le reste de la troupe apparut en un seul bloc, leurs corps se mêlaient pour former une seule forme qui évoluait sur la piste comme un animal, un monstre ou encore une entité de chairs et de membres. Tout au long du spectacle, les numéros individuels ou en groupe se suivaient harmonieusement, pole dance, gymnastique, trampoline, parcourt, trapèze avec des changements de musiques et sons créant des ambiances diverses et des univers originaux. Leurs déplacements et les mouvements de leurs corps faisaient penser à des sortes d’animaux, comme si notre bestialité et notre condition humaine était représentée dans son aspect primaire et dans l’exaltation des émotions pures et naturelles.

Chaque artiste possédait sa personnalité propre, son personnage et réagissait aux autres de manières variées. Lors des différents numéros notre attention était captée par tous les artistes qui évoluaient chacun de leurs côtés en aparté. Le mouvement se trouvait donc partout, certains jouaient avec les décors, le déplaçaient, jouaient de la musique avec en les frottant ou les percutant, d’autres jouaient avec de véritables instruments et certains effectuaient des sortes de dansent en se croisant, s’attrapant, se cognant, se portant entre eux ou interagissait avec le public, l’une des artistes dessinait au sol avec une craie discrètement durant tout le spectacle.

Je ressentis plusieurs émotions durant cette représentation, de la surprise, de l’angoisse, de la joie mais aussi de la tristesse, de l’admiration mais je fus surtout étonnée de ressentir des sentiments si forts devant un spectacle dépourvu de parole, construit autour de simples sons et corps en mouvement. Ces émotions ont été d’ailleurs pour moi à la fois personnelles et communes puisque j’ai pu partager certaines réactions de stupéfaction notamment avec les spectateurs autour de moi et pourtant parfois alors que je ressentais une sorte de tristesse, d’autres riaient.

La maitrise de leur art doit être parfaite et pourtant ces artistes nous ont livré une représentation paraissant simple et sauvage, à la fois douce et crue et surtout sans code ni frontière, d’une liberté frappante.

Léa Memain

Après quelques recherches je comprends que le titre du spectacle fait référence à un événement survenu en Sibérie en 1908 : une météore s’est écrasée sur le site Vanavara. Le décor qui s’offre à nous semble assez apocalyptique : des rochers dispersés ça et là, des branches dénuées de toute végétation, qui encombrent la scène mais offrent un bon terrain de jeu aux acrobates. L’espace semble hors du temps, les artistes du Cnac sont vêtus de tenues urbaines, déchirées pour la plupart et tentent, collectivement ou individuellement de redonner un sens à leur existence, de reconstruire leur rapport à la nature et aux autres. Le spectacle entier est marqué par cette dualité : les temps forts succèdent au calme, l’agitation, voire l’hystérie succèdent à la douceur. Présent dès le début du spectacle, un grand cercle lumineux surplombe et encercle la scène, comme la promesse d’un au-delà à atteindre. Cet au-delà, cet au-dessus, se verticalise à la fin de la performance, ce qui n’était qu’une ligne d’horizon s’ouvre alors comme une porte prête à faire passer les survivants dans un autre monde, et la lumière électrique verte qui semble les avaler est presque la seule touche de couleur du spectacle. Les performances acrobatiques sont parfaitement maîtrisées, d’une grande majestuosité parfois comme le premier numéro avec cette femme à l’intérieur d’un cerceau tournant à grande vitesse sur lui-même avec lequel elle ne rompt pas le contact une seule fois. D’autres numéros sont plus chaotiques, les corps s’emmêlent tant qu’on ne parvient plus à les distinguer et les contorsions sont telles que mon souffle de simple spectatrice en fut plusieurs fois coupé. L’imprévu marque chaque transition du spectacle, la plus marquante est sûrement celle de la redécouverte des éléments du décor, intégrés et oubliés, dont l’acoustique va prendre vie au toucher : les rochers sont sonorisés si bien que l’on peut taper dessus comme un tambour et les branches d’arbre sont en fait pourvues de cordes. Les artistes sont eux aussi pour la plupart musiciens : ils jouent sur scène de la trompette, du chant, de la guitare électrique. Les dissonances sont nombreuses et peuvent surprendre : la musique ressemble parfois à une suite de sons bigarrée, certains des jeunes gens se roulent et rampent lentement au sol tandis que d’autres traversent la scène, courants et hurlants. Mais le tout pourtant est harmonieux. C’est cette connexion entre les êtres qui donne sa force au spectacle, ce fond-sonore qui n’en est plus un, qui prend parfois le devant sur la performance de jeunes hommes rebondissant inlassablement sur le trampoline à l’arrière de la scène ou encore cette jeune femme élevée au rang de reine par un trône humain en mouvement. C’est bien ici le travail sur le mouvement qu’il faut saluer ; il est parfois saccadé, mais il y a d’autres fois où les corps semblent littéralement s’écouler le long d’une falaise, où le contact n’est jamais rompu et l’on pourrait croire à une marée tantôt montante, tantôt descendante.

Mélodie Taberlet
Photo : CNAC