Tree of codes

Ballet | Opéra national de Paris | En savoir plus


Le spectacle Tree of Codes est un ballet contemporain, mis en scène par Wayne McGregor sur une musique de Jamie xx, avec pour scénographe Olafur Eliasson, Rob Halliday aux Lumières, et Nick Sagar au son. Ce ballet est une commande de l’Opéra national de Paris où s‘est déroulé le spectacle. Il fut précédemment présenté au Manchester International festival en 2015 où il eut beaucoup de succès.

Il a été réalisé avec des danseurs du Ballet de l’Opéra de Paris: Lydie Vareilhes, Sebastien Berthaud, Julien Meyzindi, Lucie Fenwick et les danseurs étoile Etoile Marie-Agnès Gillot et Jérémie Belingard; et des danseurs du Studio Wayne McGregor: Catarina Carvalho, Travis Clausen-Knight, Alvaro Dule, Louis McMiller, Daniela Neugebauer, James Pett, Fukiko Takase, Po-Lin Tung, Jessica Wright.

Wayne McGregor est un danseur et chorégraphe de danse contemporaine britannique, il s’est inspiré de l’œuvre de l’auteur américain Jonathan Safran Foer Tree of Codes, livre étant lui-même une œuvre d’art, de par sa mise en page de découpage d’un recueil de nouvelles de l’artiste Bruno Schulz juif polonais abattu pendant la seconde Guerre Mondiale.

La représentation était rythmée par la musique de Jamie xx. La première scène très inattendue s’est faite dans le noir où tous les danseurs ont défilé sur scène avec des lumières blanches sur eux. La musique électro, techno pop, joue beaucoup sur l’ambiance des chorégraphies qui sont très étranges au début. Il y a une espèce d’avancée dans le temps durant la prestation car plus le spectacle avance et plus on a l’impression que les danseurs se rapprochent de la réalité.

En effet, ils portent tous au début des costumes beiges qui les fait apparaitre comme des personnages nus. Toute la scène est utilisée par les danseurs. Des grandes vitres de verre viennent séparer la scène en plusieurs couloirs présentant comme des mises en abîme des danseurs, ce qui avec les lumières colorées plonge dans une autre dimension.

Des danseurs s’affrontent en duo mais ne sont pas forcément dans le même couloir, la série de miroir sur les vitres, prolonge la mise en abîme des danseurs, les faisant apparaître encore plus nombreux, c’est assez troublant, car le changement se fait d’ailleurs très vites entre les danseurs. Leurs mouvements sont impressionnants car ils enchaînent des chorégraphies très géométriques, et leurs mouvements sont d’une telle fluidité et souplesse qu’on pourrait les percevoir comme des pantins. La lumière a été projetée de sorte à ce qu’on voit tous leurs muscles et les costumes beiges du début accentuent cet aspect-là, cela intensifie la complexité de leurs mouvements. il y a un travail sur l’anatomie du corps humain. Au fur et à mesure des chorégraphies, les danseurs remplacent leurs costumes beiges, pour des costumes plus colorés, t-shirt d’une couleur avec un short d’une autre couleur pas forcement assortie.

La musique joue beaucoup, la dissonance de certains sons met en avant le décalé de la danse, et selon la chorégraphie. Les éclairages peinent à faire entrer les spectateurs dans cette dimension, ils changent souvent présentant un tableau de danseurs, et des projecteurs qui viennent aveuglés volontairement la salle.

Ce spectacle a pour but de divertir les spectateurs, cela montre un autre aspect de la danse, car les chorégraphies sont mêlées de mouvements de danse classique et de mouvements contemporains. Le fait que ce genre de spectacle ait lieu dans l’univers du Palais Garnier est très surprenant et plaisant du fait que, cela change du ballet classique et cela marque une ouverture à la danse plus moderne.

Nejma Abouzrou

Issue du travail conjoint du musicien Jamie xx, du chorégraphe Wayne McGregor et du plasticien Olafur Eliasson je peux d’ors et déjà vous dire que cette création m’a enthousiasmée. N’étant pas une professionnelle je vous ferai pas de comparaisons savantes, uniquement le récit de mes impressions.

