Onéguine

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« Quand je n’ai plus d’honneur, il n’existe plus d’honneur. »

Quelques vers du roman de Pouchkine qui apparaissent à chaque lever de rideau du ballet Onéguine, donné au Palais Garnier, et qui en résument bien la teneur dramatique. Le ballet du chorégraphe John Cranko garde du roman de Pouchkine les scènes principales, permettant d’en retracer l’histoire : Tatiana tombe amoureuse d’Onéguine qui la rejette et préfère séduire sa soeur Olga. Seulement, Olga est déjà promise à Lenski, un ami d’Onéguine. Lenski va donc provoquer Onéguine en duel et être tué. Plusieurs années plus tard, c’est au tour d’Onéguine, qui ne se remet pas d’avoir tué son ami, de tomber amoureux de Tatiana. Tatiana avoue être toujours éprise de lui, mais promet de rester fidèle à son mari et le rejette. On assiste alors au déchirement des deux personnages qui ont été si près du bonheur, mais qui l’ont à jamais perdu.

Le ballet de Cranko, si bien construit, restitue à merveille la profondeur du drame de Pouchkine. La capacité du chorégraphe sud-africain à faire sentir à travers les mouvements dansés toute la trame narrative et à restituer des dialogues et des émotions par les simples gestes est absolument remarquable dans ce ballet. Les danseurs qui apparaissent entre chaque tableau devant le rideau, donnent la sensation d’incarner des personnages qui existent au-delà du ballet. C’est presque une pièce de théâtre qui se joue devant nous, où les paroles sont remplacées par la grâce des mouvements des danseurs et la beauté de la musique de Tchaikovsky.

La musique du ballet est une véritable compilation d’oeuvres de Tchaikovsky. On trouve quelques extraits d’oeuvres orchestrales, mais ce sont essentiellement des pièces pour piano d’époques et de recueils différents qui ont été choisies, orchestrées par Kurt-Heinz Stolze. L’orchestration de Stolze est d’ailleurs parfois surprenante, notamment dans l’utilisation de timbres inattendus (principalement aux cuivres), qui contraste avec l’orchestration habituelle du compositeur.

Les costumes et les décors de Jürgen Rose sont d’époque : ils nous plongent dans la Russie du XIXe siècle. Si cela participe à créer un climat de douce féérie, ce souci d’authenticité est un peu agaçant. On aimerait peut-être des décors plus fouillés, dont la puissance expressive serait plus adaptée et plus forte aujourd’hui.

Les décors sont tout de même très beaux et les costumes somptueux. Tout cela associé à l’immense qualité des danseurs fait de ce ballet l’occasion de passer un moment hors du temps, dont la beauté ravit l’imagination et les sens.

Simon Chauviré

Onéguine ne fait pas partie des ballets que les amateurs de danse classique ont l’habitude de côtoyer. Il a toutefois une place légitime au cœur de la programmation de l’Opéra Garnier, entre les Lac des Cygnes et autres Roméo et Juliette. Si le spectateur pense se confronter à une histoire d’amour, les thèmes du désir, de la tentation et de la passion s’imposent finalement au cœur du spectacle : Onéguine méprise Tatiana qui a succombé à son charme, choisit de courtiser sa sœur, Olga, promise à un autre et, plusieurs années plus tard, finit par être rejeté par Tatiana alors qu’il regrette de l’avoir éconduite auparavant et essaye de la détourner de son mari.

La mise en scène du ballet fonctionne magiquement et plonge le public dans l’univers aristocratique russe très efficacement. Les décors, à la fois sobres et précis, permettent de se représenter les lieux et d’y laisser s’épanouir notre imagination. De plus, les changements entre les scènes restent très poétiques et oniriques de par l’utilisation du devant de la scène et du rideau, seule toile de fond. Les costumes s’éloignent des classiques collants masculins et tutus-plateau féminins pour aller vers d’élégants costumes d’aristocrates et des robes vaporeuses dont le tulle répond merveilleusement bien à la légèreté des mouvements. Enfin, les nombreux changements de costumes, qui pourraient perturber un spectateur habitué à identifier le personnage à son habit, apportent de la richesse au spectacle sans empêcher la compréhension de l’histoire puisque la reprise de certains mouvements et l’extrême expressivité des danseurs en assurent la continuité.

