Monte-Cristo

Lecture | Bibliothèque Michelet | En savoir plus


Ce mercredi 22 novembre, comme toutes les semaines, je finissais ma journée à 20h, épuisée et songeant à tout le travail qui m’attendait pour la fin de la semaine. Je dois avouer, avec honnêteté, que j’allais un peu en trainant des pieds à l’évènement organisé par le Festival livres en tête : la ” soirée lectures et dessins”. Étant aussi étudiante à Michelet, je redoutais un peu de revenir à la nuit tombée dans la bibliothèque où je viens tous les jours étudier. Mais, ce soir, les lieux étaient métamorphosés : dans la pénombre, toutes les tables étaient vides, juste occupées par de grandes feuilles blanches et des feutres colorés. Les règles du jeu étaient simples : nous devions écouter la lecture d’un extrait du chef-d’oeuvre d’Alexandre Dumas : Le Comte de Monte Cristo, et laisser libre cours à notre imagination en dessinant sur les grandes feuilles vierges. La bibliothèque a été choisie par ce qu’elle évoque, une fabrique de cigares cubaine, où les ouvriers travaillent tout en écoutant le récit qu’un lecteur déclame. Alexandre Dumas était un grand classique et ceci explique l’origine des cigares Montecristo. Pourtant là, point de cigare à rouler, nous étions des ouvriers libres de produire des ébauches, des silhouettes et des arabesques.

Très mauvaise dessinatrice, je me suis pourtant laissé complètement prendre au jeu et, alors que j’ai une tendance à me déconcentrer très rapidement, ces presque deux heures sont passés très vite et se sont révélées être une expérience inédite, surprenante et même presque magique. Je me suis véritablement évadée, à travers ces mots, cette langue, et cette écriture propre à Dumas. J’ai eu l’impression de vivre le récit, de comprendre la solitude et le désespoir d’Edmond Dantès et j’ai été émue par cette amitié paternelle qui naît entre lui et l’Abbé Faria.

Nous étions placés de dos, de sorte à n’entendre que la voix du lecteur, sans l’observer, afin d’être complètement porté par les mots qui résonnaient dans la salle. Les lecteurs changeaient, et je m’en apercevais à peine car j’étais transporté par la beauté de la langue et la fluidité du texte. Sur ma feuille, je tentais de reproduire le Soleil et la mer, les murs et les barreaux de prison, l’île au trésor, et d’autres images qui s’entremêlaient avec les mots qui jaillissaient du texte : Désespoir, Mort, Douleur, mais aussi Liberté, Évasion ou Passion.

Plus qu’un roman, le Comte de Monte Cristo devient un long poème fragmenté où les mots détachés finissent par ne compter que pour eux-mêmes et produisent une sorte d’enchantement. Je n’ai pensé à rien d’autre pendant toute la durée de l’expérience, seule cette langue pure comptait. Coupée du monde, je me sentie finalement moi aussi comme une île au milieu de la mer où le trésor était cette beauté de la littérature qui fait écho en chacun de nous.

Gabrielle de l’Estoile

Cette année, les participants du festival de lecture à haute voix « Livre en Tête », qui se déroulait la semaine du 20 au 26 Novembre, ont eu le plaisir de pouvoir profiter de différentes soirées mêlant la lecture, et donc la littérature, avec une autre forme d’art. Le mercredi 22 Novembre a eu lieu l’évènement appelé Monte-Cristo qui permettait aux curieux, amateurs d’Alexandre Dumas et de dessin, d’exercer leur imagination au fil d’une vivante lecture de l’évasion de Dantès. Se déroulant dans une des salles de la bibliothèque Michelet, la soirée avait pour but de reprendre une tradition cubaine qui consiste à faire la lecture aux ouvriers pendant qu’ils travaillent. Et ce notamment pour les ouvriers fabriquant des cigares, d’où le nom du fameux cigare le Monte-Cristo, dont les feuilles sont roulées au rythme des aventures de Dantès. Cinq lecteurs se sont succédés pendant deux heures, immergeant les auditeurs dans le monde de Dumas, de la rencontre entre l’abbé Faria et Dantès jusqu’à la mort du premier et l’évasion du second. L’audience, composée d’une trentaine d’auditeurs de tous âges (s’échelonnant de dix à soixante ans environs), était répartie sur des tables de travail où était mis à sa disposition du matériel pour dessiner, entre autres feuilles et feutres. Certains dessinaient, d’autres se contentaient de se laisser bercer par le flot de paroles rythmant les aventures du jeune marin. Les lecteurs, hommes et femmes, tentaient à leur manière de donner vie au vieillard et à la lutte désespérée contre la mort et l’oubli. Vers le milieu de la séance, les bibliothécaires ramassèrent les quelques dessins produits par les artistes en herbe afin de choisir lequel ils jugeaient le plus marquant, pour décerner un prix final, un livre portant sur la fabrication des cigares à la Havane. L’évènement, mêlant dessin et lecture, était inédit. La possibilité de pouvoir faire jouer les liens intimes entre les deux arts, de solliciter son imagination et son attention sur deux pôles normalement distincts était un vrai plaisir. L’émotion liée à la lecture pouvait trouver sa voie d’expression par le dessin, par les formes et les couleurs. L’ambiance générale était paisible et chacun se lassait embarquer par la contemplation auditive qui lui était offerte. Le festival proposait ainsi de mêler lecture et danse, lecture et dégustation, lecture et musique afin d’initier les apprentis lecteurs ou esthètes chevronnés au plaisir de pouvoir transgresser les frontières de l’art le temps d’une soirée.

Mathilde Charras

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *