Nosferatu / J.-F. Zygel – Philharmonie de Paris

Le dimanche 20 janvier, à la Philarmonie de Paris, le pianiste compositeur Jean-François Zygel projette Nosferatu, emblème cinématographique réalisé par Friedrich Wilhelm Murnau qui reprend, à sa manière, le célèbre Dracula de Bram Stocker.

Sur la toile blanche éclairée, les mimiques exagérées du cinéma sans couleur. Ce n’est d’ailleurs pas du noir et blanc mais du jaune et bleu, qui alternent les scènes de jour et de nuit. Si je tiens compte de l’effort créatif, j’ai tout de même du mal à apprécier le grotesque original ; il faut dire que l’Allemagne de 1921 voyait les dents de vampire en bois d’allumette. Il est donc question, plus que d’être prise dans l’intrigue qui se déroule à l’écran, de vivre l’expérience d’un cinéma muet orchestré.

C’est d’ailleurs accompagné de Philippe Geiss à tous les saxophones, de Joël Grare aux multiples percussions et de Thomas Bloch aux ondes Martenot et Cristal Baschet que Jean-François Zygel est au clavier pour proposer son interprétation étrange de Nosferatu.

Alors oui, la musique est belle, elle apporte à l’image une couleur supplémentaire ; tantôt douce et énigmatique, tantôt chaotique et inattendue. Les ondes sifflent et nous bercent dans une inquiétude veloutée, les percussions nous transportent dans un univers fantasque. Mais pour être franche, j’ai fermé les yeux. Pour être plus franche encore, nous étions plusieurs.

A la sortie, les fauteuils en mousse bleue repliés, je saisis des bribes de conversations. Un « c’est à voir » nonchalant, plutôt dans l’auto-persuasion. Une expérience culturelle, un « à faire » ponctuel qui nourrit une curiosité, une soif de savoir, mais à refaire ? Il y a peu de chances.

Valentine Lesser

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Le dimanche, c’est cinéma !  Et le 20 janvier dernier, j’avais rendez-vous avec l’une des figures bien connue des amateurs du genre de l’horreur : Nosferatu. Le vampire de Friedrich Wilhelm Murnau n’a rien perdu de sa superbe depuis 1921. Assise dans mon siège de la Salle des Concerts de la Cité de la Musique, je me suis laissée entraîner dans le voyage mystique du jeune Thomas Hutter vers le château de Nosferatu, frissonnant à la première apparition de cet être insaisissable, angoissant, dont on ne peut déterminer s’il est réel ou non.

La musique composée par Jean-François Zygel accompagne avec une grande justesse le film de Murnau, lui donnant de la profondeur et ajoutant au côté sombre et inquiétant de l’œuvre du cinéaste allemand. Les airs enjoués laissent place à un rythme plus saccadé et à des sonorités plus métalliques et angoissantes, le piano et le saxophone côtoient d’autres instruments tout aussi troublants que le personnage du film tels que les ondes Martenot ou le Cristal Baschet. Quant aux percussions, elles se font parfois puissantes, parfois plus douces. Ce dimanche après-midi, Jean-François Zygel, Philippe Geiss, Thomas Bloch et Joël Grare ont joué avec une grande virtuosité et ont amplement contribué à la réussite de la projection.

Louise Fischer

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Dimanche 20 janvier, j’ai assisté au ciné-concert de Nosferatu, film de Friedrich Wilhelm Murnau, mis en musique par Jean-François Zygel, grand improvisateur au piano, connu notamment pour ses émissions de vulgarisation musicale. Nosferatu est un film muet, réalisé en 1921, considéré comme un des chefs-d’œuvre de l’expressionnisme allemand. Il raconte l’histoire d’un jeune homme, Hutter, qui part pour la Transsylvanie afin de vendre un logement au comte Orlok, qui n’est autre que le terrible vampire Nosferatu. Le film est en lui-même particulièrement fascinant : Murnau utilise toutes les ressources du cinéma et des effets spéciaux de l’époque, notamment le stop-motion, l’accélération de certaines scènes ou encore l’utilisation d’images en négatif, pour créer l’atmosphère fantastique et inquiétante du film. Les gros plans sur les visages terrifiés et convulsés des personnages contribuent à créer l’angoisse chez le spectateur. L’univers de Murnau est un monde signifiant, un monde de symboles : c’est en passant sur un pont que Hutter entre dans le monde des fantômes ; les rats grouillants montrent la progression de la peste ; une plante carnivore est étudiée en classe tandis que Nosferatu se rapproche de sa nouvelle proie.

L’accompagnement musical du film, très inventif, illustre avec brio les différentes scènes. Le saxophone de Philippe Geiss se fait tantôt bucolique, tantôt plaintif et sinistre selon que l’on se trouve dans la petite ville allemande de Hutter ou dans les antres du château du comte. Au piano et au célesta, François Zygel trouve sans cesse de nouvelles mélodies, parfois légères et tonales, parfois graves et dissonantes. Les sonorités les plus étranges et les plus à même d’illustrer l’entrée dans un monde fantastique sont celles des instruments contemporains joués par Thomas Bloch, empruntés pour certains au Musée de la musique : le cristal Baschet (un clavier en cristal, produisant des sons très purs), les ondes Martenot  (permettant de figurer le souffle du vent, ou plus généralement d’accompagner les scènes angoissantes), le waterphone (produisant des sons souvent dissonants, en écho). Aux percussions, Joël Grare accompagne la tension du film par des rythmes lancinants qui montent en puissance lors des scènes les plus terrifiantes. L’accompagnement se caractérise plus généralement par sa grande souplesse et sa puissance figurative qui ne peuvent que renforcer la force expressionniste du film de Murnau. On ressort de la séance glacé, impressionné, sans parvenir tout à fait à revenir à la réalité, tant l’univers visuel et sonore de Nosferatu imprime sa marque en chacun.

Heloise Billette

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Photo: AF Archive