Une symétrie parfaite se dégage de cette œuvre, dans la structure comme dans la chorégraphie. Les scènes collectives rythment les trois actes : s’enchaînent alors des mouvements de couples et de groupes qui se font, se défont, s’ouvrent, s’opposent, se font miroir, se croisent, s’harmonisent… Dans ces moments de liesse, l’attention est portée sur la structure et l’architecture que forment les danseurs, ce qui permet la création de position visuellement très efficaces. Les pas de deux, entre les différents personnages principaux du ballet, complètent les scènes de groupe et se font écho entre eux : par exemple, à la supplication de Tatiana face à Onéguine au 1er acte se répond la supplication d’Onéguine face à Tatiana à l’acte III, les deux se terminant par le déchirement de la lettre.

On ne peut donner son avis sur le ballet Onéguine sans parler de la danse en elle-même. La danse classique semble se renouveler ici. L’approche des danseurs paraît moins dirigée vers le ciel, ils acceptent une relation avec le sol tout en proposant une danse qui n’a jamais été aussi aérienne. La danse est encore plus légère que le tulle des tutus, comme le prouvent les virevoltants portés… Il convient de s’arrêter plus particulièrement sur la scène du duel entre Onéguine et Lenski : la libération des corps s’affirme ici, notamment dans la peur qui habite les deux sœurs et l’angoisse qui saisit les prétendants. Enfin, est-il nécessaire de souligner l’impressionnante technique des danseurs ?

Mélanie Labernede

Conte de fées, nuage en sucre – le cœur léger, ce ballet emporte ses spectateurs dans un monde de rêves d’enfance. Un monde où l’on croyait encore à tout ce qui semblait beau, où un chocolat amenait encore un bonheur profond, où on se contentait de ce qu’on recevait dès que cela était offert avec un sourire prometteur. C’est exactement un tel monde dans lequel on replonge dès que le rideau se lève – et comme on est content de s’y retrouver durant les deux heures de spectacle.

D’où vient cette association de sucreries qui surgissait tout au long de la pièce ? On cherche et trouve la raison tout d’abord dans les costumes et leurs couleurs pastels, couvrant ce monde de glaçage rose, bleu-ciel et jaune claire. Mais peut-être surgissait-elle aussi dans la légèreté avec laquelle toute cette danse gracieuse et cette musique douce raconte cette histoire si romantique, pleine de tristesse suave, si simple. Placés dans un intérieur riche et décoré, les personnages aristocrates n’ont rien à faire que danser aux bals, se promener dans leurs jardins, manger, lire, écrire des lettres… et pourtant : Ils se négligent, ils se battent, ils se rendent jaloux jusqu’à ce que le monde de glace royale fonde dans des larmes salées. Tous les règles de la tragédie ont été suivis et les spectateurs modernes applaudissent, tout satisfaits de cette nostalgie ancienne.

Sara Maria Rammer

Eugène Onéguine est le personnage éponyme de l’œuvre de l’auteur russe, Alexandre Pouchkine. L’interprétation chorégraphique de John Cranko propose à l’Opéra Garnier de Paris la mise en scène d’une histoire d’amour trouble, rongée par les remords et le désir de vengeance.

Rythmée par des extraits de l’œuvre musicale de Piotr Tchaïkovski, l’histoire qui prend corps sur les planches de l’Opéra de Paris est celle d’une rencontre amoureuse entre Onéguine (Mathieu Ganio) et Tatiana (Ludmila Pagliero). Dans le jardin des Larine, leur première rencontre est celle de leur coup de foudre. Pourtant leurs élans amoureux sont ponctués par la présence d’un autre couple : celui d’Olga (Myriam Ould-Braham), la petite sœur de Tatiana, et Lenski (Mathias Heymann), son fiancé. Les deux sœurs sont autant contradictoires qu’elles sont proches. Les deux filent une amitié fraternelle palpable que l’arrivée d’Onéguine vient totalement perturber. L’ombre de l’énergique Olga ne se déposera pas sur la première rencontre entre Onéguine et Tatiana, que l’homme remarquera malgré la timidité de la jeune femme. Pourtant, quand celle-ci lui déclare sa flamme, il la rejette et par un cynisme cruel, se rapproche de sa sœur. Cette affiliation torture Tatiana ainsi que Lenski qui provoquera Onéguine en duel. Son dénouement est tragique : Lenski meurt et les deux amants se séparent. Le dernier acte est celui de la réapparition d’Onéguine dans la vie de Tatiana, maintenant fiancée au prince Grémine (Florian Magnenet) et à qui il reformule ses avances. Celle-ci, éprise de nostalgie, est sur le point de céder avant de recouvrer sa lucidité qui interrompt définitivement leur relation.