C’est dans le noir que tout commence. Les danseurs ne sont que points de lumières qui évoluent au rythme de la musique. Les lumières deviennent ensuite des corps qui retrouvent peu à peu leur identité. Finalement, le spectateur fait face à une multitude de singularités. Par leurs vêtements, leurs cheveux, leur manière de bouger, chaque danseur acquière sa propre identité et on se surprend à essayer de deviner leur passé. Même si la représentation est courte, on a le temps de s’attacher. Qui est cette fille aux cheveux roses ? Et celle qui danse de manière plus classique, qu’est ce qui la motive ? Tree of codes c’est avant tout une grande interrogation. On en ressort convaincu d’avoir assisté à quelque chose d’unique mais avec un millier de questions en tête.

Ce qui n’a cessé de me fasciner durant le spectacle ce n’est ni la virtuosité des danseurs, la beauté de la mise en scène ou la modernité de la musique. C’est la manière dont cet ensemble créait une œuvre à la fois simple d’accès mais en même temps extrêmement complexe. Je vais faire un parallèle avec tous ces films sur la danse qui pullulaient il y a quelques années. Tous ces Sexy danse, où un crew gagnait sa battle parce qu’ils étaient sortis des sentiers battus. Bien souvent cela se traduisait par une rencontre entre les danses “de la rue” et la danse classique. Et en surface, c’est cette histoire que Tree of Codes raconte. Dans les derniers tableaux on voit nettement danse contemporaine et danse classique se chercher, se toiser avant de se mélanger. Ce n’est pas la première fois que ces genres ce rencontre et pourtant Tree of Codes trouve une manière nouvelle de l’exprimer. La musique et la mise en scène participent bien entendu à part égale à ce joyeux mélange. Si voir l’orchestre de l’Opéra vide est au départ déroutant on s’habitue très vite à cette musique qui vient de nulle part, tantôt devant, tantôt derrière, elle nous rappelle ces musiques des soirées. C’est parfois si compliqué de faire simple et Jamies xx y arrive avec brio. Ce sont les transitions que j’ai le plus apprécié. Car quand on est installé dans un tableau, on veut que cela dure, on n’a pas envie de s’intéresser à un autre univers. Mais tout doucement, la musique nous y entraine et sans s’en rendre compte, on se laisse porter avec délice d’un monde à l’autre.

Pour ce qui est de la mise en scène, un paragraphe doit lui être dédié. Je m’excuse par avance pour la piètre description que je vais en faire. Vous irez chercher des images de ce que j’ai vu et je vais me contenter de vous expliquer ce qu’on ressent. En effet, un jeu s’installe entre le plasticien et le public. Alors que ce dernier cherche à voir le mieux possible, l’artiste semble prendre un malin plaisir à tromper le spectateur. Il n’hésite pas à l’éblouir grâce à un projecteur, à créer des effets d’optiques par des jeux de miroirs ou encore à transformer la salle du Palais Garnier en boule à facette. La conséquence de ce petit jeu est une attention accrue à la scène, et une profondeur inédite pour le spectacle. Les corps sont décomposés, on ne sait plus si l’on admire le danseur ou son reflet mais qu’importe, c’est magique.

Il faudrait plus que cette petite critique expliquer Tree of Codes. Je n’ai pas parlé de la puissance de vie qui s’en dégage. Ni de l’incroyable solidarité qui semble exister au sein de la troupe. Le chorégraphe a réussi à mettre des gestes sur les concepts de cohésion. De mon point de vu de néophyte Tree of Codes c’est une ode à la vie simple. Non pas la fausse simplicité qui se traduit souvent par de la paresse, mais une simplicité épurée et puissante.

Héloïse Dung

Réfléchir le ballet aujourd’hui

J’ai assisté à la représentation du ballet Tree of Codes du samedi 11 février 2017 à 19h30 au palais Garnier (Opéra de Paris). D’une durée d’1h30, ce ballet contemporain mis en scène et chorégraphié par Wayne McGregor, avec la musique de Jamie XX et les décors d’Olafur Eliason, est une création de 2015 au Festival International de Manchester. Une collaboration entre les danseurs du Ballet de l’Opéra national de Paris avec les Étoiles Marie-Agnès Gillot et Jérémie Bélingard, les Premiers Danseurs, le Corps de Ballet, ainsi que les danseurs de la Company Wayne McGregor. Haut en couleurs !

Un mélange qui reste la ligne de conduite du spectacle, qui capte avec audace le regard et lui offre une palette de possibilités, comme pour démultiplier la vision.

