Thomas Enhco et l’ensemble Appassionato

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Pour rendre hommage au génial compositeur américain George Gershwin, Thomas Enhco trio (piano, contrebasse, batterie) collaborant avec l’ensemble Appassionato s’est retrouvé sur la scène du grand amphithéâtre de la Sorbonne. Le concert a été dirigé par Mathieu Herzog, chef d’orchestre qui a monté son propre orchestre en 2014. Quant à Thomas Enhco, pianiste et violoniste de vingt-neuf ans formé par des musiciens de jazz français et internationaux, de nombreux concerts ont été donné par lui à l’échelle mondiale.

Quel gala de jazz passionnant ! Les spectateurs enthousiastes ont rempli le sublime Grand Amphithéâtre de la Sorbonne. Les extraits les plus beaux de George Gershwin comme « Porgy&Bess », « Un Américain à Paris », « The man I love », « Lady Be Good » et « Summertime » ont été interprétés par les musiciens avec l’accord harmonieux de violons, altos, violoncelles, contrebasse, piano et batterie. Une recherche créative à la fois classique et moderne a grandement perfectionné la représentation. Les spectateurs s’adonnaient dans la musique, des applaudissements chaleureux éclataient dans la salle après chaque interprétation.

La symphonie, qui s’est transformée de temps en temps en trio ou en solo, donne un grand plaisir aux spectateurs. Ce très beau concert a créé également une intimité à travers de petits discours ou présentations de Thomas Enhco et de Mathieu Herzog. Les spectateurs ont beaucoup ri et applaudi.

Shi Chenghui

Le concert de Thomas Enhco, fort du trio qu’il forme avec Jérémy Bruyère à la contrebasse et Nicolas Charlier à la batterie – véritable machine dont on saluera les quelques fulgurantes improvisations solo qui donnent dans le free jazz – s’est déroulé ce lundi 28 mai dans le lieu chargé d’histoire qu’est le Grand Amphithéâtre de la Sorbonne-Mère dans le 5ème arrondissement de Paris.

Il convient de mentionner l’originalité de la proposition artistique pensée de concert avec Mathieu Herzog, qui au-delà de partager son patronyme avec un des grands réalisateurs de la Nouvelle Vague allemande, est un artiste mondialement reconnu que l’on connaît notamment comme altiste du Quatuor Ébène. Deux heures durant, il a dirigé son ensemble Appassionato le temps d’une balade dans le répertoire de Gershwin. Les deux arrangeurs, complices à la scène comme à la ville, aidés d’autres musiciens, ont réussi à opérer une synthèse encore rare sur scène (du moins à mon humble connaissance) : celle du classique et du jazz. On avouera cependant une légère préférence pour les morceaux interprétés uniquement par le trio, où l’on a pu entendre toute la virtuosité de Thomas au piano. Un hommage particulièrement émouvant a été rendu par ce dernier au moment du rappel à celui « qui lui a tout appris » : le violoniste Didier Lockwood. En effet, celui qui nous a quitté cette année avait originellement été programmé pour jouer ce soir-là. Puis la foule a quitté l’amphithéâtre, où les figures tutélaires surgissent du marbre des murs, après une soirée passée aux côtés de grands noms de la musique – le tout sous une pluie diluvienne, comme si l’orage du dehors venait faire é(n)cho au tonnerre d’applaudissements et aux folies rythmiques du dedans.

Passées les méritées louanges pour l’aspect artistique de la performance, il serait malhonnête de ne pas soulever une autre problématique constatée à la seconde même où l’on passait le seuil du 47 rue des Ecoles : la non diversité du public allant de pair avec une appropriation du lieu.

Puisque nous convoquions de grands noms, continuons ici en invoquant Pierre Bourdieu. Force est de constater que son analyse sociale déterministe est toujours d’actualité, si ce n’est même tout particulièrement réactualisée à l’heure d’un libéralisme gouvernemental ouvertement revendiqué. Bourdieu parle du théâtre comme de la sortie culturelle la plus distinctive qui soit ; aurait-il assisté à ce concert du Festival Jazz à Saint-Germain-des-Prés, sans doute aurait-il réservé un paragraphe bien senti sur le milieu du jazz à l’heure actuelle. Sans même parler de la réappropriation culturelle de cette musique

afro-américaine populaire aujourd’hui bien loin de sa dynamique originelle, se pose la question de la sociologie des publics présents sur place. Loin de nous l’idée de nier l’existence d’un public captif – et potentiellement de niche (encore que…) – qui se compose d’habitués et d’afficionados de jazz. Le spectateur y est d’une moyenne d’âge élevée, blanc, bourgeois, au capital économique et culturel socialement affiché et transmis, pour reprendre la terminologie bourdieusienne. Celui-là même qu’on imagine plus volontiers au Duc des Lombards qu’aux sessions jazz gratuites du Piano Vache.

