Solstice

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La compagnie Blanca Li présente au Théâtre National de la Danse de Chaillot le spectacle Solstice. Cette création artistique a comme thème central la représentation de la nature tourmentée par l’homme. Elle mêle résolument danse contemporaine et forte scénographie, notamment grâce à des voiles tendus et mouvants, sur lesquels sont projetées des vidéos. La musique se fond aux mouvements des quatorze danseurs, quand ce ne sont pas les danseurs eux-mêmes qui la produisent grâce à leur corps ou à des objets. La directrice de la compagnie, Blanca Li, danseuse et chorégraphe franco-espagnole, explique qu’elle a voulu sensibiliser le public à l’écologie, et montrer la fragilisation de la nature.

Le spectacle est une succession de tableaux qui représentent les différentes facettes de la nature, comme le feu, la glace, le sable ou encore la terre. Ce dernier tableau, qui clôt la représentation, est sûrement le plus impressionnant. En effet, les danseurs répartissent de la terre sur la scène et en prennent possession, ne faisant plus qu’un avec la matière, sur le rythme déchaîné des percussions, en une sorte d’apothéose. L’enchaînement des tableaux est dynamique, le spectateur n’a pas le temps de s’habituer à une scène. Les costumes participent à la recréation des éléments naturels : les tissus fluides balayés par le vent imitent la légèreté des nuages, ou peuvent s’enrouler autour des corps pour figurer des glaçons. La lumière sublime le jeu des corps et intensifie les différentes séquences, parfois douces, parfois violentes. De temps à autre, la musique cesse et demeure seulement un danseur sur la scène, en toute simplicité, provoquant une émotion sincère.

Plus qu’un spectacle sensibilisant, c’est un spectacle sensible. Le spectateur est totalement immergé dans un univers merveilleux. Le corps de l’être humain paraît regagner ses sources primitives. C’est une échappée dans un autre monde, celui de la grâce et de la légèreté. Les artifices techniques permettent de mobiliser tous les sens, d’être entièrement captivé. Le public est ébloui, il ne souffle mot. En somme, Blanca Li a réussi la prouesse de mettre en scène un spectacle de danse contemporaine accessible à tous, au-delà de la réalisation souvent hermétique du genre. Le spectacle s’est conclu sous une salve d’applaudissements bien mérités pour la troupe de Blanca Li. Courez voir Solstice !

Chloé Roland

Mardi 10 octobre au Théâtre National de la Danse à Chaillot, malgré le mouvement de grève ayant rendue incertaine la représentation du jour, a lieu l’une des dernières représentations parisiennes de Solstice par la compagnie Blanca Li. Avec ce spectacle, la chorégraphe espagnole illustre le rapport entre l’homme et la nature et retranscrit avec puissance les changements environnementaux au cœur de ses préoccupations.

Les quatorze danseurs évoluent dans un univers d’ombre et de lumière, la plupart du temps monochrome. Le rouge, le noir, le blanc et le vert rappellent les éléments naturels et le choix de costumes de couleur chair renforce le caractère organique de la mise en scène. L’ambiance est vaporeuse grâce à l’utilisation de grands draps de tulles mouvants au sol puis en l’air. Le ciel se fait terre, puis mer, et les danseurs semblent en lutte avec leur environnement. Les tableaux s’enchainent et nous entrainent dans un voyage. A un moment fort du spectacle, nous sommes plongés presque littéralement dans un bain de lumière blanche et de tulle évoquant une mer houleuse où les danseurs donnent l’impression de lutter contre les éléments. L’effet est saisissant. De plus, des images issues du touchant film documentaire Human de Yann Arthus-Bertrand sont projetées par moments. En outre, une séquence très théâtralisé prête à sourire : les danseurs se touchent et soufflent comme pour se gonfler les uns les autres et l’on imagine toute la fragilité de la transmission de la vie, ou la fragilité de la vie elle-même.

La forte présence d’effets visuels est renforcée également par la musique et les effets sonores dont les passages plus ou moins intenses marquent le rythme du spectacle. Comme énergisés par le djembé, les danseurs nous font voyager vers l’Afrique, transportant même des calebasses, symbolisant la préciosité de l’eau. Par ailleurs, un grand aquarium d’eau est utilisé plus tard comme instrument de percussion et se synchronise parfaitement avec la chorégraphie. Enfin, Bachir Sanogo nous offre un pur moment de grâce au son du n’goni malien et de sa voix envoûtante. Une certaine sérénité s’installe. Avec ce chant apaisant, Blanca Li nous offre un moment de répit, un espoir, mais cela ne dure pas.

