Joëlle Gardes

HOMMAGE À JOËLLE GARDES

Notre amie Joëlle Gardes est décédée en septembre 2017. Elle avait rejoint le Comité de rédaction de Place de la Sorbonne dès la deuxième livraison de la revue, en 2012. Son rôle au sein de PLS a été particulièrement important. Dans la rubrique « Vis-à-vis », elle avait donné des commentaires très éclairants de poèmes de Claude Ber (PLS 2) et d’Yves Broussard (PLS 6). Ses notices sur les poètes publiés et ses comptes rendus, toujours denses, allant à l’essentiel, étaient aussi nombreux qu’elle était infatigable. On pourra lire encore, dans le PLS 8, deux recensions de sa main de livres de poèmes, mais aussi sa traduction de textes du poète italien Mario Benedetti. Joëlle était une femme remarquablement active, énergique, généreuse, également éprise de vie et de poésie. Dans le PLS 6, nous étions quelques-uns à nous être essayés aux bouts rimés proposés par Eva Almassy. Le sonnet qu’elle avait composé à partir de cette contrainte mérite sans aucun doute d’être reproduit ici.

J’ai longtemps souhaité de faire un long voyage
En regardant au loin à travers la fenêtre.
Dans un mois dans un an, je partirai peut-être
Mais hélas je crains fort que ce soit une image.

Immobile, accablée, je maîtrise ma rage
Et pleure en écoutant le vent dans le grand hêtre.
Au grand âge qui vient faudra-t-il se soumettre ?
Faudra-t-il donc enfin apprendre à être sage ?

Quand le feu de mon cœur cessera de brûler,
La voix de la raison pourra enfin parler
Et je l’écouterai, les armes déposées.

Mais aujourd’hui au moins que la vie se rebelle
Que mes désirs ardents éclatent en fusées
Et que dans mon regard la gaieté étincelle.

Joëlle Gardes était née en 1945 à Marseille et n’aimait rien tant que ce Sud où elle avait choisi de vivre. Ancienne élève de l’École normale supérieure, elle avait été professeure à l’université de Provence, à Aix-en-Provence où elle avait dirigé pendant dix ans la Fondation Saint-John Perse, puis à l’université Paris-Sorbonne, dont elle était professeure émérite. Elle avait publié plusieurs ouvrages sur l’auteur d’Anabase, notamment une biographie, Saint-John Perse. Les rivages de l’exil, aux Éditions Aden, en 2006. Spécialiste de grammaire, de rhétorique et de poétique, elle était l’auteure de nombreux livres et articles dans ces trois domaines. Mais elle était aussi dramaturge (Madeleine B. ou La lune rousse, Éditions de l’Amandier, 2006), romancière, écrivant volontiers sur de belles figures de femmes (Olympe de Gouges. Une vie comme un roman, l’Amandier, 2008 ; Louise Colet. Du sang, de la bile, de l’encre et du malheur, l’Amandier, 2015), auteure de livres de nouvelles et surtout de poèmes. Mentionnons ses dernières publications : L’eau tremblante des saisons (l’Amandier, 2012), Sous le lichen du temps (l’Amandier, 2014), Histoires de femmes (Éditions Cassis Belli, 2016). Son ultime recueil, La lumière, la même, paraît ce mois d’octobre 2017 aux Éditions Petra.

Place de la Sorbonne

Joëlle Gardes (www.joelle-gardes.com)

Née en 1945 à Marseille. Elle est Professeur de philologie du français contemporain à la Sorbonne mais continue à vivre dans le Sud. De 1990 à 2000, elle a dirigé la Fondation Saint-John Perse et a édité chez Gallimard les correspondances du poète avec Jean Paulhan et Roger Caillois. Elle lui a également consacré une biographie (Saint-John Perse, Les rivages de l’exil, éditions aden, 2006).

Travaux universitaires sous le nom de J. Gardes Tamine :

Nombreux ouvrages sur le langage.
Dernières publications : Au cœur du langage : la métaphore, Honoré Champion, 2011.
Pour une nouvelle théorie des figures, PUF, 2011.

Écriture personnelle :

Théâtre :

Madeleine B. ou la lune rousse, monologue publié en 2006 aux éditions de l’Amandier, distingué par la SACD en 2007, joué à Avignon en juillet 2007 et au festival de Spa en 2008 dans une mise en scène de Patrice Kerbrat.

Fiction narrative :

Plusieurs nouvelles publiées en revue, Europe, Autre Sud, Revue Marseille… ;
Romans :

Ruines, éditions Via Valeriano , 1998 ;
La mort dans nos poumons, éditions Via Valeriano-Léo Scheer, 2003 ;
Jardin sous le givre, éditions aden, Prix Peindre en Provence, 2007 ;
Le charognard, éditions du Rocher, 2007, finaliste du prix Michel Lebrun ;
Olympe de Gouges. Une vie comme un roman, éditions de l’Amandier, 2008.
Le Poupon, éditions de l’Amandier, 2011.

Poésie

Textes publiés en revue (Europe, Autre Sud, Les Archers) ;
Dans le silence des mots, éditions de l’Amandier, 2008, finaliste du prix du premier recueil de la Fondation d’entreprise pour la poésie ;
Méditations de lieux, textes de Claude Ber et de Joëlle Gardes, éditions de l’Amandier, 2010 ;
Par-delà les murs, poèmes pour accompagner des photographies de Patrick Gardes et des gravures de Martine Rastello, éditions de l’Amandier, 2010, publié avec l’aide du Conseil Général des Bouches-du-Rhône.
L’eau tremblante des saisons, éditions de l’Amandier, 2012.
Sous le lichen du temps, poèmes en prose, éditions de l’Amandier, 2014, photographies de Patrick Gardes.

Travail avec des plasticiens

En collaboration avec le photographe Christian Ramade, trois fictions-documentaires publiées aux éditions Images en manœuvres, Roches et failles, Virginia Woolf à Cassis, 2002, Sources et collines, Marcel Pagnol à Aubagne, 2002, Intimités et errances, Albert Cohen à Marseille, 2003 ;

Fragments poétiques sur des aquarelles d’Henri Maccheroni, Ut pictura poesis. Dans la palpitation de l’invisible, l’ensemble ayant donné lieu à sept livres d’artiste ;

Livres d’artistes avec Martine Rastello.