On a dit, on fait un spectacle

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“On a dit on fait un spectacle”, projet conçu par Sonia Bester et présenté en ce moment à la Philharmonie de Paris, est une création en musique sur le thème du rêve. Boule à facette, artistes sortant de la foule vêtus de paillettes (et de chaussures à talons rouges), il n’y a pas d’autre histoire que celle même du spectacle qui est en train d’être joué. Car il ne s’agit pas d’une pièce de théâtre, d’un concert ou encore d’une comédie musicale; ou plutôt c’est un peu tout à la fois. Il y a des musiciens, des chanteurs, des comédiens…ils sont là et ils font un spectacle, voila tout.

La représentation est rythmée par les entrées surprenantes des personnages, mais aussi par les nombreuses variations d’ambiance. On assiste ainsi à de grandes envolées lyriques, suivies de solos à la guitare électrique; il y a même un peu de techno dans la dernière partie. Le tout est accentué par l’utilisation faite de la lumière, contribuant à créer des atmosphères bien différentes. Pleins feux, les personnages dansent et chantent en chœur. A d’autres moments l’éclairage se fait au contraire plus feutré et joue sur les ombres. Dans le lointain de la scène, on voit transparaître les mouvements des danseurs au travers de longs rideaux transparents.

Au niveau de la mise en scène, il n’y a pas d’action à proprement parler puisqu’il s’agit d’une rêverie. Les personnages un peu loufoques apparaissent et repartent sans logique apparente. Il y a une “Diva du Botox” arborant une coiffe lumineuse qui raconte ses diverses opérations chirurgicales, un skieur en combinaison qui arrive tout droit des pistes pour apporter son forfait à une amie. Il y a aussi un géant au visage incroyablement expressif, c’est un homme de taille imposante juché sur une paire de talons aiguilles. Les musiciens aussi vont et viennent, parfois ils jouent, parfois ils observent seulement. Par ailleurs la chronologie est complètement brouillée, les artistes saluent une première fois puis rejouent juste après. Cela renforce l’impression qu’il est inutile de chercher une cohérence à l’ensemble. Ainsi, c’est sans doute grâce à ce phénomène de lâcher prise, où le spectateur peut abandonner le soucis formel de se demander “Pourquoi?”, qu’il peut apprécier de façon particulière ce spectacle.

Certains éléments cependant interrompent la rêverie et font rejaillir le réel. Il y a notamment une certaine voix sur un répondeur téléphonique, on sait qu’il s’agit d’un ami des comédiens. Il discute et commente la représentation en train d’être jouée, tout en étant absent. On peut dire que ce procédé, en plus d’ être comique dans le contexte du spectacle, crée une tension entre l’imaginaire et le réel qui désoriente finalement un peu plus le spectateur.

Les témoignages du public à la sortie convergent en général pour dire “Je ne m’attendais pas à ça, mais j’ai passé un bon moment”.

Alice Touzeau

Une soirée exceptionnelle à la Philharmonie de Paris, construit autour du thème du rêve sur une idée de Sonia Bester, Madame Lune. On a dit on fait un spectacle est une rêverie musicale lunaire et poétique en compagnie de plusieurs artistes et interprètes musiciens. Un spectacle qui m’a fait aller vraiment jusqu’au bout de mes rêves.

J’ai rêvé après un rêve de Gabriel Fauré, j’ai chanté des sweet dreams de Eurythmics, j’ai même rêvé les rêves des acteurs. Enfin, je me laissé tomber amoureuse des histoires et des poésies romantiques.

Vous vous demandez si c’est une comédie, un concert, un spectacle ou une chorégraphie? C’est rien de cela. C’est tout simplement un mélange de sentiments vécu dans un rêve. Oui j’ai rêvé, j’ai fait des beaux rêves ce soir-là.

Camelia Catruta

On a dit on fait un spectacle est une création de Sonia Bester, mise en scène avec Isabelle Antoine et conçue en 2015. C’est un spectacle prenant un type absurde et qui a pour but d’illustrer les rêves en utilisant des exemples de la vie quotidienne.

Dans sa description, la pièce est présentée comme étant « ni concert, ni pièce de théâtre, ni spectacle de danse, ni performance » et en gros elle inclut tous ces aspects. Elle est vague et l’enchaînement des évènements paraissent bizarre, sauf que toutes les scènes ont le même thème en commun, le rêve.

A travers le thème du rêve, On a dit on fait un spectacle explore des enjeux assez importants et pertinents à nos vies de tous les jours, par exemple l’identité genrée, le questionnement sur la vie et l’importance qu’on vise à extraire de nos jobs et de nos relations avec les autres, à la fois avec l’humour et l’originalité.

Le rythme était assez bouleversé, il n’y avait pas d’ordre, ni de sens pour la façon selon laquelle les évènements se déroulaient. Il n’y avait pas de chronologie, non plus. J’ai beaucoup aimé que le spectacle parte dans un ordre indéfini ; un peu à l’envers. Ça a commencé en remerciant les spectateurs et ça a fini par leur accueil.