Pour cette création, le britannique Wayne McGregor s’est inspiré du livre The Street of Crocodiles.

Notre regard est mis à l’épreuve, transporté par la virtuosité du mouvement.

Dès l’ouverture, nos yeux sont saisis, et recentrés dans l’obscurité totale sur le corps des danseurs qui portent sur du tissu noir des lampes et qui évoluent eux aussi dans l’obscurité. Un beau tableau qui exprime l’universalité.

En torsion, les artistes animent l’espace jusqu’à exprimer l’insensé dans des pas contemporains. Le spectacle est dynamique, il y a une véritable audace et volonté de nous surprendre par sa mise en scène : néons roses, miroirs mobiles, toiles semi-opaques, retour des néons roses… Tout se démultiplie, la musique surprend, le rythme des percussions qui s’en détache soudainement crée une atmosphère de déséquilibre où on contemple des danseurs qui s’élèvent les uns les autres, légers. Une lumière intense provoque elle aussi puisqu’elle tourne comme un phare sur les spectateurs, nous aveugle quelques secondes.

Les miroirs perdent notre regard, déforment ou reflètent la réalité. Ils se présentent notamment comme deux portes qui se resserrent et derrière lesquelles les danseurs marquent leurs entrées ou sortie.

Des duos de danseurs effectuent les mêmes pas, parfois séparés par un voile qui divise l’espace scénique en deux sur toute sa longueur. On remarque même un décalage entre les reproductions de mouvement, une désynchronisation qui fait peut-être écho aujourd’hui à une réalité synthétique, artificielle ?

Il est certain que la déstructuration est le maître-mot, à cela s’ajoute une grande vitrine qui tombe au-devant-même des danseurs sur la scène et la divise encore. Cette séparation se colore, semble réagir à la musique, s’ouvre en deux « yeux » circulaires et ne cesse de se transformer. S’ensuit le final, avec l’ensemble de la troupe dans une effervescence prenante et toujours des couleurs, le bleu, le violet, faisant penser à l’illusion.

J’ai été surprise de l’arrivée de cette fin, je n’ai pas eu l’impression d’avoir vu déjà une heure et vingt minutes de spectacle !

L’ensemble des danseurs sont largement et longuement applaudis par un public enthousiaste qui insiste avec des cris d’approbation.

J’ai aimé la singularité de la composition musicale (qui nous impose de véritables bruits et grincements parfois) et donc ce qu’elle permet d’exprimer : déséquilibre, force de l’instant, provocation. Elle apporte encore une profondeur de sens à la danse, tout en se distinguant puisque par moments la danse ne s’appuie plus sur la musique qui paraît fuir, se détacher. Cela constitue en partie l’identité de Tree of Codes.

De mon point de vue, le volume de la musique était cependant un peu trop élevé, bien que ce soit certes un moyen de captiver d’avantage les sens et l’attention du spectateur. Dans la loge que j’occupais, plusieurs personnes ont exprimé leur satisfaction et leur surprise.

Globalement, j’ai eu l’impression pendant la représentation, et dès les deux premiers plans surtout, de voir des sentiments « bouger ». Une représentation de sentiments purs en mouvements grâce à la danse mais aussi par la mise en scène. L’art de la sensibilité et l’émotion, avec une perception subtilement travaillée permettent ici une évasion personnelle au spectateur, qui songe. C’est un moment particulier donc précieux.

Tree of Codes est marquant, exprime l’universalité.

Clémence Herledan

Le Ballet de l’Opéra de Paris n’a pas vocation à interpréter seulement des pièces du répertoire classique de la danse, mais aussi à s’ouvrir à la danse moderne et contemporaine, en présentant des spectacles de grands chorégraphes de renom du XXe siècle, issus de traditions diverses (Balanchine pour la tradition américaine, Pina Bausch et le théâtre-danse, Béjart…) et en accueillant des chorégraphes vivants. Wayne McGregor est reçu depuis une dizaine d’années à l’Opéra de Paris et présente des pièces novatrices de danse contemporaine. Tree of codes est un ballet d’une heure et demi dansé par des danseurs de l’Opéra de Paris et de la compagnie de Wayne McGregor, inspiré d’un livre de Jonathan Safran Foer, avec une création musicale de Jamie xx et une scénographie de l’artiste Olafur Eliasson. Cela fait beaucoup d’influences et d’artistes pour un ballet qui n’est pas très long, mais le résultat est là : la pièce est envoûtante, onirique et passionnante.

