Patty Hearst / Peter Schrader / Forum des Images / Janvier 2020

Image d’entête : arrestation de Patty Hearst en 1975

Le film Patty Hearst de Paul Schrader, sorti en 1988, retrace l’histoire de l’enlèvement de Patricia Hearst, petite-fille du magnat de la presse William Randolph Hearst. Elle a été enlevée à son domicile en 1974 par l’Armée de libération symbionaise, qu’elle a fini par rejoindre avant d’être retrouvée par la police plus d’un an après. Le film revient sur cette année de captivité et de fuite, de manière détaillée ; parfois peut-être un peu trop, d’ailleurs. J’avais lu le roman Mercy, Mary, Patty de Lola Lafon qui raconte la même histoire, mais du point de vue de deux personnes éloignées de l’évènement et sans lien direct avec les personnes concernées, ce qui permettait de donner une impression d’objectivité. En comparaison, dans le film de Paul Schrader il y a un réel parti pris, une vision tout à fait subjective. Il donne une voix à Patricia Hearst, lui faisant prendre position sur des évènements qui restaient volontairement flous et incertains dans le roman de Lola Lafon. De même, j’ai trouvé la manière dont était représentée l’ALS très négative, alors que dans le roman elle était elle aussi plus nuancée.

Outre ce parti pris qui m’a dérangée, j’ai trouvé le film très prenant et bien réalisé. Il y avait en effet de belles images, comme par exemple la contre-plongée à contre-jour sur les membres de l’ALS dans l’échancrure de la porte au début de la captivité de Patricia Hearst. Le film a duré un peu moins de deux heures, sans que cela n’en paraisse, en restant captivant jusqu’à la fin.

Ce film, somme toute très intéressant – encore plus pour quelqu’un ne connaissant pas encore les faits – met aussi en avant la difficulté, voire l’impossibilité de raconter une histoire de manière neutre, sans tomber dans le film documentaire. Finalement, j’ai beaucoup apprécié le choix de projeter un mini documentaire « Brut » avant la projection du film pour présenter les faits aux spectateurs n’étant pas au courant de l’histoire.

— Thelma DASSESSE

Bien que l’histoire de Patty Hearst soit connue mondialement, elle seule est détentrice de la vérité, ou bien de « sa » vérité.

C’est donc par une adaptation du livre de Patricia Hearst que le film de Paul Schrader, sorti en 1988, nous laisse découvrir un syndrome de Stockholm à travers l’enlèvement de la petite fille du magnat de la presse, William Randolph Hearst, par l’Armée de libération symbionaise – un groupuscule terroriste.

Dans un premier temps, le film commence avec un court documentaire de « Brut » nous expliquant en détails l’évolution de l’histoire de Patty Smith et la façon dont les médias ont suivi l’affaire. Cela nous permet d’appréhender le film en toute connaissance de cause, ainsi qu’avec le désir de comprendre la psychologie du personnage – d’aller au-delà de ce que l’information des masses a bien voulu nous donner.

C’est à travers la vision de la victime – par la suite complice – de ce groupe d’extrême gauche qu’est tourné le film. Il est particulièrement intéressant de comprendre comment il est possible de connaître une telle évolution mentale, d’appréhender ce qui pourrait nous pousser à nous rallier à la cause de nos ravisseurs.

Tout au long du film, le doute est permis quant aux motivations de la demoiselle : est-elle tombée amoureuse de ses ravisseurs (syndrome de Stockholm), s’est-elle jointe à eux dans le but de les quitter plus tard ? Ou, et c’est la thèse privilégiée par le film, a-t-elle été séduite par l’engagement de ces soldats – épris des convictions de Che Guevara, au point de combattre l’univers aisé dans lequel elle vivait jusqu’alors ?

Paul Schrader fait d’ailleurs en sorte de nous mettre à la place de Patty durant toute la première partie du film, notamment grâce à des jeux de lumières ainsi qu’aux nombreux décalages entre la réalité et l’imaginaire de Patty – alors qu’elle a les yeux bandés – dans le but, je pense, de nous faire comprendre comment un tel changement d’identité est possible.

L’actrice Natasha Richardson joue le rôle principal à la perfection. Elle réussit à coller à l’image que l’on a pu se faire de Patty en entendant sa fameuse voix dans les enregistrement – bien réels – diffusés au grand public de l’époque.

Cependant, les autres acteurs ne s’élèvent pas au même niveau de performance que l’actrice principale, bien que le film demeure une réussite.

En effet, le générique de début – utilisant ces fameux enregistrements de voix pour en faire une sorte de mélodie angoissante – ou encore la scène finale des confessions du personnage ayant retrouvé sa « lucidité » sont à couper le souffle et valent au film d’être regardé.

— Ella GAUTHIE