Pour Sama / Waad Al-Kateab, Edward Watts / Octobre 2019

Dès les premières secondes du film, la salle retient son souffle. A l’écran, dans un nuage de poussière, un vent de panique s’empare de l’hôpital révolutionnaire d’Alep où vivent la jeune Waad, son mari Hamza et leur fille de quelques mois, Sama. Dans cette petite salle du cinquième arrondissement de Paris, pleine à craquer, les yeux se ferment, et, déjà, les larmes coulent. Soudain,une voix, celle de la journaliste et réalisatrice Waad Al-Kateab.

« Sama. »

Dans cet opéra tragique d’une heure trente-cinq, on suit le quotidien de rebelles syriens qui font, tant bien que mal, tourner l’un des derniers hôpitaux d’Alep-Est à n’avoir pas été détruit par les forces du régime. Face aux attaques incessantes de Bachar El-Assad, les rebelles s’organisent, entre deuil et joie, pour l’idéal de liberté et de démocratie qui leur est cher.

C’est un film d’une puissance rare, le récit nécessaire d’une vie de stress permanent, rythmée par le bruit sourd des bombes. Un film où la caméra tient le rôle principal ; un morceau d’histoire qui transperce et qui heurte. Alors que nos sociétés s’habituent, s’accommodant d’une gestion froide de l’information, ce film joue avec les affects primaires du spectateur et rend à ces récits de combat, que l’on écoute d’ordinaire d’une oreille distraite, une dimension humaine à laquelle notre esprit n’est plus habitué. Ce n’est pas un reportage comme il existe tant d’autres, où les images chocs ne sont utilisées que pour maintenir l’attention voyeuriste du spectateur occidental pressé. C’est un journal intime, un festival de sentiments contradictoires. Les enfants jouent et pleurent, les parents résistent, font la fête, l’amour et se marient. Le spectateur suffoque dans la lourde poussière d’Alep.
C’est un film unique et universel, où l’amour et la mort ne cessent leur danse funèbre que lorsque le générique retentit.

— Sacha MOKRITZKY (http://www.reconstruire.org/pour-sama)

Image d’entête : Affiche du film.

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