Orphée et Eurydice

Opéra dansé | Palais Garnier | En savoir plus


Allez assister à la représentation d’Orphée et Eurydice et vous serez assurés d’y passer un agréable moment !

Tout d’abord, facteur loin d’être négligeable, cela vous permettra de vous asseoir dans une des plus belles salles de Paris, celle de l’Opéra Garnier donc les lustres, les fauteuils de velours rouge et les enluminures transportent déjà le spectateur dans un autre monde.

L’opéra dansé, puisqu’il s’agit là de l’interprétation chorégraphique esquissée en 2005 par Pina Bausch de l’oeuvre de Christoph Willibald Gluck, contribue ensuite à nous mener en un univers vertigineux et saisissant. J’ai en réalité été transportée par la façon splendide, technique et ô combien sensible et percutante dont ce chant lyrique, ode à l’amour, a été interprété et exprimé par cette célèbre chorégraphe dont je ne connaissais pas encore les oeuvres. Il est également particulièrement agréable de n’avoir pas à choisir entre le délice des yeux et celui sonore, mieux encore ils correspondent ! Le chant et l’orchestre ravissent l’ouïe lorsque la chorégraphie de danse intéresse et gagne l’admiration de notre regard.

La configuration scénique est complexe de par les déplacements et enchainements des danseurs, mais elle est également finement élaguée : la scène semble dénudée car rares sont les décors et les danseurs sont eux vêtus de longue robes béantes et translucides de couleurs uniquement beige, blanche, sépia et noires selon les moments de l’opéra.

Mon plus grand regret est le séquençage de la pièce : avant l’entracte, la première partie est divisée en trois temps séparés chacun d’une période de 5 minutes. Ces coupures (tout d’abord surprenantes) ont le défaut de nous sortir de l’état dans lequel il faisait alors bon de « plonger »…

Carla Paquin

Une musique et une chorégraphie allemandes dans ce cadre parisien de l’Opéra Garnier

La mise en scène de Pina Bausch était contemporaine avec des décors épurés et très symboliques, et on remarquait le motif récurrent du végétal. La scène était tour à tour couverte d’un monticule de terre, de branches ou de feuilles mortes. L’accent est également mis sur le corps des danseurs. Les femmes étaient vêtues de longues robes fluides et parfois transparentes. Quant à Orphée, il était quasiment nu, ce qui nous évoque bien sûr les statues grecques.

L’opéra est divisé en quatre tableaux : deuil, violence, paix et mort. On assiste d’abord au deuil d’Eurydice. Les mouvements d’Orphée étaient empreints de tristesse et de douleur ; il était très souvent près du sol et s’allonge même sur la scène. Il fait son deuil sous le regard d’Eurydice, qui est en mariée et surélevée dans le coin de la scène. Les rôles d’Orphée et d’Eurydice sont chantés par deux femmes, et elles étaient également présentes sur la scène, vêtues de robes noires. Outre leur rôle de narratrices, elles interagissaient avec les danseurs, ce qui donnait à l’opéra une vraie teneur théâtrale.

Amour, l’un des personnages, trace à Orphée le chemin vers l’enfer avec une craie. Là, Orphée se retrouve au milieu des esprits infernaux qui sont chantés par le chœur. Les esprits l’entourent de leurs fils comme pour l’empêcher de bouger et ignorent ses supplications. Orphée est désemparé au milieu de ces fils qui forment presque une toile d’araignée, mais Amour le guide. Il parvient à adoucir les esprits avec ses chants et arrive alors aux champs Élysées, qui sont représentés comme un jardin souterrain de l’enfer. La harpe ainsi que la danse de femmes vêtues de blanc contribuent à cette ambiance apaisante, car il s’agit en effet du troisième tableau, « paix ».

Mais cette paix ne dure pas. Après une danse effrénée des deux amoureux qui ne pouvaient se regarder, Orphée commet le geste fatal et Eurydice s’écroule sur l’une des solistes. La deuxième soliste les pleure tandis qu’Orphée est prostré, incapable de bouger. Cette scène est marquée par l’immobilité des personnages principaux ce qui la rend d’autant plus forte et tragique. Les deux amoureux se retrouvent seuls avec leurs deux alter-ego dans un décor formé par de grandes tentures blanches. L’on a également un jeu de couleurs ; la robe rouge d’Eurydice et les robes noires des solistes, couleurs du sang et de la mort, se détachent sur ce décor immaculé. Orphée et Eurydice tournoient, se lamentent contre le mur et l’on voit qu’ils restent sur place et ne pourront pas s’enfuir. Leur solitude ainsi que l’impossibilité de la communication sont amplifiées par ce décor immaculé et quasi-vide, presque comme un huis clos, qui figure bien que la fuite est impossible.