Le tout début de la pièce a de quoi surprendre : la scène est plongée dans le noir et les danseurs entrent progressivement, visibles seulement grâce aux lampes installées sur leur tenue, le long de leurs bras et de leurs jambes. C’est donc de silhouette qu’il s’agit d’abord, mais à l’inverse des ombres chinoises puisque leurs ombres ne se découpent pas sur un fond éclairé : ce sont eux-même, au contraire, qui sont lumineux dans une atmosphère plongée dans la pénombre. Cette entrée en scène dure quelques minutes, puis est rendu visible le dispositif scénique qui fait en grande partie l’originalité de la pièce. La scène est coupée en deux par un miroir de dimensions spectaculaires qui divise l’espace, mais qui plus tard permettra en fait de l’agrandir d’autant plus. Le langage chorégraphique des danseurs est fondé sur celui de la danse classique (on peut identifier des mouvement issus de la danse classique comme des relevés ou des arabesques) mais très dynamisé, plus rapide et plus libre. S’il y a des pas de deux et des distinctions entre les danseurs (grâce à leur tenue plus qu’à la mise en scène qui en valoriserait un groupe ou un autre), l’espace n’est pas hiérarchisé sur un mode traditionnel de premier plan et d’arrière plan : une fois qu’un second rideau (en fait un miroir sans tain) est descendu sur scène, l’espace prend des dimensions toutes différentes puisque chaque danseur est reflété quelque part sur la scène, mais de manière différente selon qu’il est sur la moitié avant ou la moitié arrière. Ce dispositif créé par Olafur Eliasson ouvre des perspectives neuves pour la scène historique de l’Opéra Garnier ; les jeux de lumière renforcent cette impression en projetant par moment la lumière sur le public, créant un rapport moins conventionnel entre public et scène. Toute cette scénographie, inventive et dynamisante, n’efface pas la force de la danse façonnée par Wayne McGregor, elle lui donne un lieu propre pour se déployer. L’étoile Marie-Agnès Gillot est majestueuse et attire sur elle tous les regards, mais tous les danseurs sont impressionnants et livrent une performance hors du commun. C’est un spectacle qui donne envie de se plonger dans la danse contemporaine et dont on sort plein de dynamisme et de joie.

Marie Huber

Dans le froid nocturne de février, j’attends patiemment mon tour pour entrer à l’intérieur du majestueux Palais Garnier où est représenté le ballet auquel je m’apprête à assister. Adaptation d’un livre de Jonathan Safran Foer, mis en scène par Wayne McGregor, et associant des danseurs de l’Opéra — dont l’Étoile Marie-Agnès Gillot, très applaudie à la fin de la représentation — avec ceux du studio original de McGregor, son nom mystérieux, Tree of codes (comprenez « Arbre de codes »), attise davantage ma curiosité, d’autant plus que je n’ai jamais vu de ballet contemporain.

Contemporain, le ballet l’est certainement. Dans ce spectacle, les scènes se succèdent visuellement à coup de jeux de lumières époustouflants, tout en gardant une certaine cohérence interne grâce à la musique, véritable fil d’Ariane du ballet, dont les compositions s’enchaînent de manière fluide, tel un cours d’eau. La notion de couple évolue également : aux partenaires homme-femme se substitue des couples de trois ou quatre personnes. Autre élément très moderne — et qui peut désarçonner les plus « puristes » ou en tout cas les plus classiques —, le ballet n’est pas à proprement narratif. Si intrigue il y a, elle exige un effort d’interprétation de la part du spectateur qui se doit de déchiffrer, de décoder (d’où le titre ?) derrière les remarquables illusions d’optique, la scénographie particulièrement épurée et les costumes simples et sans prétention des danseurs, le sens de l’histoire. En cela, le ballet est un spectacle de son temps, car le message qu’elle véhicule s’individualise et laisse libre cours aux sensibilités et à la perception de chacun.

