Palais de Glace

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Le spectacle Palais de Glace se déroule dans les travées de l’intime amphithéâtre de l’académie Fratellini, le centre international des arts du spectacle situé à Saint-Denis. Mis en scène par Stéphanie Loik et produit à la fois par la compagnie du Théâtre du Labrador, le Théâtre national de Marseille et l’académie Fratellini, ce spectacle entre pièce de théâtre et création met en vedette à la fois comédiennes et apprenties acrobates de l’académie. Très peu connu en France, l’auteur norvégien Tarjei Vesaas  (1897-1970) nous apporte une symbolique rare en la rencontre de deux jeunes filles.

Adaptée par le Français Joël Jouanneau, la représentation est un pur joyau de blancheur ensorcelante et d’intégrité sentimentale. Dans un contexte scandinave peuplé de fjords, de lacs glacés, de neige, c’est une rencontre coup de foudre entre deux jeunes filles de onze ans qui est au cœur du drame. Mais l’une d’elles porte un lourd secret qui la conduira à s’aventurer dans le Palais de Glace, cascade impressionnante, véritable labyrinthe gelé. Ensorcelée par ces beautés hivernales, elle s’y perd…
Conformément à la virginité glacée du texte, la mise en scène a su retranscrire l’âme de la pièce. Pour seul décor, une chaise et une corde dans une lumière sombre, dramatique portées par des acteurs minimalistes par leur gestuelle ainsi que par leur costume. Cette réalisation comprend donc une dimension emphatique forte. La tristesse est omniprésente débordant de ces jeux, de cette adolescente qui a perdu sa plus chère amie, de cette tante qui ne comprend pas le geste de sa nièce.

Le rythme est très changeant. De quelques longueurs parfois, il peut être haletant lors de la recherche désespérée de la jeune fille. On peut être aussi bluffé par la performance des jeunes acrobates réellement extraordinaires de limpidité partagée entre la langueur et la sensualité évidentes dans cette œuvre majeure de Vesaas.  En apesanteur, les deux acrobates exécutent donc une pléthore de figures, d’une grâce et d’un lyrisme chorégraphiques confondants, mais surtout révélatrices de l’amour des deux filles. On peut être donc dérouté par cette relation fusionnelle des deux jeunes filles. S’agit-il d’une amitié sans concessions ou amoureuse ? Et que représente le jeu des deux acrobates ? Du for intérieur de Unn ou des conversations sans fin des jeunes amies ?
Et que dire de la dernière phrase de Unn « Je ne sais pas si j’irais au Ciel », sentence reflétant une profondeur inégalée et qui étonne agréablement le spectateur par une conclusion des plus émouvantes. Des dialogues amicaux, on passe à une sublimation irrationnelle qui transcende le spectacle. – Vasiléos Beck