Liona Menpiot

Orphée et Eurydice, danser pour ne pas se perdre 

Orphée et Eurydice, opéra dansé en quatre tableaux, fusion magique entre la musique de Christophe Willibald Gluck et la chorégraphie de Pina Bausch, l’une des principales figures de la danse contemporaine et du style danse-théâtre. Le spectacle de deux heures vingt avec un entracte est représenté le 28 mars au Palais Garnier qui a une disposition de salle à l’italienne. Le mythe grec est parfaitement interprété d’une manière contemporaine par Stéphane Buillon et Marie-Agnès Gillot, avec leurs « doubles » chantant, Maria Riccarda Wesseling et Yun Jung Choi. La perfection idéale du mouvement liée à l’œuvre lyrique de Gluck accentue l’expressivité et la théâtralité chez Pina Bausch. La danse a une signification symbolique.

Une recherche scénographique spectaculaire et plastique réside dans tous ces quatre tableaux, arbre qui git sur scène, croix dessinée, chaises surélevées en tas, fils tendus, bandes de fleurs, monceau de feuilles mortes… Les décors symboliques correspondent au sujet de chaque tableau : deuil, violence, paix et mort. Associés aux décors, les longues robes soyeuses des danseuses et les costumes deux-pièces des danseurs. L’ambiance douloureuse ou paisible est créée à travers l’accumulation des danseur(se)s sur scène, le contraste du noir et du blanc, la musique. Dans cette ambiance, la communication dans les rapports hommes-femmes se fait par l’anatomie du corps des personnages principaux, un mouvement du corps propulsé par l’émotion et une danse intériorisée. Avec des petits gestes répétés, la fluidité du haut du corps, les grands mouvements de bras, l’attachement, l’éloignement, la séduction et la solitude du couple se dégagent sur la scène.

Dans le dernier tableau, Eurydice est vêtue de rouge, la couleur du sang. La ligne musculaire d’Orphée évoque la statuaire grecque. Le couple s’approche et s’éloigne, leur amour ardent mène finalement à une séparation éternelle, une fatalité inévitable. La scène atteint son apogée tragique et sa beauté absolue.

Chenghui Shi

Orphée et Eurydice est un opéra dansé en quatre tableaux (le Deuil, la Violence, la Paix et la Mort), créé le 23 mai 1975, d’après l’œuvre lyrique de Christoph Willibald Gluck, aux Wuppertaler Bühnen, et mis en scène à l’Opéra de Paris pour la quatrième fois depuis 2005 par la chorégraphe allemande Pina Bausch. Comme son titre l’indique, cet opéra est basé sur le célèbre mythe grec d’Orphée et Eurydice.

Orphée, poète et musicien, perdit sa femme, Eurydice, et descendit aux enfers à son tour dans le but de la retrouver et de la ramener auprès des vivants. Il parvint à convaincre le dieu des enfers. Ce dernier lui accorda de repartir de son royaume avec sa bien-aimée avec pour seule condition de ne pas la regarder jusqu’à ce qu’ils aient tous deux atteint le monde des vivants. Suivi de sa femme, Orphée, n’entendant plus ses pas, se retourna, trop tôt et la perdit à jamais.

La salle est disposée à l’italienne. Le décor change sans cesse après chaque tableau. Chacun des personnages principaux est représenté par un danseur et son ‘double chantant’ qui contrairement au danseur est vêtu de noir : créant un lien fort entre mouvement et chant. Le personnage d’Orphée est dansé par Stéphane Bullion et chanté par Maria Riccarda Wesseling. Il porte une combinaison couleur peau, le faisant paraître nu et aussi vulnérable.

Eurydice – représentée par la danseuse Marie-Agnès Gillot (dont le mercredi 31 mars fut sa dernière représentation après 28 ans de carrière), et chantée par Yun Jung Choi – porte une robe blanche de son vivant. Aux enfers elle est enfermée dans un cocon blanc vertical, indiquant qu’elle est morte et prisonnière de l’endroit. Elle porte une robe rouge à la fin de l’opéra lorsque son bien aimé tente de la ramener auprès des vivants, en vain.

Le rôle de l’amour est dansé par Charlotte Ranson et chanté par Chiara Skertah.

D’autres danseurs interviennent, par exemple pour représenter les autres âmes défuntes de l’enfer, ainsi qu’un orchestre dirigé par Thomas Hengelbrock.

Un des moments les plus forts de la pièce est la dernière scène du quatrième tableau : pendant que la soprano, Yun Jung Choi chante, et tandis que Marie-Agnès Gillot, en rouge, n’arrête pas de danser au rythme de la voix et de tourner autour d’Orphée (le danseur). Ce dernier, qui essaie de couvrir son visage, finit par la regarder. Eurydice, la danseuse, et la chanteuse tombent l’une sur l’autre, symbolisant la disparition totale du personnage. Orphée, en plein désespoir et rempli de culpabilité, s’échappe vers le fond de la scène, vide, à gauche, se met en position fœtale, les mains sur la tête. Tandis qu’Eurydice, de l’autre côté, à droite, de la scène, inerte, est allongée sur le sol. Symbolisant leur séparation.