Par conséquent, le terme de « ballet » attribué à cette représentation, m’a assez déroutée, et il est fort probable qu’on l’ait ainsi dénommé par convenance. Il s’agit plutôt d’un spectacle audiovisuel, associant savamment la puissance émotionnelle de la musique diffusée par les enceintes de la salle — et non par un orchestre—, les nouvelles techniques scéniques — miroirs et murs de verre — à la danse classique et contemporaine — les pas des deux genres s’imbriquent d’ailleurs assez souvent au sein d’un même enchaînement. Hybridation, sensations et double niveau de lecture sont les maîtres mots d’un spectacle impressionnant, mais somme toute, assez commun, car après tout, ces trois adages sont aussi ceux de toutes les « performances » du XXIe siècle. Il convient, en revanche, de saluer l’exceptionnel talent des danseurs, qui n’ont cessé de me subjuguer tout au long de la représentation.

Au bout d’une heure et vingt minutes, la dernière note de musique retentit, les lumières se rallument et un vacarme d’applaudissements se fait entendre. Le public semble conquis. Quant à moi, je suis séduite par la virtuosité des danseurs. Un peu moins par celle du metteur en scène qui m’a quelque peu laissée sur ma faim. J’ai l’impression que j’aurais pu voir ce spectacle n’importe où. Allons donc ! Un petit effort de créativité de la part d’un art contemporain souvent décrié et considéré comme snob et peu accessible, serait le bienvenu.

Sara Lachibeb

Un ballet pas si classique que ça.

La mise en scène jouait sur la profusion de materiaux utilisés:  du verre coloré, des miroirs, du vide, du métal, des lumières… L’espace est rempli par des danseurs aux mouvements impressionnemment travaillés, précis, poétiques et chargés d’intention.

La musique,  lyrique, rythmique et touchante, se charge d’emporter le spectateur dans l’univers du mouvement et de l’immaginaire.

Ce ballet contemporain est le fruit d’un travail titanesque, porté par une troupe de danseurs exceptionnels. Il m’a paru être une combinaison parfaite d’énergie et de légèreté.

L’alliance de ces deux concepts donne sa puissance au mouvement et au message véhiculé.

Ce qui ressort de ce ballet, c’est un sentiment de surcharge, tant au niveau des outils utilisés qu’au niveau du nombre de danseurs, qu’au niveau des émotions procurées chez la spectateur.

Cette profusion et cette surcharge servent à merveille le message du spectacle; une remise en question des codes et concepts imposés par la danse à la danse. Le public se trouve transporté dans l’univers de la danse, univers sensible et effrayant de rigueur à la fois.

Et qui de mieux que des danseurs pour parler des normes et des conventions que leur discipline leur impose?

J’ai passé un moment de grande beauté.

Merci beaucoup.

Garance Marchand

Le 11 février 2017, je suis allée voir le spectacle de danse contemporaine intitulé Tree of codes à l’Opéra de Paris. Déjà impressionnée par l’architecture extérieure du Palais Garnier, j’ai été subjuguée, lorsque je suis entrée dans le hall, par le grand escalier qui mène à salle de spectacle, ainsi que par la richesse des matériaux et des décorations présents dans ce hall : marbres, onyx, cuivres, peintures, mosaïques, sculptures et dorures ; tout ce qu’il y a de plus beau et de plus cher en ce monde se trouvait réuni là. De plus, les gens qui pénétraient avec moi dans l’Opéra étaient tous bien habillés. Aucun doute, j’étais bien là dans un lieu prestigieux réservé à la bonne société française ou étrangère ainsi qu’aux classes moyennes supérieures.

Une fois arrivée à ma place, j’ai eu tout le loisir d’admirer la grande et magnifique salle de spectacle du Palais Garnier. Cette salle à l’italienne est composée d’une grande scène, d’une immense baignoire ainsi que de balcons et de loges sur cinq étages. Elle dispose de deux mille places assises. Son plafond, peint par Marc Chagall, l’immense lustre en cristal qui en descend, les dorures de toute part et le velours rouge des fauteuils ajoutent encore au luxe et à la somptuosité de la salle.

Créé en juillet 2015, Tree of codes est un ballet contemporain innovant. Au commencement du spectacle à 19h30, toutes les lumières se sont éteintes : on ne voyait sur scène que la lumière clignotante de guirlandes argentées épousant la forme du corps des danseurs. Cela donnait l’impression de voir des étoiles danser sur une musique électro-pop et plongeait d’emblée les spectateurs dans un univers post-moderne. Ensuite, une faible lumière projetée au centre de la scène a fait apparaître de grands miroirs non alignés les uns par rapport aux autres devant lesquels les danseurs ont dansé. Effets dans le miroir et réalité des danseurs se mélangeaient alors complètement. L’originalité du spectacle tenait donc tout entier dans ces jeux de miroirs et de lumière dévoilant la polysémie des mouvements des danseurs ; danseurs qui ne portaient qu’un minimum de vêtements aux couleurs très vives : rouge, vert, jaune, bleu… Ainsi, musique, décors et chorégraphie se mariaient parfaitement pour former un ballet peu ordinaire, à l’image de notre époque.

