Je préfère être un météore

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Le spectacle « Je préfère être un météore, Conférence totale de Sophie de Fürst » est jouée au théâtre de Belleville par Sophie de Fürst, sur un texte de Romain Cottard et Paul Jeanson, se présente sous la forme d’une conférence, qui doit se conclure sur la réponse à « la grande question, celle que tout le monde se pose ». Après quelques minutes de conférence, une sonnerie de téléphone retenti et cet élément perturbateur va progressivement prendre le pas sur la présentation.

La mise en scène reste simple, une table, sur laquelle quelques papiers, un verre d’eau, un projecteur. Power point et paperboard à l’appui, la comédienne commence une conférence tout à fait classique et formelle, prévue en trois temps. Elle entame avec énergie sa première partie sur le “moi”. Vive et moqueuse, parfois jusqu’à l’insolence, elle lance au public quelques pistes de réflexion, sur l’être et le paraître, le rapport soi,… Jonglant entre pensées philosophiques profondes et exemples quotidiens simplificateurs, elle joue avec brio son rôle de conférencière.

Jusqu’à l’élément perturbateur. Une sonnerie de téléphone, le sien, interrompt la conférence, crédible jusque lors. Quelque peu déstabilisée, elle se poursuit sa présentation, la seconde partie portant sur le “moi” face aux “autres”. Pour étudier cela, elle demande à un spectateur de monter sur scène, créant un instant intimiste entre eux deux. Les jeux de lumières et de sons appuient cette impression d’instant intime, réussissant à faire disparaître le public qui jusqu’à lors jouait pleinement son rôle d’auditoire dans la pièce. Grâce à leur discussion, le public commence à comprendre ce qui la perturbe : le retour de son père à Paris, qu’elle n’a pas vu depuis plusieurs années.

Mais cette présence la trouble trop pour qu’elle puisse poursuivre son exposé, au point qu’elle s’interrompt pour de bon avant sa troisième partie, sensément apothéose de son exposé. Final haut en couleur, la comédienne se rebelle, explose, déclare n’avoir jamais voulu de cette conférence. Tout en préparant son sac, bien décidée à abandonner son public avant de lui avoir livré la conclusion de sa présentation, elle se livre de manière très personnelle. La séquence, plus émotionnelle et personnelle que le reste de la pièce, lui permet aussi de s’exprimer sur l’omniprésence des parents, la formation du moi,…

La pièce est portée par une comédienne d’une énergie totale, véritable feu d’artifice, très habile dans les échanges avec le public. Bien rythmée, ses élans de vie sont complétés par des moments plus sérieux et des instants très intimes. La force du propos tient dans le trouble instauré entre la réalité et la fiction. Sur divers plans, la limite reste floue et les interactions et autres adresses directes au public, questionnent sans cesse sur le rôle du spectateur au théâtre.

Sarah Beiger

C’est à une drôle de pièce que j’ai assisté le vendredi 9 décembre au théâtre de Belleville. Un spectacle d’une heure de  Romain Cottard et Paul Jeanson où Sophie de Fürst nous présente un seule en scène électrique, avec une énergie débordante. C’est sous la forme d’une conférence que cette jeune comédienne nous propose la réponse à la grande question ; la question que tout le monde se pose. Elle nous assure dès le début du spectacle que nous sommes face à son ultime conférence, celle où elle donnera la réponse.

Cette conférence est faite par Sophie de Fürst, qui n’est plus Sophie de Fürst mais juste, une femme. S’entremêle alors réalité et fiction, les frontières étant brouillées par la comédienne. Est-ce une anecdote de la conférencière, du personnage de Sophie ou bien de Sophie de Fürst ? Ces mêmes difficultés quant à connaître la limite entre fiction et réalité sont aussi présente lorsque Sophie de Fürst invite sur scène une personne du public. Commence alors un dialogue où nous avons des difficultés à démêler le vrai du faux.

Mais si nous nous attaquons au fond de cette conférence, nous sommes face à une réflexion sur l’être. Sophie de Fürst nous amène face à trois thèmes : le moi, le moi avec l’autre et le moi comme cosmos. Au cours de son développement, la comédienne nous propose un spectacle interactif demandant au public de fermer les yeux par exemple.  Une place importante à l’image ou à la musique est aussi très présente tout au long du spectacle comme avec cette époustouflante démonstration de « Leg Guitare ». Sous la forme d’une conférence Sophie de Fürst nous présente un Power point de citations, à la fois intellectuelles et déjantées, dans le but de faire réfléchir le spectateur ou bien s’appuyant sur son paper board pour faire ses démonstrations.

Mais dans un mouvement représentatif de la nature humaine, Sophie de Fürst plaque tout à la fin de sa conférence se rendant compte de l’inintérêt de toutes ses questions et avouant que la fameuse réponse n’est en faite qu’une enveloppe vide. Cette enveloppe vide est une manière de donner à voir l’immensité de l’être et l’impossibilité de répondre à toutes les interrogations qu’il soulève. C’est le caractère sensible de la comédienne qui prend le dessus face au caractère rationnel de la conférencière.

Sophie de Fürst, comme une tornade blonde, nous livre dans un show à cent à l’heure une réflexion sur le moi, au travers d’anecdotes et de réflexions hilarantes. Je suis pour ma part ressortie de ce spectacle avec une énergie folle et ayant juste l’envie d’y retourner.

Léna Rimbert
Photo : Marie-Clémence David