Madame Butterfly

Informations

Musique Giacomo Puccini

Livret Luigi Illica et Giuseppe Giacosa

Mise en scène Robert Wilson

Chef d’orchestre Daniele CallegariAvec Cio-Cio San (Madame Butterfly) : Svetla Vassileva, Pinkerton : Teodor Ilincai, Suzuki : Cornelia Oncioiu, Sharpless : Gabriele Viviani, Goro : Carlo Bosi, Le Bonze : Scott Wilde, Kate Pinkerton : Marianne Crebassa, Yamadori : Florian Sempey

En savoir plus.


Chroniques des étudiants


Cécile Bolle

Madame Butterfly, ou le portrait d’une jeune femme japonaise éperdue, aveuglée par son amour pour un officier américain en séjour au Japon, qui la séduit pour passer le temps, puis l’épouse et finalement l’abandonne lorsqu’il rentre aux Etats-Unis, la laissant seule à attendre son retour. Il ne reviendra que trois ans plus tard, accompagné de « sa véritable épouse américaine » pour lui prendre l’enfant qu’elle a eu de lui et qu’elle a élevé seule. Butterfly, qui avait vécu ces trois dernières années dans l’espoir fou de son retour en refusant d’ouvrir les yeux sur ce qui paraissait clair à tous, réalise enfin sa situation, et se suicide.

Chargée d’émotion, la musique de Puccini se fait de plus en plus raffinée, chaude et colorée au fur et à mesure que se déroule l’implacable intrigue, laissant apparaitre ça et là des touches exotiques de musique japonaise traditionnelle. L’interprétation des superbes chanteurs, toute en émotion contenue, fait éclater toute son intensité.

La mise en scène japonisante, dépouillée de Robert Wilson laisse toute la place à une gestuelle symbolique très travaillée, avec des faisceaux de lumière crue qui s’attachent aux visages et aux corps sans jamais les quitter, intensifiant ainsi toutes les passions en jeu dans cette « tragédie japonaise ».

Cette mise en scène de Madame Butterfly rend de suite l’opéra plus accessible à tous ceux qui ne sont pas habitués à fréquenter ses salles (dont moi!).  On en prend plein les yeux et les oreilles. Un grand moment. Merci au service culturel de la Sorbonne!


Gabrielle Chamouleau

Nagasaki, 1904 : un jeune marin Américain de passage, B. F. Pinkerton épouse une geisha de quinze ans, Cio-Cio-San, dite Butterfly. Elle lui est un éphémère épisode sentimental et exotique, mais sera prête à renier ses conventions sociales et sa famille pour déposer son destin et sa vie à ses pieds. Son départ, après lui avoir fait un enfant, la plongera dans une attente contemplative et mélancolique, la poussant à rester farouchement fidèle et à décliner les propositions d’union d’autres prétendants. Pinkerton lui reviendra trois ans plus tard, accompagné de sa nouvelle épouse américaine. Quand Butterfly comprend la situation, elle leur laissera son enfant, avant de se donner la mort en se poignardant.

La version de cette opus lyrique par Robert Wilson prévalut, pour la première fois, en novembre 1993, à l’Opéra Bastille. La direction musicale avait alors été confiée à Myung-Whun Chung, avec Diana Soviero, Nicoletta Curiel, Johan Botha et William Stone dans les rôles principaux. C’est cette production qui fut dernièrement proposée, mais avec Maurizio Benini à la tête de l’orchestre national de Paris, Micaela Carosi dans le rôle de Cio-Cio San, ainsi que James Valenti pour interpréter l’officier Pinkerton.

Pour rendre pleinement compte de l’un des portraits de femme les plus touchants de l’histoire de l’opéra, Robert Wilson nous a offert une mise en scène immaculée, épurée jusqu’à l’extrême, dont la simplicité était délibérément destinée à laisser la primauté à l’interprétation des personnages, et plus particulièrement de notre Butterfly . Le jeu des lumières, par une savante alternance entre des diffusions de couleurs primaires et bien plus estompées, résonnait comme la retranscription, en fond de scène, des mouvements de l’âme de la jeune geisha. De même, sa robe à la coupe asymétrique, tantôt immaculée, au premier acte, tantôt noire , dès le deuxième en vue de figurer que la perte de son innocence fait parfaitement écho à l’éloignement géographique de l’homme de sa vie, constitue un autre élément qui participe à la logique adoptée par ce metteur en scène, pour qui la directive que suggère un choix précis d’indications scéniques doit tendre à coïncider avec les thèmes contenus dans l’intrigue d’un livret d’opéra ( ce dernier est ici tiré d’une pièce de David Belasco, adaptée d’une nouvelle de John Luther Long).

Le spectateur obtient ainsi le récit d’une humiliation et d’une tromperie qui mènent à la mort, et dont l’esquisse s’incarne dans toute sa véracité grâce à la musique. Micaela Carosi, révélée à Paris dans Andrea Chénier, un opéra en quatre actes d’Umberto Giordano (inspiré de la vie du poète André Chénier), incarne cette jeune femme éperdue avec une diction et un chant habités par la pudeur et la retenue. C’est à une lente, plaintive, timide et poétique complainte de l’âme éplorée d’une jeune amoureuse éconduite que nous avons fait face sans chercher à économiser nos dispositions sensorielles.

« Butterfly reniée » nous apprend-t-elle à la fin du premier acte. Avant d’ajouter « mais Butterfly heureuse » , pour ne pas nous laisser oublier quels rapports n’ont jamais cessé d’entretenir la joie et la douleur, le désespoir et l’exaltation, l’affection et le rejet.


Lorène Didier

La représentation de Madame Butterfly, mise en scène par Robert Wilson, a toutes les caractéristiques de l’opéra moderne. Un décor minimaliste, une scène épurée, des lumières pastelles, des toges et des tuniques pour les costumes, … On peut retrouver dans ce choix un parti pris pour l’esthétisme qui s’accorde d’ailleurs avec la tradition japonaise autant dans les décors que dans l’action même, souvent réduite à une gestuelle lente.

Mais, comme le témoigne de nombreuses réactions à la fin de la représentation, on peut penser que Madame Butterly s’oublie dans cette mise en scène simpliste, qui aurait pourtant pu la mettre en valeur. La froideur de la scène n’est en effet pas compensée par l’émotion du drame qui se joue devant nous. On aurait pourtant dû être facilement touché par Madame Butterfly, geisha qui tombe amoureuse et épouse Pinkerton un américain de passage pour qui elle renie sa famille et ses valeurs sociales, refusant de nombreuses propositions de mariage pour rester fidèle à l’homme qui l’a pourtant abandonnée.

Si on est impressionné autant par l’orchestre et les voix, que par la justesse et la maitrise, l’ensemble s’harmonise mal. La distribution semblait pourtant parfaite autant pour Madame Butterfly et Pinkerton que pour les seconds rôles, notamment les deux personnages de Goro et Sharpless longuement salués en fin de représentation.

Malgré une affiche prometteuse, l’émotion ne passe pas, et on sort en rêvant d’une représentation plus passionnée.