Sage

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SAGE a-t-il fait chanter La Cigale en ce début de printemps ?

Comme son nom l’indique, le retour en solo d’Ambroise Willaume du groupe Revolver sous le pseudonyme de SAGE avec son premier album One last star, plus électro que pop, est plutôt timide lors de ce début de tournée à La Cigale au sein de cette formation nouvelle. Mais que cache cette griffe aux allures d’acronyme ? Le 22 mars 2016, l’artillerie lourde est sortie : abondants effets de lumières – plutôt réussis malgré quelques agressions stroboscopiques aveuglant le premier rang – l’ancien pilier de Revolver au synthétiseur à la voix intense, s’entoure de deux batteries – de quoi créer rythmes entraînants et puissants – et de cordes un peu trop laissées dans l’ombre. Car on aurait apprécié entendre la musique seule par moments, qu’elle nous emporte, qu’elle nous emmène plus loin, comme celles des percussions. Et malgré la performance vocale de Willaume, qui réussit à jouer sur une large variations de timbres intenses, montant très haut pour redescendre ensuite très bas, le rendu du son, mal balancé, ne lui a pas facilité la tâche et les aigus rendus saillants ont certainement dérangé plus d’un tympan jusque dans le fond de la salle. Certes, la Cigale a vibré ce soir–là, mais au détriment de certains instruments que beaucoup aurait aimé entendre s’envoler lyriquement dans quelques partitions improvisées. En effet, peu d’écart pour SAGE – car comme une image, au morceau enregistré, il s’y colle – et peu d’effervescence dans la salle malgré des harmonies électroniques portées par des rythmes qui pulsent.

On sent à sa manière d’être que le jeune homme n’est pas encore tout à fait sûr de lui, qu’il s’accroche à ses notes les suivant coûte que coûte pour ne pas perdre le fil d’un spectacle un peu trop lisse et net. Alors on se pose la question : la version enregistrée ne reste-t-elle pas finalement meilleure, car à l’origine, dans sa conception solitaire, plus claire, plus cristalline, plus propre car aseptisée par la chaîne de production qui lustre les CDs comme de beaux bijoux, lisses et brillants ? Sur scène, guère de prises de risque devant un public assez dissipé ne sachant pas vraiment à quoi s’attendre. Car à la Cigale, le compositeur de In between, performe sur scène pour faire connaître son premier album sorti une semaine plus tôt. Un deuxième concert, les mains moites, le cœur emballé, sans doute. Le public est tout de même présent et malgré quelques erreurs techniques, et un côté néophyte qui finit par rendre le chanteur touchant. On ne peut pas lui en vouloir, comme il dit, « cela fait longtemps » qu’il n’a pas joué !

En bref, un opus produit avec le soutien du duo français électro The shoes d’une certaine fraîcheur, et un discours fait d’ironie et d’excuses, sauve le chanteur et le concert : on lui pardonne. On espère donc que le groupe avec le temps, se salisse un peu plus les mains en proposant des effets moins lisses qui détonnent et que d’irréprochable, il passe à révolté pour qu’enfin au prochain concert ils soient un peu moins SAGE.

Anaïs Chateauraynaud

SAGE – à prononcer à l’anglaise, please. Ce jeune musicien et chanteur, ancien membre du groupe Revolver, se lance en solo. En tournée pour son album éponyme, sorti le 11 mars 2016, et après un premier concert à Avignon, Ambroise Willaume pose ses clics et ses clacs (comprendre ses claviers) à la Cigale. D’abord seul sur scène, il interprète un premier morceau très intimiste, plongeant ainsi le public dans son univers. L’ambiance calme et feutrée s’envole avec les dernières notes de la première chanson, et tandis que s’installent les deux batteurs, le concert prend de l’ampleur.

Atmosphère électrique et frénétique. Les deux batteries pourraient sembler superflues. Au contraire ! Elles se distinguent et se complètent. L’une est acoustique et produit un son assez électronique ; la deuxième est essentiellement constituée de pads qui font naître des sons percussifs très intéressants. Ensemble, ces deux instruments créent des ambiances quasi exotiques aux échos très prononcés. Les sonorités recherchées, les mélodies complexes et les dissonances harmonieuses rappellent le travail de Damon Albarn (le leader de Gorillaz et Blur, entre autres) dans son album solo.

La présence des instruments à corde (violons et violoncelle) apporte à la musique une dimension profonde tant sonore que visuelle. Quasi-chorégraphique, la scène devient un espace où Sage se réapproprie ses chansons, quitte à les modifier légèrement de leur version album. Avec lui, le live prend tout son sens. Tout est produit sur scène, preuve que la musique électronique n’est pas uniquement composée de samplers.

Aux côtés de la production musicale, on notera également l’importance des jeux de lumières. Le jeune musicien n’est pas dans la demi-mesure ; il n’hésite pas à accompagner ses morceaux les plus énergiques de jets vifs et fugaces. Mais c’est surtout lors de ses musiques les plus calmes qu’on retrouve la personnalité de Sage, avec son côté un peu cubiste (une face éclairée puis l’autre). Il parvient presque à détourner certaines formes avec son jeu d’ombres et de lumières. Le public assiste à une véritable œuvre géométrique, qui n’est pas sans rappeler sa pochette d’album.

Simple et proche de son public, Sage finit son concert par une reprise de Take a look at me now, de Phil Collins, auquel il emprunte les fameux sons de synthé, qu’il compte bien remettre au goût du jour.

Delphine Morin

Deuxième concert après sa première à Avignon, première à Paris, Sage était ému de retourner sur scène ce mardi 22 mars 2016 à 20h00 à la Cigale pour nous faire écouter son premier album EP en solo : « In beetween ». Seul cette fois, sans Revolver, groupe dont il était le fondateur en 2006, Ambroise Willaume, alias Sage, propose une pop mélodique basée sur la (les) voix et le piano. Ses chansons ont le charme des sons de la pop anglaise, sans que cette influence canonique ne vienne spolier une intensité émotionnelle inhérente à son timbre de voix. Accompagné par six musiciens : deux batteurs, un guitariste, trois violons et un violoncelle, l’ancien guitariste s’est donc tenu derrière le piano/synthé la majorité du concert.  Ambroise Guillaume semble avoir trimé sa guitare contre le piano, et le revolver contre plus de sagesse. Toutefois, ni la guitare, ni le punch n’ont été délaissés. Le jeune chanteur reprend parfois l’instrument en ex-rockeur timide, et, un timing impeccable entre le chanteur et les musiciens dans des mouvements musicaux complexes, leur ont permis d’habilement transiter des chansons calmes et suspendues (In beetween ou Time never lies), mettant en valeur la voix haut perchée au timbre singulier, et des sonorités plus rock indé (August in Paris). Un son de synthé à la Phill Collins « un peu ridicule pour certains » comme Ambroise Willaume nous l’a lui-même dit mais très séduisant pour d’autres puisqu’il donne une coloration nouvelle à ses titres, manquant parfois d’une rythmique originale. En bon humoristique Sage clôturera d’ailleurs le concert sur la reprise de « Take a look at me Now » de Phil Collins.

Le public, assez éclectique, n’était toutefois pas prompt à danser au rythme des deux batteries. Davantage dans l’écoute, il semble difficile de trancher entre déception et émotion : l’énergie du groupe insuffisamment contagieuse ou un public ému, lui aussi, par le retour du chanteur. J’opterais pour la seconde alternative, aux vues des rappels résolus. Un concert sympa, un album sympa, rien de transcendant pour ma part mais l’on passe indéniablement un très bon moment.

Léna Delugin
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