LECTURE : By the rivers of Babylon / Kei Miller, 2019 – Éditions Zulma

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N’avez-vous jamais rêvé de vous étendre sur une plage de sable fin, bercé par une douce mélodie reggae ? N’avez-vous jamais rêvé de connaître les histoires des plus vieux et des plus exotiques peuples du monde ? N’avez-vous, enfin, jamais rêvé de découvrir l’incroyable et mystérieuse île qu’est la Jamaïque ?

Mythique havre de paix, la Jamaïque ne l’est pourtant pas tout à fait : colonisée par les Espagnols puis par les Anglais, l’île a abrité des génocides et des milliers d’importations d’esclaves. Indépendante depuis seulement une cinquantaine d’années, c’est une île ayant vécu de terribles choses mais qui n’a jamais renoncé à sa quête de liberté. Et c’est précisément ce qu’illustre le roman By the rivers of Babylon, écrit par Kei Miller et publié dans la collection Poche aux éditions Zulma en septembre 2017.

Cet ouvrage, situant son action à Augustown – quartier pauvre de Jacksonville, la capitale de la Jamaïque, permet de suivre à travers une histoire contemporaine l’histoire plus vieille, presque légendaire et toujours résistante des habitants du précaire quartier. On parle de lutte sociale, de lutte raciale et même de lutte de genre ; aussi, les adultes comme les enfants sont concernés. Et c’est sur le personnage de Ma Taffy que s’appuie le récit : vieille femme aveugle, sage et intuitive, Ma Taffy conte à son petit neveu les histoires qu’elle connaît, les choses qu’elle a vues ou entendues, et qui constituent l’identité d’Augustown ainsi que celle, évidemment, de ses habitants. Ce personnage, même s’il est parfois brusque, amène de la sincérité à l’ouvrage : la vieille femme utilise un vocabulaire familier et a une vision si claire de la vie et des situations qui la composent qu’on ne peut s’empêcher de se la représenter et de l’imaginer comme une véritable personne. Cependant, ses mots sont durs et ne cachent rien des malheurs qui s’abattent sur le quartier d’Augustown. C’est donc un ton bien moins sympathique que celui que laissaient présager les vives couleurs de la couverture (principalement le rouge, le jaune et le vert – couleurs associées au mouvement rastafari qui est abordé ici).

Toutefois, la poésie occupe une grande place dans le roman et y ajoute un peu de douceur.

Ainsi, ne cherchant à provoquer ni le tragique, ni le pathétique – mais l’exactitude et une certaine vraisemblance, Kei Miller vise juste : on découvre un roman tout en poésie qui nous donnerait presque un pareil désir de liberté que celui des habitants d’Augustown.

— Colleen GUERINET

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