Le récit de cet amour torturé et tortueux a d’autant plus été relevé par le décor incroyable planté sur la scène de cette prestigieuse salle parisienne. Le premier acte laisse à contempler le monde champêtre du jardin des Larine où les arbres de l’été sont caressés par les danses énergiques menées par les quadrilles de danseuses et de danseurs. Le deuxième acte plante son intrigue dans une salle de bal enchanteresse de Saint-Pétersbourg. Enfin, c’est dans une chambre sombre et mystérieuse que Tatiana exprimera ses doutes à travers une danse désespérément magnifique.

Les deux sœurs sont interprétées par deux danseuses étoiles, Ludmila Pagliero (Tatiana) et Myriam Ould-Braham (Olga) dont la grâce vous frappe parce qu’elle vous paraît en même temps tellement naturelle mais si inaccessible. Les chorégraphies des deux couples de l’histoire dégagent une certaine passion dont on se demande si elle est le mélange entre la ferveur fictionnelle des protagonistes et la dévotion de ces danseurs à leur art. Ces entrecroisements de corps sont magnifiés par le jeu subtil des tissus rigides de la veste des hommes qui se mêlent puis fusionnent avec les voiles féériques des robes des femmes qui semblent portés par la délicatesse de l’air.

La réinterprétation physique de l’œuvre littéraire d’Alexandre Pouchkine par John Cranko est la démonstration d’une combinaison de forces musicales et chorégraphiques à la hauteur de la renommée de la salle qui, en son sein, l’accueille.

Malyphone de Peyrelongue

Le ballet de l’Opéra de Paris a le plaisir de nous présenter du 10 février au 7 mars le ballet en trois actes d’Onéguine chorégraphié par John Cranko en 1965. L’histoire du ballet d’Onéguine reprend celle de la nouvelle de Pouchkine, et est mise sur la musique de Tchaïkovski.

Onéguine est un ballet romantique et dramatique. Les deux personnages principaux sont Onéguine et, Tatiana qui tombe éperdument amoureuse d’Onéguine et lui écrit une lettre d’amour. A un bal Onéguine est très distant de Tatiana et déchire sa lettre devant elle et elle sombre dans la tristesse et le dramatique. Onéguine se rapproche de la sœur de Tatiana, Olga, qui est fiancée à un poète qui sera tué lors d’un duel contre Onéguine. Quelques années plus tard, Tatiana est mariée à un prince. Cependant, Onéguine la retrouve et lui avoue tous ses sentiments et s’excuse de son comportement passé. Tatiana lui exprime aussi que ses sentiments n’ont pas changé mais par fierté elle déchire la lettre d’Onéguine. Elle exprime un sentiment de vengeance vis-à-vis de ce qui s’est passé il y a quelques années. Elle fait exactement la même chose que Onéguine. La fin marque l’accent sur le ballet qui est dramatique surtout le personnage de Tatiana. Quant à lui Onéguine apparaît comme un antihéros avec ses actions contraire entre le début et la fin du ballet.

Dans le premier acte le ballet ouvre sur Tatiana, sa sœur, sa mère ainsi que sa tante. Le décor est très fleuri et la scène se passe à l’extérieur. Les costumes des filles sont tout aussi fleuris et de couleurs pales. Quant aux costumes des garçons ils sont de couleur kaki très classique. Onéguine fait exception et se fait remarquer tout le long du ballet, c’est le seul à être habillé en noir. Et je pense que cette couleur noire fait peur à Tatiana au début lorsqu’elle le rencontre.