Mais au-delà d’un entre-soi entretenu par une politique de prix fort excluante (70€ la place dans le dit carré d’or – comprendre les sièges centraux au lieu des bancs en bois !), qui empêche de facto une diversité des publics, la réelle problématique n’est pas là mais bien dans l’appropriation du lieu. Comment expliquer choisir un lieu fort de son prestige universitaire, dont l’acoustique ne saurait être la principale motivation, et ne voir aucun étudiant dans les rangs ? Pourquoi choisir un pareil lieu si c’est pour n’en chasser que mieux ses habituels occupants ? Il semblerait ici que nous donnions dans la même hypocrisie qu’un certain directeur d’un théâtre national situé non loin de là, qui commémora l’occupation du lieu en Mai 68 par des étudiants…en envoyant les forces de l’ordre sur leurs homologues contemporains voulant s’inviter à leur tour à la fête. C’est rendre un bien triste hommage au jazz – et plus largement à la culture – que de le donner à voir et à entendre à un public trié sur le volet.

Anaïs Levieil

Le 28 mai, à l’occasion du festival Jazz à Saint Germain des Prés, et grâce au Service Culturel de la Sorbonne, j’ai réussi à me procurer une place pour un concert unique en son genre. Le célèbre pianiste français Thomas Encho en trio jazz et le chef d’orchestre Mathieu Herzog avec son ensemble L’Appassionato ont proposé, dans le cadre du magnifique Grand Amphithéâtre de la Sorbonne un hommage au compositeur américain George Gershwin, « Le monde de Gershwin ». Mon placement était parfait, juste à coté du pianiste, au premier rang. J’avoue que je ne connaissais pas, avant le spectacle, les deux illustres artistes de la scène musicale internationale, même si j’avais déjà entendu parler de Thomas Enhco : pourtant, j’ai une grande admiration pour le créateur du jazz symphonique américain George Gershwin, l’auteur des mes œuvres modernes préférées comme « Porgy and Bess », or « Ouverture Cubaine » ; c’était pour cela que je me suis rendue tout de suite à la Sorbonne pour attendre avec impatience le début du concert, une demi-heure en avance. Quoique il s’agissait d’un concert jazz, c’était difficile de s’attendre à une ambiance détendue et informelle telle que celle qui s’est révélée dans la salle du Grand Amphithéâtre. Tous les musiciens étaient vraiment d’ un niveau excellent, et en même temps leur personnalité a ajouté quelque chose à la structure musicale déjà écrite, sans pourtant ruiner son authenticité, ce qui dévoile un grand talent uni à une grande connaissance et culture de ce génie du jazz, Gershwin, qui cette année par ailleurs célèbre son cent-vingtième anniversaire. Entre tous, se distinguait le pianiste Enhco, qui a moins de trente ans et il est déjà un professionnel, avec un parcours musical sensationnel, et pourtant il n’arrêtait pas littéralement de s’amuser avec son trio et le « Maestro » Thomas Enhco, en désamorçant la tension entre les musiciens. La programmation m’a également surprise ; les grands classiques se mélangeaient entre des choix très personnels, des petites « perles » du chef d’orchestre, qu’il prenait plaisir à nous présenter avant l’exécution, sachant que cela nous aurait sans doute émerveillés. Pendant la soirée, « le monde de Gershwin » alternait avec le trio d’Enhco, formé par la contrebasse et la batterie, et ils ont exécuté des morceaux qui font partie nouvel album du pianiste, comme Eclipse et Allegro con Spirito. L’ordre de l’exécution était assez dynamique, bouleversant ; l’orchestre n’arrêtait pas de laisser à la fois la place au trio, à la fois à Thomas Enhco, qui soudain et souvent restait tout seul en scène. Même dans ce cas le pianiste se faisait plaisir à communiquer avec le public, tantôt en musique, tantôt avec le dialogue, en plaisantant ; « J’espère qu’il y aura toujours quelqu’un pour jouer ici ».

Je peux dire que grâce à tout ce qui a rendu ce moment particulièrement saisissant et émouvant pour moi, j’estime d’avoir bien choisi ma façon personnelle de célébrer le début de vacances universitaires.

Elisa Lamura

Dans le magnifique amphithéâtre de la Sorbonne, le Thomas Enhco Trio et l’Ensemble Appassionato s’apprêtent à nous faire entrer dans un petit bout du monde de Gershwin. Des artistes. Et pas seulement artistes. Magiciens, également. En effet, les oeuvres de Gershwin ont été joué, visité et revisité, mais l’orchestre réussit quand même à surprendre le public et le mettre à l’aise. Une dame assise à mes cotés peint la gestuelle des artistes qui articulent la musique sur scène.

Malheureusement, il n’y a pas beaucoup de jeunes dans le public. Petit bémol qui crée un côté réservé et élitiste au concert.

Les musiciens enchainent ainsi les standards de George Gershwin, en allant notamment de « Porgy and Bess », un opéra qui mélange parfaitement le jazz européen, américain et la musique populaire, à « Lady Be Good ! », une comédie musicale de George et son frère Ira Gershwin, en passant par « Un américain à Paris », un poème symphonique.

Thomas Enhco, un artiste aux multiples talents, rit avec nous et nous invite à apprécier toutes ses performances musicales. Les solos sont virtuoses et accessibles pour certains d’entre nous qui sommes amateurs. Le chef d’orchestre Mathieu Herzog se familiarise avec le public et synchronise parfaitement les artistes sur scène. L’Ensemble Appassionato nous éblouit avec sa cohésion instrumentale chaleureuse et entrainante, nous faisant danser la tête, claquer des doigts et remuer les épaules.

Emilia Trifunovic
Crédit photographique : DR
Categories: Concert, Sorbonne