J’ai beaucoup apprécié la créativité présente dans ce spectacle. Ce que j’ai le plus aimé, ce sont les danseurs qui, par leurs mouvements, montrent la beauté et la grâce du corps humain.

  À la fin du spectacle, le public a gratifié les danseurs et les créateurs de ce ballet de tonnerres d’applaudissements.

Yali Tang

Du 3 au 23 février 2017, le chorégraphe Wayne McGregor et le plasticien Olafur Eliasson présentent à l’opéra national de Paris leur nouvelle création : Tree of codes. Ce ballet de danse contemporaine évolue sur une musique de Jamie XX, membre du groupe de pop minimaliste The XX. L’artiste crée des compositions inédites empreintes à la fois d’électronique et de classique. Cette co-réalisation basée sur un livre-objet de Jonathan Safran Foer met en scène des danseurs  à la fois issus de la troupe de McGregor et celle de l’Opéra national de Paris comme les étoiles Marie-Agnès Gillot et Jérémie Bélingard.

Le spectacle commence par un ballet de lucioles, de leds placées sur les danseurs habillés de noir. La représentation ne débute donc pas avec des corps mais avec de la lumière. Symboliquement, ce choix est très poétique et esthétiquement, très réussi. Les bras des danseurs apparaissent ensuite au spectateur diffractés dans des cônes en miroir. Les projecteurs s’allument et révèlent les danseurs. Ce processus d’attente, de frustration visuelle met le spectateur en haleine, il est alors mieux disposé à apprécier chaque détails des chorégraphies suivantes. Une vitre réfléchissante apparaît et les danseurs en jouent, dansant devant ou/et derrière. La scène reflétée semble n’avoir plus de limite et les danseurs sont comme démultipliés. S’instaure alors un jeu entre transparence et opacité, entre le reflet des danseurs et leur imitation par d’autres danseurs. Le miroir est placé pendant un temps penché pour nous donner une autre vision des danseurs : le décor devient alors un instrument au service de notre perception. Lorsque tous les danseurs sont regroupés derrière ce miroir dont le fond de scène nous apparaît bleu, ce dernier s’ouvre et révèle un fond de scène rouge. Le décor montre alors les limites de notre perception. Cette réflexion apporte une profondeur au ballet : ce n’est pas seulement  une prouesse esthétique ou technique.

Les chorégraphies des danseurs évoluent de même au long du spectacle. Alors que les premiers tableaux sont composés de duos émouvants par la douceur des contact, les danseurs, à la fin, habillés de couleurs vives répètent en groupe des phrases chorégraphiques aux mouvements plus saccadés. Cela évoque au spectateur une standardisation des gestes qui perd ainsi de sa force émotive. Il est cependant possible de remarquer une attention particulière aux mains et aux expressions tout au long du spectacle. Ces détails montrent la perfection des performances chorégraphiques de chaque danseur.

Le ballet s’ouvre (et se termine) sur des claquements de mains. Les danseurs apparaissent sur une musique qui n’est que succession de sons. Cette musique presque bruitiste évolue au cours du ballet et des harmonies au piano retentissent suivies de passages plus légers chantés et finalement des mélodies électroniques. L’évolution de la musique supplée à l’évolution des chorégraphies et des décors. En ce sens le spectateur comprend le choix de ce type de musique contemporaine. Cependant les mélodies très rythmées et répétitives avec des basses très présentes manquent à la fin de richesse dans la composition des harmonies. La musique perd alors de sa profondeur et transmet moins d’émotions au spectateur.

Le spectateur est alors au long de ce spectacle transporté dans un monde qui évolue. Il assiste à la naissance du corps et des émotions jusqu’à sa standardisation sa déshumanisation. L’abstraction de l’histoire racontée par les danseurs renforce les émotions transmises au spectateur.

Léa Thouin
Photo : Joel Chester Fildes