Radical light

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Au contact de sa pulsation

Le spectacle Radical Light de Salva Sanchis présenté au théâtre de la Bastille se place comme une expérimentation hybride où chorégraphie contemporaine formelle et danse libérée en boîte de nuit se rencontrent. On sent, grâce à la bande-son allant crescendo, que la pulsation marquée au pied par les danseurs retrace la frénésie grandissante d’une soirée passée à danser sur des rythmes électroniques tantôt envoutants tantôt assourdissants.

Les spectateurs prennent place dans la salle alors que les danseurs sur scène dansent déjà. S’installe alors un jeu voyeur présent tout au long de la production où chacun observe l’autre sans pour autant le rejoindre. Le contact est absent de ce ballet contemporain qui se réapproprie l’approche charnelle d’un tango en le transformant en simples effleurements.

Ce qui lie les danseurs entre eux ce n’est pas une chorégraphie ordonnée mais bien une scénographie organisée autour d’un rectangle orange au sol baigné d’une lumière aux teintes érubescentes presque martiennes. Sur ce ring, les danseurs, perdus dans leurs propres approches du mouvement, se battent à l’aveugle contre les autres en un tourbillon de pas qui se répondent sur le modèle de la fugue et du contrepoint. Le regard du spectateur se fixe sur un danseur et se perd dans l’effort de reconstituer une vision de groupe. A la légèreté et à la rigueur du mouvement hérité de la danse classique se mêlent la transe tecktonik ainsi que des accents de danse urbaine.

On regrettera néanmoins que la lumière, pourtant annoncée dès le titre, ne joue pas davantage avec son environnement de boîte de nuit où les corps auraient été irradiés par les faisceaux convulsifs des stroboscopes iridescents.

La performance physique des cinq danseurs est à saluer car les corps sont sans arrêt en mouvement, tentant de suivre la pulsation endiablée des rythmes électroniques. Même si le tempo de la danse est effréné, le spectateur peut ressentir une lassitude vers la fin du spectacle à la vue de cette intensité soutenue qui mériterait des moments de stase contemplative pour pouvoir se projeter dans la danse sans subir une dynamique qui laisse le spectateur essoufflé.

Chaque danseur, dans sa bulle, tente d’envoyer en sémaphore des messages par le corps qui restent sans réponse. La danse individuelle, signe de liberté, d’oubli des conventions et de soi-même se heurte à la solitude dans des lieux qui devraient « pousser à la rencontre ».

Victoria Robert

Chorégraphié et mis en scène par l’espagnol Salva Sanchis et présenté au Théâtre de la Bastille, Radical Light laisse la place à l’expression et à l’individualité de cinq danseurs, quatre hommes et une femme, créant ensemble une unité et une danse collective plaçant au cœur de la représentation le spectateur.

Sur une musique techno minimale évoluant au fil de la représentation, elle plonge les danseurs et le spectateur dans une atmosphère changeante, explorant les contrastes de mouvements fluides et saccadés, collectifs et individuels, amples et intériorisés.

Radical Light fait voyager le spectateur pendant une heure dans un écrin de danse, les interprètes ne quittant jamais l’espace scénique. Le spectateur y est plongé dès son arrivée, les danseurs évoluant dans l’espace par l’exécution de mouvements dansés sur un fond musical.

Les danseurs explorent la totalité de l’espace scénique, chacun variant son attitude, adoptant quelques fois la posture passive du spectateur, regardant évoluer la représentation puis se faisant contaminer par une gestuelle, reprenant ainsi sa place d’interprète. Il passe ainsi de la posture de l’acteur à l’observateur, en passant du carré orangé placé au centre au noir environnant, faisant ainsi évoluer sa danse en cohésion avec les autres artistes. La danse est à la fois construite, déconstruite, mêlant performance, émotion et mouvement simple. Elle s’intéresse ainsi aux différentes notions de sa propre définition, appuyée par un travail de lumière en cohérence avec la danse.

Le rythme de la représentation est soutenu jusqu’au noir final amenant le spectateur à se laisser entrainer par ses émotions sans nécessairement en comprendre l’origine. Cette performance éblouissante laisse le spectateur songeur du voyage qu’il vient de traverser ! Radical Light, un spectacle intimiste, un voyage partagé…

Sophie Lair

Radical light est une performance au Théâtre de la Bastille produite par Salva Sanchis, chorégraphe espagnol.

Dès le début du spectacle, la chorégraphie spontanée, impulsive, chaotique coupe le souffle. Tout au long de l’action, on reste sous la pression du rythme et du mouvement. L’action principale se passe autour d’un tapis orange – une tache colorée qui attire l’attention des cinq danseurs (quatre hommes et une femme). L’action se déroule lentement, accompagnant une techno simple, à peine rythmée. Progressivement, la musique gagne en force et en cadence, les mouvements reprennent du dynamisme. Tout d’un coup, la danse instinctive se transforme en gestes harmonieux ce qui nous renvoie à l’image de la vie même: accordée et désaccordée, impulsive et cadrée. En effet, la performance donne un grand nombre de possibilités d’interprétation.

La fin du spectacle est brutale, des spectateurs comme un organisme unique recommencent à respirer cet air magique qui vient de passer sur le plateau.

Mariia Romanova

 

Photographie : Bart Grietens