L’idée absurde du spectacle permettait à ce que la mise en scène, le décore et les costumes des acteurs soient irréguliers et non coordonnés, par exemple une personne portant des sandales pour l’été et une autre des bottes et lunettes de ski. Le décor était inhabituelle aussi, tout se passait sur scène en même temps. Il me semblait qu’il y avait trop de personnes. Les effets techniques ont joué un rôle assez important pour attirer l’attention des spectateurs. Il y avait de différentes voix pour représenter les rêves et pour accentuer certaines chansons. La lumière était parfois claire, d’autres fois plus sombre avec des ombres dans le background dans certaines scènes.

L’attitude des acteurs envers le spectacle paraissait nonchalante et un peu irrationnelle ce qui est cohérent avec le thème. Par exemple, ils commençaient à parler aux spectateurs mais ne finissaient pas à cause d’une interruption ou une distraction (un téléphone sonne ou un acteur/actrice apparait en scène). De même, le ton de la voix oscillait entre joyeux et très soucieux sans aucune raison apparente.

La présentation est légère et amusante mais invite les spectateurs à penser à la vie quotidienne. Elle utilise l’humour pour permettre aux spectateurs de se divertir mais en même temps elle aborde des sujets qui sont à la base très banals et auxquels on ne pense pas souvent.
L’ambiance dans la salle était très positive, les spectateurs semblaient impliqués dans la présentation, surtout que certains acteurs ou actrices sont venus sur scène en passant par les spectateurs.

En gros, c’était certainement un spectacle inhabituel mais qui incite un certain questionnement, ce qui est toujours une valeur ajoutée.

Christel Hajjar

Attention, la Philharmonie 2 n’a rien à voir avec le bâtiment célèbre et nouvellement achevé. On arrive dans cette petite salle de spectacle en traversant une boutique remplie de tasses « Philharmonie de Paris ». J’avoue que j’attendais plus d’envergure.

Avant le début du spectacle, on sent une certaine ambiance familiale. Le public bouge, on se lève pour saluer l’un ou l’autre, on claque des bises aussi sonores que dans les réunions.

Tupperware. Puis le spectacle commence. Les premières notes au piano de Simon Dalmais, les cordes de Maëva Le Berre et Anne Gouverneur, la voix chaude et sensuelle de Nicolas Martel, donnent tout de suite l’impression d’entrer dans un cercle d’amis bohèmes réunis pour toucher quelques notes de leurs instruments. S’enchaînent des tubes des années 80, quelques morceaux remaniés de « grande musique » et des saynètes comiques jouées notamment par Géraldine Martineau et Nicolas Lepac. L’une interprète l’imprésario désagréable qui maltraite ses artistes, se plaignant de tout et spécialement du piano qui « ne sonne pas » ou demandant aux techniciens une lumière « à la Turner avec des nuances de Chagall ». L’autre interrompt un morceau, arrivé de nulle part avec combinaison et lunettes de ski, et il enlève tout ça pour dévoiler un habit de soirée : il est prêt pour chanter à son tour. Ça donne le grand mélange souhaité où tous les univers musicaux sont conviés.

On a dit on fait un spectacle fait penser à un mash-up façon L.E.G. mâtiné de sketchs à l’humour gentillet. Il est regrettable qu’on ne trouve ni dans la musique ni dans les parties comiques une maestria suffisante pour se sentir ailleurs qu’entre une bande de copains. La mise en scène par Sonia Bester fait le pari du spectacle bizarre, inclassable, mais à force de courir après le loufoque, on arrive finalement à une suite peu impressionnante de numéros.

L’espace de la scène est affaibli par toutes ces personnes qui la parcourent ou qui l’effleurent, et les reprises font regretter les versions originales.

Eric Debacq

« On a dit, on fait un spectacle » est, comme indiqué dans la présentation, une œuvre mixte. Entre l’improvisation et le spectacle écrit, la comédie et le concert, le récit et la construction d’un monde imaginaire qui pourrait se passer de spectateurs. La scène est juste assez large pour abriter le piano, le violon, le violoncelle, la guitare électrique et la basse qui rythment le moment. Un grand écran blanc à droite permet des jeux d’ombres chinoises, et oiseaux bleus et boule à facette installent l’atmosphère si particulière de rêverie un peu burlesque. Nicolas Martel est merveilleux en danseur poétique et comédien, ou en comédien dansant et chantant, et Rosemary Standley habite les reprises de titres archiconnus (Mylène Farmer, The Mamas and the Papas, Supertramp, Eurythmics) avec grâce et puissance, sa présence brûle les planches. Tout est décalé, léger et sérieux à la fois, beau et vibrant, intense, et tous sont généreux, enjoués, sincères. Le public se sent pris dans un moment privilégié, et non pas laissé de côté. Toutes les ruptures de rythme sont naturelles et pertinentes, chaque chanson est un petit monde magique installé juste pour eux et nous. Simon Dalmais, Maëva Le Berre, Anne Gouverneur, Olivier Mellano, Nicolas Repac nous transportent dans cet univers musical et Géraldine Martineau, Nicolas Martel et Judith Chemla composent sur cette partition. On ne peut que les remercier de nous avoir permis de vivre cette soirée avec eux.

Juliette Aumaître
Photo : Alexandre Folks