Linda Pastan par Joëlle Gardes

LINDA PASTAN, Une semaine en avril, poèmes choisis et traduits de l’américain par Raymond Farina, recours au poème éditions, mars 2015

Une semaine en avril comprend 33 poèmes choisis et admirablement traduits par Raymond Farina, que Linda Pastan, poétesse américaine née en 1932, récompensée par  de nombreux prix, a écrits entre 1981 et 1995. L’anthologie s’ouvre sur un Auto-Portrait où à une présentation familiale succincte mais explicite « Enfant pour personne, mère pour quelques uns / épouse pour un bout de temps », succèdent des notations désordonnées sur les fleurs, le  chien rouge, mais aussi le « pays » qui  « avance à l’aveuglette ». Elle se ferme sur l’évocation du 11 Septembre 2011. Entre les deux, un parcours à travers l’enfance, « les  doux fantômes » d’un passé qu’on devine heureux, les grands-parents venus d’ailleurs, dont l’enfant comprend malgré tout la langue, la mère et le père dont on oublie qu’ils sont « quelque part ailleurs / sous terre / endormis déjà », la maturité de femme et de poète, et à travers une histoire qui nous englobe, comme celle du « désastre » du 11 septembre. Une existence se déroule, faite de petits détails, des paysages de lac ou de ville (Le Bronx de l’enfance revient souvent dans ces textes), les sacs de courrier, la neige qui tombe, la lune en forme de « corne d’élan »,  la fumée qui monte d’une pipe, d’une cheminée, du « toast du matin »… Derrière la délicatesse amusée de ces notations, se dit toutefois, de manière plus ou moins explicite, le drame de notre destinée, car ce sont aussi « nos jours, nos nuits » qui « partent lentement / en fumée ». Aussi sommes nous « en transit », « touristes » dans nos propres vies et il nous est parfois difficiles de savoir même qui nous sommes. Une fois nus, nous devons nous contenter de «  port[er] nos noms  », ce qui est plus délicat pour une femme, entre son nom de jeune fille et celui d’épouse ! Jamais de complaisance, ni à soi, ni à la tristesse, mais toujours les « graffiti du rire », un regard décalé et amusé : un marché en France offre « une voie lactée/ de fromages » et des « soles héraldiques », il existe un «  Dieu urbain détestant les jardins »… De toute façon, restent la poésie, «  découvrir un nouveau poète \ c’et comme découvrir une nouvelle fleur sauvage », et l’art, qui provoque des émotions si fortes qu’on peut s’évanouir.  Si «  le monde nous blesse / avec sa beauté », qui est comme une insulte à notre finitude, c’est elle qui a le dernier mot, comme le dit la fin du 11 Septembre : en dépit de tout, le ciel est resté bleu et  « toutes les beautés du monde / se déploient ».
Une mention doit être faite aux illustrations du studio Ultragramme, à la fois sombres et lumineuses, parfaitement en accord avec ces poèmes à la grave légèreté.

Joëlle Gardes

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