Manon / Jules Massenet – Olivier Py / Opéra comique

On reconnaît le style indubitable du directeur du festival d’Avignon : des masques d’animaux, un monde nocturne, des hôtels miteux, des corps nus, du sexe sauvage, une esthétique de prostitution, une noirceur palpable et même une tête de mort qui arrive à s’inviter sur le visage de la douce Manon. Olivier Py offre un nouveau cadre et de nouvelles couleurs, peinture de ses obsessions, à cette histoire que l’on croit trop connaître. Une mise en scène personnelle et crue, obscène, dans un décor magnifique, décomposé, qui se construit et se déconstruit, entre le réel et le rêve, véritable bric-à-brac qui se monte et qui se démonte, laissant apparaître un petit train, une chambre d’hôtel miteuse comme une forme de paradis, avec boule à facette et papier-peint représentant l’idylle des îles du Sud, une lune claire qui surplombe le chagrin de Des Grieux à Saint-Sulpice où en ombre chinoise apparaissent des corps nus qui dansent, fantasme du chevalier qu’il cherche à étouffer par sa décision ferme de devenir abbé et de s’enfermer dans la tombe vivante. Tout autant de visions, proches parfois du cauchemar, obscures, oniriques, terriblement libres. Les costumes accompagnent cette scénographie où la lumière se joue de nous, rouge, verte, sombre, étoilée, muable. Entre la nudité, les masques étranges, les robes à paillettes, la lingerie fine, les costumes cravates des bourgeois, la vulgarité si belle des jupes et talons aiguille des prostituées, une robe type XVIIIème parfois, comme un rappel discret au contexte original. Tout devient possible. Du vrai théâtre. Toutefois, cette vision nouvelle veut se conjuguer à l’histoire bien connue de Manon Lescaut et du Chevalier Des Grieux, protagonistes éponymes du roman de l’Abbé Prévost, repris sous la plume et la musique de Jules Massenet.  Si on se réjouit de la nouvelle lecture d’une œuvre presque galvaudée, des problèmes de lisibilité se posent, notamment en raison du décalage entre le style musicale XIXème , des paroles un peu niaises au vocabulaire désuet,  et la franche modernité de la mise en scène. Le spectateur demeure dérouté face à cette impossible chimère puis, peu à peu, y adhère. Il serait faux de dire que la musique gêne et trouble : quelques grands airs mémorables parsèment la représentation, servis par des grands chanteurs, Patricia Petibon et Frédéric Antoun dans les rôles titres par exemple. Les retrouvailles à Saint-Sulpice à la fin de l’acte III ou encore la jubilante rage de vivre de Manon, en robe dorée à paillettes et ti