C’est une fin à la fois émouvante, dramatique et tragique pour le spectateur, qui espérait peut-être les voir enfin réunis et heureux, mais fin qui malgré tout peut être aussi qualifiée de magnifique au vu de la mise en scène.

Emmanuelle Bardet

Le 28 mars dernier j’ai eu l’opportunité de pouvoir assister à l’émouvant opéra-ballet Orphée et Eurydice, à l’Opéra Garnier. Bien qu’ayant déjà vu un opéra, c’était un de mes rêves les plus chers de pouvoir me rendre à un ballet. J’ai été saisie par la beauté de la danse qui, couplée avec le chant, retraçait avec justesse l’une des plus tragiques histoires d’amour.

Orphée, personnage de la mythologie grecque bien connu, a montré tout au long de sa vie de très grandes dispositions pour la musique ainsi que pour la poésie. Le dieu des arts Apollon lui offrit d’ailleurs une lyre à sept cordes (conçue par le dieu messager Hermès), pour faire honneur à ses dons. Véritable héros à travers son art, il pouvait charmer tout être vivant, attendrir les cœurs les plus durs et apaiser les âmes les plus tourmentées. Orphée s’était donc épris de la dryade Eurydice, malheureusement leur mariage fut également synonyme de malheur puisque la belle succomba à la morsure d’un serpent mortel. Brisé, son âme sœur se rend donc à la porte des enfers, prêt à tout pour la retrouver. Ses dons lui permettront une nouvelle fois de ne rencontrer aucune résistance, qu’il s’agisse du passeur Charon, du chien à trois têtes Cerbère, ou même d’Hadès, le souverain du royaume des morts qui l’autorisera à ramener sa précieuse amante.

Cet opéra dansé, réunissant le talent de Gluck ainsi que celui de Pina Bausch, a su fait revivre ce mythe à merveille à mes yeux, à travers quatre étapes majeures : le deuil, la violence, la paix et la mort. Les danseurs s’exprimaient avec justesse à travers leurs mouvements, mais bénéficiaient également de voix sur scène, chanteurs et danseurs étant mêlés, pour mieux saisir la sensibilité du spectateur. L’Amour, avait d’ailleurs sa propre danseuse ainsi que sa propre cantatrice, pouvant alors s’exprimer lui aussi sur scène, par exemple ravivant l’espoir chez Orphée endeuillé au tout début de la représentation. Judith Chaine, lors de sa chronique pour France Musique a tout à fait su qualifier cette magnifique représentation de  « véritable ballet des esprits blessés ».

En effet, bien qu’ayant triomphé de chaque épreuve rencontrée au royaume des morts, Orphée ne peut résister aux plaintes et supplications de sa bien-aimée et ignore la seule condition qu’Hadès lui avait imposée pour pouvoir ramener Eurydice : se retourner et la regarder. Cette scène m’a bouleversée : Eurydice était vêtue d’une magnifique robe rouge, soulignant la fluidité de chacun de ses mouvements, et semblait perdue, retrouvant l’être aimé après avoir été plongée dans les tourments de l’enfer : pourquoi son amoureux ne la regardait-il pas ? Pourquoi l’ignorait-il ? Et bien qu’Orphée voulait à tout prix la ramener avec lui dans le monde des vivants, il n’a su résister à la tentation et a transgressé l’ultime interdiction.

En tant que simple spectatrice, j’ai pourtant eu l’impression de vibrer d’émotion à chaque pas, chaque nouvelle note, comme transpercée par la sincérité et la force de leur amour, n’ayant pu empêcher ce destin funeste mais irrévocable.

Juliette Debosque

Créé en 1975 au Tanztheater de Wupperthal et entré au répertoire du ballet de l’Opéra de Paris en 2005, l’opéra dansé signé Pina Bausch, conçu sur la musique de la pièce éponyme de Christoph Willibald Gluck surprend encore et toujours par sa pertinence et sa modernité. La trame dramaturgique est fondée sur l’odyssée d’Orphée aux enfers, réservoir inépuisable d’inspiration pour tout artiste.