La scène finale se joue dans la cendre noire, déposée par les danseurs au sol dans des spirales rappelant à la fois éruptions volcaniques et tornades. Les corps se salissent de poussière noire alors qu’un relief de montagne se dessine dans la cendre sur un panneau incliné installé au fond de la scène. Est-ce là la destinée du genre humain ?

Avec Solstice, Blanca Li veut nous sensibiliser à la cause environnementale et elle y parvient avec brio. On sort de ce spectacle plus alerte et troublé.

Florence Delambre

« En raison d’une grève nationale, certains effets spéciaux du spectacle ne seront exceptionnellement pas visibles aujourd’hui. » C’est par ces mots et dans ce contexte agité que s’ouvre Solstice en ce mardi 10 octobre 2017. Pourtant, lorsque le rideau tombe, la scénographie est si impressionnante que l’on se demande à quels effets spéciaux on peut bien échapper. Les premières minutes sont en effet déconcertantes : des corps entrelacés, comme pris en étau derrière des parois de verre, se meuvent avec difficulté ; de longues minutes durant, la danse semble absente, évanouie derrière la puissance d’une musique extrêmement forte et d’un décor que l’on caractérise avec peine.

Une fois dégagés de cette contrainte initiale, les danseurs s’élancent, accompagnés par de grands voiles blancs en apesanteur sur la scène, qui tour à tour signifieront les dunes du désert ou les vagues de l’océan. Ode à la nature, Solstice suit le rythme des saisons et des éléments : feu, vent, eau et terre sont représentés, parfois même narrés. Ce sont en effet de petites histoires qui se succèdent, qui racontent la vie des hommes et femmes, les épaules affaissées sous le poids d’immenses calebasses emplies d’eau ou le retour aux origines à travers la terre meuble saisie à pleines mains.

Duos, trios, ensembles : le spectacle évolue sans canevas prédéfini, mais avec une conscience aiguë de la répétition. Soumis aux cycles imperturbables de la nature, les danseurs dansent, dansent, jusqu’à l’épuisement, au rythme effréné des percussions qui laissent peu de place aux adages. On retrouve çà et là certains gestes, certaines associations, comme pour signifier par touches discrètes la persistance imperturbable d’une régularité aussi rassurante qu’effrayante.

Car au-delà de la représentation du rapport de l’humanité à la nature, Solstice est une pièce engagée, ce dont le leitmotiv du programme de salle atteste : « C’est le moment d’agir ! ». Aussi tourmentée que la nature qu’elle dépeint, Blanca Li prend à parti les spectateurs. L’immensité terrible de la nature est magnifiée par cette pièce où la danse oscille sans cesse entre grandeur et humilité. Les danseurs se saisissent de la scène tout comme celle-ci les avale, dans un dispositif scénique original qui crée un mur parallèle au public au sein duquel danseurs apparaissent et réapparaissent.

Les spectateurs applaudissent à pleines mains. Blanca Li a réussi son pari : nous nous sommes (sou)levés.

Naomi Truan

Le premier tableau de Solstice est tout un programme. Les voiles, suspendus par des fils invisibles, se lèvent doucement. Version revisitée des rideaux rouges de théâtre, ils veulent dire la même chose que leurs prédécesseurs : « Bienvenue dans cet univers, qui est étrangement aussi le vôtre ». Cet univers, c’est la scène du Théâtre de la Danse, le 10 octobre au soir, mais surtout, c’est le monde menacé : Bianca Li veut dire l’urgence écologique- dont la force dépend de sa précarité.

Derrière les voiles, quatre projections alignées : le feu, la terre, l’eau et l’air. Dans ces rayons de lumière ondulent quatre couples de danseurs, qui apparaissent comme quatre entités bicéphales dont le corset de lumière ne laisse voir que les têtes et le commencement des épaules. De cette image matricielle se déroule le récit épique de Solstice, qui est tout à la fois fait de luttes et d’harmonies : il dit la synthèse de la genèse et de l’apocalypse.