Dans le deuxième actes Tatiana est heureuse, amoureuse, et l’on voit un magnifique pas de deux léger entre Tatiana et Onéguine. Cette scène est un rêve de Tatiana après avoir écrit la lettre pour Onéguine. Elle est vêtue de blanc comme un ange. Puis le bal arrive et le tragique se présente avec la lettre qui est déchirée. Les passages sombres d’Onéguine s’enchaine avec le duel au pistolet qui se passe la nuit et Onéguine gagne. Onéguine est présenté comme un personnage très sombre.

Cependant le troisième acte est un retournement de situation. Tatiana est maintenant mariée à un prince, est vêtue d’une magnifique robe rose. Quand Onéguine la retrouve on voit dans son regard qu’il l’a perdu et qu’il regrette ses actions passées. Puis a lieu une entrevue entre Onéguine et Tatiana. C’est la dernière scène du ballet. Elle porte une robe noire et blanche. Elle se bat entre l’attirance qu’elle a pour Onéguine et sa fierté. La scène se finit sur Tatiana qui déchire la lettre d’Onéguine comme lui l’avait fait précédemment.

Marine Pacreau

Quoi de mieux pour un premier ballet qu’Onéguine, grand classique inspiré de l’oeuvre de Pouchkine, à l’Opéra de Paris ? Sur une musique arrangée de Tchaïkovski, nous observons depuis nos places du quatrième étage, premier rang, centre, l’orchestre déployé au pied de la scène. Sur la scène et en trois actes, le chorégraphe John Cranko raconte l’histoire d’Eugène Onéguine. Onéguine est un personnage asthénique et désenchanté, qui, à sa rencontre avec Vladimir Lenski, personnage plus joyeux dont la fin l’est moins, se voit emporté dans une tourmente romantique avec les sœurs du voisinage, Olga et Tatiana.

Le ballet n’est alors qu’une suite d’amours manquées, bouleversées et violentes, dont le lyrisme et la théâtralité émeuvent aux premiers pas. Il est difficile de savoir par quoi commencer. Les décors, les costumes, les danseurs, la chorégraphie, la musique ? Avec Onéguine, c’est tout le corps qui est sollicité : pour Cranko, les yeux, pour Tchaïkovski, les oreilles, pour Pouchkine, le cœur.

La progression dans l’oeuvre est fluide : deux heures ce n’est pas assez, et les entractes passent plus lentement que l’intégralité du ballet. La musique qui s’équilibre, avec génie, entre des temps forts et des temps plus doux, s’accorde aux pas des danseurs sans qu’ils ne soient pour autant précipités ; les mouvements sur scène ne dépendent pas du rythme de la musique, mais la musique régule la tension qui anime la scène et redessine les personnages à chaque instant.

Les décors, élégants et éloquents, sont fréquemment changés. La salle entière est transportée d’un simple jardin de campagne à une salle de bal toute de moulures et de dorures, de la chambre de Tatiana au chemin où, dans l’obscurité de l’aube, Onéguine prend la vie de Lenksi. Les costumes accompagnent les décors dans une gradation marquée : au premier acte, les vêtements sont simples, de campagne. Les actes suivants voient se gonfler les jupes des danseuses pour des habits plus copieux, plus luxueux. Tout le registre du décor et des costumes est mesuré avec subtilité : ce n’est pas trop lourd, ce n’est pas trop léger. C’est tout juste ce qu’il faut pour s’imaginer en Russie au dix-neuvième siècle.

Pour ce qui est de la chorégraphie, elle est déconcertante. Si soudain une erreur technique des danseurs rappelle au réel et étonne, c’est que l’oeuvre de Cranko est incroyable de complexité ; les tournoiements, qui sont d’une extrême difficulté, caractérisent d’ailleurs le chorégraphe. Au-delà, le graphisme et la symétrie des scènes de groupe, dont on se rend mieux compte depuis les hauteurs, coupent le souffle. Quant aux duos et solos, ils sont portés par la poésie des mouvements et le jeu des danseurs. Le solo d’Onéguine qui suit, dans une semi-obscurité bleutée, la mort de Lenski, reste imprimé sur ma rétine.

Merci.

Valentine Lesser
Photographie : Elene Usdin