À l’origine organisé comme un simple opéra en trois actes par Gluck et son librettiste Calzabigi, le spectacle revêt ici une dimension extraordinairement sensible de par l’interpénétration de la voix et de la danse dans une scénographie quasi théâtrale et toute en sobriété. La priorité est résolument donnée à l’expression des affects d’où un découpage en quatre tableaux, «le deuil», «la violence», «la paix» et «la mort» en écho aux lamentations terrestres d’Orphée ayant perdu Eurydice, à sa descente aux enfers, aux retrouvailles de sa bien-aimée dans le jardin des Champs-Elysées, ainsi qu’à la mort de celle-ci lorsque Orphée brave l’interdiction de se retourner vers elle lors de leur ascension vers le monde des vivants. La seconde interprétation réside dans la dichotomie de chacun de nos deux personnages clés en deux avatars. L’un physique, incarné sublimement par la danseuse-étoile Marie-Agnès Gillot et Stéphane Bullion, et dont l’expressivité des corps torturés se conjugue à l’immatérialité et la volubilité du chant, représentant l’âme des deux protagonistes mythologiques.

Néanmoins, du fait de ces deux partis pris, on pourra regretter un manque de lisibilité et d’accessibilité de l’intrigue, ceci allant à rebours de la pureté et de la simplicité magiques se dégageant de la musique de Gluck, ainsi que de la réforme de style qu’il a voulu entreprendre dans le sens de la transparence en réaction aux excès de la musique baroque. On pourrait se hasarder à supposer que la sophistication de cette mise en scène contemporaine puisse relever sous certains aspects d’une esthétique sinon d’un état d’esprit baroque ! Toujours est-il que la tonalité de cette pièce transcendante est teintée d’une fort pessimisme étant donné le choix d’un retrait du « happy end » de l’œuvre originale dans lequel Hadès, dieu des enfers, prend finalement pitié d’Eurydice et la ressuscite, privant ainsi le spectateur d’une certaine humanité chère au classicisme. Mais enfin tout est pardonnable, a fortiori lorsqu’à peine installé, l’on se sent comme happé et captivé par cette expérience synesthésique hors du commun. La magie opère…

Alexandre Rose

Du 24 mars au 6 avril 2018, est présentée à l’Opéra Garnier la sublime interprétation que fit en 1975 la chorégraphe allemande Pina Bausch de l’opéra en trois actes du compositeur Christoph Willibald Gluck, Orphée et Eurydice. Cet opéra dansé, une pièce majeure du répertoire des deux artistes entrée au répertoire de l’Opéra National de Paris en 2005, se présente en quatre tableaux.

Le premier tableau, « Deuil », introduit les deux personnages, Orphée et Eurydice, héros tragiques de la mythologie grecque. Eurydice se tient dans un coin, grande mariée blanche, interprétée par la danseuse étoile Marie-Agnès Gillot. Orphée, qu’incarne ce soir Stéphane Bullion, est lui à demi-nu face à un miroir. Tous deux sont plongés dans leur tourments, réflexion sur la fin tragique et inévitable qui s’annonce à eux, et semblent faire abstraction des danseurs et danseuses, habillés de noir qui s’affolent autour d’eux, au rythme de l’orchestre baroque.

En plus des danseurs, sont présents sur scène trois chanteurs, doublant les trois rôles principaux (Orphée, Eurydice et l’Amour). Ainsi, on découvre après un temps la signification du terme « opéra dansé » : un interprète danse ce que la voix de son pendant chante. Le choeur chante lorsque plusieurs des danseurs sont sur scène, un duo lyrique lorsque les deux amants se déchirent, et la cantatrice Yun Jung Choi s’éteint au moment où Eurydice meurt, idem pour Maria Riccarda Wesseling, pendant vocal d’ Orphée.

Tous évoluent dans un décor abstrait et immaculé, changeant presque entièrement à chaque nouveau tableau. Dans un grand espace blanc, nous retrouvons ainsi des éléments pour la plupart naturels (arbre déraciné, pierres, feuilles mortes) qui pourraient paraitre anodins mais qui ont, lorsque l’on connait la force symbolique de Pina Bausch, tous une signification .Au fil des tableaux, le décor est de plus en plus épuré, ainsi pour le dernier tableau, « Mort », l’environnement est noir et presque entièrement vide. La luminosité s’estompe en même temps que l’épopée tragique des deux amants, qui terminent dans le Royaume des Enfers.

Nul doute que la chorégraphie est bien celle de Pina Bausch. Quelques mois après la représentation au même endroit du Sacre du Printemps, nous retrouvons avec joie les danses énergiques et si justement synchronisées de Bausch. Elles se caractérisent par les mouvements amples, aussi bien des bras que des jambes, qui laissent aux danseurs la possibilité de s’exprimer complètement, sans néanmoins laisser de place à l’improvisation.

La magnificence de cet opéra-dansé prend le dessus sur la difficulté que l’on peut avoir à saisir le déroulement du mythe si on n’en connaît pas l’histoire. De plus, l’opéra est chanté en allemand, ce qui ne facilite pas la compréhension. Néanmoins, cette oeuvre phare de la chorégraphe allemande possède une force qui imprime la mémoire.

Anna Kerviel
Photographie : Agathe Poupeney