On voit sur scène les corps souffrants, les corps merveilleux, les corps martiaux, les corps sensuels des danseurs qui sont les mots de ce grand conte, et on entend les percussions et la voix de Bachir Sanogo qui est la ligne sur laquelle viennent se greffer les mots. On ne décrira pas les tableaux un à un, sinon en précisant que c’est l’énergie fascinante des danseurs qui fait tenir en un seul morceau la grande fresque, qui ne manquerait pas autrement de s’étioler à force de vouloir trop dire, trop montrer.

Le dernier tableau -peut-être l’un des plus réussi, car celui qui se tient le moins dans la démonstration- laisse la scène sous une lumière crue, couverte du sable noir qui porte l’empreinte des pas des danseurs. Lorsque l’impalpable (la lumière) se fait matière (le sable) et la symbiose (les siamois) se fait collectif (ici, une tribu en lutte perpétuelle pour savoir qui des plus forts sera le plus fort), alors une nouvelle sociabilité est possible. C’est là que réside toute la fable écologique que se propose de dire Bianca Li : le réel, et son urgence envahissent tous les pores de l’expérience collective, comme le sable noir qui s’étale sur la scène sur laquelle elle salue, entourée de ses danseurs.

Et c’est cette urgence-là qui donne la possibilité d’agir. Alors, après le déferlement de sons, de formes, de couleurs, bref, de gestes, résonne sa voix enjouée, qui invite les spectateurs à la « pollutiondance » dans le hall du Palais Chaillot, comme pour prolonger le spectacle tous ensemble, en l’entamant chacun pour soi.

Nathanaelle Fulleringer

Blanca Li amène la nature à Chaillot

Au Théâtre National de la Danse, la chorégraphe espagnole met en scène Solstice, un spectacle sur l’écologie mêlant danse, musique et vidéo. Ce spectacle est composé des danseurs de la Compagnie Blanca Li mais également d’un musicien présent sur scène, Bachir Sanogo. La superbe scénographie est de Pierre Attrait, les images de Charles Carcopino et la musique de Tao Gutierrez.

Sur scène, les danseurs sont excellents et à l’aise dans tous les styles : du hip-hop au moderne. La pièce se voulant engagée pour l’écologie, les danseurs se débattent face aux éléments qui se déchaînent. La danse est parfois tribale, comme s’ils voulaient se rapprocher de la nature, de la Terre. Ils utilisent d’ailleurs souvent leur voix. Si la danse est belle, il n’y a pas forcément d’innovations, ou de mouvements qui restent avec nous en sortant de la salle. On retrouve d’ailleurs différentes sources d’inspirations, notamment celle de Loïe Fuller au début du spectacle lorsque des danseuses sont vêtues de voiles : leurs mouvements de bras rappellent la danse serpentine. Mais on ne trouve rien de nouveau.

Ce qui est absolument captivant, et qui nous reste avec nous en sortant du théâtre, c’est la scénographie de Pierre Attrait et les images de Charles Carcopino. Sur la scène, les seuls décors sont des draps blancs qui peuvent être déplacés, un peu comme un nuage textile. Des vidéos sont projetées sur ces draps blancs, changeant alors complètement l’espace scénique. En effet, ce qui magnifique, c’est comment ces images prennent vie sur ces draps. L’océan peut être projeté, et la scène devient un océan, pareil avec le désert, le vent, l’eau, etc. Un moment particulièrement remarquable est lorsque les images projetées représentent le désert et le manque d’eau, et un danseur fait des mouvements que l’on ferait en jouant dans l’eau. Le musicien présent sur scène, Bachir Sanogo, joue, lui, vraiment avec de l’eau pour réellement créer l’illusion que le danseur a ses pieds dans l’eau. Ce qui est formidable avec ces images, c’est que non seulement elles habillent la scène de différents décors, mais également les danseurs. En effet, ces derniers portant pour la plupart du spectacle des sous-vêtements couleur peau, leurs corps peuvent facilement accueillir ces images, rapprochant encore plus le danseur de la nature.

Solstice est un magnifique spectacle qui mêle différents arts et qui essaye de sensibiliser à l’écologie. Mais pour un spectacle de danse, la danse se fond peut-être trop au décor, ce qui crée de belles images dont on se souvient, mais on ne se prend pas à répéter un mouvement vu sur scène car aucun mouvement n’était mémorable, et c’est dommage car cela aurait rendu le spectacle absolument remarquable, bien qu’il soit excellent.

Valentine Smith-Vaniz

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